Jake Bugg, petit garçon devient grand

Mots-clefs

, , , ,

th

Ce dimanche de rentrée, le Mari a glissé dans le mange-disque conjugal Hearts That Strain, le nouvel album de Jake Bugg. Le blister a été ouvert avec appréhension, tant le premier extrait How Soon The Dawn nous rendait plutôt circonspect quant à la cohérence de ce qu’on était en train d’écouter. Il faut dire qu’on était très peu habitués à voir le brave petit autrement qu’en tirant la gueule dans ses clips.  Là, il est en mode lover en train de faire une bataille de polochon sur un lit.

Et puis l’écoute de l’album survint. Un bijou. Une beauté. Cet album, enregistré à Nashville, a été supervisé à la production par Dan Auerbach (fondateur des Black Keys et producteur très inspiré). Il n’y a pas un gramme de cet album à jeter, tant dans l’écriture des textes que dans l’arrangement des mélodies où RIEN ne dépasse ou ne sonne faux, pas un violon, pas un piano en trop. Et ça fait tellement de bien, d’entendre un album cohérent de bout en bout, que j’en ai pleuré plusieurs fois de joie durant l’écoute (comme je pleure actuellement en écoutant le morceau-titre de l’album).

SAUF QUE Hearts That Stain s’est fait démolir par le NME. En cause, une production que n’aurait pas démenti James Blunt. Le gamin tellement brut de décoffrage qui chantait Lightning Bold se laisse à faire du sentimentalisme ? Quelle hérésie ! Il avait trouvé son style dylanien à 18 ans, pourquoi il s’emmerde à aller enregistrer avec des musiciens de country une espèce de truc qui ne lui ressemble même pas ? Il est manipulé par sa maison de disques, il faut le sortir de là, putain !

Réfléchissons ensemble : sur ce premier album éponyme sorti en 2012, comme sur Shangri-La, il n’a composé aucune des mélodies qui ont été adjointes à ses textes. Il ne s’est mis à la composition que depuis One My One (2016), album bien plus bordélique que les deux précédents, où Jake Bugg se lance même dans l’auto-production sur certains titres. D’où ce résultat totalement incohérent, issu du cerveau d’un jeune homme qui appréhende la vingtaine d’années avec beaucoup trop de questions à résoudre. Et le NME le dit manipulé par sa maison de disques ? Faut pas déconner.

Jake Bugg (2012) a eu deux effets kiss cool : il a permis d’une part de révéler davantage ce petit garçon d’à peine 18 ans qu’était Jake Kennedy, découvert en 2010 par le biais de la plateforme BBC Introducing. Il a d’autre part malheureusement enfermé dans un style folk et brit-pop ce petit garçon qui se pensait un petit peu plus moderne et ouvert à d’autres sonorités. Faute d’expérience, l’album reste cohérent, assez brillant en termes de songwriting, mais assez immature dans l’ensemble.

Il enchaîne avec Shangri-La (2013), deuxième album à succès alors qu’il n’a pas encore atteint la vingtaine d’années. Même si le style commence à évoluer vers un peu plus d’expression de ses propres émotions, ce n’est toujours pas lui qui compose ses chansons qui restent péchues et successfull. Il est toujours épaulé par Iain Archer, compositeur et chanteur des Snow Patrol. C’est alors que Noel Gallagher, qui s’est élevé en mentor du petit au point de le prendre en première partie des High Flying Birds, s’est d’ailleurs étonné de cet état de fait. Pour lui, un gamin aussi talentueux que le petit Jake n’a pas besoin de compositeur pour exprimer tout ce qu’il a à exprimer.

Cela a fait réagir Jake. Alors qu’il vient de sortir deux albums en deux ans et qu’il fait des tournées à ne plus finir, il prit le temps de retrouver ceux qui lui étaient le plus cher et qui lui manquaient et de vivre un peu avant de retourner en studio avec ses propres compositions. Cela donne l’album On My One (2016). Soit un subtil mélange :

  • de conscience de soi très épurée,

  • de relations amoureuses compliquées,

  • et enfin d’expérimentations que je trouve assez bien trouvées.

Le Jake Bugg compositeur est donc bien plus riche qu’on ne l’aurait pensé, et forcément, ça déroute. Il s’en prend plein les gencives à cause de ses expérimentations blues et musiques urbaines, qu’on estime ne pas être de son ressort artistique. Je n’aurais personnellement qu’un seul reproche à faire à cet album : il n’est pas très cohérent, non pas parce qu’il exprime toutes les potentialités artistiques de Jake Bugg, mais parce que la production est très aléatoire. La chanson Ain’t No Rhyme, par exemple, aurait gagné à avoir un putain de bon producteur pour donner plus de dynamique à un morceau en soit honorable, mais un peu mollasson.

Sur Hearts That Stain, Jake Bugg a 23 ans et apprivoise cette intériorité qui lui fait se poser beaucoup de questions. C’est la particularité du jeune homme : il est tel le Mari et moi-même, à l’écoute de son monde intérieur au point d’oublier que le monde existe. Cela donne des interviews parfois très bizarres (J’ai assisté à 7 concerts dans ma vie = la plupart, il les a suivis des coulisses…) et des moments de non-partage avec son public lors des concerts (Qu’est-ce que je fous là ? Qui sont tous ces gens ? Pas bonjoir, rien).

Ce qui m’a touchée personnellement, c’est qu’à force d’apprivoiser son intériorité, il en fait des chansons de plus en plus belles, de plus en plus léchées, de plus en plus génératrices d’émotions. Il a dû négocier avec Dan Auerbach pour trouver cet équilibre du mixage. Il a dû discuter avec les musiciens pour aboutir à de telles partitions (même s’il avoue n’avoir rencontré Noah Cyrus qu’après l’enregistrement de leur duo Waiting…). Il n’est pas encore l’artiste qui a montré sa pleine potentialité, mais il est sur la bonne voie.

Bref, Jake Bugg grandit et se développe sous nos yeux. Attendons encore quelques années pour qu’il devienne l’un des plus grands artistes de ce début de XXIe siècle.

Publicités

Pardon, Radiohead

Mots-clefs

, , , , ,

Nous sommes le jeudi 20 juillet 2017, et je suis en état de choc. Je ne sais pas si c’est d’avoir appris dans la soirée le suicide de Chester Bennington, chanteur de Linkin Park, à l’âge de 41 ans. Alors oui, la qualité de leurs compositions est discutable, mais ce groupe a quand même bien influencé mes débuts d’études secondaires avec Hybrid Theory (2000) et le stratosphérique Meteora (2002).

chester-benningtonBon, ceux qui ont vu la prestation du groupe au Download Festival au mois de juin 2017 rapporte quelque chose entre la moquerie et la torture auditive. Cela n’empêche qu’à l’instar de feus Max Gallo et Alain Decaux ont ouvert la voix à beaucoup d’historiens à l’heure actuelle, Linkin Park a été une porte d’entrée à une certaine frange d’un métal plus mélodique, et nous devons saluer à ce titre la mémoire de Chester Bennington.

*

Bouleversée par cette nouvelle, je me suis mise à regarder en replay le concert de Radiohead au Lollapalooza de Berlin en 2016 diffusé samedi 15 juillet sur Arte. Je pensais me retrouver dans une ambiance chiante ou mortifère. Et mon Dieu, qu’est-ce qui se passe ? J’écoute du free jazz, des chansons incarnées, menées par un groupe incarné et un Thom Yorke à rebours de l’apathie dont mon jugement l’avait affublé. Bref, j’ai eu l’impression que j’ai gâché 20 ans de ma vie à dénigrer 20 ans de la carrière d’un des meilleurs groupes du monde.

téléchargement

J’avais reproché au groupe de m’avoir fait revivre une période que je considérais comme dorée dans ma vie avec OK Computer OKNOTOK, soit des chansons écrites il y a 20 ans, donc supposément meilleures que celles écrites depuis. Et ce soir, je suis telle celui qui s’est engagé dans les ordres à 16 ans, qui défroque à 35 ans et qui s’aperçoit de tout ce qu’il a loupé durant ces années d’abnégation. Il se sent très con lorsqu’il rend son premier baiser, mais surtout il médite tout ce que ses camarades qui ont établi une autre vie avec un autre rapport aux autres et au plaisir lui ont raconté durant toutes ces années. Comme lui, je comprends ma connerie ce soir.

J’en conclus une chose : écouter Radiohead est un plaisir, mais, selon la période à laquelle on a été initié à son répertoire, cela implique d’avoir vécu certaines choses. Radiohead, en général, est la bande-son d’une adolescence et de ses questionnements. Tout dépend donc quand tombe son adolescence – pendant OK Computer pour moi donc. Je discutais de ces atermoiements avec un ami qui a eu, quant à lui, 14 ans au moment de Kid A (2000) et qui a eu du mal à envisager la carrière de Radiohead avant.

Dans notre vie, il y a donc un avant et un après Radiohead. On a tendance par la suite à haïr le reste de la carrière du groupe, parce qu’elle ne correspond pas au référencement avec lequel on l’a situé dans notre vie. Je n’avais pas le référencement émotionnel pour supporter les bidouillages sonores bien plus élaborés que je ne le pensais jusqu’à ce soir, comme mon ami n’était pas ouvert à la mélancolie acoustique jusqu’à acquérir l’âge adulte.

Car pour envisager la carrière de Radiohead dans son ensemble, il faut acquérir l’âge adulte. Il peut mettre du temps à venir, comme je viens d’en faire l’expérience ce soir. Il implique d’être serein dans ses phases de régression adolescente, au point de puiser dans cette régression pour voir le chemin parcouru et l’apprécier à sa juste valeur. Moi qui reprochais encore hier au groupe de me faire revivre un âge doré avec I Promise, je viens de réaliser que je suis passée à l’âge adulte en appréciant le concert de ce soir. Et ça m’a fait un choc, tant finalement tout coulait de source.

Ce soir, je demande donc pardon à Radiohead, comme je demande pardon à moi-même d’avoir pensé que ma construction vers ma vie d’adulte n’avait pas été un bienfait.

Italo Saga #2 : Italo house & dance

Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , , ,

Deuxième volet de la saga de l’été 2017 (qui vient à peine de commencer mais qui va me paraître trèèès court), après le disco, intéressons-nous au mouvement dance venu d’Italie. Cette fameuse musique encore plus fabriquée au kilomètre qui a encore plus pollué mon univers sonore avec son cousin germain l’eurodance.

Mais attention : comme l’indique le titre, on n’est pas passé directement du disco à la dance en 1987. Non, le mouvement italo a connu ensuite deux mutations qui se sont faites successivement, voire en même temps. Et même la house et la dance, qui se sont développées entre 1988 et 2005, ont connu des sous-genres (comme le lento violento cher à Gigi d’Agostino). Par contre, s’il est aisé de dater le début du mouvement house (vers 1985), on va dire que l’italo dance a commencé à se développer en 1990 et qu’elle est toujours présente dans les boîtes de nuit (même si on avoue que c’est quand même un peu ringard).

C’est là toute la subtilité qu’il faut souligner : la plupart des groupes qu’on qualifiait d’italo dance quand on les écoutait dans les années 1992-1996 étaient en fait des titres d’italo house. Alors oui, je sais que la distinction est tenue pour le commun des mortels, mais à titre personnel, j’ai effectivement senti une différence entre ce que j’écoutais au début et à la fin des années 1990. Autre distinction : pas mal de titres qu’on prenait pour des titres italo house/dance sont en fait des titres belges/allemands/etc. et vice-versa. Preuve que, contrairement à l’italo disco qui avait une signature bien spécifique, le mouvement house/dance qui a suivi s’est noyé dans la masse de la production européenne.

Pourquoi ai-je été marquée par l’italo house/dance ? Parce que c’était ce qu’il y avait de plus « classe » lorsque j’enregistrais et décortiquais avec ma sœur toutes les soirées Dance Machine. Car même si le rock avait la part belle dans sa discothèque, ma sœur ne crachait pas non plus sur tout ce qui était productions électroniques. Bref, je dis que l’italo house/dance a pollué mon adolescence, mais force est de constater que, comme toute chose avec laquelle j’entretenais une relation d’attraction-répulsion durant cette période, je la regarde avec sympathie, voire nostalgie.

***

Voici maintenant de quoi revivre votre adolescence colorée (et la mienne en même temps).

*

Black Box – Ride On Time (1989)

Groupe de production d’origine italienne, Black Box utilise une personne uniquement pour l’image (c’est-à-dire qu’on la voit dans les clips et sur scène, mais elle n’a jamais chanté une ligne en studio et chante en play back). Si à la prestation vocale, on retrouve donc Martha Wash des Weather Girls (It’s raining men, hallelujah !), c’est le mannequin guadeloupéen Katrin Quinol qui donc « interprète » les chansons pour le public. Il est également à noter que la chanson sample/reprend le tube disco Love Sensation de Loelatta Holloway (1980). Martha Wash, d’abord non-créditée et surtout non-rémunérée, fit un procès à RCA et obtint gain de cause. En même temps, pourquoi s’en émouvoir ? Franck Farian a fait ça toute sa carrière (tchou tchou Boney M. et Milli Vanilli).

*

Double Dee – Found Love (1990)

Formé en 1990 par Davide Domenella et Donato (Danny) Losato, le duo aura fait mouche dès son premier single. Si le succès aura du mal à être renouvelé durant le reste des années 1990, les deux compères retrouveront une nouvelle notoriété en France en 2000 avec le single You qui devient le générique de l’émission Popstars sur M6.

*

Corona – Rythm Of The Night (1993)

La Brésilienne Olga Souza décida de se présenter sous le pseudonyme Corona lorsqu’elle arriva en Italie en 1990. C’est alors qu’elle rencontre le producteur Francesco Bontempi, connu sous le nom de Lee Marow. Rythm Of The Night est leur première collaboration et cartonna au point qu’il reste un des hymnes de cette période. Si le duo continue sur sa lancée avec Baby Baby et Try Me Out (1995), le phénomène s’essouffle dès 1996. Aujourd’hui, Olga Souza se produit régulièrement dans les tournées nostalgiques diverses et fait une carrière honorable au Brésil.

*

Ice MC –Think About The Way (1994)

Ice MC, c’est la rencontre entre le rappeur anglais Ian Campbell et le producteur italien Robyx (Roberto Zanetti). Si Campbell se produit seul pour ses deux premiers albums (d’où est tiré le single Easy, sorti en 1991), il s’adjoint pour le troisième album les services de la chanteuse Alessia Aquilani, dite Alexia. Ice’n’Green devient un carton européen. Par la suite, Campbell se sépare de Zanetti et va produire son quatrième album en Allemagne avec Masterboy en 1997, avant de retourner en Italie en 2004.

*

Cappella – Move On Baby (1994)

Le producteur Gianfranco Bortolotti a fondé le concept Cappella en 1987. Si les premiers titres sont sortis sans visage, mais avec les DJ les plus en vue de la scène italienne, le groupe change régulièrement de chanteurs à partir du deuxième album en 1990. C’est ainsi que furent embauchés l’Anglaise Kelly Overett comme visage et le rappeur anglais Rodney Bishop à l’époque où ce deuxième album a eu du succès, c’est-à-dire sur la période 1993-1995. Bortolotti a décidé ensuite de licencier Overett et de la remplacer secrètement par Allison Jordan. Depuis, le concept tourne toujours, mais avec comme frontmen Lis et Markus Birks du groupe The Cameleonz depuis 2013.

*

Gala – Freed From Desire (1996)

Même si elle s’est installée à l’âge de 17 ans à New-York, où elle devint photographe après avoir diplômée de la Tisch School of the Arts, la Milanaise Gala Rizzatto reste ancrée dans la pure tradition italo dance pour ce premier single. Si le premier album sorti en 1997 était très ancré électro, elle poursuit depuis sa carrière avec des tonalités plus rock.

*

Eiffel 65 – Blue (1999)

Jeffrey Jey, Maurizio Lobina et Gabry Ponte se sont connus au sein de Bliss Corporation (maison de disques fondée par Maurizio Gabutti) en 1992. Ils avaient prévu de s’appeler juste Eiffel (nom choisi de manière aléatoire sur un ordinateur), et le 65 s’est rajouté au moment du pressage du 1er single par une faute de frappe. Si Blue et Move Your Body ont reçu un succès inestimable en 1999, ce n’est pas le cas des deuxième et troisième albums, ce qui a conduit à une première séparation en 2005. Après une bataille juridique avec Bliss Corporation à propos du nom Eiffel 65, deux des trois DJ ont monté leur projet parallèle, tandis que Bliss annoncent un nouveau line-up  pour le groupe en 2007. Finalement, les trois DJ se retrouvent en 2010 et refondent le groupe.

*

Gigi d’Agostino – The Riddle (2000)

Luigino Celestino di Agostino, né à Turin, a fait ses armes de DJ à la discothèque Woodstock  et d’autres discothèques dans la région de Turin entre 1987 et 1992, puis DJ résident entre 1933 et 1998. Pendant ce temps, il se met à produire des disques d’un genre qu’on qualifie de Mediterranean Progressive Dance, alliant la musique électronique aux sons traditionnels méditerranéens et rencontre du succès. Mais c’est avec son album L’amour toujours (1999) et des singles comme Blah Blah Blah ou la reprise du tube de Nik Kershaw (1984) qu’il explose à l’international.

*

Benny Benassi – Satisfaction (2002)

Marco (dit Benny) Benassi commence sa carrière de DJ à la fin des années 1980 avec son cousin Alle sous le nom de Benassi Bros. Dans les années 1990, il compose pour divers artistes tels que Whigfield. En 2002, il sort à titre personnel le single Satisfaction  et rafle tout avec. Il en profite pour remixer divers titres avec son cousin et pour fonder sa maison de production Pump-Kin Music. Depuis, il multiplie les collaborations assez classes sur ses albums et est même crédité comme compositeur sur l’album MDNA de Madonna.

*

Crookers – We Are Prostitutes (2009)

Issus du hip-hop, le DJ Andrea Fratangelo (FRAT) et le rappeur Francesco Barbaglia (BOT) fondent Croockers en 2003. Jusqu’en 2012, date de la séparation du duo, ils ont fait des titres originaux de style électro en collaborant avec diverses personnalités essentiellement connus dans la musique urbaine, mais se sont surtout connus pour avoir remixé nombre de titres. Leur succès le plus illustratif reste le remix de Day’N’Nite de Kid Cudi en 2008.

***

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

 

Italo Saga #1 : Italo disco

Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , ,

C’est l’été, et cette année, on est gâtés en termes de températures : mon téléphone m’indique un 36° au plus chaud de cette journée du 21 juin. Autant dire que je fais le petit poulet dans mon bureau. Mais qui dit été dit souvent musique de chiotte, et en ce jour de fête de la musique, on ne va pas y échapper. Je vais donc profiter de ce ramollissement général des cerveaux pour avouer une passion honteuse : je ne peux concevoir l’été sans italo disco. Et ce depuis ma plus tendre enfance.

C’est ainsi que je vais présenter une saga en deux temps de la musique italienne dansante des années 1980 et 1990, plus connue sous le nom d’italo disco (qui a égayé mon enfance) et d’italo dance (qui a pollué mon adolescence). Je vous parle d’une époque où l’Italie ne concentrait pas les fantasmes français d’un pays méditerranéen figé dans les années 1950, voire dans les siècles antérieurs, mais où il était le symbole de la hype et des mœurs débridées – merci Silvio Berlusconi. Oui, un petit peu comme l’Angleterre des années 1960. Il fallait bien une bande-son à la mesure de ce fantasme, et l’Italie, à la croisée des chemins entre le disco-funk vieillissant et les musiques électroniques qui commencent à tout envahir.

L’italo disco est surtout la musique de mes premières soirées, quand mes parents m’emmenaient dans les soirées qu’ils organisaient dans le village. C’est aussi la musique de mes barres de danse, des clips que je voyais à la télé, bref, de ce qui me restera de plus heureux dans mes souvenirs des années 1980. Chaque fois que revient l’été, je retrouve cette espèce de paradis perdu que je me suis aussi fabriqué a posteriori. Mais avant de faire une petite compilation sonore des plus gros tubes de la période, penchons-nous un peu sur la construction du style.

Selon Wikipedia, l’italo disco est un style de musique qui s’est développé entre 1980 et 1988, avec une apogée en 1985 (mes premières soirées, toussa). Mais il trouve ses premiers fondements dès 1976 avec, je vous le donne en mille, Giorgio Moroder, qui développe avec ses synthétiseurs une variante du disco qui servira d’influence de départ au mouvement. Mais le mouvement ne commencera à décoller vraiment qu’à partir de 1983 avec Dolce Vita de Ryan Paris et faiblira vers 1987-1988 avec l’arrivée de la house et du rap qui amorcera la transition vers l’italo dance.

Pour définir le style de l’italo disco, ça va des inspirations disco donc, mais surtout de la new wave et de beaucoup d’avatars de la pop synthétique telle qu’ils se sont développés durant la période. Il y aurait deux typologies dans le style : le premier se réclame de la Hi-NRG américaine et se joue sur un débit rythmique plutôt rapide et dansant (125 BPM), et le deuxième, plutôt romantique, joué à tempo plus lent (100 BPM).  Le mot même d’italo disco pour renseigner le style vient en fait d’Allemagne et a été fixé en 1985.

Mais attention ! Il serait mensonger de dire que le style ne reste que l’apanage de l’Italie. En effet, beaucoup de groupes européens d’une part se sont réclamés de l’appellation, en témoigne le duo lillois Monte Kristo :

Et d’autre part, la style a eu son développement dans plusieurs pays européens, sous des formes telles que l’Eurodisco en Allemagne et en Suisse (comme l’eurodance vient aussi d’Allemagne et des pays nordiques) et le sonido Sabadell en Espagne.

***

Voici un petit panel de 10 hits de la période pour vous la mettre bien dans vos soirées rétro.

Ryan Paris – Dolce Vita (1983)

J’ai une tendresse particulière pour ce titre dont le clip a été tourné à Paris. Pourquoi ? Parce que c’est sur cette chanson que je faisais mes exercices de barre toute petite et c’était rigolo. De son vrai nom Fabio Roscoli, ce chanteur et acteur romain a notamment servi de « voix » aux groupes d‘eurodance dans les années 1990 et est revenu sur le devant de la scène avec le remix de son plus gros tube en 2011.

P. Lion – Happy Children (1983)

Plus que son tube Dream (1984) qui est devenu le générique du Top 50 et que j’adore, j’ai choisi son premier tube qui a été choisi comme jingle ou illustration sonore de la même émission. Pietro Paolo Pelandi a certes concentré son succès sur ces deux tubes, mais ça ne l’a pas empêché de sortir un deuxième album en 1995 et de devenir arrangeur.

Righeira – Vamos a la playa (1983)

Ce duo turinois formé en 1981 a joué au plus malin en chantant ses premiers tubes… en espagnol. Ils ont persisté en italien (L’estate sta finendo, 1985), mais aussi en anglais et en allemand. La carrière du groupe se divise en deux temps : au plus fort de la vague italo (1981-1992) et par nostalgie (depuis 1999).

RAF – Self control (1984)

A titre personnel, je préfère la reprise de la chanteuse américaine Laura Branigan, mais j’en connais qui sont davantage séduits par la version originale de Raffaele Riefoli. Outre ce tube interplanétaire, il a écrit Si puo dare qui a remporté le festival de San Remo en 1989 et réussi à décrocher en 1988 la 3e place du concours Eurovision avec Gente di mare en duo avec Umberto Tozzi.

Carrara – Shine on dance (1984)

Il pourrait paraître comme un one hit wonder, mais le DJ Alberto Carrara, originaire de Bergame, après s’être bien placé au Festivalbar (festival de musique milanais) de 1984 avec cette chanson, s’est lancé dans les années 1990 dans la production d’italo dance.

Moon Ray – Comanchero (1984)

Mandy Ligios, dite Moon Ray ou Raggio di Luna, d’origine gréco-brésilienne, fait connaissance dans les années 1980 des producteurs Aldo Martinelli et Simona Zanini. Outre ce single qu’elle chante seule, elle intervient dans diverses formations desdits producteurs (Doctor Cat’s, Topo & Roby, etc.).

Koto – Visitors (1985)

Inspiré par l’univers geek en vigueur au début des années 1980 (en gros, les jeux vidéo, les voyages dans l’espace et l’Asie), le duo formé par Anfrando Maiola et Stefano Cundari composa avec Alessandro Zanni Chinese Revenge en 1982, morceau qui reçut un succès d’estime. Mais c’est vraiment avec Visitors qu’il marque le grand public. Par la suite, il y eut des problèmes de maison de disque, la mort d’un des membres, mais aussi d’autres succès en lien avec les musiques des jeux video (Dragon’s Legend, 1989).

Baltimora – Tarzan Boy (1985)

Si le frontman du projet, le danseur Jimmy McShane, était nord-irlandais, les producteurs étaient bel et bien italiens. Suite à l’énorme succès du titre sorti à l’été 1985 (allant même jusqu’à se classer dans le Billboard Hot 100), un album a été sorti, puis un 2e en 1987 qui eut beaucoup moins de succès. Las, Jimmy McShane décéda des conséquences du SIDA en 1995, à l’âge de 38 ans.

Silver Pozzoli – Around My Dream (1985)

Silvio (dit Silver) Pozzoli a donc ainsi commencé avec l’italo disco avec les titres Around My Dream et Step by Step (1985), puis s’est lancé dans l’italo dance dès 1987 sous pseudonyme.

Sabrina – Boys (Summertime Love) (1987)

Dernier avatar de l’italo disco durant sa grande période, il est celui qui présente le mode de vie italien de la manière la plus décomplexée. Sabrina Salerno aurait pu rester comme beaucoup d’artistes de la période qu’un prête-nom comme un autre. Sauf que si la belle avait tout de la cagole de base, elle semblait avoir plus de chien qu’une autre. C’est ainsi qu’après ce hit stratosphérique, elle a diversifié ses activités en devenant actrice et animatrice télé. Bref, elle s’en sort plutôt bien.

***

A bientôt pour le deuxième volet de la saga qui sera consacré à l’italo dance.

 

Classic Pop

Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , , , , , ,

Ce mardi 31 mai 2017, je suis allée au concert des Piano Guys à l’Olympia avec une copine en master de musicothérapie, mais qui a déjà une sacrée carrière de pianiste et violoncelliste derrière elle. Elle est donc logiquement fan de ce duo piano-violoncelle américain qui pousse le vice d’allier les grands succès de la musique classique aux tubes du Billboard. Cela donne des barres de rire, mais aussi du pur génie, comme ce mash-up entre L’hiver d’Antonio Vivaldi et ce tube céphalophage (qui bouffe le cerveau, quoi) issu de la Reine des Neiges.

J’ai d’ailleurs remarqué une étrange fascination pour les One Direction, dont ils ont interprété Story Of My Life et Beautiful. C’est peut-être à cause de leurs gosses qui leur réclament ça avec des musiques de dessins animés, leur autre spécialité. Bref, avoir autant de talent et vouloir plaire en premier lieu à sa progéniture…

***

Je me suis aperçue de quelque chose lors de ce concert : ces types passent pour des originaux à allier musique classique et mélodies pop. Mais en vérité, ce n’est pas si original que ça, si on regarde la musique telle qu’elle a été créée depuis une soixantaine d’années. En effet, beaucoup d’artistes rock ou pop ont carrément intégré ou réinterprété des grands airs de la musique classique dans leurs chansons. Serge Gainsbourg en premier lieu s’est fait le grand spécialiste des deux avatars de repompage de la musique classique.

– L’intégration du motif avec Initials B.B.

qui intègre en boucle au refrain un solo de cor (réinterprété à la trompette) du 1er mouvement Adagio – Allegro molto de la Symphonie n°9 en mi mineur « du nouveau monde » d’Antonin Dvořák.

– La réinterprétation avec Lemon Incest

qui réinterprète le thème principal de l’Etude n°3 en mi majeur « Tristesse » de Frédéric Chopin.

***

Voyons maintenant quatre exemples de l’empreinte de la musique populaire à la musique classique.

Chopin/Manilow-Anderson

Version classique : Frédéric Chopin – Prélude n°20 en do mineur, op. 28 (1839)

Version pop : Barry Manilow – Could It Be Magic (1973)

Emprunts : l’introduction et le refrain de Could It Be Magic reprend la majorité du thème du prélude.

Petite histoire : Même si c’est Donna Summer qui l’a popularisée en 1975, elle n’est pas la première interprète de cette chanson qui a été popularisée en France par Alain Chamfort avec Le temps qui court (1975).

*

Bach/Maurane

Version classique : Johannes Sebastian Bach – Le Clavier bien tempéré – Prélude en do majeur BWV 846 (1722)

Version pop : Maurane – Sur un prélude de Bach (1991)

Emprunts : le thème en entier

Petite histoire : on a plus tendance à entendre un Ave Maria dessus. Mais Maurane a décidé de faire appel à l’auteur Jean-Claude Vannier pour réinterpréter à sa façon ce classique parmi les classiques.

*

Mozart – Shubert/Legrand

Version classique : – Wolfgang Amadeus Mozart – Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre K 364 – Andante (1779)

 Franz Schubert – Aus dem Wasser zu singen (1823)

Version pop : Michel Legrand – The Windmills Of My HeartLes Moulins de mon cœur (1968)

Emprunts : Michel Legrand a emprunté les deux premières phrases de chaque couplet aux deux premières phrases de chaque thème.

Petite histoire : Même si ce n’est évoqué nulle part, sans nulle doute que pour son lied, Schubert s’est largement inspiré de Mozart.

*

Grieg/Cardona

Version classique : Edvarg Grieg – Peer Gynt – Dans l’antre du roi de la Montagne (1874)

Version pop : Jacques Cardona – Inspecteur Gadget (1983)

Emprunts : Le chant du refrain emprunte vaguement à la montée dans le thème. Mais j’avoue, quand j’ai vu la mention sur Wikipedia, je me suis dit

Petite histoire : Dans l’antre du roi de la Montagne est un morceau tellement culte qu’il sert beaucoup de transition ou d’introduction dans les albums de rock et de métal.

***

Je n’ai évidemment pas parlé des samples ou de l’utilisation orchestrale pure dans les divers pans de la pop culture. Comme quoi, la musique classique n’a en vérité jamais été aussi actuelle.

Critique des albums de l’anniversaire

Mots-clefs

, , , , , ,

Pour mon 34e anniversaire, il y a de cela un mois et demi, il m’a été offert parmi mes cadeaux 4 albums, dont un que j’ai réclamé vivement auprès du Mari. Je les ai donc tous écoutés, certains avec plus ou moins de plaisir. Voici donc le temps de la critique.

*

Radio Elvis, Les conquêtes (2016)

radio elvis

Description : Pierre Guénard, auteur chanteur, slameur par le passé, Clin Russeil, batteur et clavier, rencontré au lycée, et Manu Ralambo, guitariste embarqué plus tard, se sont soudés il y a trois ans autour de leur projet Radio Elvis. Après deux EP, ils sortent leur premier album Les Conquêtes, réalisé par Antoine Gaillet (Arman Méliès, Julien Doré).

Une bonne centaine de concerts à leur actif, repérés par le FAIR et le printemps de Bourges en 2015. Ils ont composé ensemble, arrangé sur scène, et peaufiné leurs chansons en studio, et ils voient avec émotion ce premier opus arriver dans les bacs.

Des sons de guitare puissants et variés qui sont venus à Manu naturellement au gré des mots écrits par Pierre. Une logique pour affirmer une envie frénétique de partir ailleurs. Des guitares pleines de force, de mélodies et d’aspérités.
Les tempos ne sont jamais les mêmes. Colin, à la batterie et aux claviers, propose une multitude de contraste comme les lumières changeantes de leurs pays imaginaires. Cet album tient en éveil. Nul repos possible au cours du voyage, mais l’envie perpétuelle de l’écouter sans arrêt. Toutes les chansons sont essentielles.
Les conquêtes sont des aventures qui entrainent sur les chemins de l’errance, les sens en alerte, au gré du vent, du sable, du soleil. Métaphores amoureuses, aventureuses, exploration de soi ou quête spirituelle, chacun y trouvera sa propre conquête.

Mon humble avis : J’étais ravie de leur Victoire de la Musique comme album révélation, car La traversée et Les moissons m’avaient enchantée à la radio et, pour les avoir vus place de la République en 2015, j’avais compris leur potentiel en live. J’avais donc fait des pieds et des mains pour obtenir cet album auprès du Mari. Que dire ? L’ensemble est très pertinent – trop, au point de ne pas voir de rupture de ton qui aurait permis à l’auditeur de se faire surprendre ? –, jusqu’à Au large le Brésil/Le continent, véritable conte chanté de 14 minutes qui emmène l’auditeur vers une perturbation des sens, à l’image de ce qu’on pourrait trouver dans un album de prog. Malgré tout, chaque chanson reste une vraie invitation au voyage, à l’onirisme, mené par des paroles que Bashung auraient pu chanter et une production certes minimaliste, mais très efficace.

*

Aimee Mann, Mental Illness (2017)

aimee mann

Description : Aimee Mann dévoile son 9ème album « Mental Illness », un voyage entre songe & mémoire.

Mon humble avis : J’avoue ne pas connaître le répertoire de cette chanteuse avant qu’on m’en offre le dernier album, et ça me plaît. J’ai donc découvert un album très paisible, entre la ballade rock, le folk, la country et l’americana. Je me suis même surprise à me dire que j’aurais pu écrire certaines chansons. Ce n’est pas un album qui m’a donné des émotions fortes, où je me suis dit Putain, mais c’est génial, mais dont l’écoute linéaire ne m’a semblé en aucun cas désagréable.

*

Israel Kamakawiwo’ole, Alone In Iz World (2001)

iz.jpg

Description : IZ, l’ histoire magique ! « Over the rainbow », interprété par Judy Garland et extrait du film musical « Le magicien d’Oz » en 1939 fut repris par un des plus grands artistes Hawaïen Israel Kamamawiwo’ole, aka IZ sur sont 2ème album. Considéré comme son meilleur, les albums de IZ, décédé en 1997 étant très difficile à trouver pour les non-initiés, il à fallu attendre la sortie du Film « Rencontre avec Joe Black » et la commercialisation de sa B.O qui comportait la version album de IZ de ce titre, pour que sa diffusion devienne massive et internationale.

Mon humble avis : Mon ami me l’a offert en me disant Bah, tiens, toi qui joues du ukulélé… Oui, mais merde. On me gonfle déjà assez avec IZ, si bien que j’ai délaissé mon ukulélé pour la mandoline du Mari. Malgré tout, si on enlève Over The Rainbow et n’importe quel titre formaté pour le public continental américain, les chansons où il se fait son solo au ukulélé m’ont plutôt touchée. En effet, j’ai retrouvé le répertoire pacifique organique que j’avais expérimenté lorsque ma famille revenait de Tahiti avec une bande son ad hoc et ma cousine avec son ukulélé tout déglingué. Et clairement, ça m’a fait plaisir, au point de danser le tamure sur deux-trois chansons. Je sais que ça fait très cliché, mais quand on me promet de la musique hawaïenne, je veux entendre de la musique hawaïenne organique. Et c’est ce que j’ai écouté avec Alone In Iz World dans ses meilleurs moments.

*

Depeche Mode, Spirit (2017)

spirit

Description : Quatorzième chapitre de la foisonnante discographie de Depeche Mode, Spirit s’est fait attendre quatre longues années, quasiment jour pour jour, depuis la parution de Delta Machine (2013), positivement accueilli par la critique et les fans. Pourtant, le doute s’est insinué chez ces derniers en raison d’un premier simple plutôt décevant, « Where’s the Revolution », dévoilé en amont de la sortie officielle. Il faut dire que les précédents singles étaient généralement et jusque-là des plus convaincants, qu’il s’agisse de « Heaven » en 2013 ou, pour remonter encore plus loin, du puissant« Wrong » en 2009, voire du bien-nommé « Precious » en 2005.
Fort heureusement, les craintes soulevées par « Where’s the Revolution » finissent par s’estomper et offrent même à ce dernier une nouvelle perception dans le contexte de l’album, tant la production rugueuse de James Ford (réputé notamment pour son travail avec Foals et Arctic Monkeys) sied à cette douzaine de nouvelles compositions. L’univers de Depeche Mode est d’abord peint en noir (foncé), sur le glaçant « Going Backwards », qui dépeint un monde sur le déclin et dans lequel l’électronique et l’organique se complètent sans sourciller.

La finesse mélodique et le chant habité de Dave Gahan se font jour sur des compositions telles que « Poison Heart », l’excellent « Poorman » ou le sublime « The Worst Crime ». Mais le leader du trio britannique sait surprendre au point que l’auditeur se demande si c’est bien lui qui est à l’œuvre sur l’impeccable et direct « Scum » ou le distant « You Move ». Il est difficile pour le groupe, qui ne semble pas en avoir envie, de réchauffer l’atmosphère, ce qu’il tente toutefois de faire par petites touches, comme sur le lumineux « So Much Love ».
La voix de Martin Gore retentit à son tour l’espace de deux chansons à qualité variable : si « Eternal » peine à convaincre, le fataliste et sombre « Fail », avec sa batterie martiale, est l’un des morceaux les plus réussis de l’album. Sans forcément parvenir à se renouveler, ce que le groupe ne cherchait de toute façon probablement pas à faire, Depeche Mode accouche d’un album réussi, souvent flamboyant et rarement ennuyeux, pour lequel les fans ne manqueront pas de s’enthousiasmer.

Mon humble avis : J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à suivre Depeche Mode après Playing The Angel (2004) qui m’a plu à l’époque, mais que je trouve beaucoup trop sombre avec le recul. C’est pour cette raison que j’avais rompu avec le groupe avec Wrong (2009) et Delta Machine (2013). Là, j’ai trouvé Where’s The Revolution tubesque dès que je l’ai entendu en février. J’en avais discuté avec le copain qui m’a offert l’album et il m’a fait la surprise. Clairement, ce n’est toujours pas la fête du slip en termes d’ambiance, mais là où on sentait de la colère ou du désabusement dans les précédents opéra, cela a été transformé dans leur vieillesse par de la mélancolie, plus audible pour l’auditeur qui n’est pas un fan hardcore. Bref, c’est un album que j’écoute désormais volontiers, d’autant plus que les mecs ont eu l’air de s’être amusés à le faire (j’ai même vu Andrew Fletcher rigoler en interview, c’est vous dire).

*

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Que sont devenues nos idoles des années 1990 ?

Mots-clefs

, , , , , , , , , , , ,

La semaine dernière, deux copines se sont éclatées aux concerts de deux groupes phare des années 1990 qui avaient un peu disparu de la circulation pour revenir en force ces derniers mois. En effet, se tenaient ce jeudi 4 mai 2017 les concerts de K’s Choice au Trianon et des Cranberries à l’Olympia. L’une d’elles – la Siamoise en l’occurrence – m’a demandé ce qu’étaient devenus ces artistes que l’on a adorés dans les années 1990. OK, je m’y attèle.

D’autant plus que lorsque l’on me parle de la musique que j’écoutais lors de mon adolescence, j’ai un peu les yeux qui pétillent. J’ai écouté beaucoup de merde, j’avoue, mais j’ai surtout écouté ce qui a fait la femme que je suis. Cependant, je vais observer quelques règles :

  • Je ne vais ni parler des boys/girls bands, ni des artistes électro, parce que ce serait soit trop long, soit trop glauque, soit les deux.
  • Je vais parler des artistes connus, mais pas trop. Genre Destiny’s Child ou Oasis, c’est dead.
  • Je ne vais pas non plus m’intéresser aux one hit wonders, je sens que ça va être beaucoup trop long, mais si vous insistez, je le ferai.

Vous êtes prêts ? C’est parti !

*

Alliance Ethnik

Carrière : 1990-1999

Grande période : 1995-1996

Après des débuts dans une salle de Creil en juin 1990, K-Mel et ses acolytes écument les MJC de banlieue parisienne jusqu’à faire la première partie d’IAM à l’Elysée Montmartre en 1992. C’est en 1995 que sort l’album Simple et Funky c’est un carton avec 300.000 albums vendus. En 1999, ils tentent de revenir avec Fat Comeback qui ne rencontre pas le succès espéré. C’est alors qu’ils se séparent. Après divers projets solos et collaborations prestigieuses (Cheb Mami, Nate Dogg…), K-Mel reprend ses études et se lance dans le commerce international.

*

The Corrs

Carrière : 1990-2006 et depuis 2015

Grande période : 1995-2002

J’aime beaucoup la musique irlandaise, mais cette fratrie me provoquait déjà de l’urticaire déjà à l’époque. D’abord très orientés pop traditionnelle lors de leur premier album en 1995, ils s’orientent vers la pop FM pour séduire le marché américain avec leur album In Blue en 2000. Une séparation s’annonce en 2006 pour laisser à Andrea et Sharon, deux des sœurs, de développer des projets solo. Un album, puis une tournée, les réunit en 2015.

*

The Fugees

Carrière : 1993-1997 puis 2004-2007

Grande période : 1995-1997

Le trio, composé des cousins haïtiens Wyclef Jean et Pras Michel et de la Jamaïcaine Lauryn Hill s’est formé à la fin des années 1980. Après s’être produits sous le nom de The Rap Translators, ils changent de nom en 1993 et deviennent the Fugees. Ils commencent à se faire une notorieté dans l’underground avec l’album Blaunted on Reality (1994). Mais c’est avec The Score (1996) qu’ils accèdent à la notoriété internationale. S’ils se séparent en 1997, ils réapparaissent ensemble entre 2004 et 2007, suite à un documentaire de David La Chapelle. Si des sons sortent sur Internet durant cette période, les fans sont déçus du rendu. Les 3 artistes se sont dès lors distingués de diverses manières : Pras Michel poursuit une carrière solo prolixe entre albums, compositions de musiques de films, productions et piges d’acteurs. Lauryn Hill a explosé avec The Miseducation of Lauryn Hill (1998), puis, entre ses grossesses, ses concerts aléatoires et ses séjours en prison, n’a pas donné suite à cette belle percée. Wyclef Jean, enfin, persiste dans sa carrière musicale en menant en parallèle une carrière politique et humanitaire en Haïti, mais se fait rattraper par des affaires de magouille.

*

Garbage

Carrière : depuis 1994

Grand période : 1996-2002

Rencontre entre l’Ecossaise Shirley Manson et des musiciens américains en quête de nouvelles sonorités en 1994, cette collaboration ne devait être qu’éphémère. Mais face au succès de Vow (1994), ils enregistrent un album qui se vendra à 6 millions d’exemplaires. Trois autres albums et une bande originale de James Bond plus tard, ils décident de faire une pause en 2005, suite à l’enregistrement de Bleed Like Me où des tensions sont apparues. Le retour est annoncé en 2012 avec un cinquième album, Not Your Kind of People, suivi d’une 6e en 2016.

*

Matmatah

Carrière : 1995-2008 et depuis 2016

Grande période : 1997-2000

Fondé en 1995 à Brest autour de Tristan Nihouarn, Cédric Floc’h, Jean-François Paillard et Eric Diglaire, le groupe se fait  connaître en 1996 quand il assure la première partie de FFF au Penfeld (Brest). Ils enregistrent leur premier single, Lambé An Dro/Les Moutons en 1997, et leur premier album autoproduit et réalisé par Framboisier des Musclés, La Ouache, en 1998. C’est un succès qui se vend à 800.000 exemplaires. Par la suite, ils sonnent moins bretonnants et plus percutants dans les albums suivants qui continuent, malgré un succès moindre, à être diffusés. Une séparation en 2008 laisse le temps à Tristan Nihouarn de développer des projets personnels et de faire la première partie de Thiéfaine. En 2016, le groupe annonce sa reformation avec Plates coutures en septembre et un Olympia en mars 2017.

*

Alanis Morissette

Carrière : depuis 1987

Grande période : 1995-2000

Si elle a explosé à l’international avec Jagged Little Pill (1995), son troisième album vendu à 33 millions d’exemplaires, et qu’elle n’a poursuivi ce niveau de  notoriété qu’avec deux albums suivants, Supposed Former Infatuation Junkie (1998) et Under Rug Swept (2002), sa carrière ne s’est pourtant jamais essoufflée, entre albums, musiques de films et rôles d’actrices divers, et ce malgré la naissance de ses enfants en 2010 et 2016.

*

Nirvana

Carrière : 1987-1994

Grande période : 1991-1994

Si le groupe s’est terminé pour la raison que l’on sait – qu’aurait été Kurt Cobain à 50 ans ? –, les autres membres du groupe ont eu des fortunes diverses. Dave Grohl est devenu l’un des rockers les plus influents de ces vingt dernières années, en étant le fondateur des Foo Fighters, mais aussi batteur chez les Queens of the Stone Age et Them Crooked Vultures. Krist Novoselic se lance dans des groupes un peu plus confidentiels, mais aussi en politique, comme candidat démocrate au congrès en 2004 et comme militant anti-viols en Bosnie-Herzégovine. Quant à Pat Smear, roadie de luxe du groupe, sa carrière a commencé avant les autres avec The Germs entre 1976 et 1980 (où le chanteur est également mort subitement) et comme roadie de Nina Hagen. Par la suite, il est devenu membre intermittent des Foo Fighters.

*

Pulp

Carrière : 1978-2002 et depuis 2011

Grande période : 1994-1996

Fondé lorsque son leader Jarvis Cocker n’avait que quinze ans, ce groupe a connu plusieurs reformations. D’abord assimilé au mouvement new wave, il ne commence véritablement à percer qu’au début des années 1990 quand des labels indépendants s’intéressent à leur son devenu brit-pop sous l’influence des La’s et des Stone Roses. Mais la véritable consécration vient avec les albums His’ N’ Hers (1994) et Different Classes (1995) d’où sont tirés les singles à succès Disco 2000 et Common People. Le groupe se distingue alors des autres groupes à succès en Angleterre par leur côté à la fois festif et cynique. Suite à de diverses dissensions, le groupe se sépare en 2001 après l’enregistrement d’un 6e album qui faillit jamais ne voir le jour. Jarvis Cocker en profite (c’est récurrent dans cet article) pour développer des projets personnels. Une reformation a lieu en 2011, mais à part un single en 2013 et quelques concerts, on ne voit rien venir.

*

Rage Against The Machine

Carrière : 1990-2000 et 2007-2001

Grande époque : 1992-1997

A la fois grands apôtres du style fusion (entre rap et métal) et grands militants anticapitalistes, le groupe californien mené par Zack de la Rocha (voix) et Tom Morello (guitare) est rangé au titre de culte depuis leur premier album éponyme (1992). Même si les albums suivants Evil Empire (1996) et The Battle Of Los Angeles (2000) connaissent un succès certes moindres, mais toujours soutenu, ils sont à chaque fois accompagnés de dissensions au sein du groupe. Le groupe se reforme cependant entre 2007 et 2011, avec toujours autant de succès lors de ses concerts, mais sans pour autant assurer la production d’un album en studio. Si Zack de la Rocha est davantage porté par des projets solo, les autres membres du groupe se sont orientés vers les projets Audioslave (2000-2007, avec Chris O’Donnell de Soundgarden) et Prophets of Rage (depuis 2016, avec Chuck D de Public Enemy et B-Real de Cypress Hill, en réaction à la campagne présidentielle de Donald Trump).

*

The Verve

Carrière : 1989-1996, 1997-1999, 2007-2009

Grande période : 1997

Le chanteur Richard Ashcroft avait en commun avec ses copains Simon Jones (bassiste), Nick McCabe (lead guitar) et Peter Salisbury (batterie) un amour pour le rock psychédélique, ce qui n’était pas courant à la fin des années 1980. Après deux albums très chaotiques en termes de production et d’écriture, bien que critiqués positivement (ce qui valut la première séparation de 1996), Urban Hymns (1997) vint frapper un grand coup dans le rock anglais en remettant à l’honneur une qualité mélodique mêlée à un vrai sens de l’écriture. Nick Mc Cabe ayant annulé sa participation à la tournée américaine de 1998, le groupe se sépara une seconde fois l’année suivante. La dernière reformation entre 2007 et 2009 vit l’apparition d’un nouvel album, Forth (2008). Richard Ashcroft reste très respecté dans ses projets solo pour sa qualité mélodique, tandis que les autres membres du groupe semblent générer des projets plus confidentiels.

*

Moralité : quand on a fait de la bonne musique dans les années 1990, ça ne s’oublie jamais.

On n’est pas sérieux quand on a (deux fois) 17 ans

Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

Arthur Rimbaud, Roman

*

Merci à tous les contributeurs qui ont encore plongé dans ce projet un peu foufou. En effet, pour fêter mon 34e anniversaire, soit mes 2*17 ans, j’avais posé sur les réseaux sociaux la question suivante : Quelle est la chanson sortie l’année de tes 17 ans, que tu écoutais à 17 ans et qui te rappelle tes 17 ans ? Si pour le #33ChansonsThon, j’avais eu des difficultés à recueillir 33 chansons, cette année, grâce à l’appui de l’équipe du Radio Réveil de Oüi FM, je me suis retrouvée avec bien plus que 34 contributions. Je les remercie tout spécialement, d’autant que l’une des contributions vient de l’un des animateurs, devinez laquelle.

Puisque j’ai posé la question, autant y répondre moi-même. A 17 ans, j’ai passé le bac, j’ai eu le meilleur été de ma vie, et bon Dieu, j’ai écouté des trucs pas terribles. Genre ça :

(Nan mais t’es trop duuuure, elle est super cette chanson ! Pas quand tu l’écoutes 5 fois par jour et que ça te poursuit jusque dans tes rêves les plus maudits…)

ou bien ça :

(Tout l’intérêt de se rappeler de ce qu’on écoutait à 17 ans, c’est que généralement, t’as envie de répondre des trucs classe, mais en fait, tu te rappelles que tu écoutais des trucs bas du front)

Mais heureusement, il y avait aussi ça :

et ça :

Parmi vos contributions, je dégage quelques tendances :

– J’ai touché une corde sensibles chez les natifs des années 1960. Les quinquagénaires sont trop choupis quand ils se rappellent de leur adolescence.

– Les natifs des années 1970 m’ont particulièrement touchée, dans la mesure où je peux tracer avec leurs contributions toute la bande-son de mon enfance et de mon début d’adolescence.

– Les natifs de 1981 avaient peur, voire honte de répondre. Je ne vois vraiment pas pourquoi.

– J’ai BEAUCOUP de contributions de natifs de 1984 (et encore, je n’ai pas intégré le Mari). Cela est dû au fait que j’ai BEAUCOUP de personnes nées en 1984 dans mon entourage (cousines, meilleures amies, etc.)

– Les personnes nées fin des années 1980 et début des années 1990 m’ont donné des contributions en dehors des clous du mainstream. Peut-être parce que leurs 17 ans ont correspondu avec l’explosion du streaming. En tout cas, c’est plutôt cool.

Voyons maintenant comment ça se passe dans les faits.

*

Années 1960

1965 (17 ans en 1982)

Option J’écoute ce qu’écoute mes grands frères et sœurs, voire mes oncles et tantes : Pierre Bachelet – Les corons

Option Je ferme la porte de ma chambre en claquant et j’écoute la musique très fort : The Scorpions – Can’t Live Without You

*

1966 (17 ans en 1983)

Un big up particulier les potos. Vous êtes au top avec vos 3*17 ans.

Option Nous deux, c’est forever : The Police – Every Breath You Take

Option Bouge ton boule sur le floor : David Bowie – Let’s Dance

Option Tu ne me comprends pas, mamaaaan : Genesis – Mama

*

1967 (17 ans en 1984)

Option Je viens de me faire larguer pour la première fois : Matt Bianco – More Than I Can Bear

***

Années 1970

1970 (17 ans en 1987)

Option Je m’ouvre au monde et à ses problèmes : Johnny Clegg & Savuka – Asimbonanga

*

1972 (17 ans en 1989)

 Option Je suis un papillon : Philippe Lafontaine – Cœur de loup

*

1974 (17 ans en 1991)

Option Philippe de terminale B, il est trop beaaaaaaau : Bryan Adams – Everything I Do (I Do It For You)

Option J’emmerde la société : R.E.M – Losing My Religion

*

1976 (17 ans en 1993)

Option Mystère et onirisme : Iggy Pop – In The Death Car

Option Bouh, le monde est injuste : Bruce Springsteen – Streets of Philadelphia

*

1977 (17 ans en 1994)

Option Musique violente pour sentiment d’incompréhension : Therapy? – Nowhere

*

1979 (17 ans en 1996)

Option je suis rock mais je sais me montrer fleur bleue : The Smashing Pumpkins – Tonight Tonight

***

Années 1980

1981 (17 ans en 1998)

Nous y voilà, niark niark niark.

Option Je suis seule dans ma chambre à rêvasser : K’s Choice – Believe

Option Bataille de polochons avec ma meilleure amie : The Offspring – Pretty Fly (For A White Guy)

Option Midinette sensible : Meja – All ’bout The Money

*

1983 (17 ans en 2000)

Un autre big up à mes conscrits.

Option Je regarde la pluie tomber par la fenêtre : Coldplay – Yellow

Option Mes hormones parlent à ma place : Amr Diab – Tamally Maak

*

1984 (17 ans en 2001)

Je vous préviens, ça va être long…

Option Je me réfère à des modèles trop classe : Alicia Keys – Fallin’

Option Pop électrique : The Strokes – Last Night

Option Je serai sourd avant 30 ans : System Of A Down – Toxicity

Option Je sais être old school : Tri Yann – Dansons la listériole

Option J’aime les envolées lyriques : Muse – New Born

Option Réveil de la conscience féministe : Destiny’s Child – Survivor

Option Mes hormones parlent pour moi : Kylie Minogue – Can’t Get Out of My Head

*

1986 (17 ans en 2003)

Option Je m’habille en noir parce que ma vie est nulle : Marilyn Manson – mOBSCENE

Option Mainstream ma non troppo : The Strokes – 12:51

*

1987 (17 ans en 2004)

Option Petit pervers : Damien Saez – Marie ou Marilyn

*

1989 (17 ans en 2006)

Option Rhââ trop bon, du hard rock à l’Eurovision : Lordi – Hard Rock Hallelujah

Option Les debuts des mèmes Internet : Kamini – Marly-Gomont

***

Années 1990

1990 (17 ans en 2007)

Option Je crois encore au prince charmant : Mika – Happy Ending

*

1993 (17 ans en 2010)

Option Mystérieuse et évanescente : Laura Marling – Blackberry Stone

Option Je choque ma grand-mère : Mohombi – Bumpy Ride

***

Encore merci à vous tous, ça m’a fait beaucoup rire de réveiller vos émois adolescents. Quant à moi, même à 2 fois 17 ans, je ne serai jamais sérieuse.

10 morceaux … du plat pays

Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , ,

Même si je n’ai aucune attache viscérale avec le plat pays qu’était celui de la plupart de mes ancêtres paternels, force est de constater que j’éprouve une joie renouvelée quand je retourne à Dinant, Bruxelles ou Namur – sans parler de petites excursions dans la poche ardennaise entre Givet et Sedan, berceau grand-paternel. Sans pour autant avoir acquis la culture belge dans mon mode de vie et de pensée, je souligne fréquemment l’apport de la Wallonie et du Brabant dans le répertoire de la chanson francophone.

Aujourd’hui, donc, nous allons parler de musique belge, mais essentiellement de musique belge francophone, parce que c’est le référentiel avec lequel j’envisage la Belgique (déso pas déso). On va surtout parler de tubes ou de trucs extrêmement connus en France, parce que je n’ai surtout pas de curiosité pour aller de l’autre côté plus longtemps qu’une semaine, soit pas assez pour m’imprégner un minimum de la culture du pays.

Par conséquent, ce papier sera rempli de lieux communs sur la Belgique et je m’en excuse à l’avance. Mais j’aime réellement ce pays, de la bière trappiste aux cuberdons, de la forêt aux vastes étendues, des autoroutes à ornières aux citadelles sur la Meuse (car oui, le Mari fait du tourisme de citadelles). Et ses artistes francophones ne sont pas en reste.

Je vous emmène avec moi le long de la N2 pour voir ce qui se chante de l’autre côté de l’Escaut.

1 – César Franck – Prélude, Fugue et Variation en si mineur, op. 18

Dans la lignée des grands musiciens romantiques du nord et de l’Est de l’Europe en ce XIXe siècle, le Liégeois César Franck (naturalisé français en 1870) a occupé pas mal des études de piano et d’orgue de mes copines moins fainéantes que moi à l’exercice de cet instrument. Preuve que ce qu’on appelait encore le Royaume-Uni des Pays-Bas à l’époque savait se mettre à la page.

2 – Jacques Brel – La chanson de Jacky

Tu ne peux pas envisager la musique populaire belge sans parler de Jacky, parce que c’est le patron, point barre. S’il a choisi la Polynésie française pour mourir, il a passé l’intégrité de sa carrière à revendiquer avec ses mots une Belgique que beaucoup de Français ont jusqu’à fantasmé.

3 – Arno – Putain Putain

Arnold Hintjens a longtemps privilégié la langue anglaise avec son groupe TC Matic, avant de se mettre à chanter en français avec cet accent inimitable – même quand tu veux imiter l’accent flamand, tu n’arrives jamais à ce résultat. On le prend pour un sale alcoolique incompréhensible et c’est dommage, parce que certains de ses textes valent la peine d’être écoutés à leur juste valeur.

4 – Sœur Sourire – Dominique

Sœur Luc-Gabriel du couvent des dominicaines de Waterloo, de son vrai nom Jeanne-Paule Deckers, accepta lorsqu’elle enregistra ce titre en 1963 que ses droits d’auteur aillent au couvent, étant donné qu’elle avait fait vœu de pauvreté. SAUF QU’étant donné qu’elle a eu du succès jusqu’aux States, elle s’est dit que, bon, c’était bien gentil, mais le monde avait quand même l’air plus cool de l’autre côté du cloître. Sorti de religion, elle voulut prendre une carrière sous le nom de Luc Dominique et ce fut un gros four.

5 – Frédéric François – Mon cœur te dit je t’aime

Entre Salvatore Adamo, Franco Gabelli (aka Frank Michael) et Francesco Barracoli (aka ledit Frédéric), la Belgique a su booster la carrière de ses chanteurs de charme issus de l’immigration italienne. Si aujourd’hui, ils ne font mouiller que la gaine de ta grand-mère, ils arrivent quand même à déclencher des émeutes dignes des concerts de feu One Direction dans les salles polyvalentes outre-Escaut.

6 – Vaya Con Dios – Just a Friend of Mine

Groupe d’inspiration jazz hispanique formé autour de la Bruxelloise Dani Klein, il a explosé en France et en Belgique avec ce titre. Il connut plusieurs remaniements entre 1986 et 1996, puis entre 2004 et 2014, date à laquelle Dani Klein décida de prendre sa retraite après une série de concerts, notamment à Beyrouth.

7 – Wim Mertens – Struggle For Pleasure

Cette référence est un petit peu ma quête du Graal, dans la mesure où il s’est passé plus de 25 ans entre la première diffusion de la pub SNCF et le moment où j’ai dégainé mon smarphone en mode reconnaissance vocale avec le sentiment d’avoir vu la face de Dieu. S’il s’est d’abord penché sur les sciences politiques, Wim Mertens s’est ensuite extasié sur Philip Glass, au point d’en faire des BO de films. Et c’est donc avec cet habillage sonore pour la SNCF qu’il s’est fait connaître du grand public en 1982.

8 – Benny B. – Vous êtes fou !

Et d’où qu’il vient, Benny B. ? De Molenbeek, qui mérite définitivement son surnom de Saint-Denis belge. Blague mise à part, j’ai beaucoup de respect pour Benny B grâce auquel j’ai pu m’ouvrir au hip hop. Un peu comme mes camarades de fac qui sont devenus antiquistes grâce à Ulysse 31. Bien qu’il ait été pendant un bon moment salarié de l’aéroport de Bruxelles, il revient à la faveur de la tournée Dance Machine.

9 – K’s Choice – Not An Addict

Les Belges les plus inspirés et inspirants des années 1990 et réunis autour du duo Sarah et Gert Bettens ont connu aussi une carrière en pointillés, d’abord de 1993 à 2003, puis depuis 2009. Ils avait séduits un large public grâce à ce titre sorti en 1995 et qui était très dans l’air du temps, tant dans la mélodie que dans la thématique abordée.

10 – Yves Deruyter – The Rebel

La Belgique s’est pas mal défendue en termes de musique électronique. Que ce soit Stromae, très récemment, ou bien dû à sa proximité avec l’Allemagne et les Pays-Bas, il fut une époque où des connaissances m’ont conté des boîtes belges assez démentes. De cette époque, je me souviens essentiellement d’Yves Deruyter, DJ d’Anvers qui a bien rythmé mes soirées étudiantes avec The Rebel.

J’aurais pu parler d’autres artistes, telles que certaines chanteuses dites à voix, mais j’ai préféré montrer un spectre un peu plus étendu de la musique belge. En espérant avoir éveillé votre curiosité…

 

1967, année de tous les possibles : discographie sélective

Mots-clefs

, , , , , , , , , , ,

Au début de l’année 2017, le Mari a déclaré : Allez, on va faire une exégèse de tous les albums de notre discothèque sortis en 1967. Et Dieu sait qu’il y en a pléthore dans icelle discothèque, si bien que je pense que nous n’aurons pas le temps de tout écouter. Pour vous dire, il doit y avoir la même proportion de disques de 1967 dans notre discothèque conjugale que de personnes nées en 1984 dans mon entourage proche. Malgré tout, je vais essayer de vous faire un petite sélection de disques que j’ai écoutés ou que j’ai envie d’écouter avec le millésime de 1967.

Ce qui est encore désolant, c’est qu’il n’y aura encore une fois pas beaucoup de place pour la musique française. Pas que je puisse trouver des albums français de qualité enregistrés cette année-là, mais force est de constater qu’il faut trier le bon grain de l’ivraie. Et comme mon univers des années 1960 est très marqué par la pop anglaise et le rock américain, avec quelques infidélités au jazz et à l’afro-samba, je risque de ne pas être aussi aventureuse que je ne le souhaiterais dans cette sélection de dix albums.

1 – The Doors, The Doors (janvier)

Le premier album du groupe mené par Jim Morrison, enregistré durant le mois de septembre 1966, frappe fort. Les claviers psychédéliques de Ray Manzarek, les thématiques abordées (le voyage, les errances psychologiques…) ont très vite élevé l’album au rang de culte. Même si les sonorités sont très ancrées dans leur époque, ce disque a tellement imprégné ma vie que je n’arrive même pas à croire que le temps a passé depuis que cet album existe. Il existe ainsi des œuvres au parfum d’éternité qui se sont pourtant inscrits dans une certaine temporalité. Les mystères de la création.

2 – The Byrds, Younger Than Yesterday (février)

Premier album après le départ du co-compositeur du groupe Gene Clark, si les reprises de Bob Dylan y font toujours légion (My Back Pages), David Crosby prend de plus en plus de place dans l’écriture des chansons originales aux côtés du compositeur principal Roger McGuinn. Moins psychédélique que l’album précédent Fifth Dimension (1965), plus empreint du country-rock inscrit dans l’ADN du groupe, il ne parvient pourtant pas à faire remonter la côte du groupe auprès du public.

3 – The Velvet Underground & Nico, The Velvet Underground & Nico (mars)

Album que j’ai beaucoup écouté l’an dernier suite à son achat par le Mari lors de l’exposition New York Extravaganza à la Philharmonie. Je l’avais découvert à l’époque où mon oncle numérisait ses vinyles et où j’ai récupéré les fichiers numériques. Le groupe fondé autour de Lou Reed et de JJ Cale a eu une gestation assez lente, mais à la faveur d’un « mécénat » d’Andy Warhol, ce premier album a vu le jour. Et quel album détonnant par rapport à l’esprit de l’époque, mais quelle belle préfiguration du punk new-yorkais qui s’est développé par la suite. Bref, un classique qui peut parfois mettre mal à l’aise les oreilles non-averties.

4 – The Jimi Hendrix Experience, Are You Experienced? (mai)

Autre album qui a marqué mon adolescence et celle du Mari, si bien qu’il se retrouve en deux exemplaires dans notre discothèque. Et encore un premier album qui frappe très juste, entre blues psychédélique et vraie guitare virtuose. Pour autant, les oreilles non-averties auraient tendance à y voir du pur guitar heroism bourrin et ce ne serait pas rendre justice à toute l’âme blues contenue tant dans le jeu de Hendrix que dans l’orchestration choisie.

5 – The Beatles, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (juin)

J’ai personnellement un énorme problème avec cet album : alors que la doxa Beatles admet que c’est le plus grand album, le plus fou et le plus avant-gardiste du groupe, je trouve d’une part qu’il n’est pas au niveau d’Abbey Road et de Revolver (bien plus abouti techniquement, bien qu’étant enregistré avant), et d’autre part qu’il est justement trop ou pas assez fou pour que j’en comprenne l’essence ou la structure. Il y a juste cette anomalie qu’est A Day In The Life, ma deuxième chanson préférée des Beatles, que j’aurais davantage vu conclure Revolver en termes de cohérence.

6 – The Bee Gees, Bee Gees 1’st (juillet)

Suite à la claque que j’ai prise un jour en écoutant Holiday à la radio, je me suis dit que je ne connaissais pas assez cette partie de carrière des frères qui méritent davantage que la caricature de disco dans laquelle la postérité les a enfermés. Je me dis qu’un jour, j’achèterai ce troisième album du groupe pour en comprendre l’essence dans leur jeunesse.

7 – Claude Nougaro, Petit taureau (novembre)

Un album qui contient Toulouse, s’il est cohérent, ne peut que contenir de vrais moments de grâce. Encore un album que je me tâcherai de découvrir prochainement pour me pardonner de n’avoir compris la portée de Nougaro que post-mortem.

1 – The Rolling Stones, Their Satanic Majesties Request (décembre)

Album adoré du Mari qui me l’a fait découvrir dans le cadre de l’exégèse des albums mono des Stones, c’est pourtant un album mal aimé du public, du fait d’une structure encore une fois psychédique et d’une supposée similitude avec Sgt. Pepper, dans le cadre d’une rivalité médiatique avec les Beatles. De rivalité et de similitude, il n’en est en fait pas grand chose : en effet, Johnny et Macca ont assuré les chœurs sur certains titres et ils apparaissent de dos sur la pochette. D’autre part, les deux albums ont été enregistré dans le même temps et si Their Satanic Majesties Request  est sorti postérieurement, c’est à cause de la peine de prison qu’encouraient Mick Jagger et Keith Richards pour détention de stupéfiants.

9 – Bob Dylan, John Wesley Harding (décembre)

Si cet album est surtout connu pour être celui qui contient la version originale de All Along The Watchtower, il est surtout un album de transition philosophique pour Robert Zimmermann, suite à son accident de moto survenu en 1966. Si à la maison, nous avons essentiellement ses albums, voire certains exemplaires en double, jusqu’à cet accident, nous avons quelque peu décroché à partir de Blonde On Blonde. Nous procurer John Wesley Harding serait une bonne résolution pour avoir une vision un peu plus complète de sa carrière.

10 – Leonard Cohen, Songs of Leonard Cohen (décembre)

Encore un artiste que je connais de nom, dont je visualise la signature musicale, mais dont je n’ai pas exploité la carrière plus qu’il ne le faudrait. Si je devais un jour me concentrer dessus, je commencerais par ce premier album, qu’il a écrit alors qu’il avait déjà bien entamé sa carrière de poète. J’ai un bon a priori sur cette album, qui contient quand même les perles Suzanne et So long, Marianne, et j’ai clairement envie d’en savoir davantage.

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.