Discographie sélective : 2008, année pop

Étiquettes

, , , , , , , , , , ,

Finissons cette discographie sélective avec une année de bouleversement personnel, celle de mon arrivée dans la capitale. Car oui, mes 25 ans ont vraiment été une année où j’ai cru grandir d’un coup d’un seul avec beaucoup de premières fois au compteur. J’ai eu l’impression que la bande son de cette époque était un mélange d’insouciance, de langueur et de printemps que je croyais éternel. Et cette bande-son continue qu’était The Reminder de Leslie Feist, que j’ai dû blacklister pour me prémunir d’une morsure trop intense.

2008 donc, période où j’ai commencé à écouter Oüi FM tous les matins à mon radio-réveil – chose que je fais encore dix ans après, même si la programmation a changé sur beaucoup de points –, où je dansais à la Pachanga, au Showcase et à un endroit qui ne s’appelait pas encore le Point Ephémère. J’étais donc une fleur épanouie, un pur produit pop qui arpentait le XVe arrondissement le cœur léger. Et force est de constater que ça s’est ressenti dans les dix disques que j’ai choisis.

1 – Adele – 19 (janvier)

Adele, tout juste sortie de la BRIT School for Performing Arts & Technology, où elle était la camarade de classe de Leona Lewis et Jessie J., sort son projet de fin d’études sur Myspace en mai 2006. C’est ainsi qu’elle se fait repérer par le label XL Recordings qui lui signe un contrat. Après sa rencontre avec le producteur Jim Abbess, elle se mit à l’écriture de ses chansons, la plupart du temps seule. Ce premier album, donc, regroupant sa thématique de prédilection qu’est la rupture amoureuse, mais aussi contenant la reprise de Make You Feel My Love de Bob Dylan. Cet album a signé pour la presse le renouveau de la blue-eyed soul. Son single le plus notable, Chasing Pavement, a été écrit en souvenir de la soirée où elle est allée défoncer son ex dans un bar quand elle a su qu’il l’avait trompée.

*

2 – Vampire Weekend – Vampire Weekend (janvier)

Je n’ai découvert le premier album de ces quatre étudiants en musicologie new-yorkais que lors de leur passage à Rock en Seine en 2009, mais bon Dieu, qu’est-ce que j’ai pu l’écouter par la suite. Produit en majorité par le clavieriste du groupe Rostam Batmanglij, cet album éponyme regroupe un registre étendu de la pop, plongeant dans le punk, les sonorités africaines – au point que Paul Simon y reconnaisse des emprunts à Graceland (1986) – ou baroques. Avec de nombreux singles ayant connu une grande notoriété par la suite, tels que A-Punk, Oxford Comma ou Cape Cod Kwassa Kwassa, on peut dire que cet album fait un carton plein.

*

3 – Daniel Darc – Amours suprêmes (janvier)

Après son gros passage à vide d’une quinzaine d’années et son retour tonitruant en 2004 avec l’album Crèvecœur, Daniel Darc continue sur sa lancée avec Amours suprêmes – en référence à A Love Supreme de John Coltrane – auquel a participé Alain Bashung et Morgane Imbeaud, chanteuse de Cocoon. Très marqué par la rédemption, suite à sa conversion au christianisme luthérien, cet album reste dans des tonalités très rock organique, à l’encontre du son qu’on lui connaissait du temps de Taxi Girl.

*

4 – Alain Bashung – Bleu Pétrole (mars)

Sculpté sous la houlette de Gaëtan Roussel et Gérard Manset, cet album-testament revient aux racines rock d’Alain Bashung, après le très expérimental L’imprudence (2002). Déjà usé par le mal qui l’emportera un an après la sortie de l’album, il conserve pourtant ce phrasé profond qu’il développe depuis le début des années 1990, on le croirait presque sublimé. Outre des chansons à forte tonalité nostalgique, on peut noter les reprises d’Il voyage en solitaire de Gérard Manset et de Suzanne de Leonard Cohen adaptée par Graeme Allwright.

*

5 – The Last Shadow Puppets – The Age Of Understatement (avril)

Né en 2005 de l’amitié entre Alex Turner, frontman d’Arctic Monkeys, et Miles Kane, membre de The Little Flames, The Last Shadow Puppets est un projet qui signe la continuité de la collaboration de Kane avec Arctic Monkeys. The Age Of Understatement, premier album du projet, a été enregistré en août 2007, majoritairement en France. Ayant pour inspiration déclarée L’histoire de Mélody Nelson de Gainsbourg et la bande originale du film Le bon, la brute et le truand par Ennio Morricone, l’album entre dès la première semaine en première place des charts britanniques avec plus de 50.000 exemplaires vendus. Malgré le succès de l’album, tant  Alex Turner que Miles Kane ont annoncé des dates de sorties du deuxième album qui ont été remplacées par des projets avec leurs formations respectives. Everything You’ve Come To Expect mettra finalement huit ans à aboutir.

*

6 – Coldplay – Viva La Vida Or Death And All His Friends (juin)

Annoncé dès fin 2006 pour l’année suivante, ce quatrième album du groupe anglais vient après une déclaration de Chris Martin en date de janvier 2006 où il exprimait l’envie de faire une pause avec le groupe pour faire des collaborations avec d’autres artistes. Il faut dire que l’album précédent, X&Y (2005), souffre d’une comparaison peu avantageuse avec U2. Le but est donc de faire une évolution musicale et c’est ce qui se passera avec le producteur Brian Eno. Violet Hill, puis Viva la Vida – qui a été reconnu comme étant un plagiat d’un morceau de Joe Satriani – feront beaucoup pour le succès de cet album qui marque un tournant vers une musique moins mélancolique et plus grandiloquente.

*

Julien Doré – Ersatz (juin)

Après sa victoire à l’édition 2007 de la Nouvelle Star, l’ancien étudiant en art nîmois était attendu au tournant (car si Christophe Willem avait marqué les esprits, ce n’était pas le cas de Jonatan Cerrada, Steeve Estatof ou Myriam Abel). Avec un esprit dada très développé qu’on a pu voir avec sa reprise de Lolita d’Alizée, il sort un premier album mélangeant compositions très personnelles (Les bords de mer, Pudding morphina, Bouche pute) et collaborations avec des auteurs reconnus dans le « milieu » tels que Babx ou David Scrima. Au final, ce premier opus aux accents gainsbouriens des années 1960 a séduit un large public avec 260.000 exemplaires vendus.

*

8 – Oasis – Dig Out Your Soul (octobre)

Septième et dernier album du groupe – puisque, de triste mémoire, j’ai assisté en direct à la dissolution à ReS 2009 –, il préfigure selon mon grand spécialiste du groupe de Mari ce que deviendrait la carrière de Noel Gallagher (j’ai quand même été obligée de lui dire que je reste toujours triggered à chaque fois que j’entends Oasis et que j’ai mis 3 ans et demi à écouter le dernier live du groupe). Noel Gallagher expliquait début 2007 qu’il voulait renouer avec une formule orchestrale de certaines de ses compositions, chose qu’il n’avait pas faite depuis Be Here Now (1997). Enregistré à Abbey Road en même temps que U2 enregistrait How To Dismantle An Atomic Bomb – ce qui a posé des problèmes de réservations – entre août et décembre 2007, l’album a bénéficié d’un marketing agressif au Royaume-Uni et à New-York. A sa sortie, la réception fut différente selon les pays : si la plupart des critiques britanniques a trouvé que c’était un album d’Oasis average – ni bon ni mauvais –, il a été notamment reproché en France une trop grande influence de la musique des Beatles – des fins connaisseurs d’Oasis, donc. Il faut dire que, pour cet album, a été embauché le batteur Zak Starkey, fils de Ringo Starr et remplaçant de Keith Moon au sein de The Who.

*

9 – Pink – Funhouse (octobre)

Ce cinquième album de la chanteuse américaine a été écrit et réalisé dans un contexte de séparation temporaire d’avec son mari Carey Hart – l’album a d’ailleurs failli s’appeler Heartbreak Is A Motherfucker. C’est ainsi que Pink règle ses comptes sur cette relation en préambule de cet album avec le tonitruant So What, mais aussi tout au long de l’album avec des titres tels que Please Don’t Leave Me, Mean ou It’s All Your Fault. Cet album parle également du questionnement émotionnel et identitaire qui en résulte. En témoignent le poignant Sober qui n’a rien à voir avec une quelconque addiction à l’alcool et Ave Mary A où la chanteuse se demande où va le monde. Avec sept singles classés et six millions d’albums vendus à travers le monde, mais aussi avec le rabibochage avec son mari qui a amené la conception de leurs deux enfants, Pink a tout gagné en enregistrant cet album.

*

10 – Beyoncé – I Am… Sasha Fierce (novembre)

Le troisième album solo de la diva du R’n’B se présente comme un double album, même s’il n’offre que douze chansons. Nous avons d’un côté I Am, présentant la Beyoncé timide et naturelle, faite de chansons soul et r’n’b (If I Were A Boy, Halo). De l’autre côté, Sasha Fierce est le double fantasmé et powerful de la chanteuse, avec des chansons allant de l’electropop à l’eurodance (Single Ladies, Video Phone). La carrière de l’album s’est profilé de novembre 2008 jusqu’à la fin de l’année 2010 dans le monde entier, totalisant sept millions et demi d’albums en physiques et quinze millions de copies digitales vendus, mais également une tournée sur quasiment deux ans et une flopée de Grammy Awards en 2010.

***

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Publicités

Aya Nakamura, ou mon évolution face à la musique de djeun’s

Étiquettes

, , ,

Depuis 1961 et Edith Piaf avec Je ne regrette rien, aucune chanteuse française ne s’était imposée dans les charts néerlandais. Clairement, on pourrait s’en foutre – un pays qui a quatre fois moins d’habitants que la France –, mais comme on a un passif avec les Pays-Bas, il paraît que ça importe. On leur a filé Edith Piaf, on récupère Dave et Mad’House. Bref.

Mais ce qui n’est pas surprenant, ce n’est pas qu’une chanteuse française se soit imposée dans les charts néerlandais durant l’été 2018. C’est de savoir avec quelle chanson. En l’occurrence Djadja d’Aya Nakamura.

 

Cette jeune fille de 23 ans, née au Mali, ayant grandi à Aulnay/Bois, élève en école de mode à Aubervilliers – elle dit La Courneuve mais j’ai comme un doute – s’est forgé son pseudo sur un personnage de la série Heroes, Hiro Nakamura. Toute sa famille baignant dans le chant, elle se dit qu’elle pourrait finalement en faire son métier.

Elle se fait repérer sur Facebook dès 2014, alors qu’elle a 19 ans, avec le titre Karma. Mais c’est J’ai mal, en 2015, qu’elle compose seule, qui l’a fait percer. Elle se fait alors accompagner par son ami Dembo Camara à la production et Christopher Ghenda pour écrire son premier album, Journal intime (2017), dans lequel on retrouve Brisé.

Forte de son succès de vues sur Youtube, elle gagne le respect de ses parents quand elle fait des premières parties d’artistes internationaux au stade Modbo-Keïta de Bamako et quand elle chante son amour pour la diva malienne Oumou Sangare. Elle en profite pour faire également des collaborations de luxe avec Fababy et MHD. Si Journal intime est le fruit de deux ans de bisbilles entre son équipe et son premier label, Aya Nakamura ne débarque pas de nulle part quand elle explose durant l’été 2018.

Avec des titres comme l’iconique Djadja ou Copines, son deuxième album sorti ce mois de novembre 2018 est d’emblée disque d’or dès sa sortie qui s’est accompagnée d’un matraquage médiatique comme peu vu en France, que ce soit pour l’encenser ou questionner son talent sur les réseaux sociaux.

***

Personnellement, qu’est-ce que j’en pense ? Je pourrais me dire que je suis un peu vieille ou pas assez orientée r’n’b et afro-trap pour être dans le public cible. Et puis je me revois à l’orée de la trentaine, quand déjà, j’écrivais davantage sur la musique – parce que je suivais davantage l’actualité musicale.

Qu’aurais-je dis d’Aya Nakamura ? Qu’à l’instar de Lana Del Rey, l’emballement médiatique dont elle bénéficie ne vaut peut-être pas le coup (et je m’en mords les doigts sept ans après, vous savez). Qu’à l’instar de Lorde, son arrogance va faire un assez bon travail de sape pour ruiner sa carrière (d’ailleurs, quelqu’un a des nouvelles ?). Qu’à l’instar de n’importe quelle musique que toute personne de plus de 10 ans de moins que moi – les djeun’s –, je ne comprends rien à ce qu’elle raconte.

Mais depuis 2015 et mes débuts dans la fonction publique, de la musique de djeun’s, je suis bien obligée de me la farcir matin, midi et soir. Et encore, je trouve que l’établissement où je travaille est soft par rapport aux autres. Par conséquent, pour comprendre les jeunes qui fréquentent l’établissement, j’ai bien été obligée de savoir qui est Dadju, Vald, PNL, MHD… et donc Aya Nakamura, dont une collègue est fan et bombarde toutes les soirées avec son son. Si, à la maison, je suis les conseils musicologiques du Mari qui s’est acheté le coffret de la réédition du Blanc pour pousser l’étude à la moindre note, je suis bien obligée de me plier à l’extérieur du foyer à ce qui influence le plus mes oreilles : les centaines de gosses que je côtoie tous les jours.

Malgré tout, je me ravis du succès d’Aya Nakamura, tant on n’avait jusqu’à récemment de référence de chanteuse de r’n’b français de cette envergure que Vitaa, dont les premiers tubes remontent aux début des années 2000. Le milieu des années 2010 ont donné la part belle à une surreprésentation des artistes masculins dans le son urbain français, et j’espère que le succès d’Aya fera des émules.

Bref, Aya, je danserai toujours mollement sur ton son, mais je te souhaite le meilleur.

Qu’attendre de la réédition de The Beatles ?

Étiquettes

, , , ,

Depuis la mort de George Martin en 2016, son fils Giles – qui travaillait déjà avec lui depuis le milieu des années 2000 à la remasterisation de l’œuvre des Beatles à diverses destinations – a décidé de ressortir avec son ingénieur du son Sam Okell les œuvres considérées comme « majeures » du groupe. C’est ainsi qu’il a nettoyé le Live At the Hollywood Ball (2015) et Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band (2017).

Pour s’être procurés ces deux remasters avec le Mari – alors qu’on a tous les Beatles en mono, en stéréo, certains en vinyle, d’autres en pirate, édition UK ou japonaise, les anthologies, les BBC Sessions… –, nous ne sommes personnellement pas friands du travail de remasterisation de Giles Martin sur les albums principaux. Le Live at the Hollywood Ball ne méritait déjà pas une captation sonore, tant les Fab Four sont inaudibles sous les cris des fans, et Sgt Pepper nous a paru froid et dépourvu du formidable travail de profondeur sonore qui était présent sur les vinyles et sur les remasters CD de 1987. Par contre, nous avons apprécié les petits bonus tracks, à savoir des prises alternatives intéressantes si on s’intéresse comme nous à la construction d’une chanson.

Un peu échaudés par cette expérience, nous nous demandions si, en cas de réédition de l’album blanc, nous nous laisserions séduire. En effet, certaines chansons comme Helter Skelter, Back In The USSR, Dear Prudence ou Revolution #1 ne sont efficientes qu’avec le travail sur la profondeur sonore qui était la norme en 1968 – et je ne parle pas de Revolution 9 où tout l’aspect malaisant repose sur ce même travail. En fait, nous n’attendions – enfin, j’attendais – qu’une seule chose : un nettoyage des démos d’Esher.

*

Je reçus donc un message dans ce jour brumeux de septembre :

 J’ai dû précommander un truc de bâtard pour novembre… J’ai été obligé : il y a les démos d’Esher.

Be-like :

J’attendais en effet les démos d’Esher nettoyées des scories techniques de 1968. Il faut savoir qu’elles ont été enregistrées avec les enregistreurs personnels de George Harrison et de John Lennon. Or ces enregistreurs multipistes n’étaient pas super perfectionnés : en effet, les sessions parvenues ne semblent pas « synchronisées », overdubées à la pisse et présenter un délai qui peut en gêner l’écoute contemporaine. Petite démonstration de ce que j’avance avec Dear Prudence.

Pourquoi suis-je tellement en désir devant ces simples sessions de travail ? Parce que, tant dans leur contenu que dans la structure générale de ces démos, elles représentent mon album blanc fantasmé. L’album blanc, tel qu’il a été construit par la doxa, ne me convient pas. Il est trop lourd, contient trop de choses, parfois même des choses traumatisantes – remember Helter Skelter que j’aurais allégé en termes d’effets sonores et Revolution 9. Bref, au lieu des 30 titres qu’il contient, il aurait fallu en garder 16 à 17 pour montrer toute l’étendue de chacun des compositeurs du groupe.

Il faut dire que le Blanc est touffu parce que les trois compositeurs principaux du groupe en 1968 voulaient chacun leur part du gâteau. Exit la mention Lennon-McCartney à chaque titre, tant les deux frontmen en viennent à se friter ouvertement. George Harrison devient de plus en plus présent dans le processus de création. Le Blanc est ainsi devenu l’album de la non-concession artistique et, au final, dégueule de sons divers et variés. A l’entendre, j’ai l’impression parfois d’entre une longue scène de ménage. A ce titre, en termes de non-concession artistique, je préfère ce petit miracle d’équilibre qu’est Abbey Road, sublime chant du cygne d’un groupe qui finit par se séparer en se disant les choses en face.

Les démos d’Esher ont de surcroît ceci de magique qu’on distingue parfaitement l’évolution que chacun va prendre dans sa future carrière. Elles contiennent même des titres développés dans leur carrière solo – en témoigne Circles et Not Guilty de George Harrison et Child of Nature de John Lennon, qui sera abandonné pour le Blanc en raison de la redondance avec le Mother Nature Son de Paul McCartney et qui deviendra Jealous Guy. Celui qui tire d’ailleurs le mieux son épingle du jeu, tant dans sa contribution à l’album blanc – While My Guitar Gently Weeps FTW – qu’aux démos d’Esher, c’est George Harrison (en même temps, c’est sa propriété qui accueille ces sessions). Après le mal perçu Within You Without You sur Sgt Pepper, ses contributions au Blanc ont pu faire percevoir son immense sensibilité créatrice au-delà d’un pur topic de drogué.

Parmi les autres bonus qui sortiront dans le coffret de novembre, il y a également la version longue d’Helter Skelter que tous les fans attendent, mais aussi des prises alternatives qui n’ont pas été intégrées dans les divers volumes d’Anthology. Et vu ce que ça a donné avec le coffret Sgt Pepper, je pense que les 117 € (sic) trouveront leur justification dedans plus que dans la remasterisation de l’album principal, remasterisation que je devine plate et sans saveur. Ce qui m’a gênée avec Sgt Pepper – je ne pardonnerai jamais à Giles Martin sa construction sonore d’A Day In The Life – pour le coup va peut-être moins me gêner avec le Blanc, tant on entre avec certaines compos de McCartney dans la loudness war. Une construction sonore plus plate me rendrait peut-être ses morceaux écoutables.

*

Bref, il me reste un mois et demi avant de passer une soirée entière avec le Mari à décortiquer ce coffret et à juger s’il était nécessaire ou non. Stay tuned.

Discographie sélective : 1998, année électrique

Étiquettes

, , , , , , , , , , ,

J’espère que vous passez un bon été et que vous avez célébré la deuxième étoile de l’équipe de France comme il se doit. En ce qui me concerne, je l’ai célébrée au frais à la maison et dans le plus grand des calmes. Parce qu’il y a déjà vingt ans, j’étais déjà saoulée par ce genre de petites choses :

Je l’ai beaucoup chanté à l’époque, mais rien que 20 secondes de cette chanson me donnent désormais de l’urticaire. C’est pour cette raison que, même si j’étais dans l’organisation du concert de Magic System, je n’ai pas cédé à la tentation de sentir la magie dans l’air…

Bref, aujourd’hui, on va s’intéresser à la ma discographie de cette année où on a cru a la concorde éternelle en France grâce à des types s’appelant Zinédine Zidane, Lilian Thuram ou encore Didier Deschamps. Mais en attendant, faisons un petit instant autopromo.

***

J’ai donc sorti cet été mon album de musiques religieuses, d’abord en digital, puis prochainement en physique, sous le pseudonyme de Peregryna. Ce sont des compositions que je développe depuis 2002 et, sans le secours moral de mes proches, elles n’auraient jamais vu le jour. J’ai donc l’honneur de vous les présenter ici :

https://open.spotify.com/album/3680U0GZnqyR4do0QeTiKp

*C’était l’instant autopromo*

***

Intéressons-nous maintenant à ces disques qui ont rythmé l’année de mes 15 ans et de mes premiers choix.

***

1 – Alain Bashung – Fantaisie militaire (janvier)

Après l’album Chatterton (1994), Alain Bashung entre en dépression et se sépare de son épouse. La visite de son ami et parolier Jean Fauque lorsqu’il était en maison de repos lui a permis de reprendre pied et a inspiré Au pavillon des lauriers. Très affecté par ce qu’il vient de traverser, Alain Bashung semble se disperser dans l’enregistrement de ses chansons – il travaille sur plusieurs chansons en même temps, alors qu’il ne se concentrait que sur une seule chanson à la fois sur Chatterton. Pourtant, selon les dires de ses collaborateurs, il semblait à l’affut du travail des autres et essayait d’assurer une bonne ambiance durant les enregistrements. Fantaisie militaire est donc un album crépusculaire, où se mêlent des thématiques sur la fin d’époque, la lutte contre les faux-semblants (La nuit je mens qui se moque de l’héroïsme à deux balles de certains déclarés résistants, etc) et des musiques inspirées par le trip hop – Adrian Utley, guitariste de Portishead, a participé à l’enregistrement de l’album – et la drum’n’bass.

2 – Madonna – Ray of Light (février)

Beaucoup de choses se sont passées depuis Bedtime Stories (1994), album plutôt pop mais faiblard par rapport à ce qu’elle avait l’habitude de sortir et qui lança donc des rumeurs de déclin. L’année 1996 a notamment été prolifique, avec la naissance de sa première fille et sa participation au film Evita, pour lequel elle avait pris des cours de chant. C’est donc auréolée de l’expérience de la maternité, de l’aube de la quarantaine et d’une nouvelle technique vocale qu’elle aborde Ray of Light, qu’elle produit notamment avec l’anglais William Orbit, déjà reconnu avec son travail sur Pop Satori (1986) d’Etienne Daho. Elle signe donc un retour canon avec 20 millions d’albums, chose qui ne lui était pas arrivée depuis True Blue (1986).

*

3 – Manu Chao – Clandestino (avril)

Album qui m’a beaucoup accompagnée durant mes voyages d’adolescente, j’avais compris dès l’époque l’intention de Manu Chao d’en faire un carnet d’errances – en l’occurrence, en Amérique du Sud. Depuis 1994 et la séparation de la Mano Negra en Colombie, Manu Chao pète les plombs et erre entre le Brésil, la Colombie et le Sénégal. Cela donne Clandestino, perçu au début comme une simple maquette. La plupart des radios musicales françaises refusent au départ de diffuser le single éponyme, dans la mesure où la chanson ne correspond pas au format d’une chanson qui passe à la radio. Cela ne va pas empêcher le succès de l’album – 3 millions d’exemplaires. Fort de ce succès, Manu Chao s’installe à Barcelone et tourne depuis avec son groupe Radio Bemba.

*

4 – Massive Attack – Mezzanine (avril)

15e meilleur album britannique de tous les temps selon le magazine Q en 2000, le troisième album des bidouilleurs trip hopeurs de Bristol a clairement imprégné la pop culture. Ce n’était pourtant pas gagné après le départ de l’emblématique Tricky après le remix No Protection (1995). A des fins promotionnelles, l’album a été placé quelques mois avant sa sortie officielle en téléchargement légal sur Internet. Bien plus sombre que Blue Lines (1991) et Protection (1994), qui s’alignaient davantage sur les canons de la musique électronique du début des années 1990 en termes d’ambiance, Mezzanine a clairement plus à offrir que le sur-utilisé Teardrop. Il est enfin à noter que pour ses vingt ans, l’album a été encodé dans des molécules ADN.

*

5 – Suprême NTM – Suprême NTM (avril)

Après Paris sous les bombes (1995), qui contenait des titres aussi mythiques que Qu’est-ce qu’on attend, La fièvre ou Pass pass le oinj et qui a valu une plainte de policiers qui se sont sentis agressés durant la tournée qui s’en est suivi, il fallait frapper fort. Toujours en colère contre la société, les deux acolytes de Bondy pondent un album en 1997 où l’on trouve déjà des indices de leur suite de carrière, Kool Shen avec IV My People et Joey Starr avec B.O.S.S. Avec des morceaux tels que Laisse pas traîner ton fils, Seine-Saint-Denis Style ou Pose ton gun, sans pour autant se calmer dans le débit, les propos des deux acolytes sont plus matures et plus posés. Cela leur permettra de vendre 800.000 exemplaires de l’album.

*

6 – Beastie Boys – Hello Nasty (juillet)

Quatre ans après Ill Communication qui contenait le cultissime Sabotage, après quelques EP contenant de vieux titres, des démêlés judiciaires avec leur label et la création pour MCA d’un festival en faveur du Tibet, Hello Nasty, cinquième album du groupe new-yorkais, entre dans le Billboard 200 après 681.000 ventes la première semaine. Le groupe accueille à cette occasion le DJ champion de DMC Michael Schwartz, aka Mix Master Mike, dans son sein, et collabore avec la chanteuse japonaise Miho Hatori et le chanteur de dub jamaïcain Lee Scratch Perry. L’album sera récompensé en 1999 par deux Grammy Awards : Meilleur album de musique alternative et Meilleure performance rap par un duo ou un groupe pour Intergalactic.

*

7 – Lauryn Hill – The Miseducation of Lauryn Hill (août)

Après avoir connu le succès avec les Fugees avec le mythique The Score (1996), et après la séparation du groupe en 1997, Lauryn Hill se lance dans la préparation d’un album avec le groupe new-yorkais New Ark. Ne voulant pas faire de contrat de travail et souhaitant se créditer seule sur l’album, elle eut des démêlés judiciaires avec le groupe et l’affaire se régla à l’amiable. Sur cet album-concept où elle joue durant des interludes la petite fille éduquée par un professeur (joué par Ras Baraka), on peut noter la présence de D’Angelo, Mary J. Blige et Carlos Santana. La plupart des chansons parlent de ses différends artistiques avec Wyclef Jean, mais aussi de sa décision de fonder une famille malgré un début de carrière tonitruant. Fort de son succès, The Miseducation of Lauryn Hill rafla 5 Grammy Awards en 1999 et passa devant Ray of Light.

*

8 – Zebda – Essence ordinaire (septembre)

Troisième album du groupe de musique  rock fusion toulousain, il est porté à la fois par le cultissime Tomber la chemise, qui remporta une Victoire de la meilleure chanson en 1999, mais aussi par la réputation sulfureuse de l’album précédent, Le bruit et l’odeur (1995). Toujours engagé politiquement, mais de manière festive, les paroles de l’album sont dédiées à Lounès Matoub. Le groupe a fait appel à la collaboration de comiques, que ce soit directement dans leur disque – Dieudonné sur Je crois que ça va pas être possible – ou dans leurs clips – Jamel Debouzze dans Tomber la chemise. L’album restera 89 semaines dans le Top 200, sera vendu à 600.000 exemplaires et a boosté du même coup les ventes de l’album précédent.

*

9 – Placebo – Without You I’m Nothing (octobre)

Après un premier album éponyme en 1996, le groupe voit partir son premier batteur, Robert Schultzberg, remplacé par Steve Hewitt. Brian Molko, dans les paroles de ce deuxième album, a voulu parler d’histoires d’amour qui finissaient mal, mais aussi de son adolescence luxembourgeoise et des menaces de mort laissées sur son téléphone sur le titre caché Evil Dildo. Beaucoup moins punk et torturé que Placebo, Without You I’m Nothing emprunte davantage dans le grunge, le rock alternatif, voire la musique électronique avec les loops entêtantes de Pure Morning. L’album reçoit un accueil critique assez bon dans l’ensemble et gagne en notoriété lorsqu’Every You Every Me fut utilisé sur la bande originale du film Sexe Intentions (1999).

*

10 – Fatboy Slim – You’ve Come A Long Way, Baby (octobre)

Après diverses expériences en tant que DJ à Brighton, mais aussi en tant que bassiste de jazz, Norman Cook entérine son identité en tant que Fatboy Slim avec ce deuxième album aux accents big beat et aux inspirations très sixties et seventies dans les samples utilisés – que ce soit avec la folk avec Right Here Right Now, le rock avec Rockafeller Skank ou la soul avec Praise You. Fort du succès de cet album – certifié plusieurs fois disque de platine, morceaux utilisés dans des dizaines de pubs et de séries –, Fatboy Slim fut invité par la ville de Brighton à créer un festival de plage gratuit dont le succès a dépassé l’entendement dès sa deuxième édition en 2002 (genre 250.000 participants là où on en attendait 60.000).

***

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Song’s Story’a #11 : Aguas de Março

Étiquettes

, , , , , , , , ,

J’ai lu très récemment un article sur la fin de vie un peu pitoyable que connaît actuellement celui qui a fait la popularité de la bossa nova, à savoir Joao Gilberto . S’il ne se produit plus depuis 2010, c’est à cause d’un affaiblissement physique et mental dû à son âge avancé (il a actuellement 87 ans). J’ai lu l’article comme s’il m’annonçait sa mort. Bref, je suis bouleversée de voir une de mes idoles finir de la sorte.

***

Je formule tous ces atermoiements pour vous parler d’une des chansons les plus populaires de la bossa nova, mais qui n’a pas été composée lors de son apogée initiée par Joao Gilberto (1931) et Antonio Carlos (dit Tom) Jobim (1927-1994) à la fin des années 1950, mais à la fin de l’âge d’or du style, par ce même Tom Jobim, en 1972. Le premier enregistrement connu de la chanson a été intégré dans un EP offert avec le numéro du mazagine O Pasquim de mai 1972 et n’a jamais été réédité.

Les paroles originales sont une succession d’images et ne suivent aucun récit. Il faut dire qu’au début des années 1970, entre les pressions de la dictature en place et des problèmes de santé, Tom Jobim n’était pas au mieux de son moral. C’est ainsi qu’en mars 1972, après une journée de composition pour l’album Matita Perê (1973), il se mit à écrire le premier brouillon de la chanson, alors qu’il était dans un état de fatigue avancée. Il en a fait la première représentation à sa famille le lendemain après-midi.

Si on analyse donc les paroles de plus près, on a une progression d’idées qui va de l’insignifiant (le bâton, la pierre, , le crapaud, la boue, la coupure dans le pied) à l’intensité de la mort (la chute de la falaise, la fin du chemin, le bel horizon), jusqu’à arriver au point central des eaux de mars (marquant le début de l’automne dans l’hémisphère sud où se trouve le Brésil), promesse d’une nouvelle vie.

Le premier enregistrement date donc de mai 1972 et est intégré dans l’EP O Tom de Antonio Carlos Jobim e o Tal de João Bosco, puis un autre enregistrement de Jobim a été intégré dans Matita Perê. Mais la version qui a véritablement popularisé la chanson est celle en duo avec Elis Regina (1945-1982) sur l’album Elis & Tom (1974). Cette version est celle qui fait autorité sur toutes les autres.

***

La popularité de la chanson a conduit, dès 1973, à en faire des versions internationales en diverses langues.

*

Anglais – Waters Of March

Tom Jobim, dès l’enregistrement de Matita Perê, a réfléchi à une version anglaise qu’il n’a pas intégrée dans la version brésilienne de l’album, mais dans la version internationale qui a été renommée Jobim.

En 1975, sur son premier album solo Breakaway, Art Garfunkel (1941) intègre une reprise de cette version :

*

Français – Les eaux de mars

Très influencé par le mouvement MPB – musique populaire brésilienne, l’album Déclaration (1973) de Georges Moustaki (1931-2013) contient notamment la première interprétation en langue française de la chanson. Moustaki se fit aider pour la traduction par Tom Jobim lui-même pour la traduction.

Je me souviens personnellement d’une reprise en 1995 de la chanteuse Atlantique Khanh – il me semblait que c’était Enzo Enzo au début. Elle est le pinacle de son 2e et dernier album connu en date.

*

Italien – La piogga di marzo

Pour conclure ce petit tour du monde de la chanson, notons l’adaptation italienne de la chanteuse Mina Mazzini (1940) en 1973. D’une grande popularité en Italie et au-delà, parfois gentiment moquée, elle est au fait de sa carrière lorsqu’elle enregistre Frutta e verdura, son 24e album en 13 ans de carrière. Elle avait déjà fait un album d’adaptations de chansons brésiliennes en 1970, ce n’est donc pas une aberration dans sa carrière qui couvre des styles pléthoriques et qui va au-delà de sa retraite de la vie publique en 1978.

*

Il y a une remarque à faire : personne ne dévie du style de la chanson de départ. Toute personne qui reprend la chanson le fait avec l’orchestration de départ, ce qui n’est pas courant dans le monde des reprises. Peut-être que la guitare de Tom Jobim, plus que la mélodie du chant, fait autorité.

***

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Mais t’es où ? Pas là !

Étiquettes

, , , , , , , , , , , , , , , ,

Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, ça va faire deux mois que je n’ai pas écrit. Et deux mois sans écrire, ça fait beaucoup, au point que je poste du Vianney. Mais ce n’est pas parce que je déserte ce blog que je déserte la musique, bien au contraire. Mais durant les mois d’avril et de mai, ce qui a été important, ce n’est pas tant la musique que j’ai écoutée que la musique que j’ai faite. Mais je ne peux rien dire pour l’instant.

Durant ces deux mois, j’ai vécu un passage personnel compliqué en vérité. Avoir 35 ans, ce n’est pas rien, mais c’est d’autant plus impressionnant quand tu t’apprêtes à réaliser un projet de jeunesse, un projet qui mûrit depuis 16 ans. J’ai dans un premier temps refusé cet anniversaire et cette échéance. Et puis le temps avançant, les soutiens aidant, j’ai pris ce qui m’arrivait à bras-le-corps. Bref, ce qui va arriver m’a déjà révolutionnée et j’ai hâte que vous voyiez le résultat.

***

Si je n’ai pas pu écrire pendant un bout de temps, c’est que j’ai appris la fin du site Ladies Room tel que je l’ai connu. J’avais commencé à écrire dessus le 16 avril 2008, soit il y a 10 ans. Et pendant ces 10 ans, j’ai parlé majoritairement de musique, mais ça m’a permis de me débloquer sur beaucoup de sujets. So long, Ladies, ça a été une superbe expérience avec vous toutes, mais comme dirait Jackie Quartz, la mort d’un amour donne naissance à un autre

***

Pendant ces deux mois, j’ai aussi écouté de la musique. De la musique qui m’a évidemment nourrie pour le futur projet, mais aussi de la musique qui a nourri mes relations humaines. Voici un petit tour d’horizon.

Nécrologies

Jacques Higelin (6 octobre 1940-6 avril 2018)

Même si je suis plus partisane et plus connaisseuse du répertoire de son fils Arthur, j’ai vécu la mort de Jacques Higelin comme une petite déchirure. En effet, à l’instar de Claude Nougaro, ce n’est qu’au moment de son décès que j’ai vu toute la richesse du répertoire du monsieur. Sa poésie et son énergie auront marqué 50 ans de chanson française pas forcément grand public – et c’est bien dommage. Dès l’annonce de son décès, je me suis penchée sur cet acte d’amour entre le père et son fils avec Le destin du voyageur.

*

Maurane (7 novembre 1960-7 mai 2018)

De son vrai nom Claudine Luypaerts, elle était une des seules chanteuses à voix qui ne me cassait pas les ovaires. Peut-être parce qu’elle inspirait réellement quelque chose de puissant dans son chant sans pour autant avoir une technique vocale de Castafiore, et je trouvais ça très rafraîchissant. Après avoir commencé à chanter dans la rue dès ses 15 ans, elle se fait repérer dans le spectacle Jacques Brel à mille temps en 1979, mais elle n’explose aux yeux du public quand elle succède à Fabienne Thibaud dans le rôle de Marie-Jeanne au sein de Starmania en 1988. Sa carrière se poursuit ainsi jusqu’en 2016, date à laquelle elle est opérée des cordes vocales. Elle tente un retour en mai 2018, juste avant sa mort d’une probable crise cardiaque, avec un projet de reprises de chansons de Jacques Brel.

***

Petites vieilleries

Michael Jackson – Human Nature (1982)

Cette année, pas encore de revival italo malgré la météo moite de ce mois de mai (chaud + humide), on commence tout juste le revival Beatles avec un topic Sgt Pepper en attendant une éventuelle remasterisation du Blanc par Gil Martin (et un coffret contenant ENFIN les démos d’Esher nettoyées). Mais par contre, on est sur un revival assez puissant de Michael Jackson, surtout Thriller et Bad. Peut-être parce que tonton beau-frère commence à faire écouter ces deux albums aux petits neveux, peut-être parce qu’on est proche du 15 mai et que c’est une manière de me rappeler de me rappeler du paternel qui a laissé 4 ans la cassette de Bad dans l’autoradio, bref, Michael Jackson de cinglé et ça ne fait même pas 10 ans qu’il est mort. Je n’ai donc aucune raison légitime de me lancer dans un tel revival

*

Catherine Lara – La rockeuse de diamant (1983)

Clairement, le projet que je développe est tout sauf rock, mais je me sens galvanisée par cette chanson au moment du développement. Et dire que tout ceci est parti d’une vanne dans mon orchestre concernant la plus jeune membre, née en 1990, et donc n’étant pas super au fait de la carrière de Catherine Lara (sachant que l’âge médian des membres dudit orchestre se rapproche dangereusement des 38 ans…).

*

René Aubry – Tree Song (1983)

Le multi-instrumentiste vosgien s’est fait connaître par ses diverses collaborations avec la chorégraphe Carolyn Carlson, suite à leur rencontre en 1978. Tree Song est inclus dans le ballet Blue Lady, qui fait suite à la naissance de leur enfant. Carolyn Carlson a voulu ainsi représenter les quatre âges de la femme, entre l’enfance, la « fleur de l’âge » (d’où est tiré Tree Song), la décrépitude et la vieillesse. Je réfléchissais tout à l’heure à mon soudain revival Michael Jackson, mais en fait :

Je fais juste un revival de mes 20 ans (entre 3 et 25 ans) en tant que danseuse ^^. Car tant Michael Jackson que René Aubry, Dead Can Dance ou Armand Amar ont servi de bande-son à mes divers cours de danse.

*

Ry Cooder – Paris Texas (1985)

Encore une fois, dans mon immense ignorance cinéphile, j’ai plus fantasmé le film de Wim Wenders par sa bande originale que je n’en ai apprécié la construction et l’image. Et, comme à chaque fois que j’adore la bande originale, je pense que je serai globalement déçue par le film. Mais c’est ainsi que j’ai découvert ce superbe joueur de slide qu’est Ry Cooder, bien que je connaisse davantage son travail avec le Buena Vista Social Club, puisque je m’y suis intéressée à l’époque.

*

Alain Chamfort – La fièvre dans le sang (1986)

Dernière petite redécouverte fondante directement venue des années 1980, la surprise Alain Chamfort rythme mon printemps à la faveur de la sortie de son dernier album. Ayant quitté son costume de Claude François Leader Price auquel il était dévolu en début de carrière, et à la faveur d’un Serge Gainsbourg qui a bien boosté son positionnement, Alain Chamfort a su garder une image très élégante largement alimentée par ses compositions eighties minimalistes. C’est à ce titre que, comme un adolescent, je déraille à l’écoute de cette chanson.

***

Les petites nouveautés

Ed Sheeran – Perfect

Ce n’est pas une nouveauté à proprement parler, mais JAMAIS je n’aurais pensé ces 15 dernières années que je m’énamouracherais à ce point d’un chanteur cheesy. Force est de constater que je suis à deux doigts de m’acheter Divide et que Perfect est devenu la chanson neuneu de l’amour de la saison. Je ne sais plus quoi faire pour trouver des chansons de la qualité de l’amour que je voue au Mari.

*

Greta Van Fleet – Highway Tune

La première fois que j’ai écouté ce morceau à la radio, je me suis dit : Quel excellent morceau de Led Zeppelin ! Preuve de ce que j’avance : même Robert Plant a adoubé ce groupe formé par une fratrie de Detroit qui a dû être biberonnée au son très sale qui fait du bien. Bref, moi qui me dit régulièrement que le rock est mort, je suis satisfaite de le savoir enterré trop vite.

*

Childish Gambino – This Is America

Ce morceau est clairement le hold-up du printemps 2018. Je ne suis pas clairement la carrière en tant qu’acteur de Donald Glover – aka Childish Gambino – à travers des séries comme Community et Girls ou des films comme Seul sur Mars ou Solo : A Star Wars Story, mais force est de constater que je me suis pris une sacrée claque avec ce morceau. Outre le clip qui fait beaucoup pour la popularité galopante du morceau, ça fait un bout de temps que je ne m’étais pas extasiée à ce point pour un morceau de rap.

*

Cesàr Sampson – Nobody But You

Contrairement au public européen qui a voté en majorité pour Toy de Netta, représentant Israël au concours de l’Eurovision 2018, j’étais du même avis que le vote des jurys de professionnels. En effet, j’estimais que Cesàr Sampson, représentant de l’Autriche audit concours, méritait de gagner. En effet, outre des qualités graphiques indéniables, je ne pensais pas écouter une chanson aussi bonne à l’Eurovision, temple du kitsch et de la démesure. D’ailleurs, ce concours a été pour une fois très sobre, et on s’y est fait très chier pour le coup.

*

Arctic Monkeys – Four Out Of Five

Que penser de Tranquility Base Hotel And Casino ? J’aurais aimé que cet album ne me laisse pas indifférente, même pour dire que c’est de la merde. Alors que clairement, ce n’est ni de la merde, ni l’album du siècle. C’est juste un bon disque d’ambiance que tu mets en arrière-plan pour une soirée estivale, mais qui n’ambiance pas assez pour faire de ta soirée une bonne soirée. Alex Turner cabotine comme jamais, mais derrière, la musique ne suit clairement pas. On regretterait presque Everything You’ve Come To Expect des Last Shadow Puppets, qui avait clairement une autre gueule en termes d’ambiance et qui était bien placé parmi mes albums de 2016.

***

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Discographie sélective : 1988, année des voyages

Étiquettes

, , , , , , , , , , , , ,

En 1988, j’avais 5 ans et je commençais à m’exprimer verbalement. C’est l’année où j’ai également commencé à pratiquer de manière régulière le chant et le piano. La musique a donc eu beaucoup d’importance à cette époque, que ce soit par le visionnage des clips sur M6, les samedis soirs après la messe à mater le Top 50 chez Mamie ou bien les cassettes que j’écoutais dans les diverses voitures. Bref, ma relation amoureuse avec la musique a réellement commencé en 1988.

1988, dans les esgourdes, ce sont les reliquats de 1987 (qui a donc été une année très riche), mais aussi beaucoup de disques de « voyages » qui ont été popularisés. Cette discographie sélective sera donc placée sous le signe du mouvement et des égarements de l’esprit.

***

1 – Cheb Khaled & Safy Boutella – Kutché (non précisé)

 

Si l’album est enregistré en 1986, ce n’est qu’en 1988 qu’il sort à l’international. Il est le fruit la rencontre entre le déjà très connu Cheb Khaled et le jazzman Safy Boutella qui procède aux arrangements et produit avec le réalisateur Martin Meissonnier. Kutche devient avec le temps l’album de la mutation de la musique raï qui quitte la sphère oranaise, puis algérienne, pour conquérir le monde à force d’arrangements jazz et pop. Kutché a été nommé ainsi, car le mot arabe vient de l’espagnol coche (voiture) et désigne la carriole traditionnelle qui transporte les personnes.

*

2 – Soldat Louis – Première bordée (non précisé)

Si Du rhum et des femmes est sorti dans le contexte du grand tube de Licence IV Viens boire un petit coup à la maison – et donc a été pris comme une vulgaire chanson à picole –, le reste du premier album du groupe morbihannais fondé par Serge Danet et Renaud Detressan aka Gary Wicknam (petit-fils du barde Théodore Botrel) donne le ton du groupe, à savoir reprendre les thématiques des traditionnels chants de marin. Le groupe, par des paroles extrêmement vulgaires, arrive quand même à vendre 750.000 exemplaires de ce premier album et à maintenir une carrière constante depuis 30 ans.

*

3 – Tri Yann – Le Vaisseau de pierre (non précisé)

Sur fond d’instrumentations traditionnelles mêlées aux orchestrations pop telles qu’on puisse les connaître dans les années 1980, les trois Jean de Nantes et leur équipe ont décidé de conter une aventure fantastique sur tout un album. Cet album-concept est basé sur la bande dessinée éponyme sortie en 1976, scénarisée par Pierre Christian et dessinée par Enki Bilal.

*

4 – Pixies – Surfer Rosa (mars)

Premier album du groupe américain mené par Franck Black, il contient le cultissime Where Is My Mind et a, lui aussi, servi d’inspiration à tout ce que la scène alternative des années 1990 a pu générer – au point que Kurt Cobain avait exigé le producteur Steve Albini pour produire In Utero (1993). Ce qui a inspiré ce beau petit monde, c’est un mélange entre mélodies très pop et sons saturés, tout en abordant des thématiques comme l’errance, la mutilation ou le voyeurisme. On est clairement sur de la très bonne ambiance.

*

5 – Mylène Farmer – Ainsi sois-je (avril)

A ce jour, Ainsi sois-je…, deuxième album de la mystérieuse Canadienne, a été vendu à 1.8 million d’exemplaires. Si la plupart des chansons sont signées Farmer-Boutonnat, elle adapte aussi dans cet album un texte de Charles Baudelaire (L’Horloge) et le Déshabillez-moi de Juliette Gréco. Entre évocations érotiques qui ont fait beaucoup de mal à la perception du XVIIIe siècle français – et je ne lui dis pas merci – et expressions du désespoir jusqu’au suicide, cet album a su trouver un public à l’époque ado/adulescent dont la seule concurrence venait d’Indochine.

*

6 – Etienne Daho – Pour nos vies martiennes (juin)

Surfant sur le succès de ses albums précédents La Notte La Notte (1984), Tombé pour la France (1985) et Pop Satori (1986), Etienne Daho réenregistre à Londres des titres entre la pop de ses débuts (Bleu comme toi) et des titres plus influencés par la noisy pop anglaise plus mélancoliques, tels que Des heures hindoues. Encore une fois, c’est un succès phénoménal qui lui permet de produire beaucoup d’albums d’artistes tels que Lio ou Daniel Darc dans les années qui suivront.

*

7 – Patti Smith – Dream of Life (juin)

Après le succès qu’elle connaît entre 1974 et 1979 avec le Patti Smith Group, elle profite de son mariage avec Fred Sonic Smith en 1980 et de la naissance de ses deux enfants pour prendre une semi-retraite. Elle revient donc après la naissance de sa fille avec un album composé par son mari où ses textes reviennent avec d’autant plus de force. En témoigne l’hymne People Have The Power, repris en diverses occasions par Bruce Springsteen et U2. Malgré tout, Patti Smith n’a fourni de performance live de cet album qu’à partir de décembre 2006.

*

8 – Kylie Minogue – Kylie (juillet)

Ayant déjà une longue carrière d’actrice derrière elle en Australie (elle commence en 1979 dans des soaps, mais resta longtemps dans l’ombre de sa petite sœur Dannii, chanteuse dans l’émission Young Talent Time), sa notoriété ayant décollé avec la série Neighbours qu’elle intègre en 1986, Kylie Minogue reprend The Loco-Motion pour un gala de football en 1987 et obtient un succès fou. Par la suite, elle monte à Londres pour rencontrer des producteurs qui lui écrivent I Should Be So Lucky, puis un album qui devint le plus vendu en Angleterre durant l’année 1988. Elle réussit par la même occasion à conquérir le monde entier, explosant des records de vente en Asie et s’intégrant dans le Billboard Hot 100.

*

9 – Maxime Le Forestier – Né quelque part (octobre)

Après des débuts fulgurants en 1972 avec Mon Frère qui devint la bande-son de toute une génération et avoir poursuivi une carrière honorable durant toutes les années 1970, ses albums connurent un passage à vide durant une dizaine d’années. Durant ces années, non seulement il a sorti des albums (notamment Les Jours Meilleurs en 1983) et a écrit des chansons pour Julien Clerc, mais juste, il n’avait pas de succès. Ce n’est qu’en 1988 qu’il revient sur le devant de la scène, avec cet album moins ancré dans les sonorités 1980 qu’il avaient adoptées, mais qui retourne à des racines plus folk qui avaient fait sa marque de fabrique à ses débuts. Cet album est porté par les titres Né quelque part (1987) et la reprise du ségatier mauricien Claudio Veeraragoo Ambalaba, et s’est vendu aujourd’hui à 600.000 exemplaires (ce qui est réellement un marqueur du renouveau de la carrière de l’artiste).

*

10 – Traveling Wilburys – Traveling Wilburys vol. 1 (octobre)

C’est l’histoire de deux (George Harrison et Bob Dylan), puis cinq copains (avec Roy Orbison, Jeff Lyne et Tom Petty) qui ont décidé de faire un single à l’arrache pour Harrison. Le single n’ayant pas été retenu par les producteurs, le single est devenu un album qui a été enregistré chez Dave Stewart. Sur le même principe que les Ramones, chacun s’est trouvé une nouvelle identité l’intégrant à la famille Wilbury. L’album est devenu un succès et en a appelé un autre, Traveling Wilburys vol. 3 (1990), qui eut moins de succès car Roy Orbison était décédé entre temps.

***

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Discographie sélective : 1978, année d’essoufflement

Étiquettes

, , , , , , , , , , , ,

L’année 1977 ayant été marquée l’explosion au grand public des styles punk et disco, il fallait bien une année de calme relatif après cette tempête. Ce n’est pas pour autant qu’il faut bouder son plaisir et balancer tout de go que 1978 ne marque pas une année formidable pour la musique. Je dirais même qu’en termes de styles, cette sélection regroupe tout de même bien plus de styles que je ne l’aurai pensé et ça me fait chaud au cœur.

Qu’est-ce qu’on y retrouve ? Du romantisme suranné, la naissance de l’électro plus trop dansante, de la comédie musicale, de la naissance d’icônes et du retour un peu limite. Allez, c’est parti.

***

Malicorne – L’extraordinaire tour de France d’Adélard Rousseau, dit Nivernais la clef des cœurs, compagnon charpentier du devoir (non précisé)

Drôle de carrière que celui de ce groupe fondé par le couple (à cette époque) Gabriel et Marie Yacoub, Hughes de Courson et Laurent Vercambre. A force de déterrages de chansons traditionnelles et d’albums-concepts, comme ce cinquième album qui présente un Tour de France de compagnonnage à travers les chansons de diverses régions, ils ont réussi à surfer sur le renouveau des musiques folkloriques dans la France des années 1970.

*

Michel Polnareff – Coucou me revoilou (non précisé)

Contraint à l’exil depuis 1973 et une mésaventure fiscale, Michel Polnareff s’enfuit vers Los Angeles où il compose des musiques de films. Son sixième album Coucou me revoilou, son premier album en français, marque son retour en France pour son procès pour fraude fiscale, après  le single Lettre à France publié en 1977. Malgré tout, cet album connaît un relatif échec, et sera qualifié par le chanteur d’ album crasse.

*

Grease (bande originale) (avril)

Le film Grease étant construit comme une comédie musicale, sa bande originale connut un succès tout aussi conséquent avec 28 millions d’albums vendus. 7 des 24 chansons sont chantés par le couple phare John Travolta et Olivia Newton-John, tandis que 16 autres sont chantés par le groupe Sha Na Na qui joue également dans le film. La chanson d’ouverture est interprétée par une personne extérieure au film, Frankie Valli, et tranche un peu, par son ambiance disco light, avec le revival fifties du film.

*

Kraftwerk – Die Mensch-Maschine (mai)

Forte de succès tels que AutoBahn (1974) ou Trans-Europe Express (1977), le quatuor électronique allemand amorce avec Die Mensch-Maschine les prémices de ce qui deviendra la new wave telle qu’elle a été popularisée dans les années 1980. Si le son de cet album est toujours aussi électronique et minimaliste, une chanson telle que Das Modell montre une facette moins angoissante et plus « dansante ».

*

The Rolling Stones – Some Girls (juin)

Sur ce quinzième album studio, le premier qui intègre officiellement Ron Wood dans l’équipe, le groupe londonien essaie de résister à la fois à la vague punk et disco tout en réimplantant le bon blues rock qui a fait sa renommée. Peine perdue : Miss You est clairement dans l’air du temps, tandis que les autres chansons sont « noyées » devant le succès du single.

*

Devo – Q: Are We Not Men? A: We Are DEVO! (août)

Premier album du groupe américain, qui se fit connaître avec le court-métrage The Truth About De-Evolution (1976), il fut enregistré à Berlin sous la direction de Brian Eno. Il contient les tubes Jocko Homo et Mongoloïd ainsi que la reprise minimalisme d’(I Can’t Get No) Satisfaction. A la suite de cet album, la formation abandonnera l’instrumentarium rock traditionnel pour se tourner vers les claviers en formation live.

*

Luc Plamondon et Michel Berger – Starmania ou La passion de Johnny Rockfort selon les évangiles télévisés (septembre)

Si la comédie musicale a été montée en live le 10 avril 1979, l’album est sorti dès septembre 1978 et connut des critiques mitigées, reprochant une narration trop hachée. Il est vrai que si les histoires d’amour parallèles entre les personnages sont très lisibles même en audio, la dystopie qui comprend un monde violent et dominé par la télévision est difficilement compréhensible sans la mise en scène ni le jeu des acteurs. Quarante ans après, Starmania reste la comédie musicale francophone la plus représentée au monde.

*

Blondie – Parallel Lines (septembre)

Troisième album studio du groupe américain mené par Debbie Harry, il reste l’abum le plus populaire et le plus vendu du groupe, puisqu’il est vendu à 20 millions d’exemplaires. Il tire son point de départ d’un poème de la chanteuse qui n’a jamais été diffusé à ce jour. Il marque surtout un revirement pop du groupe, puisque la formation depuis ses débuts en 1974 était davantage influencée par le punk.

*

Dire Straits – Dire Straits (octobre)

Premier album de la formation britannique menée par les frères David et Mark Knopfler, il arrive à contre-courant et marque le retour d’un rock devenu traditionnel. Alors journaliste, Mark Knopfler se fait présenté durant l’été 1977 par son frère David le bassiste John Illsey. Etant tous dans une situation financière critique, ils ont décidé d’en faire le nom du groupe et par conséquent du premier album, enregistré après que l’animateur Charlie Gillett diffuse en boucle durant la fin d’année 1977 Sultans Of Swing dans son émission Honkey Tonk, sans en avertir le groupe. Ce titre fera la popularité de l’album à suivre dans toute l’Europe.

*

Jean-Michel Jarre – Equinoxe (novembre)

Après avoir commencé en écrivant des musiques de films et des albums pour Christophe au début des années 1970, Jean-Michel Jarre remporte un premier succès en 1976 avec l’album Oxygène où, fortement influencé par son grand-père co-inventeur de tables de mixages pour la radio française et par Kraftwerk, il crée une symphonie de sons synthétiques. Equinoxe se situe sur la même lancée : il a voulu synthétiser dans cet album une ballade durant les 24 heures de la journée. Suite à cet album, il fit un concert le 14 juillet 1979 sur le Champ de Mars (Paris) et réunit 1 million de personnes.

***

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Un hiver 2018

Étiquettes

, , , , , , , , , , , ,

Ce début d’année 2018 a été, comment dire… bizarre. Entre le GROS coup de mou du mois de janvier et les frimas de février, on va dire que ce n’était clairement pas la fête. En plus, le vol de mon portable et le fait de se faire remplacer par l’ancien qui décharge bien trop vite a considérablement fait baisser ma consommation musicale. Mais je compte sur le #30DayMusicChallenge que je vais faire désormais traditionnellement au mois de mars, le retour du printemps et la découverte d’un spot de karaoké bien vénère pour équiper mes cages à miel au mieux.

Bref, trêve de plaisanterie, on passe au vif du sujet.

***

La petite nouveauté fondante : Paul Plexi – Pourquoi tu me regardes de haut

Depuis la victoire à l’émission Nouvelle Star en 2016 de Patrick Rouiller, AKA Paul Plexi, j’attendais frénétiquement les aventures phonographiques du petit Suisse fondant. Las ! Viré de sa maison de disques pour causes de divergences artistiques, il a décidé de sortir en juillet 2017 l’EP Prototype. Résultat : un Bashung avec une voix plus riche et ce n’est pas pour me déplaire. La ressemblance avec l’artiste disparu va jusqu’à embaucher le parolier Jean Fauque (qui a donc écrit Osez Joséphine, Ma petite entreprise, La nuit je mens, etc.) et le mixeur Mitch Olivier. Bref, ça n’invente pas l’eau chaude, mais ça fait plaisir.

*

Le cadeau de Noël : Metallica – Orion

Le Mari, dans son souci d’exhaustivité propre à notre discothèque, a décidé de me refaire l’intégrale de Metallica en physique. Après Hard Wired… To Self Destruct en 2016, il m’a offert la réédition de Master Of Puppets (1986). C’est ainsi que j’ai redécouvert ce petit bijou instrumental qu’est Orion, 8’19 » de mélange entre riff bourrin caractéristique du groupe et inspiration psychédélique. Preuve que les mecs sont un minimum cultivés et savent rendre le culte aux anciens. Ce morceau a été composé par le bassiste Cliff Burton – d’où les morceaux de bravoure à la basse –, qui est tragiquement décédé le 27 septembre 1986 des suites d’un accident de bus lors de la tournée du groupe en Suède, à l’âge de 24 ans.

*

Le petit vieux inspirant : Mark Knopfler – Postcards From Paraguay

Mon amour pour Dire Straits n’est plus à prouver, mais il est vrai que j’ai du mal à suivre la carrière de Mark Knopfler en solo. Et un soir de janvier, Spotify me glisse ce petit morceau issu de l’album Shangri-La (2004) de la manière la plus random possible. Je gueule un peu sur le côté aléatoire de l’app en version gratuite, mais j’avoue que là, j’ai été séduite.

*

La madeleine de Proust : Status Quo – Rockin’ All Over The World

En rotation lourde sur Oüi ce mois de janvier 2018, ce morceau de 1978 me rappelle le temps où j’écoutais de la super musique avec mon parrain, le temps où il n’avait pas remisé sa platine au grenier pour cause d’utilisation massive de Spotify. Bref, le bon temps… *Pas d’inquiétude, je vais avoir 35 ans à la fin du mois, d’où mon côté vieille connasse qui ressort*

*

Jingle Jangle dans mon cœur : R.E.M. – Me In Honey

Avant de reprendre les cours ce 8 janvier 2018, nous nous sommes payés un coup de nostalgie enfantine avec le Mari. Grand fan de Roger McGuinn et de tout qui s’en inspire, il avait logiquement apporté Out Of Time (1991) dans la discographie conjugale. Moi qui connaissais cet album qu’en cassette, à force de l’écouter en boucle avec ma sœur, me suis mise à tout chantonner dans l’appartement. Et heureusement que nous avons pris cette dose de légèreté et de jingle jangle, étant donné ce que nous avons dû affronter l’un et l’autre au mois de janvier.

*

La redécouverte : Shake Shake Go – England Skies

Cette chanson, sortie en 2014, ayant passé en boucle sur Oüi en 2015-2016, je n’y avais pas prêté une oreille plus attentive que cela. Maintenant que la programmation a considérablement évolué sur l’antenne, la redécouverte du morceau un soir mélancolique de janvier 2018 a été d’autant plus conséquente. Le groupe franco-gallois, qui a fait la première partie de Rodrigo Y Gabriela en 2014, ne semble pas donné de signe de vie depuis la sortie de leur album All In Time en 2016.

*

Le petit taquet derrière la tête : Gaël Faye – Paris métèque

Je misais tout sur Eddy de Pretto durant ces Victoires de la Musique, quand certains contacts s’excitaient sur Gaël Faye. Je n’avais pas lu Petit pays ni eu la curiosité de jeter une oreille sur l’album du même nom sorti en 2017. J’avoue, mal m’en a pris et je demande sincèrement pardon pour cette erreur de jugement.

*

L’instant guimauve : Yoko Ono & John Lennon – Hard Times Are Over

Parce que, comme je l’expliquais, janvier et février 2018 ont été plutôt lourds d’un point de vue personnel, j’ai préféré conjurer le sort en dédiant au Mari et moi-même une exhortation à sortir la tête de l’eau et à ne pas se laisser submerger par le marasme dans lequel nous étions entraînés. Il me semble que c’est dans ce même esprit que John et Yoko ont décidé de clore ce double album du retour (pas si) raté qu’est Double Fantasy (1980).

*

L’éclair de génie : George Harrison – Dark Horse

Autre magnificence dans l’adversité, j’ai été très inspirée par ce titre de 1974 où George Harrison traverse une passe difficile, entre sa femme qui le quitte pour son meilleur ami (Rico C., on t’a vu venir) et une extinction de voix (d’où cette voix pourrie). Malgré tout ça, il arrive à sortir un super album en méditant toute cette guigne. Je savais que George Harrison avait le don de tout relativiser avec ses chansons, mais là, cela relève du génie.

***

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Une chanson d’amour se doit-elle d’être en guimauve ?

Étiquettes

, , ,

Pour ma cinquième St-Valentin en couple, j’ai voulu faire une petite enquête sur ce que les sociétés ou les mécanismes de marketing pouvaient vendre au peuple en termes d’expression des sentiments amoureux dans le couple. Car le sentiment amoureux s’est toujours vendu de manière artistique : je vous invite à vous pencher sur des classiques de la littérature antique tels que Lysistrata d’Aristophane ou les Métamorphoses d’Ovide, en passant par le Cantique des Cantiques pour vous rendre compte que l’art d’être amoureux ne date pas d’hier.

*

Ceci étant posé, en musique, nous avons de véritables échantillons sonores de chants d’amour parvenus jusqu’à nous depuis le XIIe siècle et la prolifération des ménestrels, trouvères et autres troubadours. Mais c’est surtout la perspective du consentement des deux époux lors de l’union entérinée par le concile de Latran en 1215 qui a permis de développer dans les arts les représentations de l’amour courtois. Autrement dit – du moins dans les milieux nobles – même si les mariages souffrent toujours d’un petit arrangement à une étape ou à une autre, il faut désormais séduire la personne avec laquelle le mariage est arrangé.

C’est ainsi qu’on se retrouve avec des chanteurs-conteurs professionnels qui, non seulement content les exploits des nobles qui les emploient, content également les sentiments. Et il se peut même que certains princes se spécialisent dans la poésie, tels que Alphonse X « Le Sage » de Castille (1221-1284) ou le compagnon d’armes de saint Louis Thibauld de Champagne (1201-1253).

*

Dès le début de la période classique « académique », qui court de la Renaissance au début du XXe siècle, où la musique populaire n’a pas autant d’audience que telle qu’elle l’a depuis les années 1950, la musique s’est mise à se muter pour exprimer les différentes émotions. Et l’amour n’est pas exempt de ses carcans stylistiques dans sa représentation en musique. Faisons une étude de cas avec l’un des musiciens académiques les plus populaires à l’heure actuelle, j’ai nommé W. A. Mozart. Prenons l’une de ses sérénades les plus connues : Voi che sapete che cosa e amor, issue des Noces de Figaro.

Prenons maintenant Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen, plus connu sous le nom d’Air de la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée, où la Reine est bien vénère, puisqu’un vilain en veut à sa fille et elle lui demande de le tuer avec un schlasse qu’elle lui tend.

Force est de constater qu’on passe clairement d’un air calme, voir charmeur dans le premier exemple, où Chérubin susurre la volupté du sentiment amoureux, à un gros morceau de doom avant la lettre dans le deuxième exemple où la Reine de la Nuit fait une performance digne des screamers.

*

Nous avons donc maintenant la démonstration que, pour faire passer des émotions diverses en musique, il est nécessaire de suivre des canons de création bien précis. Et cela, la musique populaire depuis les années 1950 l’a bien compris. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des chansons évoquant l’amour telles que :

ou bien ça :

ou enfin :

Et je me dis :

Oui, pourquoi est-on obligé de taper dans les schémas musicaux les plus sucrés et de surcroît les plus écœurants – en français dans le texte, pas en canadien – pour chanter le magnifique pouvoir de l’amour ? Pourquoi a-t-on autant besoin de guimauve dans une chanson d’amour, alors qu’il y a de très belles chansons d’amour punk comme par exemple ça :

ou encore ça :

Je pense sincèrement que la plupart des chansons d’amour sont faites pour être des produits de consommation, à l’instar de ce que la publicité, les œuvres de fiction ou le bruit médiatique présente au public comme étant de l’amour. C’est ça qui est terrible, au final : je crois même que l’amour est le seul sentiment qui soit marketé de la sorte. La haine, la peur, sont des instrumentation de manipulation politique, alors que l’amour est devenu un argument de manipulation commerciale.

Ce qui me fait un peu tiquer, à ce propos, ce sont toutes les playlists et les programmations des radios aux abords du 14 février. J’ai l’impression de militer contre quelque chose qui paraît « naturel » à la plupart de mes contemporains, alors que j’ai le droit de dire au Mari que je l’aime. Mais quand on dit qu’on s’aime, ça sonne plutôt comme ça :

ou comme ça :

Je crois que la personne la plus pertinente pour exprimer mon sentiment quant à cette mascarade qu’est l’amour, c’est Dalida quand elle éconduit Alain Delon :

Et ce qui est très intéressant, finalement dans cette chanson, c’est qu’elle reprend EXACTEMENT le schéma typique d’une chanson d’amour pour se foutre de la gueule des codes. Comme Friday I’m In Love, faussement candide et neuneu, accentue à quel point l’amour tel qu’on nous le vend nous rend cons. Et pour vous donner la démonstration ce que je vous dis, voici la même chanson, version premier degré.

*

Bref, l’amour est beau, noble, tout ce que tu veux, le dire en musique est la chose la plus belle qui soit, mais quand même, il ne nous rend pas nazes au point de citer Céline Dion dans ce texte. Sur ce, je vous laisse, j’ai une Saint Valentin à boycotter.