La télévision et les traumatismes enfantins

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Je m’apprête à épouser un homme qui, de par ses références culturelles, a provoqué chez moi – et dans mon entourage familial et amical – un grand nombre de traumatismes. Je revois encore le regard effrayé de ma cousine au repas de Noël quand elle s’est rappelé de l’écoute de Fire des Beach Boys lors de notre pendaison de crémaillère. Elle a tout résumé en une phrase :

  • Nan mais Le Chevalier, il écoute de la musique d’extraterrestre !

Je vous la fais courte : il arrive que je fasse une crise d’angoisse quand Le Chevalier passe un disque, si bien qu’il est maintenant obligé de me prévenir qu’il ne va rien se passer de bizarre dans ce que je vais entendre. Il est vrai que, quand un homme commence votre histoire avec vous en vous faisant découvrir ceci :

(Ce coup-ci, il s’en est tiré avec des traces d’ongles dans l’épaule pendant plusieurs jours)

ou encore ceci :

(le fameux truc qui a crée le malaise à ma pendaison de crémaillère)

ou bien même ceci :

(ça, il me l’a fait découvrir en live sur Arte tard un samedi soir, ce qui a atténué l’aspect anxiogène de la découverte),

une personne normalement constituée lui conseille fortement d’entamer une psychanalyse.

Depuis un certain temps, je m’intéresse dans mon processus d’analyse à mes traumatismes d’enfance et à leurs conséquences. Pour un grand pan de ces traumatismes, il y a évidemment la dimension culturelle et générationnelle. Je me suis aperçue à travers mes discussions et certaines vidéos de Youtubeurs que la culture des années 1980 a laissé des traces profondes dans le psychisme général des trentenaires. Quand on dit que tant le graphisme que la musique de ce qu’on avait l’habitude de regarder enfants nous a tous rendus dépressifs, il y a un peu de ça (même s’il ne faut pas tout imputer à la culture de l’image et du son, c’est très con). A ce titre, je renvoie à cette vidéo du Joueur du Grenier :

et à cette vidéo du Fossoyeur de Films :

Aujourd’hui, je vais m’intéresser à ce média de masse qu’est la télévision et aux peurs qu’il a générées chez moi. Quand j’étais petite, ma mère était persuadée que je n’aimais pas regarder la télévision parce que je m’y faisais chier – alors que ma sœur, à 7 ans, matait des trucs comme V sans souci (et ne s’en porte pas plus mal à 36 ans). Encore aujourd’hui, elle se demande comment il se fait que j’éclate tout le monde à un blind-test spécial télé des années 1980. Maman, je dois t’avouer la vérité : en fait, la télévision ne provoquait pas l’ennui (j’adorais certains dessins animés et j’étais fan absolue du Top 50), mais l’angoisse. En fait, quand je m’en allais d’une pièce où une télévision était allumée, c’est parce que je savais qu’il y avait un truc qui allait me faire peur.

Il faut dire que mon premier souvenir de la télévision et que j’ai encore en tête date de mes trois ans et était effectivement traumatisant pour n’importe qui…

Ma « prise de conscience » de la télévision a commencé donc avec l’horreur, même si je n’avais pas conscience à l’époque de ce que c’était. Autre chose, je ne communiquais pas encore verbalement à l’époque, et par conséquent, comme je ne pouvais pas exprimer mes sentiments face à ce que je voyais, mon entourage n’a pas pu calculer tout l’affect que la télévision provoquait chez moi. En discutant avec le Chevalier, nous nous sommes aperçus que les mêmes choses nous avaient traumatisés l’un et l’autre. Sauf que si ces choses continuent à me provoquer des nœuds dans l’estomac, le Chevalier a, au contraire, recherché dans les « bruits bizarres » et traumatisants de son enfance un peu de réconfort – d’où les musiques que je vous ai diffusées en préambule.

Mais trêve de teasing et d’explication psychanalytique de merde, rentrons dans le vif du sujet.

Si je devais retenir UN truc qui m’a fait flipper dans mon enfance plus que tout à la télévision, c’est ce regard. Il y a une explication très logique : dans certaines formes d’autisme, regarder dans les yeux de son interlocuteur tient lieu de la gageure. Ca fait partie des choses qui demandent le plus d’effort, comme beaucoup d’éléments de communication non-verbale. D’autre part, ce regard se voulait doux et aguicheur, mais je le trouvais réprobateur. J’avais l’impression de voir les yeux de ma mère quand je faisais une connerie. Bref, j’ai passé mon enfance à me barrer en courant de la pièce où se trouvait mon grand-père en attente du Soir 3 régional ou à me boucher les oreilles et fermer les yeux.

Il y a plusieurs jingles qui, même quand je les réécoute à l’heure actuelle, me glacent encore le sang. Réellement. Il y a d’une part ce générique du 6 minutes qui a illustré les JT de M6 entre 1987 et 2005 et qui a vraiment servi d’identité sonore forte. J’avoue, comme générique de JT, c’était extrêmement bien trouvé, dans le sens où c’était assez percutant à l’oreille pour dire au téléspectateur distrait : Putain, ramène-toi devant la télé, c’est les infos et comme on t’explique rapidos, t’as intérêt de tout regarder ! Sauf que mon cerveau de petite fille a juste imprimé des sons bizarres en enfilade. C’est d’autant plus traumatisant quand on associe à 7-8 ans les images de la guerre du Golfe avec ce générique qui venait du coup en « flash ». Le Chevalier, quant à lui, a un traumatisme plus ancien :le générique du JT à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Explication : musique inquiétante + visuels criards + œil (oui, encore une fois, le putain de problème des yeux chez les autistes…)

Autre traumatisme autant sonore que visuel, Canal + et son jingle qui mêlait des voix de manière un peu audacieuse me faisait trembler étant petite. D’autant plus quand le jingle émergeait de manière que je croyais « inopinée » après tout ce krrr krrr krrr – qui résultait du cryptage à la bonne époque des années 1980, à l’époque où les mecs regardaient le porno du premier samedi du mois avec une passoire, parce qu’ils étaient persuadés qu’ils allaient voir comme ça à travers le cryptage. Je suis bien contente d’avoir retrouvée dans le même temps le jingle Cinéma, où le Tchi-tchaaaa final amenait à un autre niveau de traumatisme (surtout qu’il correspondait au moment où la chaîne se cryptait). Et pourtant, c’était un mal nécessaire, parce que, comme mon oncle, à l’époque, j’attendais ça le samedi soir :

On dit que beaucoup de dessins animés diffusés dans les années 1980 étaient traumatisants. Et quand on voit ne serait-ce que Rémi sans famille, on a compris une bonne partie des angoisses qui touchent une bonne partie des trentenaires français. Personnellement, le dessin animé qui m’a le plus traumatisé est Clémentine. Je n’ai actuellement aucune image précise du dessin animé en soi, mais je sais que dès que j’écoute le générique, j’ai une barrière mentale qui suscite chez moi un sentiment de malaise. Je me souviens juste que je pleurais à chaque fin d’épisode, à cause de cette voix (syndrome jingle de Canal +) à la fois hypnotique et dérangeante. Et puis, quand je me suis mise à vouloir comprendre l’enjeu du dessin animé, mais putain que c’était glauque, cette histoire de petite fille qui se retrouve handicapée et qui s’enferme dans ses rêves…

Il y a un problème consensuel avec Téléchat. Alors que tout le monde s’accorde à dire que cette émission était bizarre, voire malsaine – là-dessus, oui, d’accord – et qu’elle a par conséquent traumatisé des millions d’enfants, je ne vois personnellement pas où est le problème. A titre personnel, je rigolais bien avec Téléchat quand j’étais petite. Je n’avais même pas peur des jingles, de l’autruche, du fer à repasser, du micro ou encore de Léguman, alors que même le Chevalier est effrayé rien qu’à l’évocation.

Les années 1980 et 1990 ont également vu la multiplication à la télévision des émissions et séries d’épouvante diffusés à des heures de grande écoute. Je parlais de V, pas parce que j’ai été traumatisée moi-même, mais parce que les problèmes d’emploi du temps liés à la diffusion de la série en début de samedi après-midi étaient source de conflit à la maison. Mais qui ne se souvient pas de séries comme X-Files ou des Contes de la crypte ? Dans le même registre de traumatisme de masse, l’émission Mystères se posait là aussi. A la maison, cette émission nous a marqués parce qu’elle confirmait notre croyance en des instances supérieures (même si on criait, comme tout le monde, au bidonnage de certains trucs). Et, bizarrement, ce n’est pas ces séries et émissions d’épouvante qui se sont avérées les plus traumatisantes pour moi, mais des trucs comme La petite maison dans la prairie ou Les portes du paradis. A n’y rien comprendre.

Il est d’autant plus intéressant – et de surcroit jouissif – de s’intéresser aux traumatismes générés par les média dans les années 1980 chez les enfants, parce que cela fait le beurre des explications psychologiques à deux balles en 2015 (puisque les enfants ont grandi, ont analysé ces peurs enfantines – ou pas). Et comme l’inconscient collectif en France n’a pas connu de guerre ni de bouleversement social à cette époque, il fallait puiser autre part les éléments de traumatisme collectif qui allaient fonder notre génération. C’est tombé sur le vecteur culturel, je ne sais pas si c’est mieux, au final.

Revue cinématographique et musicale #5 : les films fantasmés par leur BO

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Je l’ai toujours dit : je n’ai jamais été cinéphile, parce que c’est un pan culturel qui a été délaissé par mes parents dans mon éducation. Autant la littérature et la musique – et même les arts graphiques, merci maman, ça m’a un peu servi dans la vie – ont été omniprésents dans ce que mes parents m’ont transmis, autant le cinéma s’est creusé une part congrue.

Il faut dire que mon père se concentrait davantage sur les vieux westerns et les films de guerre. Pour ma mère, aller au cinéma, c’est avant tout se détendre et rigoler. C’est pour cette raison qu’elle privilégie la grosse comédie française, avec quelques infidélités pour Charles Bronson et toute la série de l’inspecteur Harry. Et être sortie avec un apprenti-réalisateur qui m’a fait voir des choses aussi chelous que Brazil (Terry Gilliam – son film préféré), Melancholia (Lars von Trier) et La piel que habito (Pedro Almodovar) n’a pas stimulé ma curiosité inhérente à l’objet culturel, tel qu’il soit. Malgré tout, depuis que j’ai découvert récemment le Fossoyeur de films (aka François Theurel), qui me parle de grammaire cinématographique et de codifications, ça commence à m’exciter un poil. Mais un poil seulement.

Je me suis aperçue qu’il y avait des films que je me suis mise à fantasmer, ne serait-ce que parce que je connais leur bande originale et qu’elle est juste badass. Certains de ces films, je ne les ai pas vus – ou en tout cas, je n’en ai pas le souvenir –, ou si j’ai vu le film, j’ai connu la BO avant. En tout cas, ces musiques de film m’ont permis des expériences cinématographiques réelles ou fantasmées assez intenses. Ou comment, comme souvent, je connais la teneur d’un film par mes oreilles surdouées avant de la connaître par mes yeux défaillants.

Blade Runner (1982)

Réalisateur : Ridley Scott

Compositeur : Vangelis

Pitch Allociné : Dans les dernières années du 20ème siècle, des milliers d’hommes et de femmes partent à la conquête de l’espace, fuyant les mégalopoles devenues insalubres. Sur les colonies, une nouvelle race d’esclaves voit le jour : les répliquants, des androïdes que rien ne peut distinguer de l’être humain. Los Angeles, 2019. Après avoir massacré un équipage et pris le contrôle d’un vaisseau, les répliquants de type Nexus 6, le modèle le plus perfectionné, sont désormais déclarés « hors la loi ». Quatre d’entre eux parviennent cependant à s’échapper et à s’introduire dans Los Angeles. Un agent d’une unité spéciale, un blade-runner, est chargé de les éliminer. Selon la terminologie officielle, on ne parle pas d’exécution, mais de retrait…

Mon expérience : Pour l’instant, elle n’est que musicale et absolument géniale. Tel est le génie de Vangelis dans les années 1980 : pouvoir, avec ses claviers, donner une valeur ajoutée à n’importe quelle ambiance de film. Mais sachant que je ne crache pas sur la science-fiction en littérature – même si je n’ai lu aucune œuvre de Philip K. Dick, un film comme Minority Report (Steven Spielberg, 2001) m’a bien plu –, j’ai tout à penser que ce genre d’expérience cinématographique a tout pour me plaire. Même si, en termes de narration, le film est déjà très vieilli et relève réellement de la science-fiction – 2019, c’est genre dans 4 ans, et je me vois davantage avec deux enfants dans un pavillon de banlieue que dans le décor apocalyptique du film. Ou alors, je peux toujours visionner le film en 2020, quand il sera « périmé » dans sa chronologie, lorsque certaines peurs sur l’avenir se seront dissipées. Un peu comme voir Retour vers le futur 2 cette année 2015 pour le fun, en pensant que le Hoverboard existe bien en termes de prototype. Mais il paraît que Blade Runner 2 est en production, sans Ridley Scott mais avec Harrison Ford, et sortira en 2016. Avec Star Wars VII prévu pour décembre 2015 (I’m so excited), ça commence à faire beaucoup de projets pour Papy Harry.

Les Chariots de feu (1981)

Réalisateur : Hugh Hudson

Compositeur : Vangelis (encore lui ^^)

Pitch Allociné : Dans les années vingt, deux athlètes britanniques prédisposés pour la course à pied se servent de leur don, l’un pour combattre les préjugés xénophobes, l’autre pour affirmer sa foi religieuse.

Mon expérience : Il est évident que le thème des Chariots de feu a totalement dépassé toute l’idée que l’on pouvait se faire du film, même si ce même film a été primé par un Oscar du meilleur film en 1982 et j’en passe. Ai-je réellement envie de voir le film ? Je ne crois pas, puisque ce n’est pas le genre d’histoire qui va pouvoir me galvaniser. Par contre, saluons encore une fois le génie du claviériste grec qui, non content d’insuffler sur le coup une valeur ajoutée dans l’atmosphère du film, a carrément créé un même musical en vigueur depuis près de 35 ans. Même quand je nage ou quand je marche dans la rue – ou que je sprinte pour rattraper le bus –, cette musique illustre l’action que je fais. La culture contemporaine commune associe désormais à n’importe quel exploit sportif le thème des Chariots de feu, comme le montre ce sketch de Rowan Atkinson à l’ouverture des Jeux Olympiques de Londres.

Le mépris (1963)

Réalisateur : Jean-Luc Godard

Compositeur : Georges Delerue

Pitch Allociné : Paul Javal, scénariste, et sa jeune femme semblent former un couple uni. Un incident apparemment anodin avec un producteur va conduire la jeune femme à mépriser profondément son mari.

Mon expérience : Merci Frédéric Mitterrand, qui, à l’instar de son Bonsoiiiiir, a sorti le thème de Camille de son contexte pour en faire l’hymne d’une certaine nostalgie d’un certain cinéma français. Dans ce cas précis, ce certain cinéma français – la Nouvelle Vague, dont fait partie Godard – est considéré comme une partie de l’âge d’or. Perso, à part Mes fesses ? Tu les aimes, mes fesses ?, j’ai assez d’antipathie pour Brigitte Bardot et le personnage qui en découle pour ne pas m’intéresser à ce film. Je suis juste intéressée par la beauté créée par Georges Delerue, qui a également créé en termes de génériques badass celui de la série qui inspira Game of Thrones, je veux bien sûr parler des Rois maudits…

C’te beautay <3

La leçon de piano (1993)

Réalisatrice : Jane Campion

Compositeur : Michael Nyman

Pitch Allociné : Au siècle dernier en Nouvelle-Zélande, Ada, mère d’une fillette de neuf ans, s’apprête à suivre son nouveau mari au fin fond du bush. Il accepte de transporter tous ses meubles à l’exception d’un piano qui échoue chez un voisin illettré. Ne pouvant supporter cette perte, Ada accepte le marché que lui propose ce dernier. Regagner son piano touche par touche en se soumettant à ses fantaisies.

Mon expérience : Déjà, étant donné que le film est un peu sulfureux, j’ai dû attendre qu’il soit diffusé sur Arte dans les années 2000 et d’avoir l’âge requis pour le regarder. Mais c’est un air de piano qui m’a poursuivie toute mon adolescence, puisque cela faisait partie des études de piano de ma meilleure amie. C’est pour cette raison que je n’ai pas été déçue du film quand je l’ai vu, parce que je l’avais déjà en tête depuis au moins dix ans. La force d’un morceau de piano…

L’amant (1992)

Réalisateur : Jean-Jacques Annaud

Compositeur : Gabriel Yared

Pitch Allociné : Les amours d’une jeune fille de quinze ans et demi et d’un Chinois de trente-six ans à la fin des années 1920 en Indochine.

Mon expérience : D’abord, il y a cette figure de Marguerite Duras, cette femme, à mes yeux d’enfant, trop recroquevillée sur elle-même pour que le film qui faisait tant scandale quand j’avais 8 ans puisse être tiré de sa propre vie. Il y eut ensuite, comme La Leçon de piano, l’attente d’avoir l’âge nécessaire pour pouvoir voir ce qui a souvent été décrit comme une ode à la sensualité (et heureusement que Jane March, l’actrice qui jouait Marguerite dans le film, avait bien 18 ans à l’époque, tant elle respire déjà l’érotisme à plein nez). En attendant, je m’imaginais de tendres et délicats baisers adolescents au rythme de la musique de Gabriel Yared.

Ascenceur pour l’échafaud (1958)

Réalisateur : Louis Malle

Compositeur : Miles Davis

Pitch Allociné : Un homme assassine son patron avec l’aide de sa femme dont il est l’amant. Voulant supprimer un indice compromettant, il se retrouve bloqué dans l’ascenseur qui l’emporte sur les lieux du crime.

Mon expérience : Déjà, je suis éberluée par la manière dont Miles Davis a composé cette bande originale. En gros, il a regardé la pellicule montée de Louis Malle et a improvisé dessus. Magnifique, non ? C’est le genre de musique qui colle toute à fait au film noir hollywoodien, sauf que c’est un Français qui l’a réalisé (même s’il a eu une carrière internationale par la suite). Là encore, ce n’est que l’amour du jazz qui me fait fantasmer sur un univers noir (avec Jeanne Moreau et Lino Ventura, donc plus que classe).

Mon expérience du cinéma passe donc par la musique, et je ne compte pas le nombre de bandes originales que j’ai érigées en culte après avoir vu un film – ou avant, ça dépend. Mais je ne compte pas non plus les films que j’ai fantasmés grâce à la musique qui les entoure.

Si j’avais à associer musique et émotions

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gaufrettesNous sommes aujourd’hui le 3 mars 2015, et je vais fêter mon anniversaire à la fin du mois. Je me dis que 32 ans, ce n’est pas vieux, mais cela reste un exploit quand je vois pas mal de personnes de mon entourage qui n’ont pas eu assez de temps pour atteindre cet âge canonique (oui, mon papier est toujours sponsorisé par Prozac TM, mais comme dirait Felt… ). Et pendant ces 32 années, beaucoup de choses se sont passées dans mes oreilles : j’ai dû passer sept ou huit années de ma vie (en totalité) à écouter ou jouer de la musique. Il était donc temps, à l’approche de mon anniversaire, de faire ce que j’aime le plus : associer de la musique à mes souvenirs, mes actions et mes émotions.

Ma madeleine de Proust : Michael Jackson, Man in the Mirror

Je connais d’autres chansons antérieures à 1987, mais celle-ci est la première chanson que je peux resituer dans ma mémoire à l’époque. Je me souviens avec mon père d’écouter Bad en boucle dans la voiture, au point d’user la cassette. Et parmi Smooth Criminal, Bad ou encore The Way You Make Me Feel, il y avait cette chanson dont le début commençait comme une berceuse et finissait comme un cri d’amour général. Bref, une bien belle chanson pour me faire des beaux souvenirs avec mon père.

Mes chansons blacklistées par amour : Leslie Feist, Brandy Alexander

The Beatles, Here Comes the Sun

Chacune de ses chansons est particulière dans le traitement que j’ai eu de mes histoires passées. La première chanson, j’ai dû mettre trois ans post-rupture avant de réécouter l’album The Reminder. Il faut dire que chanter ça en guise de déclaration d’amour avec ma guitare sur la place du Panthéon vers minuit, avec, à la fin de la chanson, la Tour Eiffel qui scintille, ça pose le souvenir romantique qui marque à vie. La deuxième chanson, heureusement que le Chevalier est un exégète absolu des Beatles et qu’il m’a fait découvrir cette merveille absolue qu’est Abbey Road. En effet, grâce à lui, j’ai pu relativiser et oublier le crétin auquel le souvenir de la chanson était associé.

Quand j’ai su que c’était lui : Fauve, Les nuits fauves

Mes premiers mois avec le Chevalier ont revêtu un caractère de violence : ni l’un ni l’autre n’aurait pensé que l’amour nous transformerait de la sorte et aussi vite. Il n’avait pas de vision concrète de ce qui pouvait résulter de l’amour entre deux êtres. J’avais fini par être désabusée sur ma capacité à m’offrir éternellement à une personne. Et puis cette force, indescriptible, est venue nous retourner comme une crêpe. Résultat : on s’apprête quand même à faire de belles conneries ensemble, poussés par cette force qui dévaste tout.

La chanson pour ma meilleure amie : Phil Collins, Another Day in Paradise

Oui, c’est une chanson très triste et qui ne parle pas du tout d’amitié. Mais c’était notre chanson au piano et la chanson avec laquelle on se sentait connectées quand on était adolescentes. J’en veux pour preuve : cette chanson passe à la radio un jour, j’appelle ma meilleure amie pour lui en faire profiter, et elle me répond : Tu vas rire, j’ai coupé le CD, mais c’était ce que j’étais en train d’écouter.

Ma bande-son de l’angoisse : The Beatles, Revolution #9

Avant, quand j’avais une crise d’angoisse, j’avais juste des nœuds au ventre et des crises de tétanie. Mais ça, c’était avant. Avant que le Chevalier me fasse découvrir ce montage musical monté sous une mauvaise descente d’acide. Donc maintenant, quand j’ai une crise d’angoisse, j’ai des nœuds dans le ventre, des crises de tétanie ET des sons chelous dans la tête. Etant donné que je préfère exprimer mes émotions par des extraits musicaux, je ne sais pas si mon angoisse méritait vraiment qu’elle soit exprimée en musique.

Ma bande-son de l’énervement : Ludwig Van Beethoven, Symphonie n°9, deuxième mouvement – Molto vivace

J’ai dit de l’énervement, mais ça peut être aussi de la colère ou de l’excitation liée à une forme d’impatience. Ce début brutal qui annonce qu’il y a quelque chose qui se trame et que ça ne va pas être simple de me maîtriser. Puis la première poussée qui monte doucement avant d’éclater, comme si j’avais envie de courir dans les couloirs en hurlant. Oui, c’est exactement ce qui se passe dans ma tête quand je suis énervée/en colère et que je n’arrive pas à l’exprimer.

Ma bande-son Ricoré : Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour clarinette K622 – Adagio

Quand je me réveille le matin, que je n’ai pas la gueule en vrac et que le soleil est déjà là, quand je me dis que la journée que je vais passer se présente assez bien (je vois des amis, j’ai une fête de famille pas trop chiante), je me fais ce genre de kif pour bien me préparer à la journée qui m’attend. Sinon, c’est ce qui se passe aussi quand je me balade dans mes marais, dans un champ, dans une forêt et que je me sens tout simplement bien.

Mon post-orgasmic chill : Dead Can Dance, Rakim

Testé et approuvé plusieurs fois, tant pour des séances de massages en mode geisha que pour un repos bien mérité après une séance un peu intensive. Ce morceau est limite cliché – le coté sensuel, japanisant, mystérieux, mystique, je ne sais quoi… –, mais il est très efficace quand on veut créer une atmosphère propice à l’érotisme. Et pourtant, ce n’est pas de la sorte que j’ai découvert le morceau, mais en faisant mes barres à la danse durant mon adolescence.

Mes premières barres à la danse ; Ryan Paris, Dolce Vita

Resituons dans le contexte : j’ai commencé la danse en 1986, à l’âge de 3 ans. Mais mes premiers souvenirs de danse datent de 1988-1989, où j’avais comme profs de danse deux copines qui avaient 17-18 ans à l’époque et qui donnaient des cours de modern-jazz pour se faire de l’argent de poche. Et donc, outre le fait de faire des pas de bourrée sur Africa de Toto, je travaillais mes positions, mes battements et ma coordination sur ce morceau qui peut paraître à la limite du ringard. Mais il ne faut pas critiquer, il fallait se figurer ce qu’était la gym et le modern-jazz dans les années 1980.

Quand j’ai eu une journée de merde : Rage Against the Machine, Settle for Nothing

Dire Straits, Brothers in Arms

De ces journées où j’ai gagné les bouboules du Loto de la loi de Murphy. De ces journées où je cumule les grèves de transport matin ET soir, une embrouille avec mon patron, une engueulade avec ma mère et des pains à l’orchestre. De ces journées où j’aurais mieux fait de rester couchée… La première chanson arrive comme un pansement sur tous les coups que je me suis pris au moral, ou comme une catharsis pour éviter d’égorger quelqu’un randomly. La deuxième chanson est efficace quand j’en suis vraiment au point de pleurer toutes les larmes de mon corps et de vouloir me foutre sous un pont. J’ai l’impression en l’écoutant qu’il y aura toujours quelqu’un – Dieu, ma maman, mon parrain qui m’a fait découvrir Dire Straits, le Chevalier – pour me dire que ça va aller en me serrant dans les bras…

Quand j’ai besoin de décompresser : Eddie Warner, générique des Chiffres et des Lettres

Herbert Léonard, Quand tu m’aimes

Michel Sardou, Afrique Adieu

Comme vous le voyez, la plupart du temps, je cherche à comprimer mes émotions négatives. Et de temps en temps, j’explose et j’ai besoin de morceaux pour m’exprimer pleinement. Le premier morceau est gentillet, mais la mélodie est assez accrocheuse pour finir par être malsaine. De plus, il y a un gag avec ce qui est censé être mon métier (à savoir correctrice). Les deux autres sont des cris primaux qui permettent de se défouler. A l’époque où je travaillais encore avec elle, la Siamoise m’a surprise en plein Carême à chanter Quand tu m’aimes dans les couloirs de la boîte, et m’a lancé cette réflexion : Bah putain, il serait temps que tu te remettes à boire…

Et vous, quelle est la compilation de vos émotions ?

10 chansons… de cocus et d’infidèles

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Le 19 février 2015, Ladies Room organise une journée « Gardons notre mauvaise foi » sur l’infidélité. Je leur ai donc concocté une playlist pour l’occasion, que voici.

homme-infidele-trompe-couple-femmeAujourd’hui, je savoure les joies du couple bourgeois et exclusif avec Le Chevalier depuis 18 mois (même si je sais que l’amour dure 3 ans). Quand j’ai vu la thématique de Ladies Room, je me suis demandé si j’étais légitime pour parler d’infidélité, alors que je vis le big love de ouf. Ce n’est pas comme si j’étais une oie blanche qui n’avait rien connu avant son preux sauveur – vous-mêmes, vous savez –, mais quand même, en écrivant ces lignes, j’ai comme un petit goût amer dans la bouche.

Malgré tout, sans entrer dans les détails de ma vie intime, elle a été assez bousculée avant mes 30 ans pour avoir connu deux-trois choses en lien avec la thématique demandée. C’est juste que la trentaine m’a rendue conne et moralisatrice au point de ne pas assumer certaines choses de mon passé. J’ai appris grâce à ces choses, et c’est parce que j’ai vécu ces choses que j’évite de faire les mêmes erreurs aujourd’hui. Finalement, ça me va tellement bien d’être conne et moralisatrice à 32 ans…

Comme je ne peux plus parler de l’infidélité à travers mon œil aguerri, je vais donc le faire comme d’habitude : en musique. Car si les chansons parlent d’amour de manière langoureuse, voire cucul, elles peuvent aussi parler des peines de cœur provoquées par la traîtrise de l’autre. Mais là aussi, on n’est pas à l’abri d’un excès de pathos ou de niaiserie. Comme je suis équilibrée, je vais aussi me placer du côté des chansons qui traitent de l’infidélité côté traîtres (côté que je connais le mieux).

Booooooooooooooooh, tu m’as trompée, connard !

Quand on se retrouve du côté trompé du couple, ou quand on soupçonne l’autre de coucher avec un(e) collègue/un(e) pote super proche, on a l’impression parfois d’avoir bousillé sa vie en faisant confiance à une personne qui n’en est même pas digne. Selon les personnes, on peut prendre la chose avec philosophie ou carrément péter les plombs.

Marvin Gaye, I Heard It Through the Grapevine

Bon, je sais, il n’est pas l’auteur de la chanson, mais force est de constater que même quand il doute que sa meuf est en train de fricoter avec l’ex d’icelle, Marvin garde la classe absolue. Dans la chanson, il est certes question de soupçons d’infidélité, mais tant la voix de Marvin que l’orchestration trompe la vigilance de qui ne comprend pas les paroles (ce qui fut mon cas pendant des années). En effet, il résulte de cette chanson une charge érotique tellement lourde que même la jeune femme censée avoir trompé Marvin en est troublée. Ou alors les publicitaires de Levi’s dans les années 1980 sont de gros pervers.

If you know what I mean…

Sheryfa Luna, Il avait les mots

L’histoire de la meuf concon qui sort de l’adolescence et qui s’installe dans une position de maîtresse malgré elle a beau être so cliché, la recette marche toujours. Avant d’être combattantes et séductrices, à peu près 80% d’entre les femmes se sont fait avoir de la sorte. Qui par leur premier petit copain qui a fini, une fois l’affaire faite, avec leur pire ennemie du lycée. Qui, étudiantes ou jeunes travailleuses, par un mec marié enlevait leur alliance en leur présence. Bref, comment refaire confiance à un mec après ça ?

Patricia Kaas, Je voudrais la connaître

La position de cocu(e) peut parfois générer une curiosité malsaine. Puisque désormais, être soi ne suffit plus à conquérir et garder l’être aimé, savoir ce que l’autre a de plus que soi peut parfois s’avérer obsessionnel au point de le/la désirer soi-même. On se plaît à avoir mal, on se surprend à vouloir prendre son conjoint en faute avec elle… A l’extrême, ce sentiment peut générer une grande pulsion érotique, et c’est ce qu’on appelle le candaulisme.

Jeanne Cherhal, Un couple normal

La situation la plus dure, c’est quand on se retrouve sciemment dans le rôle de maîtresse en espérant qu’il va quitter sa femme et qu’on se retrouve à attendre un mec qui finira par faire un troisième à la femme dont il jurait qu’il ne touchait plus le corps. Dans ce cas, il est nécessaire de quitter le bonhomme avant de se faire vraiment du mal au point de ne plus se respecter.

Serge Lama, Les petites femmes de Pigalle

Je me fais tromper ? So what ? Autant en profiter, moi aussi ! Certes, ce point de vue n’est pas partagé par beaucoup de personnes trompées et on peut également regretter cette vengeance malvenue. Mais si Serge nous dit qu’il est cocu mais content, c’est qu’il a pas mal travaillé sur lui-même pour transformer cette crise d’ego en fête du slip.

Je t’aime, oui mais…

Rester en couple avec quelqu’un n’est pas facile, et il arrive que l’usure arrive plus vite que l’on ne pense. On pensait ne pouvoir chérir qu’une seule personne à la fois, et on se retrouve du jour au lendemain dans le lit d’un autre. Là encore, les réactions sont diverses, entre la flatterie de l’ego et la culpabilité.

Rihanna, Unfaithful

Dans cette chanson, nous sommes typiquement dans la culpabilité que provoque l’infidélité. L’autre sait que tu vas voir ailleurs, mais fait comme si de rien n’était, car il t’aime et est persuadé que tu l’aimes encore. La personne infidèle s’en veut donc de trahir cette confiance absolue, mais elle est persuadée qu’elle ne peut pas s’en empêcher. Quelle belle situation perverse en perspective…

Shaggy, It Wasn’t Me

Oooooh, la belle réaction de fumiste du mec qui se fait prendre en flagrant délit et qui ose dire : C’est pas moi, c’est mon jumeau/un mec qui me ressemble/Dominique Strauss-Kahn avec cette meuf… Ceci est peut-être l’un des pires clichés véhiculés sur les hommes : non seulement ils ne savent pas tenir leur bite, mais en plus, ils n’assument même pas leurs actes.

Brigitte Bardot, Ciel de lit

Pour avoir beaucoup discuté du polyamour à une certaine époque avec certaines personnes, même si être en couple avec le Chevalier est un boulot à plein temps, prendre un amant pour le jour et garder le mari pour la nuit peut paraître tentant, mais j’aurais peur de me lasser de ce schéma. Si ça se trouve, c’est peut-être parce que je suis encore un peu verte en amour, ou au contraire trop vieille. Ou alors, c’est vraiment que ce n’est pas mon truc.

Serge Gainsbourg, La femme des uns sous le corps des autres

Les hommes aiment bien les femmes infidèles… sauf quand c’est la leur. Encore un bel apanage de la virilité mal placée que ce besoin de posséder une femme, puis d’autres (même si manifestement, elles sont déjà « possédées » par d’autres).

Hélène Rollès, Amour secret

Rhôa ça va ! On a le droit d’être infidèle ET cucul, comme nous le prouve Hélène Rollès. Cela me rappelle un Toute une histoire récent (ma vie de chômeuse est pas-sion-nante !) sur les hommes amants de femmes mariés et qui étaient, pour le coup, vraiment niais pour certains. Car il ne faut pas oublier que, derrière l’infidélité, il ne se cache pas que des coups de bite à répétition.

Bien que je vous ai parlé d’infidélité et de ses avatars musicaux, je voudrais malgré tout rassurer le Chevalier : ceci est une commande d’écriture et ne reflète en aucune manière mon avis actuel, wokay ? Coucouche panier, mon cœur.

Diana Krall – Wallflower

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dianakrallwallflowerportadaLa rédaction de Ladies Room m’a envoyé l’album de Diana Krall, Wallflower, sorti le 2 février 2015. Je les en remercie.

Encore merci à Ladies Room de m’avoir envoyé un disque d’une de mes artistes préférées de smooth jazz en écoute. Je l’avais découverte avec The Look of Love, et depuis, mon amour pour elle n’a jamais souffert d’une quelconque déception : quand je décide de m’intéresser à une de ses œuvres, je suis toujours ravie.

Cet hiver 2015, après une pneumonie qui a repoussé à la fois la sortie de l’album (prévue au départ le 9 septembre 2014) et la tournée qui s’en suit, Diana Krall nous présente donc son album Wallflower. N’ayant pu assister au concert privé qu’elle donnait ce mardi 10 février à Paris, mon lot de consolation sera donc de vous chroniquer cet album de reprises qui contient ses petits ratés, mais dans l’ensemble assez bien construit.

Mon humble avis

Comme, finalement, cet album me paraît extrêmement riche et disparate, je vais vous faire un petit point chanson par chanson.

California Dreaming (The Mamas & The Papas) : Pour commencer l’album, on a droit à une reprise très aseptisée, où j’ai l’impression que la voix est autotunée à l’extrême et que la session rythmique en mode bossa nova molle est faite au Bontempi. Même l’orchestre de cordes ne sauve pas la mise. Ca ne se fait tellement pas, d’ouvrir un album comme ça. J’ai dû me faire violence pour avoir envie d’écouter.

Desperado (The Eagles) : Là, on commence à revoir ce qui fait l’identité musicale de Diana Krall : un piano-voix avec un orchestre de cordes discret et une mélodie accrocheuse.

Superstar (The Carpenters) : Ça fond parfaitement dans mes oreilles. L’orchestration est au top, la mélodie est parfaite.

Alone Again (Naturally) (Gilbert O’Sullivan) : J’ai un souci majeur sur cette chanson. En effet, je n’apprécie pas au départ Michael Bublé, car je considère qu’il a perverti le jazz vocal en collant une voix limitée à un style de crooner. Sorti de cet énervement de départ, en dépit d’une impression d’un excès d’autotune, j’ai trouvé la chanson plutôt bien construite par rapport à la version de départ qui était vraiment tarte.

Wallflower  (Bob Dylan) : Cette participation du guitariste Blake Mills à la slide est de très bon aloi. La chanson est mélancolique, mais très bien construite. Et surtout, elle donne une certaine forme de douceur à une chanson de Dylan qui en demandait beaucoup.

If I Take You Home Tonight : Voici la seule chanson composée par Diana Krall. Je suis très touchée par la mélodie et l’orchestration, car ce genre de composition me sert d’inspiration pour les miennes. C’est mélancolique, c’est très beau et ça devrait encourager Diana Krall à composer davantage, tant elle est douée.

 I Can’t Tell You Why (The Eagles) : Décidément, dès lors qu’elle veut se lancer dans la bossa nova, ça a tendance à tomber à plat. Cette reprise est lourde, surorchestrée, et puis ces chœurs qui ne servent à rien, c’est insupportable.

Sorry Seems To Be The Hardest Word (Elton John) : Au départ, je suis très critique envers n’importe quelle reprise de cette chanson, étant donné que c’est ma chanson préférée d’Elton John et qu’elle est juste parfaite sous cette forme. Reprise par Diana Krall, c’est d’une telle platitude sans nom que je saigne des oreilles. Limite, elle me ferait presque regretter la version de Blue, et croyez-moi, ce n’est pas un compliment.

Operator (Jim Croce) : Cette chanson est la seule de l’album où je me retrouve avec des sentiments mêlés. Je ne sais pas si j’aime ou pas. Peut-être que l’orchestration est trop pop pour mon esprit formaté smooth jazz depuis le début de l’écoute de l’album.

I’m Not In Love  (10 CC) : Quand on reprend I’m Not In Love, il se peut qu’on tombe facilement dans la facilité, tant, bien que cette chanson ait des qualités non négligeables, la mélodie peut sembler plate. Ici, l’orchestration est correcte, l’intention est bonne. Ce n’est pas la meilleure chanson de l’album, mais elle se laisse écouter sans énervement, contrairement à d’autres.

Feels Like Home (Chantal Kreviazuk) : La participation de Bryan Adams me fait particulièrement plaisir, et c’est peut-être ce qui a influencé mon avis sur la chanson. Alors que la chanson de départ est très country-tarte, cette version tire vers des sonorités un peu plus classes, qui vont du blues à l’americana. La preuve que cette mélodie et cette orchestration sont accrocheuses : je me suis mise à chanter spontanément dès la première écoute, et je continue à chanter en rédigeant cet article.

Don’t Dream It’s Over (Crowded House) : Pour finir cet album, Diana Krall a décidé de faire une reprise super efficace d’un vieux tube des années 1980 (sur laquelle j’ai aussi chanté spontanément). Alors que la chanson de départ a fini par être morte par excès de kitscherie, la chanteuse réussit à lui redonner des lettres de noblesse par une orchestration dont elle seule connaît le secret.

Bilan

Un album assez inégal, donc, où la différence entre les chansons semble être mue par l’intention mise par Diana Krall dans l’interprétation d’icelles et par des choix d’orchestration plus ou moins adéquats. Malgré tout, quand les chansons sont bonnes, elles sont juste parfaites, tandis que les chansons moins bonnes ne sont pas non plus catastrophiques. Cela reste quand même un album que je conseillerais pour une introduction en douceur au smooth jazz et au jazz vocal, afin d’en voir toute la diversité.

Song’s Story’A #9 : Tomorrow Never Knows

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beatles-revolverPour ce nouvel épisode de Song’s Story’A, je vais vous parler d’une des chansons les plus marquantes de la période psychédélique anglaise qui résulta du Swinging London. Dernier titre du septième album des Beatles, Revolver, qui marque déjà une rupture avec un style plutôt « propre » adopté depuis le début par le groupe, Tomorrow Never Knows est à ce titre extrêmement mythique, tant par la structure atypique que par le contexte de création du titre.

Je vous propose l’écoute de la version originale en deux versions.

La version mono – version originale –, plébiscitée par le Chevalier, mais pas par moi. Pourquoi ? En tant qu’autiste et hyperacousique*, le côté bloc monolithique de tout ce déferlement de son a tendance à me taper sur le système.

*Ceci veut dire que mon oreille interne amplifie la plupart des sons. C’est pour cette raison que j’entends encore des ultrasons, bien que j’aie plus de 25 ans. Le Chevalier me précise également que les versions mono contiennent également une quantité non négligeable d’infrabasses. Ceci explique mon malaise à l’écoute.

Et donc la version stéréo – version mixée avec les pistes de départ –, aux sonorités amplifiées et diffuses. Cette version m’est plus agréable, parce que je n’ai pas l’impression de me prendre toutes les subtilités sonores comme un coup de poing dans la gueule.

Enfin, voici les paroles, pour le moins énigmatique aux esprits les moins avertis.

Turn off your mind, relax and float down stream…
It is not dying, it is not dying…

Lay down all thought surrender to the void…
It is shining, it is shining…

That you may see the meaning of within…
It is being, it is being

That love is all and love is everyone…
It is knowing, it is knowing…

That ignorance and hate may mourn the dead
It is believing, it is believing…

But listen to the color of your dreams
It is not living, it is not living…

Or play the game existence to the end
Of the beginning (ad lib)…

Bref, voici donc une chanson qui mérite une explication de texte un petit peu plus poussée que les autres épisodes de la série.

Contexte de création

John Lennon, en 1966, consomme du LSD depuis deux ans. En parallèle, il lit l’ouvrage des psychologues Timothy Leary, Richard Alpert et Ralph Metzner, The Psychedelic Experience, qui se veut être une adaptation occidentale du Livre des Morts tibétain et également une préparation spirituelle à l’absorption de drogues. Kamoulox. En parallèle encore, George Harrison s’intéresse de près aux musiques indiennes et aux spiritualités orientales, ce qui explique la présence omniprésente du sitar dans tous les albums des Beatles post-Revolver.

Quand les quatre larrons retournent en studio en avril 1966, ils n’ont rien enregistré depuis novembre 1965, et reviennent de quelques semaines de vacances après des tournées un peu mouvementées. C’est la première fois que le groupe fait une pause aussi longue dans sa carrière, et cela va changer la vision artistique et créative du groupe. On passe d’un Rubber Soul encore très propre à des trucs de tarés, où, selon moi, les Beatles puisent leur vérité (le summum selon moi étant les démos d’Esher, en mai 1968, qui furent enregistrées en préambule de l’album blanc et qui auraient très bien pu le surpasser avec un enregistrement professionnel).

Les étapes de création

Il faut savoir que la vision sous acide de John Lennon n’est pas sortie d’un bloc. Il a fallu plusieurs strates et plusieurs personnes pour connaître la version que l’on connaît actuellement.

La première version posée par Lennon sur sa guitare pourrait ressembler à ceci. Précision : c’est une cover, donc ceci est bien une approximation et, je dirais même, la vidéo que je poste est peut-être une pure foutaise. Si c’est le cas, je suis disposée à le reconnaître.

Après moult réunions préliminaires chez George Martin, il est admis que la chanson se déroulerait sur un seul accord de guitare (le Do majeur) et sur diverses expérimentations de bidouillage sonore, soit du fait de Lennon (les guitares en backwards) lui-même, soit du fait de Paul McCartney (les « cris de mouette »), soit du jeune ingénieur du son Geoff Emerick, qui avait à l’époque 20 ans. C’est grâce à lui qu’a été fait le travail sur la voix et la batterie (qui donne l’impression d’être backmashée). Mais entre la première prise le 6 avril 1966 et le mix final le lendemain, il s’est passé beaucoup de choses. Pour s’en apercevoir, voici la prise une de la chanson :

Oui, je sais, c’est moche.

Pour obtenir le résultat final, il a fallu :

  • Travailler sur place les effets sonores. La batterie a été travaillée avec un limiteur Fairchild, sauf la caisse claire qui est amplifiée différemment. D’ailleurs, si cela n’avait pas été amplifié de la sorte, cela aura résulté à la tournerie utilisée par le fils de Ringo Starr, alias Zak Starkey, sur la chanson Falling Down du groupe Oasis.
  • Enregistrer certains instruments isolément (les guitares, notamment), les backmasher et les accélérer si besoin est. L’effet « cris de mouette » proposé par McCartney est notamment fait avec des voix criées, inversées puis accélérées.

Maintenant qu’on a bien analysé toute la chanson, voyons les réinterprétations.

La new-wave : Phil Collins, 1981

Bizarrement, bien qu’une quinzaine d’années aient passé et que les bidouillages sonores soient devenus légion, Phil Collins a décidé de reprendre les éléments qui ont fait le charme de la version originale. Sauf qu’il a décidé de prendre une batterie très planante et des claviers hypnotiques, tout en intégrant des petits « sursauts » sonores pour éviter qu’on s’endorme totalement. Résultat : si Lennon avait pris de la beuh, c’est ce qui aurait résulté de son trip.

La version des héritiers : Noel Gallagher (Oasis), Johnny Marr (The Smiths), Kelly Jones (Stereophonics) et Cornershop, 1998

On a là beaucoup de musiciens britanniques qui officient depuis les années 1980 et 1990 et qui se réclament des Beatles. Que font-ils ? Etant donné que Cornershop s’est fait connaître en mêlant brit-pop et influences indiennes traditionnelles, ce super-groupe a décidé de prendre le contrepied de la base rock. Résultat : une chanson folk, planante et respectant une certaine idée de l’inspiration indienne telle qu’on se la faisait dans les années 1960. Une réussite.

La version contemporaine : Alison Mosshart, 2010

La chanteuse de The Kills, mais aussi de The Dead Weather, entre autres collaborations et projets personnels, a fait une version très rock et glamour pour la bande originale du film Sucker Punch (2010). Le résultat reprend la rythmique hypnotique de Ringo Starr, mais intègre une orchestration rageuse et des violons qui réinterprètent de manière baroque l’aspect planant de la chanson.

Bonus Track : The Chemical Brothers feat. Noel Gallagher, Setting Sun, 1997

Déjà, ce qui saute à l’oreille, c’est la tournerie de batterie reprise pleine balle. Ensuite, les larrons de Manchester ont décidé de reprendre la structure mono-mélodique de la chanson de départ pour faire un remix d’un titre écrit par Noel Gallagher dès 1992.

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales…

F.B.I. (Fausses bonnes idées)

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Bazooka-YelleIl y a des chansons dont on se dit que la version originale souffre d’une lacune, dont on ne s’aperçoit pas tout de suite. Il suffit parfois d’un seul changement pour se dire Oh putain, mais bien sûr ! Cela peut s’avérer être un changement de voix, d’orchestration, ou bien même de vitesse d’exécution de la chanson. Il y a également des personnages qui, on ne sait pourquoi, ont voulu se mettre à la chanson, mais là aussi, cela n’a pas été la meilleure idée qu’ils aient eu dans leur vie. Aujourd’hui, nous allons donc pencher sur ces deux avatars de choses qui n’ont rien à voir, mais qui, au final, arrivent au même point.

Essaie encore

Dans le cadre de ces chansons, les versions originales sont pas mal, mais sans plus. Et tout à coup, une erreur de manipulation ou un autre interprète peuvent magnifier ces chansons, si bien qu’on souhaite en oublier la version originale.

1 – Paul McCartney, Hot as Sun (1970)

Nous sommes à la fin des Beatles, et Paul McCartney décide d’enregistrer chez lui, avec sa femme, son premier album éponyme. Pour cela, il ressort des cartons de vieilles compositions, qui dataient parfois de la période des Quarrymen (groupe qui s’est avéré être la proto-formation des Beatles). Au milieu de l’album, il y a ce morceau instrumental, dont plusieurs résidus existent sur Youtube avec des paroles, preuve qu’il voulait soumettre cette composition aux autres membres du groupe pendant la session de Let it Be. Avouez quand même qu’à l’écoute, vous vous faites limite chier.

Un jour, un petit malin a décidé d’écouter le 33T avec sa platine en vitesse 45T, et ça donne ceci :

à savoir une putain de bonne chanson ska, tellement bonne qu’elle a été utilisée dans cette version comme générique de la troisième série sur Popeye entre 1978 et 1983. Seule explication : Paul McCartney ne connaissait pas le ska, et a voulu tellement en finir avec la période Beatles qu’il a fait un disque tout seul à l’arrache. McCartney n’est pas entièrement mauvais, puisqu’il contient cette merveille qu’est Maybe I’m Amazed, mais, quand on a écouté l’album dans son ensemble, globalement, on a connu Macca plus inspiré, même avec les Wings.

2 – Bob Dylan, All Along the Watchtower (1967)

Suite à son accident de moto en 1966, Bob Dylan réfléchit à sa vie et change peu à peu : durant sa convalescence naissent ses deux premiers enfants, il se replie sur lui-même et étudie la Bible. D’où beaucoup de textes qui ont pour référence les textes sacrés dans l’album John Wesley Harding, dont ce All Along the Watchtower. Ce n’est pas une mauvaise chanson de Dylan en soi, mais il a suffi l’année d’après qu’un mec enregistre Electric Ladyland pour balayer complètement cette version qui se trouve dès lors un peu molle.

Bob Dylan lui-même préfère rejouer la version de Jimi Hendrix sur scène à l’heure actuelle, tellement cette perfection de soul a complètement surclassée l’orchestration folk de départ.

J’aurais pu citer beaucoup de F.B.I. en termes de chansons originales :

  • With a Little Help From My Friends des Beatles (mais j’en ai déjà trop parlé)
  • I Shot the Sheriff de Bob Marley : si Eric Clapton n’avait pas fait son Hendrix dessus, jamais on n’aurait entendu parler de Marley ni même du reggae dans le monde occidental.
  • I Heard It Through the Grapevine de Gladys Knight and the Pips : si vous faites un sondage avec comme question : Qui a chanté la VO d’ « I Heard It Through the Grapevine » ?, tout le monde vous répondra : Marvin Gaye. Preuve que la Motown n’a pas eu le nez creux du premier coup.

Définitivement, abandonne.

On a beau avoir beaucoup de talent, quelquefois, pour montrer qu’on a surpasse les autres en talent, on a envie de se mettre à la chanson. F.B.I. : en définitive, non seulement ça s’avère être un échec, mais en plus, on gonfle davantage de monde ou on fait définitivement pitié.

1 – Mélanie Laurent, En t’attendant (2009)

Une des spécificités bien françaises est que, lorsqu’une actrice est beaucoup employée et qu’on parle beaucoup d’elle dans les média, elle se prend à croire qu’elle est aussi connue à l’international qu’une actrice hollywoodienne, alors que, si ça se trouve, au-delà des frontières françaises, les gens se demandent qui est cette connasse qui partage l’affiche avec Brad Pitt. Mélanie Laurent est de celles-ci : ayant un défaut de modestie depuis Inglorious Basterds, et sortant à l’époque avec Damien Rice (trop de hype), elle a décidé de sortir un album. Bien lui en a pris : elle se fait descendre en flèche par la presse musicale et se fait huer au Printemps de Bourges. L’honneur est sauf : elle a décidé qu’elle ne ferait pas de deuxième album (et en plus, elle s’est séparée de Damien Rice, dont la côte ne montait pas assez à son goût).

2 – Paris Hilton, Stars are Blind (2006)

Vaguement chanteuse, comme vaguement DJ, actrice, mannequin, star du X, whatever, Paris Hilton est symptomatique de ces héritiers qui s’emmerdent tellement dans leur vie qu’ils ne savent pas quoi faire. Plus appréciée pour son apologie du vide que pour les divers talents dont elle essaie de faire preuve, Paris a beau avoir eu un succès mitigé – en même temps, je ne dénonce pas, mais la mère de ma meilleure amie se l’ait procuré –, elle persiste et signe avec plusieurs singles sortis en 2013 et 2014, ainsi qu’un album promis en 2015. Holy shit.

3 – Christophe Hondelatte, Dr House (2011)

En dehors de ce véritable pétage de plombs qu’est sa carrière dans la chanson, il faut savoir que l’ancien présentateur de Faites entrer l’accuser qui sommait son auditorat de garder la pêche au journal de 13h est aussi violoncelliste de formation, avait déjà joué des concerts et produit des artistes issus de la Nouvelle Star avant de sortir ce premier album au nom très évocateur : (Ou pas). Mais ce Dr House même désavoué par Hugh Laurie lui-même n’est rien à côté de Cybernight où on ne ressent même plus de la moquerie, mais du malaise. S’il te plaît, Christophe, tiens-t’en à faire ton sous-Bellemare avec les histoires les plus glauques de France, tu es tellement meilleur dans cet exercice.

En général, les F.B.I. en ce qui concerne les chansons ne sont pas catastrophiques, contrairement aux F.B.I concernant les artistes. Car une chanson peut toujours s’améliorer…

 

Inspiration day #2 : 10 chansons… aux références littéraires

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euterpeIl est un sujet qui me tient beaucoup à cœur, étant donné mon référencement naturel, mais qui demandait en vérité beaucoup de travail de recherche : l’utilisation dans la musique contemporaine des éléments de la littérature.

Il est évident que certains poèmes sont amenés à devenir des chansons – et nous le verrons par la suite. Mais il est des œuvres – ou des auteurs – dont l’interprétation en musique s’avère surprenante. Faisons ensemble ce petit tour d’horizon.

Arthur Rimbaud, Le dormeur du val (1870)

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Ce poème a été écrit lorsque l’auteur avait encore 16 ans. Il vivait encore à Charleville-Mézières et était donc aux premières loges du conflit franco-prussien qui vit la capitulation et l’emprisonnement à Sedan de l’empereur Napoléon III, bien qu’il soit possible qu’il n’ait jamais assisté à une scène de la sorte. La dichotomie entre la nature paisible et accueillante et la froide réalité décrite dans le dernier vers vient au bout d’une progression lancinante. Par la suite, ce poème a été utilisé à des fins antimilitaristes.

L’œuvre musicale : Sapho, Le dormeur du val (1983)

Quand je parlais d’utilisation à des fins antimilitaristes, c’est que Serge Reggiani a intégré la récitation du poème à sa reprise du Déserteur de Boris Vian. Il paraît également que Jean-Louis Aubert a fait une adaptation du texte, mais je n’ai pas pu vous retrouver la référence vidéo (mais l’adaptation date de 2009). Je vous présente donc la version gothique et exaltée de Sapho, extraite de l’album Barbarie. On peut remarquer, outre une orchestration new-wave de bon ton à l’époque, une dimension théâtrale dans l’interprétation qui surpasse un peu toute notion de mélodie. J’avoue, ça me fout les jetons.

*

Joachim du Bellay, Les Regrets, XXXI (1558)

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

 

Quand reverrai-je, hélas! De mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

 

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,

Que des palais romains le front audacieux ;

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

 

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin la douceur angevine.

Ce sonnet est intégré dans l’œuvre la plus connue d’un des compagnons de route de Pierre de Ronsard, où il relate, après son voyage de quatre ans à Rome, l’amour de son pays natal. Il reprend pour cela la figure d’Ulysse, personnage de la mythologie grecque popularisé par l’Odyssée d’Homère.

L’œuvre musicale : Ridan, Ulysse (2007)

Il y eut un précédent avec Heureux qui comme Ulysse de Georges Brassens, dont l’adaptation du texte original est beaucoup plus libre que celle adoptée par Ridan. Issue de L’ange de mon démon, cette chanson marque la rupture de l’artiste avec ses idées les plus riot. Le 3e couplet a été écrit par le chanteur qui perpétue le mythe odysséen.

 *

Le Cantique des Cantiques (Xe siècle avant Jésus-Christ)

Le livre le plus érotique (voui) de la Bible est l’extrait biblique qui est désormais le plus lu dans les mariages religieux catholiques, notamment le chapitre 2 :

La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient… Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines, mon bien-aimé, pareil à la gazelle, au faon de la biche. Le voici, c’est lui qui se tient derrière notre mur : il regarde aux fenêtres, guette par le treillage. Il parle, mon bien-aimé, il me dit : […]

Lève-toi, mon amie, ma gracieuse, et viens… Ma colombe, dans les fentes du rocher, dans les retraites escarpées, que je voie ton visage, que j’entende ta voix ! Ta voix est douce, et ton visage, charmant. […]

Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui qui mène paître ses brebis parmi les lis.

Personnellement, je trouve cet extrait du chapitre 2 un peu cucul. Genre comme si, le jour du mariage, on en était encore avec l’amour qui fait bondir les cabris.

L’œuvre musicale : Alain Bashung et Chloé Mons, Cantique des Cantiques (2002)

Suite à leur mariage en 2001, Alain Bashung et Chloé Mons ont demandé à l’écrivain Olivier Cadiot de faire une traduction personnelle du Cantique des Cantiques. Ils ont ainsi déclamé le contenu entier du livre – qui consiste en un dialogue entre deux amants, ou entre le roi Salomon et la religion personnifiée en femme, c’est selon – sur une musique de Rodolphe Burger. C’est méditatif, et si j’avais 27 minutes à y consacrer pendant ma cérémonie de mariage, je pense qu’elle se serait réduite à l’écoute de ce beau dialogue.

 *

Guillaume Apollinaire, Le pont Mirabeau (1912)

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Ce qui est formidable avec la structure de ce poème, c’est qu’on s’aperçoit que Guillaume Apollinaire avait déjà pensé au fait qu’il en résulterait une chanson. Composé en février 1912, il a été intégré dans la revue Les soirées à Paris, avant de rejoindre le recueil Alcools (1913). D’ailleurs, le texte a été gravé sur une plaque et accolé audit pont Mirabeau (Paris).

L’œuvre musicale : Marc Lavoine, Le pont Mirabeau (2001)

Le poème a connu beaucoup de versions et d’interprètes. La version la plus prolifique est celle de Léo Ferré, qui a connu des interprétations d’Anne Sofie von Otter et Yvette Giraud. La version la plus récente ouvre le huitième album éponyme du chanteur charmeur, qui contient de nouvelles versions de ses chansons et des duos avec diverses artistes féminines.

*

Le psaume 136/137 (date inconnue, mais étant donné les faits relatés, pas avant le VIe siècle avant Jésus-Christ)

Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, + nous souvenant de Sion ; *

aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.

C’est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, + et nos bourreaux, des airs joyeux : * « Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. »

Comment chanterions-nous un chant du Seigneur + sur une terre étrangère ? *

Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie !

Je veux que ma langue s’attache à mon palais + si je perds ton souvenir, * si je n’élève Jérusalem, au sommet de ma joie.

[Souviens-toi, Seigneur, des fils du pays d’Édom, + et de ce jour à Jérusalem * où ils criaient : « Détruisez-la, détruisez-la de fond en comble ! »

O Babylone misérable, + heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus ; *

heureux qui saisira tes enfants, pour les briser contre le roc !]

Ce psaume est le seul qui évoque la déportation à Babylone du peuple juif. On y évoque à la fois le souvenir de Sion, c’est-à-dire Jérusalem, le calvaire des Juifs et la vengeance évoquée envers Babylone. Cette élégie funèbre où la prière est absente a différents usages liturgiques dans les religions juive et chrétienne.

L’œuvre musicale : Boney M, Rivers of Babylon (1978)

À l’origine est un cantique utilisé par la communauté rastafari, utilisant les quatre premiers versets du psaume. S’il a été intégré à la culture populaire par les Melodians en 1969, cette version de 1978 est de loin la plus connue. À ce titre, lorsque je me suis aperçue par hasard de la référence en lisant Prions en Eglise, j’ai éclaté de rire. Depuis, je fais profiter de l’anecdote à tout le monde en apportant la preuve de ce que j’avance, et, du fait, de la totale dichotomie entre l’aspect dansant du morceau et l’évocation de départ. Petite anecdote pour finir : la thématique du psaume 136/137 se retrouve dans le chant des esclaves de Nabucco (Giuseppe Verdi).

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Albert Camus, L’Étranger (1942)

Un jour, Meursault, vivant en Algérie française, apprend dans un télégramme que sa mère est décédée. Il assiste à son enterrement sans jouer la comédie du fils éploré. Après l’enterrement, il part nager et rencontre son ancienne collègue Marie. Ils décident d’aller voir un film et de passer la nuit ensemble. Le lendemain, Raymond, le voisin de Meursault, lui demande un témoignage écrit pour dénigrer sa maitresse, qu’il passera à tabac une semaine plus tard. La police étant intervenue et ayant embarqué Raymond, il cite Meursault comme témoin de moralité et se fait libérer. À sa libération, il invite Meursault et Marie dans un cabanon au bord de la plage. Là, ils rencontrent un groupe d’Arabes dans lequel est inclus le frère de la maîtresse de Raymond, qui blesse celui-ci au visage. Plus tard dans l’après-midi, une autre confrontation a lieu, dans laquelle Meursault tue un des membres de la bande et se fait arrêter.

Ce roman est tiré de la quadrilogie de l’absurde d’Albert Camus, évoquant le Mythe de Sisyphe. Il connut un succès retentissant au point d’être traduit dans plusieurs langues et d’être reconnu comme étant l’un des livres les plus influents du XXe siècle. Outre diverses adaptations au théâtre et au cinéma, le journaliste algérien Kamel Daoud décida en 2013 de s’inspirer du roman pour écrire Meursault, contre-enquête, basé sur le point de vue du frère de l’Arabe tué.

L’œuvre musicale : The Cure, Killing an Arab (1978)

Premier single du groupe, qui fut intégré par la suite à Boys don’t cry (1980), Robert Smith a clamé depuis sa création qu’il voulait synthétiser l’Étranger d’Albert Camus en une chanson. De fait, il refuse qu’elle soit passée en radio ou interprétée sous cette forme depuis la première guerre du Golfe (1990-1991), par peur de contresens et d’incitation à la haine raciale. C’est en effet à ce but qu’elle est diffusée aux Etats-Unis durant cette période et que le Front national britannique l’utilisa à but de propagande dans les années 1980. Au départ, le single était distribué aux média avec un exemplaire de l’Étranger. De guerre lasse, le groupe préfère jouer sur les paroles : Kissing an Arab, Killing an Englishman ou Killing Another, telle est désormais interprété le titre.

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William Shakespeare, Roméo et Juliette (entre 1591 et 1595)

Vous ferais-je l’affront de rappeler le pitch de cette pièce de théâtre dont le contenu est connu de tous ? L’histoire de cet amour impossible entre deux enfants de clans ennemis a été à la fois inspirée par toute une littérature qui peut remonter à l’Antiquité (on pense notamment aux Métamorphoses d’Ovide ou à l’Ephesiaca de Xénophon), mais tant les protagonistes que le motif de la pièce se retrouvent dans la littérature italienne dès la Divine Comédie de Dante Alighieri. La forme la plus aboutie de ce qui aurait servi à écrire la pièce est le Giulietta e Romeo de Mathieu Bandello (1554), lequel aurait été traduit en français, puis en anglais avec The Tragical History of Romeus & Juliet d’Arthur Brooke (1562).

Par la suite, cette pièce de théâtre deviendra l’un des plus grands motifs de création, que ce soit en musique, au théâtre ou au cinéma. Ne citons ne serait-ce que West Side Story (1957), comédie musicale de Leonard Bernstein qui fut adaptée au cinéma en 1961, l’opéra de Gounod, le ballet de Prokofiev, ou, plus honteux, les comédies musicales de Gérard Presgurvic et de Richard Cocciante, ainsi que l’adaptation cinématographique de Baz Luhrmann (avouez qu’il était trop beau, Léo di Caprio, à l’époque).

L’œuvre musicale : Dire Straits, Romeo & Juliet (1980)

Ouais, bon, c’est une version de 2007 que je vous sers, mais c’est ma version préférée de la chanson, respectez, zut ! Je disais donc : tiré de l’album Making Movies (1980), cette interprétation moderne et subtile du motif théâtral popularisé par William Shakespeare aurait été ma marche nuptiale si le Chevalier n’avait pas mis son grain de sel.

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Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray (1890)

Unique roman d’Oscar Wilde, il raconte la vie de Dorian, un jeune homme qui se laisse corrompre par l’idéal de jeunesse et de beauté de Lord Henry, ami d’un peintre reconnu qui a fait le portrait dudit jeune homme. Un jour, Dorian, jaloux de son portrait, en vient à souhaiter qu’il vieillisse à sa place. Il tombe alors amoureux d’une comédienne dont le jeu se détériore avec l’amour qu’elle lui porte. Humilié, Dorian la quitte. En rentrant chez lui, il remarque sur le portrait une expression de cruauté qu’il ne lui connaissait pas. Il s’aperçoit alors que son vœu s’est réalisé et que son portrait va catalyser tant ses rides que les travers de son âme. A mesure qu’il s’enfonce dans la débauche, son visage ne porte aucun signe de vieillissement, mais son portrait s’enlaidit. Sur la fin, ayant développé une haine contre lui-même, il porte un coup de couteau au portrait, ce qui a pour conséquence de le tuer tout en lui rendant son aspect « normal ».

Le roman connut une quinzaine d’adaptations cinématographiques ou télévisuelles, ainsi que plusieurs adaptations théâtrales de Jean Cocteau. En littérature, outre divers romans et bandes dessinées inspirés directement de l’œuvre d’Oscar Wilde, on reconnait le même motif dans Le portrait de Nicolas Gogol, Le portrait ovale d’Edgar Allan Poe, ainsi que dans une nouvelle tirée des Ailes du Diable d’Henri Troyat.

L’œuvre musicale : The Smiths, Cemetery Gates (1986)

La chanson, incluse dans l’album The Queen is Dead, rendent hommage à l’œuvre par ces paroles du refrain :

A dreaded sunny day

So let’s go where we’re wanted

And I meet you at the cemetery gates

Keats and Yeats are on your side

But you lose because Wilde is on mine.

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Michel Houellebecq, La possibilité d’une île (2005)

Quatrième roman de l’auteur, il a pour thématique la critique des relations hommes-femmes dans la société contemporaine sur fond de clonage et de société sectaire. Dit comme ça, et connaissant Michel Houellebecq, ça a l’air peu ragoutant. Je vais quand même essayer d’en faire un résumé : Daniel1 (première incarnation d’un certain Daniel, je vous rappelle, clonage, toussa), comique vivant au début du XXIe siècle et en proie à des déboires sentimentaux, il rêve avant de se suicider de la possibilité d’une île. Cette île, il la trouve avec les Elohimites – versant romancé des Raeliens –, secte scientifique qui expérimente le clonage en attendant d’accueillir les Elohims, extraterrestres qui sont censés avoir créé l’humanité…

Ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas compris. Moi-même, l’ayant lu pas longtemps après sa sortie, je n’avais moi-même pas compris (alors qu’à l’époque, lire du Bernard Werber ne me faisait pas peur).

L’œuvre musicale : Iggy Pop, A Machine for Loving (2009)

Comment monsieur l’Iguane est non seulement cultivé, mais aussi francophile, il a décidé de lire La possibilité d’une île et d’en faire un album, Préliminaires, dans lequel sont aussi incluses des reprises des Feuilles mortes et de Insensatez de Tom Jobim. Le résultat est plutôt pas mal, assez classe, avec des paroles aussi obscures que le roman.

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Salman Rushdie, La terre sous ses pieds (1999)

L’auteur indien des Versets Sataniques n’a pas fait que des écrits qui sont censés mériter une fatwa. Il a aussi, comme ici, relaté l’influence du rock’n’roll américain en Inde tout en revisitant de la sorte le mythe grec d’Orphée qui se situe donc dans une Inde parallèle des années 1950 aux années 1990. Je ne connaissais pas cet ouvrage avant de mener mon enquête, mais j’ai soudain très envie de le lire.

L’œuvre musicale : U2, The Ground Beneath her Feets (2000)

Utilisée pour la bande originale du film The Million Dollar Hotel, cette chanson crédite Salman Rushdie comme auteur, étant donné que Bono a décidé de composer cette chanson après avoir lu La terre sous ses pieds et a décidé d’en faire l’adaptation du chant funèbre que chante le héros à sa défunte compagne. Selon le témoignage du Chevalier, The Million Dollar Hotel est tellement chiant qu’on ne s’aperçoit même pas du cameo de Bono dans le film.

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J’aurais pu citer d’autres œuvres (I am the Walrus des Beatles qui reprend Le Chat Noir d’Edgar Allan Poe, Du côté de chez Swann de Dave qui fait une salade de fruits d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, Indochine et ses diverses allusions à J.D. Salinger ou au marquis de Sade, voire à Bob Morane…), mais cela aurait été trop long. Bonne lecture, bonne écoute.

Inspiration day #1 : 2014, suite et fin

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euterpeNous sommes aujourd’hui le vendredi 2 janvier 2015, et il se trouve qu’Euterpê m’inspire beaucoup aujourd’hui, lorsqu’elle me laissa parfois démunie durant l’année 2014. C’est pour cette raison que je vais faire poster aujourd’hui non pas un, mais deux articles.

Je me suis aperçue dans un premier temps que mon bilan de 2014 n’était pas exhaustif, bien qu’il soit déjà très rempli. Même si j’ai acheté beaucoup moins de CD et que je suis allée à moins de concerts qu’à l’accoutumée, cela ne veut pas dire pour autant qu’elle a été nulle sur le plan musical. Sur ce plan, je peux dire que Spotify a été mon ami quand, en voiture, je me lassais d’écouter Oüi, RFM ou Nova. Voici ma petite sélection d’artistes qui, selon moi, ont marqué 2014.

Milky Chance, Stolen Dance

Evacuons tout de suite ce groupe allemand à l’apparence faussement cool et aux beats wankelmutiens si mous, parce que je sais que, passé octobre 2014, vous avez préféré occulter le fait que vous l’avez écouté jusqu’une trentaine de fois par jour. Cela fait parti des « tubes de l’été » dont les radios étaient persuadées qu’en les passant en boucle, elles récupéreraient de l’audimat. Sauf que les gens, à force d’écouter Stolen Dance partout, ont fini par télécharger de la musique en stream pour éviter de subir cela à longueur de temps. Des méfaits de la rotation lourde en programmation…

Jamie N Commons, Rumble and Sway

Petite rythmique jazzy, voix rauque à souhait, petite mélodie sympa, bref, ça a fait partie de mes petites fraîcheurs de 2014. Surprise, c’est encore un Anglais de moins de 30 ans – et vous verrez que dans cette liste, vous en aurez beaucoup. Rumble and Sway est tiré de son second album qui est sorti en Angleterre en 2013. Si vous avez envie d’en savoir plus, sachez qu’il a fait cette année 2014 une reprise de Immigrant Song de Led Zeppelin pour la quatrième saison de Game of Thrones.

George Ezra, Budapest

Il est Anglais, il a 21 ans et j’ai sérieusement cru que c’était un vieux bluesman du fin fond du Missouri qui sortait un truc un peu optimiste. Je ne sais vraiment pas ce qui se passe avec l’Angleterre pour qu’ils puissent sortir des mecs qui ont l’air de boyscouts et d’avoir plus de métier que Johnny Halliday. Même si cela a été consacré tube de l’été sur Oüi et que la programmation a failli m’en écœurer, j’espère que ce petit mec ira très loin dans le temps.

Nick Mulvey, Cucurucu

L’honneur est sauf : cet Anglais vient de fêter son trentième anniversaire et a l’air d’avoir largement plus de métier que les deux artistes précédemment présentés. En effet, avant de balancer des jolies chansons folk à écouter au bord de la plage, Nick Mulvey a surtout étudié la musique à la Havane – il est parti là-bas à 19 ans, pipou – et a fait partie d’un orchestre de jazz, le Portico Quartet, en tant que percussionniste. Tout de suite, ça place un homme.

Lana Del Rey, West Coast

Pour une chanteuse qui était censée en avoir fini avec sa carrière, je trouve que Lana Del Rey a quand même sous le pied. Mais ce hold up parfait qu’est Ultraviolence n’aurait pas été possible sans Dan Auerbach, producteur de talent, mais aussi membre des Black Keys – qui, au vu de la déception qu’est le nouvel album du groupe, aurait tout aussi bien fait de se concentrer dessus. Dans cette chanson, il y a tout ce que j’aime : de la guitare langoureuse, du beat sensuel et élaboré, de la désynchronisation réussie au refrain. Bref, c’est le morceau de 2014 avec The Chamber de Lenny Kravitz qui rendrait sexy Jean-Pierre Jouyet [Secrétaire général de la République Française, NDLR].

Au cas où vous douteriez de la sexyness du type...

Au cas où vous douteriez de la sexyness du type…

London Grammar, Strong

Encore des Anglais de moins de trente ans, mais cette fois, qui ne foutent pas une grande patate. Si on doit désigner de dignes héritiers à Frédéric Chopin et Léo Ferré en termes de musiques pour se pendre, je pense qu’on a trouvé une tribu de champions. Je pense également que, vu l’étendue de leur succès en 2014, beaucoup de personnes sur cette terre on vécu une année de merde.

Peter Peter, Beauté baroque

J’ai été séduite par l’apparente simplicité et la recherche esthétique de ce Canadien, seule sensation francophone de cette liste (et je m’en excuse). On dirait un avatar musical et apaisé de Xavier Dolan, tant il y a cette même recherche de beauté et de sentimentalisme sans mièvrerie dans leur expression artistique.

Hommage aux disparus

  • Joe Cocker: Le Chevalier m’a annoncé son décès alors que je conduisais. C’était dangereux, j’ai failli faire une sortie de route tant j’étais émue.
  • Fauve: Vieux Frères a prouvé qu’en fait, artistiquement, la blague était concise à l’année 2013.
  • Détroit: Bébert, tu partais sur de bonnes bases. Mais Pascal Humbert n’étant pas Serge Teyssot-Gay, vous n’auriez pas dû faire du sous-Noir Désir (en témoigne le gênant Dans le creux de ta main).
  • Pharell Williams: Because I’m Happyyyyyyyyy… VOS. P*TAIN. DE. GUEULES.
  • Joyce Jonathan : Souffrant de l’impopularité de François Hollande, la France s’est enfin aperçue qu’en fait, elle était fade comme une chanteuse de foire à la saucisse.

Et vous, quelles étaient vos sensations de 2014 ?

Mon année 2014 en musique

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90mmCette année, malheureusement, je n’ai pas beaucoup parlé de musique, malgré le fait que j’en ai beaucoup écouté, comme à l’accoutumée. Je me suis davantage livrée sur des sujets un peu plus personnels, comme un exutoire d’une année où j’ai vécu de multiples rebondissements émotionnels, dont deux cataclysmes – un deuil et la perte de mon emploi. J’ai donc dû m’éloigner de certaines choses pour éviter de crier de douleur à tort et à travers. A ce titre, avec l’union qui se prépare, je me souhaite une année 2015 un peu plus paisible sur le plan personnel.

Mon année 2014 en musique a été marquée encore une fois par la playlist de Oüi FM, même si elle se tourne désormais vers la pop et la soul. J’ai été aussi marquée par les exégèses faites par le Chevalier sur des groupes obscurs des années 1960, 1980 et 1990. Comme c’est un peu le bordel, expliqué de la sorte, on va remettre tout ça en ordre.

Les chansons qui résument le mieux la situation personnelle

The Beatles, Let it Be

Si le premier couplet me rassure dans la croyance familiale selon laquelle les défunts continuent de communiquer avec les vivants, le deuxième couplet m’émeut davantage dans le sens où il exhorte à puiser en soi-même pour relativiser et pardonner pour trouver la paix. Et puis Ainsi soit-il, tel pourrait être la réponse la plus simpliste face aux injustices que l’on rencontre au quotidien. Mais au final, comme dirait ce livre où je puise mes réponses : Je me suis dit à propos des fils d’Adam : Dieu les met à l’épreuve pour leur montrer qu’ils sont comme les bêtes.(Ecclesiaste 3.18)

Georges Harrison, All Things Must Pass

Georges Harrison a écrit cette chanson dans le même contexte que celui que je vis actuellement, soit après le décès de sa mère. Evidemment, cela ne respire pas la joie de vivre, mais ce All Things Must Pass érigé en mantra permet de relativiser le fait que rien ne dure, que ce soit les gens qui m’entourent, mes relations avec les autres ou tout ce que je peux construire par moi-même. Connaissant mon peu de confiance en ce que j’accomplis, cela ne m’aide pas beaucoup passer outre certaines choses.

Les chansons sur lesquelles j’ai dansé

Lilly Wood and the Prick feat. Robin Schulz, Prayer in C

Même si, finalement, j’estime avoir beaucoup trop entendu cette chanson cet été – mais j’avoue, bien moins que d’autres, coucou Milky Chance qui a bien pourri 2014 ! –, ce riff obsédant a eu l’intelligence d’être mixé à un beat typique de l’Allemagne des années 2000, ce qui apporte une ringardise somme toute rafraîchissante. En plus, ça me rappelait mes années de vacances en Allemagne, trop chou.

Coldplay, A Sky Full of Stars

Là, on part directement au début des années 1990, à l’époque de mes premiers pas sur les pistes de danse – oui, je dansais en soirée dès 3 ans, mais parce mes parents organisaient des bals, j’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer là-dessus. Une époque, donc, à laquelle les DJ interrompaient parfois les chansons en plein milieu pour impulser le Stimmung à la foule de danseurs, quitte à coller la blinde de réverbération dans leur micro. Bref, j’ai eu honte de danser sur cette chanson : si, décontextualisée, elle est tout ce que j’aime, ça me fait quand même mal au derche que ce soit du Coldplay. La preuve que je n’ai plus foi en rien : je n’ai pas acheté Ghost Stories, alors que j’avais craqué sur Mylo Xyloto.

Mes petites nouveautés fondantes

Hozier, Take Me to Church

Même si elle a été en rotation lourde dans la playlist de Oüi durant tout l’automne – ce qui a correspondu à toute la période où j’ai pleuré mon licenciement –, je ne me doutais pas qu’on pouvait encore avoir cette grâce en musique en 2014. Comme la musique était bien triste, ça m’a donc permis de pleurer toutes les larmes de mon corps. Et même après ça, j’en redemande encore.

Feu! Chatterton, La Malinche

J’ai découvert cette petite chose un soir où je revenais tard. J’étais déjà échaudée par la voix de l’un des animateurs les plus sexy de la bande FM – coucou, Joe ! –, mais en plus, ce petit mélange sans prétention de tout ce que la France a pu faire de chouette dans les années 1980 (riffs à la Fred Chinchilla, claviers très inspirés, phrasé très Bashung et voix qu’on pourrait prêter avec beaucoup de second degré à Jean-Claude Dusse) m’a immédiatement séduite. Oooooooh Oui !

Mes petites vieilleries très inspirées

The Beach Boys, Sloop John B

En bonne copie de moi-même, le Chevalier a ses marottes, notamment musicales. L’une d’elles est le groupe le plus connu de surf music – bien que mon cher et tendre préfère occulter ce qu’il considère comme une période mineure de leur répertoire –, dont il compte bien un jour me faire l’exégèse de leur disque le plus barré, à savoir Smile. En attendant, il me prépare avec cet extrait de Pet Sounds qui est la reprise d’un chant traditionnel caribéen datant du début du XXe siècle et qui a été intégrée sous cette forme à la bande originale de Forrest Gump.

Pink Floyd, Run like Hell

Là encore, l’épiphanie m’est venue un soir où je fus infidèle et nostalgique de mes années étudiantes. En gros, j’avais branché ma radio sur tonton Zézé qui officie toujours, malgré ses 125 ans, sur RTL2, entre 22h et 0h. Etant donné que j’étais en position de conduite, je me suis dit : Oh putain, quelle puissance pour traverser la ZI des Vignes [située sur la commune de Bobigny, donc particulièrement glauque à 23h30, NDLR] ! Et c’est ainsi que j’ai redonné au Chevalier l’envie de se faire une exégèse Pink Floyd, en témoigne sa liste au papa Noyel.

Les retours qui font du bien

Foo Fighters, Something from Nothing

En bonne fan hormonale de Dave Grohl depuis ma pré-adolescence, j’étais sur les dents depuis le début de l’année 2013 pour un éventuel nouveau projet qui s’annonçait gargantuesque au point de se faire attendre. Septembre 2014 sonna et nous livra les premiers extraits de Sonic Highways. Soit non seulement un album qui rugit bien – et dont le groupe a pompé certains trucs aux Beatles, mais bon, maintenant que Dave se fend en multiples tributes aux Fab Four, il ne se sent plus pisser, hein –, mais aussi une série sur les sessions d’enregistrements et les studios dans lesquels l’album a été enregistré. Clairement, ça valait le coup d’attendre.

U2, The Miracle of Joey Ramone

Certes, cela n’a pas été très cool de pactiser avec Apple pour pourrir les utilisateurs de l’iPhone 6 avec leur nouvel album, au point que le géant ait dû gérer une application pour le supprimer. Sauf que je trouve certains utilisateurs très ingrats, dans la mesure où cela doit faire au moins 16 ou 17 ans qu’une nouveauté de U2 ne m’a pas autant enthousiasmée. La preuve en est : réfléchissez à combien d’albums de U2 depuis Zooropa a obtenu un second single en radio, preuve d’une certaine remise en question bénéfique des vétérans ces derniers temps.

Les gros craquages

Laibach, Life is Life

Bienheureuse ai-je été de faire un papier sur les élections européennes et de devoir trouver une illustration musicale pour la Slovénie. Ce soir-là, j’ai découvert une pépite – que dis-je, un filon ! – en ce groupe de rock industriel toujours en activité. S’ils se sont fait spécialistes de l’iconographie dictatoriale et des reprises WTF en anglais ou allemand, force est de constater que, dans certains coins de ce globe, ils sont pris très au sérieux. D’accord, je pense qu’on va la fermer alors.

Claude-Michel Schönberg, Le premier pas

Pour « remercier » le Chevalier de m’avoir fait découvrir tant de musiques anxiogènes (en vrac : Revolution 9 et What’s the New Mary Jane des Beatles, ainsi certains extraits psychiatriques de Smile des Beach Boys), j’ai trouvé cette parade pour qu’il comprenne que non, définitivement non, on ne peut pas écouter n’importe quoi sans dommages collatéraux d’ordre psychiatrique.

Clairement, je suis passée à côté

Christine and the Queens, Christine

Déjà, quand j’ai écouté pour la première fois Nuit 17 à 52, alors que beaucoup de mes copines semblaient en extase devant cette chanson, je me demandais comment pouvait-on être en extase devant une chanson aussi déprimante que L’Italien de Serge Reggiani. Sa prestation aux Victoires de la Musique 2014 a achevé de me faire une opinion suffisamment tranchée pour me faire un tas d’ennemis dans mon lectorat.

folleBeaucoup de personnes louent la qualité de ses paroles, mais force est de constater qu’au final, la brave Christine a très bien résumé mon sentiment face à elle dans son dernier single : Ca ne tient pas debout.

Sia, Chandelier

Sur ce coup, je serai moins virulente que précédemment. Juste : écoutez la chanson sans le clip. Oubliez complètement la performance de la petite fille et concentrez-vous juste sur l’écoute à l’aveugle. Qu’est-ce que vous avez ? Rihanna autotunée qui tente de faire sa Mariah Carey sur le refrain. Non, je ne suis pas blasée de la musique en 2014. Juste, comme je vieillis, je reviens à mes référencements naturels. Et oui, j’aurai du mal à revenir sur cette décision comme pour Lana del Rey qui, pour le coup, a fait un putain de vrai hold-up avec West Coast cet été.

Non, mais là, je crois qu’il ne faut pas trop insister

Kendji Girac, Color Gitano

Kendji, t’es mignon, tu passes bien dans les média, toussa. Sauf que les Gypsy Kings, c’était chouette seulement quand ils faisaient danser Brigitte Bardot à la Madrague et Manitas de Plata a fini par mourir perclus d’arthrose. Tu as beau avoir rectifié le tir avec Andalouse, calibré pour tous les clubs de vacances, mais force est de constater que, si tu continues comme ça, tu vas avoir des ennuis avec Manuel Valls.

Fréro Delavega, Sweet Darling

Autre transfuge honteux de The Voice – ce n’est pas pour rien que le Chevalier et moi-même y voyons un excellent somnifère du samedi soir –, les Fréro Delavega ne sont ni frères, ni espagnols, ni masqués. En ce qui me concerne, j’ai juste l’impression d’entendre Christophe Maé qui se dédouble, et ça, c’est juste insupportable.

Les grands gagnants de cette année

Ibrahim Maalouf, True Sorry

Outre l’album Illusions que, honte sur moi, je n’ai toujours pas acheté pour accomplir la promesse faite au Chevalier, il revient en cette fin d’année 2014 faire une session dantesque avec Oxmo Puccino, Au pays d’Alice. Définitivement, s’il m’est arrivé peu de moments de grâce cette année, le trompettiste de mon cœur en a fait partie la plupart du temps.

Lenny Kravitz, The Chamber

Lenny a beau avoir 50 ans, il paraît ne jamais avoir vieilli, tant sa sexyness transpire encore dans son nouvel album très eighties et pourtant terriblement efficace. Si je ne devais citer qu’un artiste pour symboliser l’année 2014 en musique, ce serait lui.

Je vous souhaite tous mes bons vœux pour 2015, en espérant que la musique nous rythme encore au quotidien et que je serai davantage inspirer pour vous parler de ce que j’aime.

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