Chronique uchronique #2

Mots-clés

, , , , ,

lapins-crane-belle-montre-bigL’an dernier, alors que je pleurais une jeune fille dont l’âme venait de prendre l’envol et que je portais déjà le deuil de mon paternel, je voulais noyer le chagrin en écrivant ce que j’imaginais des artistes qui sont censés être partis beaucoup trop tôt. Suite à certaines suggestions – du Mari, notamment –, voici la suite de cette chronique avec cinq autres artistes.

Amy Winehouse (14 septembre 1983 – 23 juillet 2011)

amy-winehouse-lioness-hidden-treasuresJe me suis d’abord dit qu’il était trop tôt pour en parler. D’une part, cela ne fait que quatre ans qu’elle nous a quittés, et il n’y a pas beaucoup de recul par rapport à l’influence qu’elle a eu sur la musique. D’autre part, elle aurait eu comme moi, 32 ans, cette année, et parler d’une femme morte qui aurait pu avoir ma vie, mes aspirations, ça me dépasse un peu. C’est après avoir vu le documentaire sur elle que je me suis imaginé ce qu’elle aurait pu être en 2015. J’aurais parié qu’elle n’aurait toujours pas sorti son troisième album tant attendu, parce que tant le public que les tabloïds la feraient encore chier pour faire un truc dont elle n’aurait jamais voulu. Je pense qu’elle serait revenue dans les années 2022-2023, la quarantaine et la tranquillité venues, pour faire des albums de jazz comme elle l’a toujours souhaité, à la Frank. On aurait oublié tout ce qu’elle avait incarné, et on aurait redécouvert une superbe artiste affirmée. C’aurait vraiment été top. Vraiment. [Vous la sentez, l’émotion, quand je parle d’elle ?]

*

Janis Joplin (19 janvier 1943 – 4 octobre 1970)

janisSans la drogue – la destinée ? –, je pense qu’elle aurait été au blues féminin ce que Joan Baez est à la survivance du son folk des années 1960. Le problème étant que sa voix si caractéristique ne s’obtient pas « naturellement ». Je m’entends : une voix aussi exagérément cassée ne s’obtient que soit par l’abus de substances diverses, soit avec une trachéotomie ou une opération des cordes vocales – coucou, Bonnie Tyler. Ceci a un inconvénient indéniable : les cordes vocales se fatiguent par conséquent plus vite et ne permettent pas une carrière sur la longue durée. Dans ce cas, vivante, Janis Joplin aurait eu deux alternatives de carrière : une qui se serait terminée à 40 ans, où elle serait devenue une légende vivante incapable à un moment d’entretenir son destin. Et l’autre, sur la longue durée, où elle se serait tournée vers le blues un peu plus apaisé et aurait duré jusque 55-60 ans. Mais serait-elle encore vivante à 72 ans ? Je l’ignore…

*

Jeff Buckley (17 novembre 1966 – 29 mai 1997)

jeff buckleyLe putain de mektoub que voilà : alors que son père (19 ans à l’époque) se barre avant la naissance pour vivre sa carrière de musicien et mourir neuf ans plus tard d’une overdose, lui-même se noie comme un con à 30 ans alors que le monde entier attendait un deuxième hypothétique album, dont les démos sortiront l’année d’après sous l’égide de sa mère et de Chris Cornell (Soundgarden). Si Sketches for My Sweetheart the Drunk avait sorti dans la forme voulue, il serait peut-être sorti en 1999-2000, vu le rythme que cela prenait. Mais je ne suis pas sûre que le public aurait supporté une telle attente depuis Grace pour un album qui n’aurait peut-être pas attendu à ses aspirations. Ce qui est certain, c’est qu’il était tellement pétri de talent qu’il aurait peut-être phagocyté une partie de la scène underground américaine de ces quinze dernières années.

*

Mike Brant (1er février 1947 – 25 avril 1975)

mike brantLe fait que le bonhomme se soit repris à trois fois avant de ne pas se louper laisse présager que, de toute façon, à ce rythme-là, il n’aurait jamais atteint la trentaine d’années. Un meilleur destin aurait été de retourner définitivement en Israël après sa première « tentative » de suicide en juin 1974, de se faire oublier du public français et d’assumer son statut de star en chantant enfin des chansons dont il comprendrait les paroles. Il faut savoir effectivement que Moshe Brand, de son vrai nom, ne comprenait pas l’anglais, et encore moins le français. C’est ainsi qu’il transcrivait littéralement les paroles en hébreu pour les enregistrer. Certes, il aurait eu un rythme de dingue, mais au moins, il aurait été au pays et il n’aurait pas été le play-boy pour gamines hormonalement dérangées. Si ça se trouve, il aurait été un vieux beau, voire gay, mais il aurait eu une vie moins dérangée.

*

Claude François (1er février 1939 – 11 mars 1978)

60778_Claude-FrancoisEn voyant François Valéry récemment à la télé, je me suis dite : En fait, Claude François à 76 ans aurait été un croisement entre lui et Orlando [producteur et frère de Dalida, NDLR]. Ou alors il serait devenu l’équivalent français d’Elton John – option coming-out médiatique – ou de Liberace – option voilage de face. Car comme tout le monde le sait, il est mort électrocuté par un vibro dans l’oignon – pas taper, les fans, pas taper ! S’il avait vécu les années 1980 et 1990, je pense qu’à un moment, son image d’homme à femmes en aurait pris un sacré coup dans la gueule. Car si les paillettes étaient très in dans les années 1970, elles faisaient un peu tâche sur un homme, un vrai, dans la décennie suivante, et je ne pense pas que Cloclo aurait renoncé à ses chemises en satin pour paraître plus viril. Si ça se trouve, il aurait été en couple avec son producteur, au choix Orlando ou Gérard Louvin.

*

Ceci n’est que le fruit de mon imagination – ou celle du Mari concernant Claude François [la meuf qui se dédouane parce qu’elle sait que des fans pourraient tomber dessus]. Toujours est-il qu’en tant que passionnée de musique et musicienne moi-même, je trouve assez facile de prêter des intentions aux artistes partis un peut trop tôt. Ce que je sais, c’est que j’ai de l’imagination pour en faire un troisième, mais que je veux bien vos contributions.

Revue cinématographique et musicale #6 : La drogue, c’est mal

Mots-clés

, , , ,

tumblr_mblradeoxo1r0t20mo1_500

Nous avons beau être unis de la manière la plus sacrée qui soit, ce n’est pas pour autant que je sois des plus fusionnelles avec le Mari. Pour preuve, nous avons profité de ce samedi après-midi maussade de juillet à Paris pour aller au cinéma, mais pas ensemble. Cela nous a permis de voir deux films au format différent, mais à la problématique similaire : comment des musiciens considérés comme géniaux peuvent sombrer à cause du mélange explosif d’addictions diverses et de la mauvaise influence d’un entourage pas forcément bienveillant.

Chacun de notre côté, nous allons donc vous donner notre ressentiment sur deux films sortis durant ce mois de juillet 2015 sur les écrans français. Je vous parlerai d’Amy, un documentaire à la réputation sulfureuse sur ce fabuleux météore qu’était Amy Winehouse. Le Mari vous exposera son point de vue d’exégète sur Love & Mercy, un biopic sur Brian Wilson.

Amy (docu d’Asif Kapadia, 2015)

Pitch Allociné : Dotée d’un talent unique au sein de sa génération, Amy Winehouse a immédiatement capté l’attention du monde entier. Authentique artiste jazz, elle se servait de ses dons pour l’écriture et l’interprétation afin d’analyser ses propres failles. Cette combinaison de sincérité à l’état brut et de talent ont donné vie à certaines des chansons les plus populaires de notre époque. Mais l’attention permanente des médias et une vie personnelle compliquée associées à un succès planétaire et un mode de vie instable ont fait de la vie d’Amy Winehouse un château de cartes à l’équilibre précaire. Le grand public a célébré son immense succès tout en jugeant à la hâte ses faiblesses. Ce talent si salvateur pour elle a fini par être la cause même de sa chute. Avec les propres mots d’Amy Winehouse et des images inédites, Asif Kapadia nous raconte l’histoire de cette incroyable artiste, récompensée par six Grammy Awards.

Mon humble avis : Ayant moi-même écouté en boucle Back To Black et le classant parmi les meilleurs albums produits dans les années 2000, je me suis toujours sentie très proche de cette artiste qui avait mon âge. Ici, on suit son parcours, depuis une fête entre potes lors de ses 14 ans – où sa manière de chanter Happy Birthday pose déjà le personnage – et son tragique décès, dans sa 28e année, frappée par la fatalité d’un destin qui ne voulait pas qu’elle survive davantage.

On voit à quel point pour elle, la musique était instinctive, comme un moyen de survie, face à une situation difficile à vivre pour une enfant. Ce qu’on peut s’apercevoir, c’est que malgré la défonce, elle était consciente de ses capacités de musicienne intégrale, qui ne se développaient que lorsqu’elle sortait d’une situation éprouvante : elle enregistra Frank à la sortie de l’adolescence et des antidépresseurs, elle enregistra Back To Black après sa première rupture avec Blake Fielder et sa première tentative de rehab, elle enregistra avec Tony Bennett après avoir rompu avec l’alcool début 2011. Sa dernière prestation à Belgrade en juin 2011 est d’ailleurs très éloquente à ce sujet : elle se savait défoncée (s’était-elle défoncée sciemment ?) et clairement pas en état physiquement pour assurer un concert. C’était certes pitoyable, mais c’est surtout le dernier acte public de lucidité.

Derrière la chanteuse jazz, il y avait donc des fêlures et surtout des mauvaises fréquentations. Il y a évidemment son mari, Blake Fielder, qui l’a menée à la consommation massive de drogues pour supporter le succès de Back To Black, et dont l’incarcération a mené Amy à faire une coupure de six mois salvatrice à Sainte-Lucie. Mais il y a surtout ce père, Mitchell Winehouse, à la fois l’origine de ses problèmes personnels et le pire manager qui puisse lui être donné, contrairement à ce que les médias et même lui-même veut en montrer. Alors qu’Amy a 18 mois, il entame une relation avec une autre femme et finit par abandonner sa famille quand elle a 9 ans. Alors qu’il pense que sa fille s’en sort très bien, elle passera son adolescence sous antidépresseurs et gardera sa vie durant un attrait pour l’autodestruction et les relations blessantes avec les hommes. C’est lui qui lui évitera sa première rehab fin 2005, qui a résulté à ce superbe album qu’est Back In Black. Alors on va dire que c’est un mal pour un bien, mais Amy a payé le prix d’une relation filiale bancale, comme en témoigne la chanson What Is It About Men. Ce qui est assez frappant à voir, c’est que ces deux hommes l’ont un jour quittée, pour revenir, le succès aidant…

Ce qui est surprenant, c’est que, contrairement à une bonne partie des chanteurs de son acabit, elle avait malgré tout un entourage extrêmement sain autour d’elle : ses amies de toujours, Juliette Ashby et Lauren Gilbert, qui prennent une part prépondérante dans le documentaire, mais aussi son premier agent, Nick Shymansky et les producteurs Salaam Remi et Mark Ronson. Les cinq dernières minutes sont de surcroît très émouvantes, lorsque Juliette évoque les conversations qu’elles se sont échangées les derniers jours de sa vie.

Parlons maintenant de la forme du documentaire : il est tiré de documents personnels, de documents d’archives et des commentaires audio de chacun des protagonistes qui ont, un jour, entouré Amy Winehouse dans son ascension et dans sa chute. Asif Kapadia a fait le choix de livrer les témoignages et de les monter dans un état brut, sans rajouter un éventuel point de vue. C’est de cette manière que la figure de Mitch Winehouse en est exacerbée sans pour autant qu’il y ait de témoignage à charge directement contre lui. Blake Fielder passe finalement pour un paumé un peu dépassé par les événements. Les témoignages les plus criants de vérité viennent de ses amies qui ne l’ont jamais lâchée, malgré la déchéance et malgré le fait qu’elles aient pu elles-mêmes souffrir d’une telle situation.

Au final, en bonne spectatrice lacrymale, j’ai pleuré la moitié du film. En effet, la déchéance est montrée sans ambages ni excès de sensationnalisme. Le documentaire montre parfaitement les fêlures qui l’ont menée à exploiter ce don du ciel qu’elle avait et à se pourrir, le succès venu. Car, en bonne chanteuse d’un répertoire supposé confidentiel et élitiste, le succès et les conséquences de Back To Black semblaient difficile à assumer, tant elles lui étaient comme une erreur de parcours. Bref, Amy Winehouse n’était pas faite pour le succès populaire qui détruit les âmes les plus fragiles.

Love & Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys (Bill Polhad, 2014)

Pitch Allociné : Derrière les mélodies irrésistibles des Beach Boys, il y a Brian Wilson, qu’une enfance compliquée a rendu schizophrène. Paul Dano ressuscite son génie musical, John Cusack ses années noires, et l’histoire d’amour qui le sauvera.

L’humble avis du Mari : En tant que fan qualifié par ma femme d’exégète des Beach Boys et (surtout) de Brian Wilson, je me devais d’aller voir Love and Mercy. Rien que le titre était censé m’attirer, car il s’agit du morceau d’ouverture de son beau premier album solo (officiel, car The Beach Boys Love You en était presque un, tout comme… Pet Sounds) de 1988, par ailleurs sorti en single. Celui-ci a fait un flop, éclipsé par l’horrible Kokomo, que tout le monde adore autour de moi… Bref, passons.

Le film est magistralement interprété par ses acteurs, c’est évident. La palme revient à Paul Dano, jeune Brian Wilson plus que crédible, et Paul Giamatti en impitoyable Eugene Landy. Ayant lu la fausse autobiographie de Brian Wilson (émanant en fait de Landy), ainsi que le livre de Carlin Catch a wave (indispensable et aucunement racoleur), je peux dire que j’attendais le film au tournant.

Il est dit que Brian Wilson a été bouleversé par le film. Il a été grandement perturbé, paraît-il. Il faut dire que le film joue sur une dualité (qui ne m’a pas choqué, car je n’ai pas eu le sentiment qu’on passait systématiquement du coq à l’âne) entre 1965-1967 et une période semblant se situer entre 1985 (référence à la mort de Dennis Wilson deux ans auparavant) et 1991 (enregistrement de Sweet Insanity, début du procès ayant permis d’éloigner Landy de Brian). L’effet de ping-pong entre les périodes souligne le drame de l’existence de Brian Wilson. En 1966, il était considéré comme LE génie musical (à mes yeux, il était à l’époque supérieur aux Beatles, haut la main, et pourtant on sait à quel point je les adore). Qu’était-il devenu dans les années 80 ? Une épave, avec des éclairs mélodiques…

Le film dérange. Il dérange surtout si on se sent concerné par la musique des Beach Boys… Non, je ne parle pas de la période surf, qui est un détail, et je pèse mes mots. La vraie musique des Beach Boys, c’est celle qui montre Brian Wilson à cœur ouvert, quand il s’épanche, qu’il évoque ses peurs, ses obsessions, ses cauchemars, en les magnifiant par des mélodies célestes, qui n’ont quasiment plus rien à voir avec le rock, qui ont atteint une autre galaxie, que peu ont atteinte d’un point de vue mélodique (Odessey and Oracle des Zombies et Tubular Bells de Mike Oldfield). Pour comprendre le film Love and Mercy, il faut aimer la période 1965-1971, l’album Love you de 1977 et l’album solo de 1988. Sinon, vous ne comprendrez jamais ce film. Oubliez les voitures, le surf et les filles, ce n’est pas de ce Brian dont on parle. Du coup, on est presque surpris que le réalisateur n’ait pas fait une séquence avec la chanson I just wasn’t made for these times. C’est l’esprit génial, mais torturé, détruit par son père, son cousin Mike Love (parfaitement portraituré dans sa bêtise et son souhait de continuer sur la thématique idiote des voitures et des filles), puis par Landy.

Les sons rendent bien les perturbations auditives et mentales de Brian, aggravées par la drogue : ils mettent mal à l’aise. Mais ce ne sont pas n’importe quels sons : ce sont des bribes de chansons des Beach Boys avec du phasing, des ralentissements, à l’envers, avec de l’écho… Le pire, c’est quand on reconnaît des bribes de SMiLE, l’album maudit et mythique. J’ai été grandement perturbé par les sons du motif de Do you like worms ?, que les profanes connaissent comme passage au clavecin de Heroes and Villains. J’en suis presque à me demander si la crise d’angoisse que j’ai eue dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2011 n’a pas été due à l’écoute quelques heures auparavant au casque des sessions d’enregistrement de ce motif… À côté, la reproduction de la session d’enregistrement de Fire en paraît presque jouasse…

Malgré les perturbations que j’ai subies au cours du film, j’ai conservé assez de lucidité pour remarquer quelques inexactitudes. Le moment où Brian annonce faire le plus grand album de tous les temps après la découverte de Rubber Soul des Beatles (dans sa version américaine, démarrant par I’ve just seen a face) date de décembre 1965, devant Marilyn (sa première épouse), et non face à ses frères lors d’une fête. On notera aussi que la gestation de Good Vibrations prête à caution. Elle est placée après Pet Sounds, alors que les premières versions datent des sessions pour cet album. L’enchaînement vers Smiley Smile reprend la vieille légende d’un Brian qui a tout abandonné, alors que des bandes qui ont fuité montrent qu’il cornaquait encore les sessions en juin-juillet 1967. Pire encore, la même séquence filmique évoque la vente par son père Murry des droits de ses chansons (le label Sea of Tunes), qui n’a eu lieu qu’en… 1969. On y voit d’ailleurs en toile de fond des bandes master Scotch, à l’ancienne, reproduisant une pile de sessions pour SMiLE… avec des incohérences de titres. Song for children s’appelait à l’époque Look ; le titre n’a été adopté qu’en 2004, lors du réenregistrement de l’album. Mrs. O’Leary’s Cow s’appelait The Elements : Fire. Quant à I ran, aucun enregistrement n’a subsisté. Y en avait-il ? Quelque chose a-t-il été enregistré sous ce titre réellement ? Ou est-ce une session qui n’a pas abouti, donc sans enregistrement (comme la séance annulée figurée dans le film) ? Quand Brian joue à Melinda un instrumental de Love and Mercy, on est certainement en 1987, alors qu’il avait commencé l’enregistrement de son premier album solo. Or, dans le film, on a l’impression qu’il y a un mélange entre cet album et Sweet insanity ; la confusion peut être problématique… Ajoutons également que Melinda Ledbetter apparaît comme celle qui a décidé d’ôter Brian des tentacules de Landy. Carlin dit dans Catch a wave que c’est Peter Reum qui l’a fait. Or, comme l’indique un article de Slate.com, peut-être qu’il s’agissait vraiment de Melinda, aidée de Gloria, la bonne de la maison de Brian, puisque cette dernière est remerciée à la fin du film… Mais là n’est pas l’important dans le film, et cela est d’autant plus remarquable qu’habituellement, je décroche d’un film après une inexactitude.

 On ne s’ennuie jamais au cours des deux heures du film. Il manque un je-ne-sais-quoi pour en faire un grand film, mais il y a des séquences marquantes. Outre celles purement musicales, la séquence sur fond d’In my room (chanson dont j’ai toujours adoré le texte pour des raisons personnelles tout comme In the back of my mind et I just wasn’t made for these times) explique tout le film, toute l’histoire de Brian. Landy a joué de l’oppression de Murry pour en exercer une identique et prendre le contrôle de sa personne, jusqu’à se faire désigner principal héritier testamentaire… On est pris par l’histoire, par la psyché de Brian Wilson, on s’identifie presque à lui. Malgré ses défauts et ses vices, on ne peut qu’être compatissant (mercy) voire l’aimer (love) en le voyant regarder les étoiles, parler avec une honnêteté assimilable à la candeur, le rendant maladroit dans ses gestes et envers les femmes… Certes, la fin est un peu Disney avec le mariage et le fait que tout va pour le mieux après, alors que certains fans commencent à surnommer Melinda… Melandy, ce qui peut paraître injuste, mais le côté mainstream dégoulinant des dernières productions lui est autant imputé qu’au backing band de Wilson, mais songez à ce que peut être la vie commune avec quelqu’un comme lui, avec tout le respect que l’on peut avoir pour l’artiste génial des années 60… Mais on est pris par surprise, avec une interprétation live de Love and Mercy (de 2004-2005 ?) qui a failli me faire craquer. J’ai été tellement ému par ce cadeau final que la diffusion d’une chanson du bien mauvais No pier pressure, One kind of love, m’a fait paradoxalement plaisir, en tapant même du pied.

Je suis ressorti du cinéma MK2 Hautefeuille, assez perturbé, à vouloir faire un tour près de Gibert Joseph (mon fief depuis presque vingt ans), avant d’être rejoint par ma femme, qui a été émue par le visionnage d’Amy. Pour retrouver mes esprits, j’ai demandé à revoir les étals de livres chez Gibert et revenir à mes affaires intellectuelles ordinaires, pour me retrouver dans mon élément, tel un Brian Wilson se retrouvant en studio, dans son élément…

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales !

Bob Dylan : compositeur génial et interprète pas doué ?

Mots-clés

, , , , , ,

015_bob_dylan_theredlistJe me plains souvent que, depuis une vingtaine d’années, en ayant perdu le peu de capacité vocale qui était en sa possession, Bob Dylan avait également perdu son sens du rythme et sa façon de raconter des histoires. Cet avis, je l’ai confirmé il y a trois ans, lorsque j’ai voulu faire une écoute de Tempest. Malgré tout, j’aimerai toujours le folkeux de génie qu’il a pu être à une période de sa vie.

Le Mari, dont le but est de briser les mythologies musicales pour en fabriquer d’autres – j’en veux pour preuve le démontage en règle de la première partie de la discographie de Led Zeppelin, à base d’accusations de plagiat –, me presse depuis un certain temps de faire un article sur l’importance de Bob Dylan dans un certain contexte de la seconde moitié du XXe siècle. Lui-même étant fan des Byrds, de Jimi Hendrix et du style country-rock, est à ce moment précis en train d’écouter du T-Rex au lieu de m’inspirer. Le fufu, le fufu, le fumier.

Je suis mauvaise langue, le voilà qui débarque en disant : Tiens, si tu veux de l’aide sur Bob Dylan, j’ai toute la documentation sonore qu’il te faut ! Il y a ça, ça et puis ça…

Merci, mon cœur.

De toute manière, j’ai un compte personnel à régler avec Bob Dylan. Je sais que beaucoup de personnes l’auraient oublié aujourd’hui s’il n’avait pas entamé son Never Ending Tour en 1997, alors qu’il était à l’époque en proie à des réflexions sur la vieillesse et sur sa fin – il avait alors 56 ans. J’estime à titre personnel que c’est maintenir à un statut de dieu vivant un type qui n’a plus la capacité de se produire sur scène et qui n’arrive pas à raccrocher, par peur du vide et de la mort. Vous voulez une preuve ? Prenons l’une de mes chansons préférées de Dylan, Ballad Of A Thin Man (1965).

J’adore tout : le baltringue, l’orgue, le phrasé. Tout. Cette chanson est juste mon sommet de Dylan… Voyons maintenant comment il l’interprète sur scène à l’heure actuelle (par exemple, en 2014).

A part une trame sonore très blues et très à propos, on dirait que le brave Bob vient de subir une trachéotomie. Et j’ai juste envie de pleurer. Vraiment.

Une bonne partie de sa fanbase dirait que, de toute façon, Dylan, on n’y va pas pour sa voix. Il est certain qu’il n’a jamais eu une voix chantée exceptionnelle et que c’est son phrasé, ses paroles et son aura qu’on retiendra bien davantage. Mais son problème est qu’on a tous un moment où la carrière de Dylan ne nous correspond plus. En ce qui me concerne, c’est après son accident de moto en 1966, lorsqu’il a commencé à virer country. J’admets qu’il a eu des fulgurances par la suite – Knockin’On Heaven’s Door (1973), sa collaboration au sein de la belle brochette de connards qu’étaient les Traveling Wilburys entre 1988 et 1990.

Oui, ce que je vous mets en exemple, c’est une composition de George Harrison, donc ce n’est pas l’exemple le plus probant de bonne collaboration de Bob Dylan.

Mais ce qui est particulièrement époustouflant avec le répertoire général de Bob Dylan, c’est que, quand on se penche sur les reprises, une bonne partie d’entre elles sont bien meilleures que les originales. Ce qui fait penser au Mari qu’en fait, les compositions de Dylan sont en fait un excellent catalogue de chansons, destinées à être dépassées. Il y a du vrai et du faux dans cette affirmation. En cela, je vais donner trois exemples concrets de ce que j’avance, mais aussi quelques contre-exemples pour conclure.

Ce qui enfonce Bob Dylan

Le groupe-écho : The Byrds

J’en parlais en début d’article parce que le Mari est fan, mais force est de constater que le groupe mené par Gene Clark et Roger McGuinn ont été les meilleurs vulgarisateurs d’une certaine partie du répertoire, voire même les interprètes principaux. Pour vous en apporter la preuve ultime, je vais vous faire un test. Quelle est la première version de Mr Tambourine Man que vous ayez entendu de votre vie (avant de lire cet article, bande de gougnafiers) ?

Celle-ci ?

Ou bien celle-ci, qui, perso, me fout les poils parce qu’elle dit la vérité ?

Même si je trouve que la version de Bob Dylan est bien meilleure, il faut admettre que la version des Byrds est bien plus populaire. Il arrive parfois qu’une version des Byrds soit bien meilleure que la version originale, en témoigne My Back Pages, tellement bonne avec le riff de Roger McGuinn que Dylan la reprend ainsi désormais.

D’ailleurs, Columbia a carrément fait une compilation de reprises de Dylan en 1979, soit 6 ans après la fin du groupe. Mais Bob Dylan ne tient pas rigueur aux Byrds de jouer dans le même style que lui, puisqu’à un moment, il a régulièrement invité Roger McGuinn à jouer avec lui sur scène. Petit add-on du Mari : certaines versions de chansons enregistrées par les Byrds ou d’autres artistes ont atterri dans des recueils ultérieurs comme les Basement Tapes ou le coffret Biograph (1985), étant donné que les versions reprises ont pour la plupart « écrasés » des versions originales inédites.

La reprise Joe-Cockerienne : All Along The Watchtower

Sortie initialement en 1967 sur l’album John Wesley Harding, elle fait suite à son accident de moto début 1966 et son changement de vie (il vient de se marier, il a deux enfants en bas âge, etc.). Il s’isole, prend du recul par rapport à sa vie et s’intéresse à la Bible – d’où la thématique des paroles de la chanson qui semble s’être inspirée du chapitre 21 du livre d’Isaïe (et maintenant que j’ai quitté mon ancien travail, je dis bien Isaïe et non Ésaïe, comme on m’a forcée à écrire pendant 6 ans). Vous vous dites en l’écoutant : Oui, c’est une chanson folk sympa, mais il manque quelque chose. Parce qu’évidemment, vous avez entendu la reprise en premier lieu.

La version de Jimi Hendrix, enregistrée en 1968 sur Electric Ladyland, est tellement devenu le mètre-étalon de la chanson que, désormais, même Bob Dylan la réinterprète ainsi en concert. Malgré le fait qu’il a juste pulvérisé la version originale, Jimi Hendrix aurait dit de cette chanson et de Bob Dylan en général :

Parfois, je joue des chansons de Dylan et elles me ressemblent tellement que j’ai l’impression de les avoir écrites. Je perçois Watchtower comme une chanson que j’aurais pu écrire, mais je suis sûr que je ne l’aurais jamais achevée. Quand je pense à Dylan, je me dis souvent que je n’aurais jamais pu écrire les textes qu’il parvient à produire, mais j’aimerais qu’il m’aide, parce que j’ai beaucoup de chansons que je n’arrive pas à terminer. Je pose juste quelques mots sur le papier, et je ne peux pas aller plus loin.

Et il se permet d’être humble, ce connard.

Le cas d’école : Knockin’ On Heaven’s Door

Voici selon moi une chanson parfaite dans sa version originale : l’orchestration tient sur trois accords (voire quatre) et elle est très fluide. Mais surtout, Dylan qui est censé ne pas avoir une voix de fou furieux, n’a jamais aussi bien posé sa voix et son phrasé. Mais cette chanson a un problème majeur : le film dont cette chanson est la bande originale, Pat Garrett and Billy The Kid (1973), a fait un tel four que je ne connais personne qui ne l’ait découverte sous cette forme. Ceci est une énorme injustice, d’autant que les reprises sont parfois plus populaires – parfois même en français (Hugues Auffray et Eddy Mitchell), en portugais et en japonais.

La reprise d’Eric « Dieu » Claption a été enregistré dès 1974. Présente sur 461 Ocean Boulevard – comme I Shot The Sheriff, reprise joe-cockerienne de Bob Marley –, le Rico prouve par son interprétation qu’il a imposé le reggae blanc bien avant The Police (prends ça dans ta gueule, Stewart Copeland) et The Clash. Le Mari rajouterait : Mais après Led Zeppelin et House of the Holy (1973) ! Ouais. Mais House of the Holy n’est pas non plus l’album le plus populaire du groupe, alors poupoune.

La vérité, c’est que tout mon lectorat est persuadé que cette version l’originale, bien qu’elle ait été enregistrée 18 ans après la version de Bob Dylan. Incluse dans Use Your Illusion II (1991), cette version des Guns’n’Roses est la version-étalon, même si le Mari avoue qu’Axl Rose en fait beaucoup trop en termes de Hey, hey, hey, hey, hey !

Cette dernière version présentée, enregistrée par Avril Lavigne sur l’album My World en 2003, sentait déjà la perte de vitesse de la chanteuse. Quand on en vient à faire une reprise aussi cucul et insignifiante, cela veut dire qu’il est vraiment temps qu’on arrête sa carrière, et vite.

Pourquoi je parle de Knockin’ On Heaven’s Door comme d’un cas d’école ? Parce que, sans rien connaître de la version originale, la chanson fait tellement partie du patrimoine musical mondial qu’on commence à connaître une reprise – celle des Guns’n’Roses, le plus souvent – avant de se plonger dans la version originale.

Dylan über alles

Le Mari ajouterait que Bob Dylan a été beaucoup moins percutant dès lors qu’il a arrêté d’incarner le chanteur protestataire, mais surtout dès lors qu’on a arrêté de puiser dans son répertoire, soit après 1973. Mais bien avant cette période, il y a des chansons de Bob Dylan dont on sait pertinemment que leur reprise sera forcément ratée, tant le bonhomme incarne avec perfection l’esprit de la chanson. En voici quelques exemples.

Desolation Row (Highway 61 Revisited, 1965)

Alors oui, elle a été reprise par The Grateful Dead et My Chemical Romance, mais je ne connais personne qui irait imposer 11’30” tout seul avec sa gratte de cette manière – prise live de 1966 –, pas même le même bonhomme en 2015. Quand je parlais d’une manière de raconter les histoires que Dylan avait acquise dès le début de sa carrière, c’est spécifiquement à cette chanson que je pensais. T’as l’impression qu’elle pourrait durer des semaines et qu’il n’y a rien d’autre à dire pour ne pas troubler ce moment délicat.

Blowin’ in the Wind (The Freewheelin’ Bob Dylan, 1963)

Certes, cette chanson a été multireprise – et pas par n’importe quel connard, quand même : Joan Baez, Janis Joplin, Stevie Wonder, Neil Young, Johnny Cash, Elvis Presley –, mais aucun de ces interprètes, bien que beaucoup d’entre eux se positionnent bien politiquement et socialement, n’a pu rendre cette verve et cette force qu’a insufflé Dylan dans la première composition qu’on lui connaît. Si bien qu’un certain Lorre Wyatt, pendant 11 ans (de 1963 à 1974), a fait croire que Dylan lui avait acheté les paroles. C’est vrai que le bobard était juste super classe.

I Want You (Blonde on Blonde, 1966)

Reprise par Cher, The Hollies, Bruce Springsteen ou encore Francis Cabrel – très bonne reprise, d’ailleurs –, l’inspiration la plus probante que cette chanson ait eue est Partons vite du groupe Kaolin. Mais il y a une certaine légèreté dans l’orchestration, dans le phrasé – encore ! – qui, de surcroît, montre un Dylan optimiste et plaisant.

Pour reprendre donc mon questionnement de départ, je dirais qu’effectivement, Bob Dylan est un compositeur et surtout un auteur de génie dont les chansons sont facilement appropriables quand les artistes en ont le talent. Malgré tout, Bob Dylan reste quand même un formidable interprète dans les périodes où il avait la foi en ce qu’il chantait.

6 ans plus tard : ce que je retiens de Michael Jackson

Mots-clés

, ,

Le 26 juin 2009, nous apprenions tôt dans la nuit (en France) le décès de Michael Jackson. Cette nouvelle fait partie des déflagrations qui ont touché la culture mondiale de ce début du XXIe siècle, car à force de voir cet être devenir de plus en plus irréel, nous en avions oublié qu’il pouvait aussi mourir. Déjà, à l’époque, je me suis émue de ce pan de ma culture qui disparaît,  comme beaucoup de personnes dans les pages de Ladies Room.

Depuis, 6 ans ont passé et ses héritiers musicaux sont légion, que ce soit Justin Timberlake – qui a posé sa voix sur des enregistrements inédits du Père fondateur l’an dernier –, Pharrell Williams, ou de manière plus mimétique (plus pathétique ?), Bruno Mars. Michael Jackson a tellement dicté les règles de l’industrie et des canons musicaux et artistiques durant ce dernier quart du XXIe siècle que la pop-culture actuelle n’aurait pas été la même sans son existence. A l’instar des Beatles, je dirais même qu’on citera Michael Jackson comme mètre-étalon de la culture du XXe siècle pendant un bon bout de temps.

L’évocation de ce nouvel article a entamé un débat avec le Mari : son frère estime qu’Invincible est l’album de l’aboutissement artistique de Michael Jackson et qu’il est, par conséquent, son album le plus sous-estimé. Je ne suis pas de cet avis et je vais m’en expliquer un peu plus bas en tentant d’apporter ma vision sur ce que ma curiosité m’a laissée du King of Pop. Autre chose : je ne vais parler  que de musique, strictement de musique. Le destin du personnage et la peoplisation de ses enfants feraient l’objet de tellement de dégueulasserie. Non : avant d’être un humain qui semblait vouloir dépasser sa condition, Michael Jackson était avant tout un putain d’objet artistique, et c’est essentiellement pour cela que je veux m’en souvenir.

Mon trio gagnant

A double titre, Michael Jackson est ma madeleine de Proust artistique. Bad est mon premier souvenir musical conscient, dans la mesure où mon père a foutu la cassette en boucle pendant plus de quatre ans dans sa voiture – je vous jure que c’est vrai. Et surtout, Moonwalker a été la première séance de cinéma que j’ai faite dans ma vie. J’avais 5 ans, c’était pendant les vacances de Noël 1988 et j’étais à l’UGC des Champs-Elysées. Je me souviens d’une personne assez androgyne – peut-être l’effet paillettes, cheveux longs, Terence Trent D’Arby et Tracy Chapman (putain, qu’est-ce qu’il y a eu comme perturbation de mes repères sociaux et mentaux en 1988).

J’ai découvert l’album Thriller, d’une part par les clips de M6 – qui diffusaient, outre les tubes de Bad, les « anciens » clips de Billie Jean, Beat It et la version écourtée de Thriller –, et d’autre part par mes spectacles de danse. La prof de danse qui m’a le plus marquée – celle que j’ai eu entre 8 et 17 ans et qui m’a fait découvrir Dean Can Dance –, était en effet fan de Michael et tantôt faisait les barres avec HIStory, tantôt mettait les spectacles en scène avec Thriller. L’une de mes chorégraphies les plus marquantes à l’époque, je l’ai d’ailleurs faite sur Billie Jean. Je pourrais même dire que, plus  que le chanteur m’a conditionnée en tant qu’auditrice critique et musicienne, le danseur exceptionnel qu’il était m’a conditionnée en tant que danseuse pendant plus de 15 ans.

Coucou Manu Dibango…

Dangerous a coïncidé avec mes premières boums. Par conséquent, j’ai pu assez l’écouter en boucle chez mes copains pour qu’il s’ancre bien dans ma tête. Ce que je peux en dire, c’est que je considère que tout ce que la production en musiques urbaines mainstream a élaboré dans les années 1990 découle directement de cet album. Ni plus, ni moins. Cela peut paraître présomptueux comme ça, mais je vous invite à vous faire une bonne redécouverte ET de l’album ET des sons r’n’b de votre enfance (pour ceux qui sont nés comme moi dans les années 1980, hein) pour vous en convaincre.

Explication

Pourquoi je cite ces trois albums (dans l’ordre de préférence 1/2/3) ? Parce que j’estime qu’on peut facilement faire un excellent digest de la carrière solo de Michael Jackson en ne prenant en compte QUE ces trois opéra qui ont, eux, véritablement révolutionné et influencé l’industrie musicale. Je considère qu’avant cela, Michael Jackson n’a fait que coller à l’époque Motown (pour les Jackson 5) et funk psyché (pour Off The Wall), et qu’après cela, il n’a fait que se répéter, voire reprendre le même filon que Dangerous pour HIStory et Invincible. Et ce qu’ont révélé Michael et Xscape, les deux albums posthumes, c’est qu’il était plus prompt à revenir à des sonorités plus primitives, de celles qui ont fait son succès dans les années 1980. Ou alors les producteurs ont trèèèès bien fouillé les fonds de tiroir. Après enquête, le Mari penche sur la seconde solution.

Par exemple, Love Never Felt So Good a été enregistré primitivement en 1982-83, et certains éléments ont été ajoutés en 1987. Le Mari estime également que si je considère que Michael Jackson ne s’est pas renouvelé de son vivant après Dangerous, c’est parce qu’HIStory et Invincible proviennent des chutes dudit album. Seems Legit. Attention, je ne dis pas que la carrière du King of Pop est à jeter après 1992, mais c’est comme le U2 des années 1990-2000 ou Muse depuis Absolution, c’est juste que t’as l’impression d’entendre la même ritournelle et que ça en devient lassant. Je sens que je vais me faire taper si je mets Earth Song en guise d’illustration de mon propos, mais c’est mon sentiment et on peut en discuter.

Je finirais mon argumentation par son début de carrière et, finalement, sa condition de produit musical, alors que j’aurais quand même dû commencer par ça. Car avant de devoir se séparer de la tutelle familiale, il a quand même dû être éduqué et instruit, avec tout ce que cela a créé comme blessures chez lui en tant qu’humain. Malgré tout, du plus loin qu’il a chanté, il a toujours relégué ses frères au second plan du fait d’un charisme naturel inégalé, voire même d’un truc surnaturel qui émanait déjà de lui enfant.

Cette aura, mêlée à la nécessité de s’émanciper d’une férule intransigeante et à sa rencontre miraculeuse avec Quincy Jones, lui a permis de passer du statut de produit au statut d’objet, puis de créateur. Même si Off The Wall n’est pas le truc le plus révolutionnaire en soi – ni même son premier album solo –, il reste tout de même un excellent disque inscrit dans une époque où on pondait ce genre de son au kilomètre, mais où on ne se distinguait pas forcément à 21 ans avec l’espoir qu’il y ait la suite qu’on lui connaît.

A ma connaissance, Michael Jackson fait partie de ces rares artistes, avec Elvis et les Beatles, qui ont su s’émanciper du statut de produit inhérent à tous les artistes reconnus pour devenir des objets artistiques, puis des mythes parfois vivants. Et comme tout mythe, la légende démultiplie les scories pour en faire de vrais coups d’épée dans les récits perpétrés. En ce qui me concerne, je ne juge qu’avec mes oreilles et je me dis qu’il est dommage d’en arriver à de telles extrémités pour devenir exceptionnel.

Déjà-entendu

Mots-clés

, , , , , , , , , ,

La musique contemporaine nous le fait assez comprendre : il y a des airs que l’on entend tellement qu’on a l’impression d’écouter la même chanson plusieurs fois dans la journée. Cette sensation est très bien illustrée par la troupe de comiques australiens Axis of Awesome :

Quand la copie devient trop évidente, il y a deux manières de réagir. Soit cela tourne au procès pour plagiat, notamment quand on intègre des éléments dans une chanson sans en demander l’autorisation. C’est notamment le cas du contentieux qui a opposé d’un côté Manu Dibango,

et d’un autre côté à la fois Michael Jackson

et Rihanna.

Mais il y a quelques fois où on s’arrange sur l’empreint de la mélodie. Je vais dès lors mettre les choses au clair : ici, je ne vais pas parler de reprise de la chanson dans une autre langue, mais d’emprunt de la mélodie pour faire une autre chanson. Oui, ce sont des choses qui arrivent, et je l’ai montré avec certaines adaptations françaises des Beatles. Cela se fait avec plus ou moins de bonheur, comme je vais vous le montrer avec ces quatre exemples que je vous ai dégotés.

L’originale : Kid Creole & the Coconuts, There’s Something Wrong In Paradise (1983)

Ce groupe a marqué les années 1980 et 1990 de sons créoles, mêlant funk, salsa et jazz. Ayant une identité visuelle très forte, ils ont tourné plusieurs films pour la télévision et le cinéma. C’est ainsi qu’on peut voir le groupe dans Contre toute attente (1983) et le chanteur dans Soyez sympa, rembobinez (2008). Le groupe se fait plus discret depuis les années 2000, mais a tout de même sorti un album en 2011 et fait une tournée en 2012. There’s Something Wrong In Paradise est tiré du quatrième album studio du groupe, Doppelganger.

La reprise : Douchka, Elémentaire, mon cher Baloo (1984)

Avant de faire des vocalises bizarres et des caprices dignes de Mariah Carey dans la télé-réalité Las Vegas Academy, avant même de faire sa diva dans la télé-réalité La première compagnie, avant même de se faire bouler du casting de The Voice, cette mannequin « de formation » (elle a commencé à 12 ans chez Elite) est devenue, sous l’impulsion de son beau-père Umbert Ibach, égérie et chanteuse pour Disney entre 1984 et 1989. C’est ainsi qu’à l’instar de Dorothée, elle a rythmé toute mon enfance. Elémentaire, mon cher Baloo est tiré de son premier album du même nom, sorti après l’énorme succès 1, 2, 3, Mickey, Donald et moi.

*

L’originale : Khaled, C’est la vie (2012)

S’il est en activité depuis 1978, il se fait connaître dans un premier temps en gagnant le premier prix du festival de raï d’Oran en 1985. Suite à l’album Kutché (1988), en collaboration avec le compositeur Safy Boutella, sa renommée devient internationale dans les années 1990 et 2000.  Il collabore avec Rachid Taha et Faudel pour le collectif 1, 2, 3, Soleils en 1998, mais aussi avec Alan Stivell, Cheb Mami, Jean-Jacques Goldman et Carlos Santana. Si on parlait davantage de lui au début des années 2010 pour des trucs louches, il revient en force en 2012 avec une bombe mâtinée de reggaeton qui a facilement ringardisé On va s’aimer de Gilbert Montagné dans les mariages.

La reprise : Marc Anthony, Vivir mi vida (2013)

Marco Antonio Muniz, fils de Portoricains, est aussi un vieux de la vieille, puisqu’il a fait ses gammes en première partie de Tito Puente au Madison Square Garden en 1992. S’il se fait connaître à l’international avec son duo avec Tina Arena, I Want To Spend My Lifetime Loving You – chanson présente sur la bande originale du Masque de Zorro – en 1998, sa notoriété est davantage circonscrite à l’Amérique latine et aux Etats-Unis. Son autre fait d’armes international est d’avoir été le mari de Jennifer Lopez et le père de ses jumeaux. Et donc, en 2013, il a dû tomber sur le tube de l’été en France et a voulu l’adapter pour le marché salserito. Tout de suite, ça fait plus classe, même si comme dirait le Chevalier : Avec Internet, il suffit d’une seule année pour que les scies musicales se répondent.

*

L’originale : Kaoma, Lambada (1989)

Enfin, l’originale, l’originale… C’est sous cette version que la mélodie a été popularisée mondialement en 1989. Parce qu’à l’origine, c’est le pompage d’une chanson bolivienne, Llorando se fue, du groupe Los Kjarkas (1981).

Et les producteurs français qui ont eu l’idée de traduire les paroles en portugais (parce que la Lambada est censée venir du Brésil) sans déclarer le nom des auteurs-compositeurs originaux à la SACEM ont peut-être engrangé beaucoup de sous avec ce concept, mais en ont perdu pas mal quand lesdits auteurs-compositeurs sont venus réclamer leurs droits d’auteur en 2010. Cela n’a pas empêché Jennifer Lopez et Pitbull d’en coller un bout dans la chanson On The Floor en 2011 – ce qui n’est pas étonnant, étant donné que la même Jenny from the block a participé à un film sur le phénomène baptisé Lambada.

La reprise : Les Garçons Bouchers, La Lambada, on n’aime pas ça (1990)

Fer de lance de la scène punk française avec les Beruriers Noirs et Ludwig Van 88 dans les années 1980 et 1990, les Garçons Bouchers ont décidé de s’intéresser de près aux tubes de l’été en en faisant une parodie. Si les paroles disaient On a rien trouvé de mieux pour passer à la télé, l’ironie du sort a fait qu’ils ont eu un tel succès avec ce titre qu’ils sont passés chez Jacques Martin. C’est d’ailleurs avec cette chanson qu’ils ont marqué le plus large public en France, à la manière d’un Salut à toi.

*

L’originale : Carrapicho, Tic Tic Tac (1996)

Encore des Brésiliens au mic, sauf qu’ici, la production originale est bien locale et prouvée. Le succès français de cette chanson vient de Patrick Bruel, qui a découvert le groupe lors qu’il a tourné Le Jaguar en forêt amazonienne. D’ailleurs, contrairement à Kaoma, où la chanteuse était brésilienne, mais les musiciens français, et où le groupe s’est très vite dissous, Carrapicho est en activité depuis 1983 avec les mêmes musiciens et danseurs. Le groupe a également à cœur de promouvoir les sonorités et la culture amazoniennes dans leur musique.

La reprise : Sophie Favier, Il me tape sur les nerfs (1996)

Surfant sur le succès, comme les trois autres chansons précitées, l’ex-coco-girl/mannequin/actrice érotique/animatrice télé et radio qui, aujourd’hui, s’épanouit sexuellement auprès d’un forain réitère son expérience dans la chanson qu’elle a acquise dans les années 1980. Cette « parodie » assumée de la part des producteurs ne fait qu’enfoncer l’image de blonde et connasse de la pauvre Sophie, déjà vulgairement moquée à cause de son zozotement. Bref, une chanson à ranger au rayon Bide et Musique.

Ce que je remarque, en guise de conclusion, c’est que les chansons exotiques ont bien plus de chance d’être soit parodiées, soit reprises avec d’autres paroles. D’autre part, il y a beaucoup plus d’indulgence pour ces mélodies dans le sentiment de déjà-entendu de la part de l’auditeur. En effet, ces mélodies entraînantes (pour la plupart du temps adaptées en français) deviennent dès lors identifiables et chantables pour le public-cible qui connait déjà la mélodie.

Typologie des marches nuptiales, vol. 2 – partie 2

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , ,

mariage-kate-william1-500x375

Après une première partie très dense sur mes préconisations personnelles quant à la personnalisation d’une cérémonie de mariage, après avoir montré dans un premier temps les exemples les plus courants actuellement, voici donc d’autres idées si vous en avez marre d’avoir un mariage plan-plan.

Le mariage gothique

Un jour – c’était dans les années 1990 –, j’ai assisté à un mariage où la mariée portait une robe rouge sang. Sachant qu’elle était brune à la peau très pâle, vous devinez l’effet que ça a fait durant la cérémonie : on aurait cru au mariage d’une femme-vampire. Dans mon village breton, ça a juste fait scandale, même si moi (je devais avoir 13-14 ans à l’époque), je trouvais ça cool.

C’est pour qui ? Pour les cheveux noirs, les romantiques XIXe siècle (première définition des gothiques pour moi), les tourmentés de la vie, ceux qui ne veulent pas se marier en blanc parce ça porte trop d’espoir

Exemples : Ces exemples m’ont été donnés par le Chevalier lui-même. Au début de notre relation, quand je le présentais à des personnes en dehors de notre cercle commun, mes copains me disaient : Putain, qu’est-ce qu’il est dark ! Car si j’ai pris le côté taré un peu optimiste en termes de musique, lui a pris le côté trèèès torturé.

The Smashing Pumpkins – Ava Adore (1998)

Grande inspiration du Chevalier (qui propose certes les Smashing Pumpkins à chaque fois, mais qui tombe juste). Juste regardez le clip et vous comprendrez pourquoi.

Alain Bashung – Aucun Express (1996)

Cette chanson, tirée de Fantaisie Militaire, ressemble beaucoup à une déclaration d’absolu tellement chère aux poésies gothiques de langue française. C’est ma définition personnelle du mouvement gothique, qui est pour moi plus intéressante que la définition commune à l’heure actuelle.

Joy Division – Day of the Lords (1979)

En grand fan de The Cure et de tout ce qui est musique qui met en joie, la vérité est que le Chevalier m’a fait une liste d’une dizaine de chansons et que j’ai dû le freiner. Donc gothiques de tous pays, si vous voulez d’autres références pour votre mariage, demandez-moi en commentaire et je transmettrai.

Le mariage punk

Mes années en histoire et l’éducation de mon oncle quinquagénaire cette année – qui a commencé à inculquer à son fils de 10 ans qui est aussi mon filleul chéri les bases avec Trust – m’ont donné une forte inspiration pour tout ce qui est musique punk. Ca tombe bien, je me suis aussi mariée avec un bonhomme qui a aussi deux-trois références dans sa discothèque.

C’est pour qui ? Pour les marginaux à berger allemands, mais pas que : il faut aussi penser aux étudiants qui ne font pas des études vraiment professionnalisantes (j’entends par là les études en arts, en histoire, en sciences de l’éducation, etc. Ne me jugez pas, j’ai fait 6 ans d’histoire) , à ceux qui se sentent exclus du système tout en y étant très intégré tout de même (oui, même le FN)…

Exemples :

The Clash – Should I Stay or Should I Go (1982)

Le Chevalier me dit : Mauvais groupe punk, excellent groupe new-wave. Je ne suis pas d’accord : c’est un groupe punk moyen, mais un excellent groupe de ska. Mais nous sommes tout à fait d’accord sur le fait que cette chanson est une des chansons d’amour punk les plus romantiques qui soit.

The Undertones – Teenage Kicks (1979)

Autre chanson romantique et punk à souhait, ce titre de ce sympathique groupe nord-irlandais qui a fait leur seule postérité fait partie des chansons d’amour que le Chevalier me joue soit lui-même à la guitare, soit en vinyle sur sa platine. Donc c’est la caution mignonne de cette liste.

The Stooges – I Wanna Be Your Dog (1969)

Outre la blague du mec qui recherche la partition pour piano de cette chanson, je vois très bien ce titre dans une cérémonie où la mariée, habillée SM, traîne le marié à quatre pattes avec une laisse. Ouais, j’aime bien.

Le mariage altermondialiste

Durant toute ma vie et mes engagements associatifs, j’ai croisé des altermondialistes : en tant que militante au MRJC, en tant que stagiaire aux éditions de l’Atelier, mais aussi dans le cadre de mon orchestre (où on a carrément crée un système de distribution de produits du Perche) et à la faculté. Bref, même si je ne suis pas forcément sensible au sort des pays en voie de développement (parce que j’estime qu’il y a déjà tellement à faire ne serait-ce qu’en France), j’aime bien toutes les réflexions sur les développements alternatifs de l’économie, de l’agriculture et de l’éducation populaire.

C’est pour qui ? Pour les néo-hippies, les consommateurs conscients qui ne manqueront pas de réfléchir à un banquet bio et locavore (notamment les bières locales dont certaines peuvent s’avérer délicieuses), les couples mixtes qui ne veulent pas forcément se marier à la française, les globe-trotteurs qui sont susceptibles d’avoir adopté les us et coutumes des tribus indiennes les plus reculées.

Exemples :

Manu Chao, Clandestino (1998)

Oui, j’avoue, c’est trèèèès cliché, mais pour la mauvaise blague, on peut toujours prétendre qu’elle servirait de bande-son à une cérémonie de mariage blanc (je ne l’assume pas).

Amadou et Mariam, Je pense à toi (1998)

Le blues malien dans ce qui peut être le plus mainstream et accessible, mais aussi le plus beau. A réserver à ceux qui ont fait du volontariat dans des villages africains et qui en ont profité pour rencontrer l’amour de leur vie (et j’en connais).

Le mariage « héroïque »

J’ai une tripotée de copains geeks et, moi-même, je m’ouvre de plus en plus aux youtubeurs qui ont quelque chose à dire (Antoine Daniel, le Fossoyeur de Films, le Joueur du Grenier, l’équipe de Voxmakers, etc.). J’aime bien Le dernier bar avant la fin du monde (Paris 1er) et les séries produites par la BBC et écrites par Steven Moffatt. J’aime bien aussi les univers fantasy d’inspiration médiévale, j’ai donc la blinde d’inspiration pour cette rubrique.

C’est pour qui ? Les geeks, donc, mais pas n’importe lesquels : les rétro-nostalgiques, les joueurs de jeux de rôle, les inspirés par la fantasy, ceux qui sont prêts à se marier en cosplay.

Exemples :

Ramin Djawadi – Thème de Game of Thrones (2010)

Personnellement, j’ai lâché la série au bout de deux épisodes (trop de WTF, pas assez de budget costumes pour les personnages féminins), alors qu’elle avait tout pour me plaire. Mais étant la série de fantasy médiévale la plus populaire en 2015, et vu comment la musique est juste badass, je pense que c’est une bonne source d’inspiration.

Koji Kondo – Thème de The Legend of Zelda (1986)

Autre monument de la culture geek et surtout de l’industrie vidéoludique, The Legend of Zelda est une thématique très prisée pour des mariages de trentenaires qui ont trop joué à la SuperNes durant leur enfance.

Limahl – Never Ending Story (1984)

Alors oui, L’histoire sans fin (1984) peut s’avérer être une référence soit trop ancienne et très oubliable, soit trop barrée pour la thématique. Mais ça reste pour moi un bon souvenir cinématographique d’enfance – peut-être à cause de la scène de fin qui est juste trooooop choupi.

Toto – Thème de Dune (1984)

Le même délire que la référence précédente, sauf que c’est un peu plus badass et que ça fait une bonne transition avec le dernier thème.

Le mariage lynchien

J’avoue de suite : c’est une petite réflexion personnelle autour de la discussion avec ladite blogueuse présentée en introduction du premier article, qui est elle-même fan de David Lynch. Alors je lui a fait une petite sélection rien que pour elle.

Exemples :

Angelo Badalamenti – Thème de Twin Peaks (1990)

Testé et approuvé par le Chevalier et ladite blogueuse. C’est vrai que c’est un thème mythique et, malgré tout, c’est le thème et l’œuvre les plus accessibles du cinéaste.

Angelo Badalamenti – Thème de Mulholland Drive (1999)

Thème moins adapté à une cérémonie de mariage – ou alors, putain, c’est juste pas la joie – car plus éthéré et offrant une dimension plus dramatique que le thème précédemment cité.

Nine Inch Nails – Closer (1994)

Juste une petite friandise pour bien terminer la cérémonie sur une note (rayer la mention inutile) joyeuse/coquine/où mamie va danser la gigue avec son déambulateur et son dentier.

Vous voyez donc qu’il est possible de se marier sans le Canon de Pachelbel (je ne peux juste plus l’entendre) ni la Marche des fiancés de Mendelssohn – musique utilisée par défaut par la mairie dans laquelle je me suis mariée, putain de merde. Avec beaucoup de conviction et d’ouverture d’esprit de la part du célébrant, tout est permis. Alors à vous de jouer.

Typologie de marches nuptiales, vol. 2 – partie 1

Mots-clés

, , , , , , , , , , , , , , ,

mariage-kate-william1-500x375Il y a à peu près deux ans, j’ai déjà fait un article à propos des marches nuptiales. A l’époque, je ne m’étais penchée que sur les musiques accompagnant les cérémonies catholiques. Depuis, deux choses m’ont amenée à réfléchir sur la musique dans les cérémonies civiles ou autres.

  • En 2008, lorsque j’étais stagiaire, j’ai contribué à la publication du Guide du mariage civil d’Antoine d’Audiffret aux éditions de l’Atelier, dont j’avais déjà parlé à l’époque.
  • Je me suis mariée civilement récemment. Et la mairie où je me suis mariée intégrait la personnalisation de la bande-son. Etant donné que le Chevalier avait certains rêves de gosses (car entre nous deux, c’est lui, la petite fille qui rêvait du mariage de princesse), il s’en est donné à cœur joie avec les plus grands titres « romantiques » de la brit-pop.

Hier soir, j’ai discuté avec une vieille connaissance blogueuse que je n’ai jamais rencontrée, mais avec laquelle on discute depuis plusieurs années. Elle-même se marie cette année en faisant comme moi deux cérémonies : une cérémonie civile et une cérémonie laïque. Elle-même a décidé d’illustrer cette deuxième cérémonie avec des musiques assez géniales.

Même dans les cérémonies catholiques françaises, on cède de plus en plus à la tentation anglo-saxonne de virer Bach et Mendelssohn des cérémonies, comme je l’ai déjà montré. Et comme on se marie de moins en moins religieusement, la mairie a tendance à intégrer de plus en plus les aspects pompeux qui faisaient le charme des mariages religieux d’antan. Ma discussion d’hier soir m’a menée aussi sur la piste des cérémonies laïques, où on peut exprimer sans contraintes de cadre religieux ou civil son amour, mais où on a envie quand même de symboliser son amour par des textes et de la musique.

Voici donc ma petite sélection à vous qui voulez pimenter vos cérémonies de mariage cet été, en 10 ambiances proposées. Je vais donc faire cet article en deux parties, étant donné que j’ai beaucoup d’idées et que ça risque de vous prendre beaucoup de temps à lire en une seule fois.

Le mariage brit-pop de la grande époque

Je vous le dis tout de suite : c’est ce que nous avons adopté avec le Chevalier pour le mariage civil. Ca a été d’ailleurs une source de gag chez nos invités, surtout chez la famille et les invités de mon tendre époux, du genre Putain, t’as quand même pas osé ? Pourtant, depuis le début de notre relation, il me disait qu’il voulait que je sorte de la mairie sur There She Goes des La’s (1988) et surtout pas sur sa reprise bien plus connue de Six Pence None the Richer. Et pour pousser le délire un peu plus loin, nous avons osé Wonderwall d’Oasis (1995) à l’entrée. So cliché.

C’est pour qui ? Les vieux ados de la classe moyenne cultivée (comme moi et le Chevalier). Nés dans les années 1980, ils se pâment sur tout ce qui est anglais ET ce qui leur semble qualitatif depuis leur enfance : les Monty Pythons, Dr Who, la famille royale… et évidemment la musique (brit-pop, new-wave, electro en presque tout genre, etc.). Mais plus encore que la culture des années 1960 (dont je vais parler plus tard et qui représente un niveau supérieur de culture pour cet avatar), la culture anglaise des années 1990 a servi de puissant référent identitaire chez ces adolescents.

Exemples : outre ce que j’ai balancé au début de la démonstration, et sous contrôle du Chevalier (bien plus inspiré que moi), voici quelques chansons que vous pouvez vous-même réutiliser si tel est votre sensibilité.

The Verve – Lucky Man (1997)

Discussion entre le Chevalier et moi :

  • C’est ma chanson préférée de The Verve
  • C’est la mienne aussi…
  • J’aurais tellement voulu entrer dessus… D’ailleurs, pourquoi on ne l’a pas mise ?

La vie est une question de priorité.

Blur – Tender (1999)

Un peu moins évident à placer dans un mariage mainstream, mais si vous voulez quelque chose de réellement original et brit-pop, vous tapez à la bonne porte.

Le mariage grunge

Cette proposition d’illustration de mariage vient du Chevalier lui-même, parce que, personnellement, je n’y aurais pas pensé. Je ne renie certes pas mes cheveux gras et les chemises à carreaux que je portais, mais, à titre personnel, le mariage doit supporter un minimum de glamour. Mais j’avoue que mon mari, par les exemples qu’il donne, a bien saisi qu’il fallait apporter une dimension d’épique et de romantisme à la playlist. Je lui dis bravo.

C’est pour qui ? Pour les mêmes personnes que précédemment, mais qui ont décidé de construire leur vie sur le même mode dépressif et torturé que leurs atermoiements adolescents. Ou pour les nostalgiques des chemises à carreaux et des jeans troués.

Exemples

Guns’n’Roses – November Rain (1992)

Le Chevalier infirme ce choix, dans la mesure où ce n’est pas du grunge. Dans la mesure où j’ai traîné en classe de quatrième-troisième avec les mecs les plus métalleux et grungeux de la région (en collège privé, ouais ma gueule) et qu’ils rêvaient tous du même mariage que dans le clip, ceci est la raison de mon choix. Et comme dirait ma sœur lorsqu’elle veut préparer une cérémonie religieuse pour la famille : C’est non-négociable.

The Smashing Pumpkins – Tonight, Tonight (1995)

Ce choix de chanson est extrêmement judicieux : elle est épique et romantique, tout en intégrant les codes musicaux du grunge. C’est la chanson qu’on peut mettre lorsqu’un des conjoints est intransigeant sur l’ambiance musicale et que l’autre freine des quatre fers. Autrement dit : un bon compromis de grunge light.

Nirvana – Heart-Shaped Box (1993)

Ceci est la vraie chanson de puristes qui ne veulent pas faire de concessions. En réalité, elle a pour but premier de faire chier les belles-mères, ce qui fera beaucoup rire les personnes aussi cyniques que des grunge revendiqués au-delà de 15 ans. Une version alternative de ce choix serait About A Girl (1991), mais version unplugged.

Le mariage Swinging London et assimilés

Alias notre propre choix d’ambiance musicale pour la cérémonie religieuse. Parce qu’autant que l’Angleterre des années 1990, celle des années 1960 est une source de fascination et d’inspiration pour notre couple (sans déconner). Ce n’est pas pour rien que depuis presque deux ans, je me tape une exégèse en règle des Fab Four et que l’un de mes bandes originales cultes est celle de Good Morning England. Je dis Swinging London et assimilés, puisque dans notre cas, notre musique d’accompagnement se tournera davantage vers le pendant américain du mouvement (je vous laisse imaginer, merde).

C’est pour qui ? Pour les personnes qui ont reçu la musique de leurs parents adolescents en héritage. Ou les tarés de l’Angleterre 90’s qui veulent creuser en amont. Ou les personnes qui se sont rencontrés à une Surpat’. Ou les nostalgiques des Trente Glorieuses allergiques au yé-yé.

Exemples : Evidemment, vu le contexte de libération amoureuse qu’était l’époque, des exemples, il y en aurait à chier, ce pourquoi il s’est avéré trèèèès difficile de vous faire une sélection.

Procol Harum – A Whiter Shade of Pale (1967)

On est limite à la fin de la période du Swinging London qui sera bientôt remplacé par le Flower Power. Mais avec cette chanson, on reste dans une certaine forme de gnan-gnan inhérente aux cérémonies de mariage toutes formes confondues, et en plus, avec l’inspiration bachienne, on se place là dans la cérémonie traditionnelle. Un choix très consensuel, au final.

The Yardbirds – For Your Love (1965)

Une chanson plus énergique, plus dans l’esprit de la période, mais qui ne s’adapte pas à toutes les cérémonies, du fait de cette énergie qui tranche totalement avec le côté solennel. A éventuellement envisager pour la sortie, pour partie sur une note plus festive.

The Beatles – Here, There and Everywhere (1966)

Avoue, lecteur, que tu attendais la bave aux lèvres que je te cale un morceau des Fab Four depuis le moment où j’ai commencé à parler du Swinging London. Ce morceau composé par Paul McCartney a l’avantage d’être moins gnangnan que certains morceaux de la première période (Elle t’aimeuh ouaiiiis ouaiiiis ouais !) et moins psyché/instrumentalement chargé que certains morceaux de la seconde période.

Le mariage Flower Power et assimilés

Suite logique du type d’ambiance précédemment cité, l’ambiance musicale Flower Power se prête au romantisme suranné de l’institution du mariage. C’est également la bande-son idéale pour les cérémonies laïques placées sous le signe de la nature, de l’harmonie et des philosophies new age. Bref, si je n’étais pas catholique – et encore, beaucoup de cantiques que j’ai choisis ont été écrits dans un contexte hippie, sauf que chez nous, on appelle ça le mouvement charismatique –, encore à l’heure actuelle, j’aurais peut-être quarante-cinq ans de retard, mais cela m’aurait beaucoup inspiré sur le plan philosophique.

C’est pour qui ? Pour les enfants qui ont été élevés dans des communautés hippie et qui en revendiquent l’héritage – c’est-à-dire pas grand-monde en vérité. Pour ceux qui ne s’en sont pas remis quand le revival Woodstock est passé dans les années 1990. Pour les militants de la cause tibétaine et des Indiens du Chiapas. Et pour ceux qui fleurissent la tombe de Jim Morrison au Père Lachaise.

Exemples

Tim Hardin – If I Were a Carpenter (1967)

Soit vous êtes super au fait de la variété internationale et vous connaissez davantage la version de Johnny Cash et June Carter (1970). Soit vous êtes calé sur la chanson française et vous connaissez la version de Johnny Halliday en plein délire christique (1970) – c’était son interprétation du Flower Power, prière de ne pas lui en vouloir. Mais cette chanson, si elle ne paraît pas très Flower Power dans l’optique du grand public, reprend pourtant les plus grandes thématiques : musique folk et pacifiste, discours imagé sur l’amour et les relations humaines… Personnellement, ma chanson de référence.

The Fifth Dimension – Aquarius/Let the Sunshine In (1969)

Medley de deux chansons tirées de la comédie musicale Hair (1967), je préfère cette orchestration à l’originale, qui présente moins de dynamisme. J’imagine très bien, après l’échange des vœux, une espèce de ronde avec tous les invités à la cérémonie sur cette chanson. Quand je vous dis que j’aurais tellement pu être une sale babos.

Janis Joplin – Piece of My Heart (1968)

N’oublions pas non plus le côté très rock et parfois très tourmenté de ce que peut être le Flower Power. Si la chanson a été interprété en premier lieu par Erma Franklin – sœur d’Aretha – en 1967, sa reprise par Big Brother and the Holding Company, avec l’amie Janis au chant, l’année suivante, en a fait une chanson de blues comme jamais on n’en fera plus. A réserver aux cérémonies plus « déglinguées » que les cérémonies illustrées par les précédentes chansons.

Le mariage soul

Je sais que je fais plaisir à plusieurs personnes fidèles de mon lectorat – Rose H. et la Siamoise pour ne pas les citer – en proposant ce genre d’ambiance pour un mariage réussi. Comme pour le Swinging London, pour peu que vous trouviez des célébrants assez ouverts, les ressources de la Motown, de la Stax et de Def Jam Records sont juste sans limites.

C’est pour qui ? Je m’adresse encore une fois aux nostalgiques de années 1960, mais côté musique afro-américaine. Je dis bien les années 1960, voire 1970, parce que sinon, je vous aurais collé Say You, Say Me de Lionel Richie, et je veux sincèrement vous épargner un mariage tartignolesque. Restons tout de même dans une limite de ce que je considère être le bon goût.

Exemples

Stevie Wonder – I Was Made To Love Her (1967)

Cette chanson est une contribution spontanée du Chevalier lorsque j’ai commence à parler d’ambiance pour un mariage soul. Outre le fait qu’il ait enregistré ce titre à l’âge de 17 ans, cette chanson pose déjà le style du bonhomme. Alors que d’autres chanteurs de soul peuvent en arriver à faire de la soupe, Stevie Wonder reste classe en toutes circonstances. Même quand il chante Cherie Amour.

Bill Withers – Lean On Me (1973)

Alors oui, quand Bill Withers chante ceci, la chanson prend davantage le sens du témoignage d’amitié ou de la relation entre Dieu et chaque homme. Mais quand tu arrives à méditer sur ces paroles concernant ton couple, c’est que tu as beaucoup avancé sur la construction de ton avenir avec ton conjoint. Dans ce cas, certes, votre avenir ne sera pas radieux, mais vous vous serez déjà entraînés à traverser les épreuves ensemble.

The Supremes – You Can’t Hurry Love (1966)

Si vous vous sentez l’âme d’un troll au point de martyriser vos demoiselles d’honneur à la mode américaine ou toute personne qui espère se caser à votre mariage, voici la chanson idéale. Ce titre fera aussi votre bonheur si vous vous mariez après 40 ans, alors que tout le monde avait perdu espoir de vous marier un jour.

Rendez-vous dans les prochains jours pour de nouvelles suggestions de marches nuptiales encore plus délirantes…

Song’s Story’a #10 : Don’t Leave Me This Way

Mots-clés

, , , , ,

Harold_Melvin_y_The_Blue_Notes-Wake_Up_Everybody-FrontalAujourd’hui, dans la série Song’s Story’a, nous allons nous attaquer à un mastodonte du dancefloor, mais dont les véritables origines sont pourtant méconnues de tous. Que vous ayez arpenté les pistes de danse à la fin des années 1970 ou au milieu des années 1980, je vous préviens tout de suite, vous n’avez jamais dansé sur la version originale du titre.

Sachez également que Don’t Leave Me This Way est également une chanson originale de Tina Turner sortie en l’an 2000 et n’a rien à voir avec la composition dont je vais vous parler aujourd’hui.

La version originale : Harold Melvin & The Blue Notes (1975)

Don’t leave me this way                    
I can’t survive, I can’t stay alive
Without you love, oh baby
Don’t leave me this way
I can’t exist, I will surely miss
Your tender kiss
So don’t leave me this way

Oh baby, my heart is full of love and desire for you
So come on down and do what you’ve got to do
You started this fire down in my soul
Now can’t you see it’s burning, out of control
So come down and satisfy the need in me
Cos only your good loving can set me free
Don’t leave me this way
I don’t understand how I’m at your command
So baby please don’t leave me this way

Don’t leave me this way
Cos I can’t exist
I will surely miss
Your tender kiss
So don’t leave me this way

Oh baby, my heart is full of love and desire for you
So come on down and do what you’ve got to do
You started this fire down in my soul
Now can’t you see it’s burning, out of control
So come down and satisfy the need in me
Cos only your good loving can set me free

Don’t leave me this way
I can’t survive, I can’t stay alive
Without you love, oh baby
Don’t leave me this way
I can’t exist, I will surely miss
Your tender kiss
So don’t leave me this way

Oh baby, my heart is full of love and desire for you
So come on down and do what you’ve got to do
You started this fire down in my soul
Now can’t you see it’s burning, out of control
So come down and satisfy the need in me
Cos only your good loving can set me free

A l’origine, donc, cette chanson a été composée par Kenneth Gamble, Leon Huff et Cary Gilbert, les deux premiers larrons étant les fondateurs du label Philadelphia International en 1971. Pour enregistrer cette première version, ils font appel à un groupe de Philadelphie existant depuis le début des années 1950, Harold Melvin and the Blue Notes, qui viennent de changer de leadsinger en la personne de Teddy Pendergrass. Incluse sur l’album Wake up Everybody (1975), la chanson n’a pas été présentée en tant que single, ce qui est fort dommageable, au regard du succès qu’elle aura ne serait-ce que deux ans plus tard avec une autre interprète.

Les autres versions

Thelma Houston (1977)

Si la légende de la Motown s’est faite essentiellement dans les années 1960, il ne faut pas croire que le label est resté les bras croisés par la suite (par respect pour Stevie Wonder, Diana Ross, Lionel Richie ou les Jackson Five). Comme un vieux réflexe de la décennie précédente, les producteurs se sont dit : Tiens, un truc à dimension tubesque et pas exploité à sa juste valeur ? Mmmmm… Ils ont donc fait appel à une artiste maison qui n’avait pas le succès d’un Marvin Gaye à l’époque – bien qu’au départ, la chanson devait être attribuée à Diana Ross. Et là, c’est le jackpot : le single devient n°1 dans plusieurs pays, dont les Etats-Unis, et la prestation est gratifiée d’un Grammy Award de la meilleure prestation vocale R&B féminine en 1978. Ce n’est pas pour autant que la suite de la carrière de Thelma Houston sera mémorable, victime qu’elle est de n’avoir pas su s’émanciper comme d’autres du système Motown. Pour tout vous dire, j’étais persuadée jusqu’à l’élaboration de cet article que cette version, d’une part, était l’originale, et d’autre part, qu’elle était interprétée par Donna Summer.

Jeanie Tracy (1985)

Autre avatar de chanteuse totalement méconnue dont on veut « lancer » la carrière avec une reprise, la pauvre chanteuse de gospel d’origine texane est tombée sous la coupe de Sylvester, qui lui-même ne s’est pas fait connaître par et pour autre chose que You Make Me Feel en 1978. Dans ce cas précis, cela ne lui a pas tellement réussi, mais il se trouve que cette version ressemble beaucoup à celle qui connut davantage de succès l’année suivante.

Jimmy Sommerville and the Communards (1986)

En bonne enfant des années 1980 et party girl précoce, c’est évidemment avec cette version que j’ai connu la chanson. Après son départ de Bronski Beat (avec lequel il avait fait le tube Smalltown Boy en 1984), Jimmy Sommerville forme avec le pianiste classique Richard Coles The Communards entre 1985 et 1988. Avec la reprise de Never Can Say Goodbye (chanson des Jackson 5, mais popularisée par Gloria Gaynor), Don’t Leave Me This Way a permis au duo de marquer durablement les esprits des années 1980, si bien qu’à l’heure actuelle, c’est ce qu’on réclame le plus à Jimmy Sommerville lorsqu’il se produit en solo.

Bonus Track : Sylvie Vartan (1977)

Hé oui, je vous ai même dégoté une version française ! Qui d’autre que Sylvie Vartan, reprenant la tradition des yéyés pour l’adapter au disco à la française, aurait pu se le permettre ? Malgré tout, cette version n’a pas fait l’objet d’un single. Le seul témoignage que l’on ait donc de cette version française est l’enregistrement du spectacle d’octobre 1977 au Palais des Sports. C’est dommage, Bide et Musique ont perdu là une belle occasion !

Si vous avez des chansons à me faire parvenir pour de nouvelles Song’s Story’as, n’hésitez pas à m’en faire parvenir en commentaire.

Du son (pas trop) frais pour le printemps 2015

Mots-clés

, , , , ,

tatie-danielle-pourquoi-est-si-mechante-L-1Avoir 32 ans, c’est la plupart du temps écouter des vieux trucs, le plus souvent par nostalgie. J’en vois encore la preuve avec les derniers achats audio du Chevalier, à savoir le best of Ringo Starr et Magical Mystery Tour – le seul mix stéréo des Beatles qui manquait à sa collection déjà pléthorique entre les mixes mono, les mixes stéréo, les anthologies et les pirates gravés. Mais il arrive quelques petites « pépites » un peu oubliées et qui méritent d’être réhabilitées.

En ce moment, mes amis et mon cher et tendre sont à même de me faire découvrir des trucs complètement hallucinants, une bonne partie datant même des années 1970. Peut-être que je fréquente trop de trentenaires. Peut-être que je m’en bats les steaks du départ de Zayn Malik des 1D ou que le nouveau Muse m’insupporte au plus haut point. Mais en tout cas, mes petites découvertes fondantes de ce printemps sentent un peu la naphtaline (qui a dit Comme ton slip ?)

Vous êtes prêts ? Alors allons-y !

Wim Mertens, Struggle for Pleasure (1982)

A cause de la pub SNCF de la fin des années 1980, je me suis prise d’une telle passion pour ce morceau que je suis restée scotchée pendant 25 ans (je ne déconne pas) sur ce morceau. J’étais scotchée parce que je trouvais ça injuste qu’une mélodie si belle et si profonde restait sans référence malgré Internet. Et ce jour béni de novembre 2014, je regardais La France a un incroyable talent. Lors d’une prestation, j’ai reconnu la mélodie. J’ai dégainé mon téléphone en mode Google reconnaissance vocale, et j’ai enfin eu la clé du mystère. Au bout de 25 ans, découvrir le pianiste belge qui se cachait derrière un des morceaux qui a marqué mon enfance, j’en ai pleuré de joie. Merci la reconnaissance vocale, tu es la meilleure invention de l’humanité, quand tu marches bien.

Omega, Gyöngyhajù làny (1969)

Quand le Chevalier ne me traumatise pas avec ses références les plus bizarres, il me fait fondre avec les meilleures références du pays de sa mère, la Hongrie. Après Elsö Emelet (groupe de new-wave qui fait une petite apparition dans le clip de Money for Nothing de Dire Straits), le voilà qui me fait découvrir un groupe de rock psychédélique pour mon anniversaire – tellement culte que ma belle-mère les a vus en concert, et ce n’est pas rien. Omega, donc, tourne depuis 1962 et s’est donc spécialisé dans le prog. Cette chanson a également été soumise à une version anglaise du groupe (Pearls in her hair), elle-même reprise par le groupe allemand Scorpions sous le titre de White Dove en 1995.

Modry Efekt, Ma Hra (1971)

Autre découverte marrante du Chevalier, ce morceau assez funky d’un orchestre de jazz tchécoslovaque (à l’époque), qui se fait appeler Blue Effect à l’international, a rappelé des bons souvenirs à la party girl que j’étais au début des années 2000. Explication en deux vidéos.

Celle-ci date de 2001 :

Celle-ci date de 2003 :

En effet, si ça m’a fait quelque chose d’écouter un obscur groupe de jazz tchécoslovaque, c’est parce le groupe de DJ français One-T, au début des années 2000, a spécifiquement samplé ce morceau sus-cité pour leurs deux principaux tubes : la montée funky entre 1’02” et 1’34” pour Music is the One-T ODC et l’introduction pour The Magic Key. Résultat : la première fois que le Chevalier me l’a passé brut de décoffrage, j’ai chanté spontanément la partie de trompette de la montée funky et j’ai wavé les bras par réflexe pavlovien. Il a dû m’expliquer que c’est grâce aux sites www.samples.fr (je le recommande, vraiment) qu’il a fait cette découverte.

Claudia, Com Mais de 30 (1971)

Ce qui est bien, c’est que j’aime la musique brésilienne dans tout son ensemble. Même Cansei de Ser Sexy et Sepultura, c’est pour vous dire. Donc quand je n’aime pas un artiste brésilien, c’est vraiment qu’il produit de la merde. Là, ce n’est pas le cas. C’est un excellent mélange de bossa nova un peu péchue avec le funk qui commençait à émerger au Brésil au début des années 1970. C’est la continuité de la musique brésilienne qui s’inspire de n’importe quoi pour en faire le meilleur. C’est une découverte de mon cher Tomy Burger–zouk-love-chaton (essayez de le choper sur les Internets, il fait d’excellentes compilations avec, quand il est inspiré, son frère Paul van Eersel dedans). C’est fondant, c’est métissé, c’est comme ça que j’aime le Brésil.

Mestre Ambrosio, Pe-De-Calcada (1996)

On est encore au Brésil, mais avec des sonorités plus traditionnelles, comme le forro et le coco. C’est normal, on se situe plus au nord, et plus exactement à Recife. Là où, au début des années 1990, suite à un rapport sur la paupérisation de la ville de Recife, a été créé le Mangue beat (du nom du marécage où vivaient justement les pauvres parmi les crabes et les déchets industriels), un mélange de toutes les sonorités traditionnelles avec le funk, le rock et la musique électronique. Sous l’impulsion du regretté Chico Science et de son Naçao Zumbi, pas mal de groupes se sont montés dans le nord du Brésil pour redonner une dynamique à un coin qui commençait, selon beaucoup, à se mourir. Mestre Ambrosio fait partie de ces avatars : le groupe a évolué entre 1992 et 2004 sur une formation pagode et nous a offert ce genre de petite pépite.

Je vous laisse, ça m’a fatiguée tout ça, je vais me faire une camomille. A bientôt !

La télévision et les traumatismes enfantins

Mots-clés

, , ,

Je m’apprête à épouser un homme qui, de par ses références culturelles, a provoqué chez moi – et dans mon entourage familial et amical – un grand nombre de traumatismes. Je revois encore le regard effrayé de ma cousine au repas de Noël quand elle s’est rappelé de l’écoute de Fire des Beach Boys lors de notre pendaison de crémaillère. Elle a tout résumé en une phrase :

  • Nan mais Le Chevalier, il écoute de la musique d’extraterrestre !

Je vous la fais courte : il arrive que je fasse une crise d’angoisse quand Le Chevalier passe un disque, si bien qu’il est maintenant obligé de me prévenir qu’il ne va rien se passer de bizarre dans ce que je vais entendre. Il est vrai que, quand un homme commence votre histoire avec vous en vous faisant découvrir ceci :

(Ce coup-ci, il s’en est tiré avec des traces d’ongles dans l’épaule pendant plusieurs jours)

ou encore ceci :

(le fameux truc qui a crée le malaise à ma pendaison de crémaillère)

ou bien même ceci :

(ça, il me l’a fait découvrir en live sur Arte tard un samedi soir, ce qui a atténué l’aspect anxiogène de la découverte),

une personne normalement constituée lui conseille fortement d’entamer une psychanalyse.

Depuis un certain temps, je m’intéresse dans mon processus d’analyse à mes traumatismes d’enfance et à leurs conséquences. Pour un grand pan de ces traumatismes, il y a évidemment la dimension culturelle et générationnelle. Je me suis aperçue à travers mes discussions et certaines vidéos de Youtubeurs que la culture des années 1980 a laissé des traces profondes dans le psychisme général des trentenaires. Quand on dit que tant le graphisme que la musique de ce qu’on avait l’habitude de regarder enfants nous a tous rendus dépressifs, il y a un peu de ça (même s’il ne faut pas tout imputer à la culture de l’image et du son, c’est très con). A ce titre, je renvoie à cette vidéo du Joueur du Grenier :

et à cette vidéo du Fossoyeur de Films :

Aujourd’hui, je vais m’intéresser à ce média de masse qu’est la télévision et aux peurs qu’il a générées chez moi. Quand j’étais petite, ma mère était persuadée que je n’aimais pas regarder la télévision parce que je m’y faisais chier – alors que ma sœur, à 7 ans, matait des trucs comme V sans souci (et ne s’en porte pas plus mal à 36 ans). Encore aujourd’hui, elle se demande comment il se fait que j’éclate tout le monde à un blind-test spécial télé des années 1980. Maman, je dois t’avouer la vérité : en fait, la télévision ne provoquait pas l’ennui (j’adorais certains dessins animés et j’étais fan absolue du Top 50), mais l’angoisse. En fait, quand je m’en allais d’une pièce où une télévision était allumée, c’est parce que je savais qu’il y avait un truc qui allait me faire peur.

Il faut dire que mon premier souvenir de la télévision et que j’ai encore en tête date de mes trois ans et était effectivement traumatisant pour n’importe qui…

Ma « prise de conscience » de la télévision a commencé donc avec l’horreur, même si je n’avais pas conscience à l’époque de ce que c’était. Autre chose, je ne communiquais pas encore verbalement à l’époque, et par conséquent, comme je ne pouvais pas exprimer mes sentiments face à ce que je voyais, mon entourage n’a pas pu calculer tout l’affect que la télévision provoquait chez moi. En discutant avec le Chevalier, nous nous sommes aperçus que les mêmes choses nous avaient traumatisés l’un et l’autre. Sauf que si ces choses continuent à me provoquer des nœuds dans l’estomac, le Chevalier a, au contraire, recherché dans les « bruits bizarres » et traumatisants de son enfance un peu de réconfort – d’où les musiques que je vous ai diffusées en préambule.

Mais trêve de teasing et d’explication psychanalytique de merde, rentrons dans le vif du sujet.

Si je devais retenir UN truc qui m’a fait flipper dans mon enfance plus que tout à la télévision, c’est ce regard. Il y a une explication très logique : dans certaines formes d’autisme, regarder dans les yeux de son interlocuteur tient lieu de la gageure. Ca fait partie des choses qui demandent le plus d’effort, comme beaucoup d’éléments de communication non-verbale. D’autre part, ce regard se voulait doux et aguicheur, mais je le trouvais réprobateur. J’avais l’impression de voir les yeux de ma mère quand je faisais une connerie. Bref, j’ai passé mon enfance à me barrer en courant de la pièce où se trouvait mon grand-père en attente du Soir 3 régional ou à me boucher les oreilles et fermer les yeux.

Il y a plusieurs jingles qui, même quand je les réécoute à l’heure actuelle, me glacent encore le sang. Réellement. Il y a d’une part ce générique du 6 minutes qui a illustré les JT de M6 entre 1987 et 2005 et qui a vraiment servi d’identité sonore forte. J’avoue, comme générique de JT, c’était extrêmement bien trouvé, dans le sens où c’était assez percutant à l’oreille pour dire au téléspectateur distrait : Putain, ramène-toi devant la télé, c’est les infos et comme on t’explique rapidos, t’as intérêt de tout regarder ! Sauf que mon cerveau de petite fille a juste imprimé des sons bizarres en enfilade. C’est d’autant plus traumatisant quand on associe à 7-8 ans les images de la guerre du Golfe avec ce générique qui venait du coup en « flash ». Le Chevalier, quant à lui, a un traumatisme plus ancien :le générique du JT à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Explication : musique inquiétante + visuels criards + œil (oui, encore une fois, le putain de problème des yeux chez les autistes…)

Autre traumatisme autant sonore que visuel, Canal + et son jingle qui mêlait des voix de manière un peu audacieuse me faisait trembler étant petite. D’autant plus quand le jingle émergeait de manière que je croyais « inopinée » après tout ce krrr krrr krrr – qui résultait du cryptage à la bonne époque des années 1980, à l’époque où les mecs regardaient le porno du premier samedi du mois avec une passoire, parce qu’ils étaient persuadés qu’ils allaient voir comme ça à travers le cryptage. Je suis bien contente d’avoir retrouvée dans le même temps le jingle Cinéma, où le Tchi-tchaaaa final amenait à un autre niveau de traumatisme (surtout qu’il correspondait au moment où la chaîne se cryptait). Et pourtant, c’était un mal nécessaire, parce que, comme mon oncle, à l’époque, j’attendais ça le samedi soir :

On dit que beaucoup de dessins animés diffusés dans les années 1980 étaient traumatisants. Et quand on voit ne serait-ce que Rémi sans famille, on a compris une bonne partie des angoisses qui touchent une bonne partie des trentenaires français. Personnellement, le dessin animé qui m’a le plus traumatisé est Clémentine. Je n’ai actuellement aucune image précise du dessin animé en soi, mais je sais que dès que j’écoute le générique, j’ai une barrière mentale qui suscite chez moi un sentiment de malaise. Je me souviens juste que je pleurais à chaque fin d’épisode, à cause de cette voix (syndrome jingle de Canal +) à la fois hypnotique et dérangeante. Et puis, quand je me suis mise à vouloir comprendre l’enjeu du dessin animé, mais putain que c’était glauque, cette histoire de petite fille qui se retrouve handicapée et qui s’enferme dans ses rêves…

Il y a un problème consensuel avec Téléchat. Alors que tout le monde s’accorde à dire que cette émission était bizarre, voire malsaine – là-dessus, oui, d’accord – et qu’elle a par conséquent traumatisé des millions d’enfants, je ne vois personnellement pas où est le problème. A titre personnel, je rigolais bien avec Téléchat quand j’étais petite. Je n’avais même pas peur des jingles, de l’autruche, du fer à repasser, du micro ou encore de Léguman, alors que même le Chevalier est effrayé rien qu’à l’évocation.

Les années 1980 et 1990 ont également vu la multiplication à la télévision des émissions et séries d’épouvante diffusés à des heures de grande écoute. Je parlais de V, pas parce que j’ai été traumatisée moi-même, mais parce que les problèmes d’emploi du temps liés à la diffusion de la série en début de samedi après-midi étaient source de conflit à la maison. Mais qui ne se souvient pas de séries comme X-Files ou des Contes de la crypte ? Dans le même registre de traumatisme de masse, l’émission Mystères se posait là aussi. A la maison, cette émission nous a marqués parce qu’elle confirmait notre croyance en des instances supérieures (même si on criait, comme tout le monde, au bidonnage de certains trucs). Et, bizarrement, ce n’est pas ces séries et émissions d’épouvante qui se sont avérées les plus traumatisantes pour moi, mais des trucs comme La petite maison dans la prairie ou Les portes du paradis. A n’y rien comprendre.

Il est d’autant plus intéressant – et de surcroit jouissif – de s’intéresser aux traumatismes générés par les média dans les années 1980 chez les enfants, parce que cela fait le beurre des explications psychologiques à deux balles en 2015 (puisque les enfants ont grandi, ont analysé ces peurs enfantines – ou pas). Et comme l’inconscient collectif en France n’a pas connu de guerre ni de bouleversement social à cette époque, il fallait puiser autre part les éléments de traumatisme collectif qui allaient fonder notre génération. C’est tombé sur le vecteur culturel, je ne sais pas si c’est mieux, au final.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 606 autres abonnés