10 chansons… de cocus et d’infidèles

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Le 19 février 2015, Ladies Room organise une journée « Gardons notre mauvaise foi » sur l’infidélité. Je leur ai donc concocté une playlist pour l’occasion, que voici.

homme-infidele-trompe-couple-femmeAujourd’hui, je savoure les joies du couple bourgeois et exclusif avec Le Chevalier depuis 18 mois (même si je sais que l’amour dure 3 ans). Quand j’ai vu la thématique de Ladies Room, je me suis demandé si j’étais légitime pour parler d’infidélité, alors que je vis le big love de ouf. Ce n’est pas comme si j’étais une oie blanche qui n’avait rien connu avant son preux sauveur – vous-mêmes, vous savez –, mais quand même, en écrivant ces lignes, j’ai comme un petit goût amer dans la bouche.

Malgré tout, sans entrer dans les détails de ma vie intime, elle a été assez bousculée avant mes 30 ans pour avoir connu deux-trois choses en lien avec la thématique demandée. C’est juste que la trentaine m’a rendue conne et moralisatrice au point de ne pas assumer certaines choses de mon passé. J’ai appris grâce à ces choses, et c’est parce que j’ai vécu ces choses que j’évite de faire les mêmes erreurs aujourd’hui. Finalement, ça me va tellement bien d’être conne et moralisatrice à 32 ans…

Comme je ne peux plus parler de l’infidélité à travers mon œil aguerri, je vais donc le faire comme d’habitude : en musique. Car si les chansons parlent d’amour de manière langoureuse, voire cucul, elles peuvent aussi parler des peines de cœur provoquées par la traîtrise de l’autre. Mais là aussi, on n’est pas à l’abri d’un excès de pathos ou de niaiserie. Comme je suis équilibrée, je vais aussi me placer du côté des chansons qui traitent de l’infidélité côté traîtres (côté que je connais le mieux).

Booooooooooooooooh, tu m’as trompée, connard !

Quand on se retrouve du côté trompé du couple, ou quand on soupçonne l’autre de coucher avec un(e) collègue/un(e) pote super proche, on a l’impression parfois d’avoir bousillé sa vie en faisant confiance à une personne qui n’en est même pas digne. Selon les personnes, on peut prendre la chose avec philosophie ou carrément péter les plombs.

Marvin Gaye, I Heard It Through the Grapevine

Bon, je sais, il n’est pas l’auteur de la chanson, mais force est de constater que même quand il doute que sa meuf est en train de fricoter avec l’ex d’icelle, Marvin garde la classe absolue. Dans la chanson, il est certes question de soupçons d’infidélité, mais tant la voix de Marvin que l’orchestration trompe la vigilance de qui ne comprend pas les paroles (ce qui fut mon cas pendant des années). En effet, il résulte de cette chanson une charge érotique tellement lourde que même la jeune femme censée avoir trompé Marvin en est troublée. Ou alors les publicitaires de Levi’s dans les années 1980 sont de gros pervers.

If you know what I mean…

Sheryfa Luna, Il avait les mots

L’histoire de la meuf concon qui sort de l’adolescence et qui s’installe dans une position de maîtresse malgré elle a beau être so cliché, la recette marche toujours. Avant d’être combattantes et séductrices, à peu près 80% d’entre les femmes se sont fait avoir de la sorte. Qui par leur premier petit copain qui a fini, une fois l’affaire faite, avec leur pire ennemie du lycée. Qui, étudiantes ou jeunes travailleuses, par un mec marié enlevait leur alliance en leur présence. Bref, comment refaire confiance à un mec après ça ?

Patricia Kaas, Je voudrais la connaître

La position de cocu(e) peut parfois générer une curiosité malsaine. Puisque désormais, être soi ne suffit plus à conquérir et garder l’être aimé, savoir ce que l’autre a de plus que soi peut parfois s’avérer obsessionnel au point de le/la désirer soi-même. On se plaît à avoir mal, on se surprend à vouloir prendre son conjoint en faute avec elle… A l’extrême, ce sentiment peut générer une grande pulsion érotique, et c’est ce qu’on appelle le candaulisme.

Jeanne Cherhal, Un couple normal

La situation la plus dure, c’est quand on se retrouve sciemment dans le rôle de maîtresse en espérant qu’il va quitter sa femme et qu’on se retrouve à attendre un mec qui finira par faire un troisième à la femme dont il jurait qu’il ne touchait plus le corps. Dans ce cas, il est nécessaire de quitter le bonhomme avant de se faire vraiment du mal au point de ne plus se respecter.

Serge Lama, Les petites femmes de Pigalle

Je me fais tromper ? So what ? Autant en profiter, moi aussi ! Certes, ce point de vue n’est pas partagé par beaucoup de personnes trompées et on peut également regretter cette vengeance malvenue. Mais si Serge nous dit qu’il est cocu mais content, c’est qu’il a pas mal travaillé sur lui-même pour transformer cette crise d’ego en fête du slip.

Je t’aime, oui mais…

Rester en couple avec quelqu’un n’est pas facile, et il arrive que l’usure arrive plus vite que l’on ne pense. On pensait ne pouvoir chérir qu’une seule personne à la fois, et on se retrouve du jour au lendemain dans le lit d’un autre. Là encore, les réactions sont diverses, entre la flatterie de l’ego et la culpabilité.

Rihanna, Unfaithful

Dans cette chanson, nous sommes typiquement dans la culpabilité que provoque l’infidélité. L’autre sait que tu vas voir ailleurs, mais fait comme si de rien n’était, car il t’aime et est persuadé que tu l’aimes encore. La personne infidèle s’en veut donc de trahir cette confiance absolue, mais elle est persuadée qu’elle ne peut pas s’en empêcher. Quelle belle situation perverse en perspective…

Shaggy, It Wasn’t Me

Oooooh, la belle réaction de fumiste du mec qui se fait prendre en flagrant délit et qui ose dire : C’est pas moi, c’est mon jumeau/un mec qui me ressemble/Dominique Strauss-Kahn avec cette meuf… Ceci est peut-être l’un des pires clichés véhiculés sur les hommes : non seulement ils ne savent pas tenir leur bite, mais en plus, ils n’assument même pas leurs actes.

Brigitte Bardot, Ciel de lit

Pour avoir beaucoup discuté du polyamour à une certaine époque avec certaines personnes, même si être en couple avec le Chevalier est un boulot à plein temps, prendre un amant pour le jour et garder le mari pour la nuit peut paraître tentant, mais j’aurais peur de me lasser de ce schéma. Si ça se trouve, c’est peut-être parce que je suis encore un peu verte en amour, ou au contraire trop vieille. Ou alors, c’est vraiment que ce n’est pas mon truc.

Serge Gainsbourg, La femme des uns sous le corps des autres

Les hommes aiment bien les femmes infidèles… sauf quand c’est la leur. Encore un bel apanage de la virilité mal placée que ce besoin de posséder une femme, puis d’autres (même si manifestement, elles sont déjà « possédées » par d’autres).

Hélène Rollès, Amour secret

Rhôa ça va ! On a le droit d’être infidèle ET cucul, comme nous le prouve Hélène Rollès. Cela me rappelle un Toute une histoire récent (ma vie de chômeuse est pas-sion-nante !) sur les hommes amants de femmes mariés et qui étaient, pour le coup, vraiment niais pour certains. Car il ne faut pas oublier que, derrière l’infidélité, il ne se cache pas que des coups de bite à répétition.

Bien que je vous ai parlé d’infidélité et de ses avatars musicaux, je voudrais malgré tout rassurer le Chevalier : ceci est une commande d’écriture et ne reflète en aucune manière mon avis actuel, wokay ? Coucouche panier, mon cœur.

Diana Krall – Wallflower

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dianakrallwallflowerportadaLa rédaction de Ladies Room m’a envoyé l’album de Diana Krall, Wallflower, sorti le 2 février 2015. Je les en remercie.

Encore merci à Ladies Room de m’avoir envoyé un disque d’une de mes artistes préférées de smooth jazz en écoute. Je l’avais découverte avec The Look of Love, et depuis, mon amour pour elle n’a jamais souffert d’une quelconque déception : quand je décide de m’intéresser à une de ses œuvres, je suis toujours ravie.

Cet hiver 2015, après une pneumonie qui a repoussé à la fois la sortie de l’album (prévue au départ le 9 septembre 2014) et la tournée qui s’en suit, Diana Krall nous présente donc son album Wallflower. N’ayant pu assister au concert privé qu’elle donnait ce mardi 10 février à Paris, mon lot de consolation sera donc de vous chroniquer cet album de reprises qui contient ses petits ratés, mais dans l’ensemble assez bien construit.

Mon humble avis

Comme, finalement, cet album me paraît extrêmement riche et disparate, je vais vous faire un petit point chanson par chanson.

California Dreaming (The Mamas & The Papas) : Pour commencer l’album, on a droit à une reprise très aseptisée, où j’ai l’impression que la voix est autotunée à l’extrême et que la session rythmique en mode bossa nova molle est faite au Bontempi. Même l’orchestre de cordes ne sauve pas la mise. Ca ne se fait tellement pas, d’ouvrir un album comme ça. J’ai dû me faire violence pour avoir envie d’écouter.

Desperado (The Eagles) : Là, on commence à revoir ce qui fait l’identité musicale de Diana Krall : un piano-voix avec un orchestre de cordes discret et une mélodie accrocheuse.

Superstar (The Carpenters) : Ça fond parfaitement dans mes oreilles. L’orchestration est au top, la mélodie est parfaite.

Alone Again (Naturally) (Gilbert O’Sullivan) : J’ai un souci majeur sur cette chanson. En effet, je n’apprécie pas au départ Michael Bublé, car je considère qu’il a perverti le jazz vocal en collant une voix limitée à un style de crooner. Sorti de cet énervement de départ, en dépit d’une impression d’un excès d’autotune, j’ai trouvé la chanson plutôt bien construite par rapport à la version de départ qui était vraiment tarte.

Wallflower  (Bob Dylan) : Cette participation du guitariste Blake Mills à la slide est de très bon aloi. La chanson est mélancolique, mais très bien construite. Et surtout, elle donne une certaine forme de douceur à une chanson de Dylan qui en demandait beaucoup.

If I Take You Home Tonight : Voici la seule chanson composée par Diana Krall. Je suis très touchée par la mélodie et l’orchestration, car ce genre de composition me sert d’inspiration pour les miennes. C’est mélancolique, c’est très beau et ça devrait encourager Diana Krall à composer davantage, tant elle est douée.

 I Can’t Tell You Why (The Eagles) : Décidément, dès lors qu’elle veut se lancer dans la bossa nova, ça a tendance à tomber à plat. Cette reprise est lourde, surorchestrée, et puis ces chœurs qui ne servent à rien, c’est insupportable.

Sorry Seems To Be The Hardest Word (Elton John) : Au départ, je suis très critique envers n’importe quelle reprise de cette chanson, étant donné que c’est ma chanson préférée d’Elton John et qu’elle est juste parfaite sous cette forme. Reprise par Diana Krall, c’est d’une telle platitude sans nom que je saigne des oreilles. Limite, elle me ferait presque regretter la version de Blue, et croyez-moi, ce n’est pas un compliment.

Operator (Jim Croce) : Cette chanson est la seule de l’album où je me retrouve avec des sentiments mêlés. Je ne sais pas si j’aime ou pas. Peut-être que l’orchestration est trop pop pour mon esprit formaté smooth jazz depuis le début de l’écoute de l’album.

I’m Not In Love  (10 CC) : Quand on reprend I’m Not In Love, il se peut qu’on tombe facilement dans la facilité, tant, bien que cette chanson ait des qualités non négligeables, la mélodie peut sembler plate. Ici, l’orchestration est correcte, l’intention est bonne. Ce n’est pas la meilleure chanson de l’album, mais elle se laisse écouter sans énervement, contrairement à d’autres.

Feels Like Home (Chantal Kreviazuk) : La participation de Bryan Adams me fait particulièrement plaisir, et c’est peut-être ce qui a influencé mon avis sur la chanson. Alors que la chanson de départ est très country-tarte, cette version tire vers des sonorités un peu plus classes, qui vont du blues à l’americana. La preuve que cette mélodie et cette orchestration sont accrocheuses : je me suis mise à chanter spontanément dès la première écoute, et je continue à chanter en rédigeant cet article.

Don’t Dream It’s Over (Crowded House) : Pour finir cet album, Diana Krall a décidé de faire une reprise super efficace d’un vieux tube des années 1980 (sur laquelle j’ai aussi chanté spontanément). Alors que la chanson de départ a fini par être morte par excès de kitscherie, la chanteuse réussit à lui redonner des lettres de noblesse par une orchestration dont elle seule connaît le secret.

Bilan

Un album assez inégal, donc, où la différence entre les chansons semble être mue par l’intention mise par Diana Krall dans l’interprétation d’icelles et par des choix d’orchestration plus ou moins adéquats. Malgré tout, quand les chansons sont bonnes, elles sont juste parfaites, tandis que les chansons moins bonnes ne sont pas non plus catastrophiques. Cela reste quand même un album que je conseillerais pour une introduction en douceur au smooth jazz et au jazz vocal, afin d’en voir toute la diversité.

Song’s Story’A #9 : Tomorrow Never Knows

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beatles-revolverPour ce nouvel épisode de Song’s Story’A, je vais vous parler d’une des chansons les plus marquantes de la période psychédélique anglaise qui résulta du Swinging London. Dernier titre du septième album des Beatles, Revolver, qui marque déjà une rupture avec un style plutôt « propre » adopté depuis le début par le groupe, Tomorrow Never Knows est à ce titre extrêmement mythique, tant par la structure atypique que par le contexte de création du titre.

Je vous propose l’écoute de la version originale en deux versions.

La version mono – version originale –, plébiscitée par le Chevalier, mais pas par moi. Pourquoi ? En tant qu’autiste et hyperacousique*, le côté bloc monolithique de tout ce déferlement de son a tendance à me taper sur le système.

*Ceci veut dire que mon oreille interne amplifie la plupart des sons. C’est pour cette raison que j’entends encore des ultrasons, bien que j’aie plus de 25 ans. Le Chevalier me précise également que les versions mono contiennent également une quantité non négligeable d’infrabasses. Ceci explique mon malaise à l’écoute.

Et donc la version stéréo – version mixée avec les pistes de départ –, aux sonorités amplifiées et diffuses. Cette version m’est plus agréable, parce que je n’ai pas l’impression de me prendre toutes les subtilités sonores comme un coup de poing dans la gueule.

Enfin, voici les paroles, pour le moins énigmatique aux esprits les moins avertis.

Turn off your mind, relax and float down stream…
It is not dying, it is not dying…

Lay down all thought surrender to the void…
It is shining, it is shining…

That you may see the meaning of within…
It is being, it is being

That love is all and love is everyone…
It is knowing, it is knowing…

That ignorance and hate may mourn the dead
It is believing, it is believing…

But listen to the color of your dreams
It is not living, it is not living…

Or play the game existence to the end
Of the beginning (ad lib)…

Bref, voici donc une chanson qui mérite une explication de texte un petit peu plus poussée que les autres épisodes de la série.

Contexte de création

John Lennon, en 1966, consomme du LSD depuis deux ans. En parallèle, il lit l’ouvrage des psychologues Timothy Leary, Richard Alpert et Ralph Metzner, The Psychedelic Experience, qui se veut être une adaptation occidentale du Livre des Morts tibétain et également une préparation spirituelle à l’absorption de drogues. Kamoulox. En parallèle encore, George Harrison s’intéresse de près aux musiques indiennes et aux spiritualités orientales, ce qui explique la présence omniprésente du sitar dans tous les albums des Beatles post-Revolver.

Quand les quatre larrons retournent en studio en avril 1966, ils n’ont rien enregistré depuis novembre 1965, et reviennent de quelques semaines de vacances après des tournées un peu mouvementées. C’est la première fois que le groupe fait une pause aussi longue dans sa carrière, et cela va changer la vision artistique et créative du groupe. On passe d’un Rubber Soul encore très propre à des trucs de tarés, où, selon moi, les Beatles puisent leur vérité (le summum selon moi étant les démos d’Esher, en mai 1968, qui furent enregistrées en préambule de l’album blanc et qui auraient très bien pu le surpasser avec un enregistrement professionnel).

Les étapes de création

Il faut savoir que la vision sous acide de John Lennon n’est pas sortie d’un bloc. Il a fallu plusieurs strates et plusieurs personnes pour connaître la version que l’on connaît actuellement.

La première version posée par Lennon sur sa guitare pourrait ressembler à ceci. Précision : c’est une cover, donc ceci est bien une approximation et, je dirais même, la vidéo que je poste est peut-être une pure foutaise. Si c’est le cas, je suis disposée à le reconnaître.

Après moult réunions préliminaires chez George Martin, il est admis que la chanson se déroulerait sur un seul accord de guitare (le Do majeur) et sur diverses expérimentations de bidouillage sonore, soit du fait de Lennon (les guitares en backwards) lui-même, soit du fait de Paul McCartney (les « cris de mouette »), soit du jeune ingénieur du son Geoff Emerick, qui avait à l’époque 20 ans. C’est grâce à lui qu’a été fait le travail sur la voix et la batterie (qui donne l’impression d’être backmashée). Mais entre la première prise le 6 avril 1966 et le mix final le lendemain, il s’est passé beaucoup de choses. Pour s’en apercevoir, voici la prise une de la chanson :

Oui, je sais, c’est moche.

Pour obtenir le résultat final, il a fallu :

  • Travailler sur place les effets sonores. La batterie a été travaillée avec un limiteur Fairchild, sauf la caisse claire qui est amplifiée différemment. D’ailleurs, si cela n’avait pas été amplifié de la sorte, cela aura résulté à la tournerie utilisée par le fils de Ringo Starr, alias Zak Starkey, sur la chanson Falling Down du groupe Oasis.
  • Enregistrer certains instruments isolément (les guitares, notamment), les backmasher et les accélérer si besoin est. L’effet « cris de mouette » proposé par McCartney est notamment fait avec des voix criées, inversées puis accélérées.

Maintenant qu’on a bien analysé toute la chanson, voyons les réinterprétations.

La new-wave : Phil Collins, 1981

Bizarrement, bien qu’une quinzaine d’années aient passé et que les bidouillages sonores soient devenus légion, Phil Collins a décidé de reprendre les éléments qui ont fait le charme de la version originale. Sauf qu’il a décidé de prendre une batterie très planante et des claviers hypnotiques, tout en intégrant des petits « sursauts » sonores pour éviter qu’on s’endorme totalement. Résultat : si Lennon avait pris de la beuh, c’est ce qui aurait résulté de son trip.

La version des héritiers : Noel Gallagher (Oasis), Johnny Marr (The Smiths), Kelly Jones (Stereophonics) et Cornershop, 1998

On a là beaucoup de musiciens britanniques qui officient depuis les années 1980 et 1990 et qui se réclament des Beatles. Que font-ils ? Etant donné que Cornershop s’est fait connaître en mêlant brit-pop et influences indiennes traditionnelles, ce super-groupe a décidé de prendre le contrepied de la base rock. Résultat : une chanson folk, planante et respectant une certaine idée de l’inspiration indienne telle qu’on se la faisait dans les années 1960. Une réussite.

La version contemporaine : Alison Mosshart, 2010

La chanteuse de The Kills, mais aussi de The Dead Weather, entre autres collaborations et projets personnels, a fait une version très rock et glamour pour la bande originale du film Sucker Punch (2010). Le résultat reprend la rythmique hypnotique de Ringo Starr, mais intègre une orchestration rageuse et des violons qui réinterprètent de manière baroque l’aspect planant de la chanson.

Bonus Track : The Chemical Brothers feat. Noel Gallagher, Setting Sun, 1997

Déjà, ce qui saute à l’oreille, c’est la tournerie de batterie reprise pleine balle. Ensuite, les larrons de Manchester ont décidé de reprendre la structure mono-mélodique de la chanson de départ pour faire un remix d’un titre écrit par Noel Gallagher dès 1992.

A bientôt pour de nouvelles aventures musicales…

F.B.I. (Fausses bonnes idées)

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Bazooka-YelleIl y a des chansons dont on se dit que la version originale souffre d’une lacune, dont on ne s’aperçoit pas tout de suite. Il suffit parfois d’un seul changement pour se dire Oh putain, mais bien sûr ! Cela peut s’avérer être un changement de voix, d’orchestration, ou bien même de vitesse d’exécution de la chanson. Il y a également des personnages qui, on ne sait pourquoi, ont voulu se mettre à la chanson, mais là aussi, cela n’a pas été la meilleure idée qu’ils aient eu dans leur vie. Aujourd’hui, nous allons donc pencher sur ces deux avatars de choses qui n’ont rien à voir, mais qui, au final, arrivent au même point.

Essaie encore

Dans le cadre de ces chansons, les versions originales sont pas mal, mais sans plus. Et tout à coup, une erreur de manipulation ou un autre interprète peuvent magnifier ces chansons, si bien qu’on souhaite en oublier la version originale.

1 – Paul McCartney, Hot as Sun (1970)

Nous sommes à la fin des Beatles, et Paul McCartney décide d’enregistrer chez lui, avec sa femme, son premier album éponyme. Pour cela, il ressort des cartons de vieilles compositions, qui dataient parfois de la période des Quarrymen (groupe qui s’est avéré être la proto-formation des Beatles). Au milieu de l’album, il y a ce morceau instrumental, dont plusieurs résidus existent sur Youtube avec des paroles, preuve qu’il voulait soumettre cette composition aux autres membres du groupe pendant la session de Let it Be. Avouez quand même qu’à l’écoute, vous vous faites limite chier.

Un jour, un petit malin a décidé d’écouter le 33T avec sa platine en vitesse 45T, et ça donne ceci :

à savoir une putain de bonne chanson ska, tellement bonne qu’elle a été utilisée dans cette version comme générique de la troisième série sur Popeye entre 1978 et 1983. Seule explication : Paul McCartney ne connaissait pas le ska, et a voulu tellement en finir avec la période Beatles qu’il a fait un disque tout seul à l’arrache. McCartney n’est pas entièrement mauvais, puisqu’il contient cette merveille qu’est Maybe I’m Amazed, mais, quand on a écouté l’album dans son ensemble, globalement, on a connu Macca plus inspiré, même avec les Wings.

2 – Bob Dylan, All Along the Watchtower (1967)

Suite à son accident de moto en 1966, Bob Dylan réfléchit à sa vie et change peu à peu : durant sa convalescence naissent ses deux premiers enfants, il se replie sur lui-même et étudie la Bible. D’où beaucoup de textes qui ont pour référence les textes sacrés dans l’album John Wesley Harding, dont ce All Along the Watchtower. Ce n’est pas une mauvaise chanson de Dylan en soi, mais il a suffi l’année d’après qu’un mec enregistre Electric Ladyland pour balayer complètement cette version qui se trouve dès lors un peu molle.

Bob Dylan lui-même préfère rejouer la version de Jimi Hendrix sur scène à l’heure actuelle, tellement cette perfection de soul a complètement surclassée l’orchestration folk de départ.

J’aurais pu citer beaucoup de F.B.I. en termes de chansons originales :

  • With a Little Help From My Friends des Beatles (mais j’en ai déjà trop parlé)
  • I Shot the Sheriff de Bob Marley : si Eric Clapton n’avait pas fait son Hendrix dessus, jamais on n’aurait entendu parler de Marley ni même du reggae dans le monde occidental.
  • I Heard It Through the Grapevine de Gladys Knight and the Pips : si vous faites un sondage avec comme question : Qui a chanté la VO d’ « I Heard It Through the Grapevine » ?, tout le monde vous répondra : Marvin Gaye. Preuve que la Motown n’a pas eu le nez creux du premier coup.

Définitivement, abandonne.

On a beau avoir beaucoup de talent, quelquefois, pour montrer qu’on a surpasse les autres en talent, on a envie de se mettre à la chanson. F.B.I. : en définitive, non seulement ça s’avère être un échec, mais en plus, on gonfle davantage de monde ou on fait définitivement pitié.

1 – Mélanie Laurent, En t’attendant (2009)

Une des spécificités bien françaises est que, lorsqu’une actrice est beaucoup employée et qu’on parle beaucoup d’elle dans les média, elle se prend à croire qu’elle est aussi connue à l’international qu’une actrice hollywoodienne, alors que, si ça se trouve, au-delà des frontières françaises, les gens se demandent qui est cette connasse qui partage l’affiche avec Brad Pitt. Mélanie Laurent est de celles-ci : ayant un défaut de modestie depuis Inglorious Basterds, et sortant à l’époque avec Damien Rice (trop de hype), elle a décidé de sortir un album. Bien lui en a pris : elle se fait descendre en flèche par la presse musicale et se fait huer au Printemps de Bourges. L’honneur est sauf : elle a décidé qu’elle ne ferait pas de deuxième album (et en plus, elle s’est séparée de Damien Rice, dont la côte ne montait pas assez à son goût).

2 – Paris Hilton, Stars are Blind (2006)

Vaguement chanteuse, comme vaguement DJ, actrice, mannequin, star du X, whatever, Paris Hilton est symptomatique de ces héritiers qui s’emmerdent tellement dans leur vie qu’ils ne savent pas quoi faire. Plus appréciée pour son apologie du vide que pour les divers talents dont elle essaie de faire preuve, Paris a beau avoir eu un succès mitigé – en même temps, je ne dénonce pas, mais la mère de ma meilleure amie se l’ait procuré –, elle persiste et signe avec plusieurs singles sortis en 2013 et 2014, ainsi qu’un album promis en 2015. Holy shit.

3 – Christophe Hondelatte, Dr House (2011)

En dehors de ce véritable pétage de plombs qu’est sa carrière dans la chanson, il faut savoir que l’ancien présentateur de Faites entrer l’accuser qui sommait son auditorat de garder la pêche au journal de 13h est aussi violoncelliste de formation, avait déjà joué des concerts et produit des artistes issus de la Nouvelle Star avant de sortir ce premier album au nom très évocateur : (Ou pas). Mais ce Dr House même désavoué par Hugh Laurie lui-même n’est rien à côté de Cybernight où on ne ressent même plus de la moquerie, mais du malaise. S’il te plaît, Christophe, tiens-t’en à faire ton sous-Bellemare avec les histoires les plus glauques de France, tu es tellement meilleur dans cet exercice.

En général, les F.B.I. en ce qui concerne les chansons ne sont pas catastrophiques, contrairement aux F.B.I concernant les artistes. Car une chanson peut toujours s’améliorer…

 

Inspiration day #2 : 10 chansons… aux références littéraires

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euterpeIl est un sujet qui me tient beaucoup à cœur, étant donné mon référencement naturel, mais qui demandait en vérité beaucoup de travail de recherche : l’utilisation dans la musique contemporaine des éléments de la littérature.

Il est évident que certains poèmes sont amenés à devenir des chansons – et nous le verrons par la suite. Mais il est des œuvres – ou des auteurs – dont l’interprétation en musique s’avère surprenante. Faisons ensemble ce petit tour d’horizon.

Arthur Rimbaud, Le dormeur du val (1870)

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Ce poème a été écrit lorsque l’auteur avait encore 16 ans. Il vivait encore à Charleville-Mézières et était donc aux premières loges du conflit franco-prussien qui vit la capitulation et l’emprisonnement à Sedan de l’empereur Napoléon III, bien qu’il soit possible qu’il n’ait jamais assisté à une scène de la sorte. La dichotomie entre la nature paisible et accueillante et la froide réalité décrite dans le dernier vers vient au bout d’une progression lancinante. Par la suite, ce poème a été utilisé à des fins antimilitaristes.

L’œuvre musicale : Sapho, Le dormeur du val (1983)

Quand je parlais d’utilisation à des fins antimilitaristes, c’est que Serge Reggiani a intégré la récitation du poème à sa reprise du Déserteur de Boris Vian. Il paraît également que Jean-Louis Aubert a fait une adaptation du texte, mais je n’ai pas pu vous retrouver la référence vidéo (mais l’adaptation date de 2009). Je vous présente donc la version gothique et exaltée de Sapho, extraite de l’album Barbarie. On peut remarquer, outre une orchestration new-wave de bon ton à l’époque, une dimension théâtrale dans l’interprétation qui surpasse un peu toute notion de mélodie. J’avoue, ça me fout les jetons.

*

Joachim du Bellay, Les Regrets, XXXI (1558)

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d’usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

 

Quand reverrai-je, hélas! De mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

 

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,

Que des palais romains le front audacieux ;

Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

 

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l’air marin la douceur angevine.

Ce sonnet est intégré dans l’œuvre la plus connue d’un des compagnons de route de Pierre de Ronsard, où il relate, après son voyage de quatre ans à Rome, l’amour de son pays natal. Il reprend pour cela la figure d’Ulysse, personnage de la mythologie grecque popularisé par l’Odyssée d’Homère.

L’œuvre musicale : Ridan, Ulysse (2007)

Il y eut un précédent avec Heureux qui comme Ulysse de Georges Brassens, dont l’adaptation du texte original est beaucoup plus libre que celle adoptée par Ridan. Issue de L’ange de mon démon, cette chanson marque la rupture de l’artiste avec ses idées les plus riot. Le 3e couplet a été écrit par le chanteur qui perpétue le mythe odysséen.

 *

Le Cantique des Cantiques (Xe siècle avant Jésus-Christ)

Le livre le plus érotique (voui) de la Bible est l’extrait biblique qui est désormais le plus lu dans les mariages religieux catholiques, notamment le chapitre 2 :

La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient… Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines, mon bien-aimé, pareil à la gazelle, au faon de la biche. Le voici, c’est lui qui se tient derrière notre mur : il regarde aux fenêtres, guette par le treillage. Il parle, mon bien-aimé, il me dit : […]

Lève-toi, mon amie, ma gracieuse, et viens… Ma colombe, dans les fentes du rocher, dans les retraites escarpées, que je voie ton visage, que j’entende ta voix ! Ta voix est douce, et ton visage, charmant. […]

Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui qui mène paître ses brebis parmi les lis.

Personnellement, je trouve cet extrait du chapitre 2 un peu cucul. Genre comme si, le jour du mariage, on en était encore avec l’amour qui fait bondir les cabris.

L’œuvre musicale : Alain Bashung et Chloé Mons, Cantique des Cantiques (2002)

Suite à leur mariage en 2001, Alain Bashung et Chloé Mons ont demandé à l’écrivain Olivier Cadiot de faire une traduction personnelle du Cantique des Cantiques. Ils ont ainsi déclamé le contenu entier du livre – qui consiste en un dialogue entre deux amants, ou entre le roi Salomon et la religion personnifiée en femme, c’est selon – sur une musique de Rodolphe Burger. C’est méditatif, et si j’avais 27 minutes à y consacrer pendant ma cérémonie de mariage, je pense qu’elle se serait réduite à l’écoute de ce beau dialogue.

 *

Guillaume Apollinaire, Le pont Mirabeau (1912)

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Ce qui est formidable avec la structure de ce poème, c’est qu’on s’aperçoit que Guillaume Apollinaire avait déjà pensé au fait qu’il en résulterait une chanson. Composé en février 1912, il a été intégré dans la revue Les soirées à Paris, avant de rejoindre le recueil Alcools (1913). D’ailleurs, le texte a été gravé sur une plaque et accolé audit pont Mirabeau (Paris).

L’œuvre musicale : Marc Lavoine, Le pont Mirabeau (2001)

Le poème a connu beaucoup de versions et d’interprètes. La version la plus prolifique est celle de Léo Ferré, qui a connu des interprétations d’Anne Sofie von Otter et Yvette Giraud. La version la plus récente ouvre le huitième album éponyme du chanteur charmeur, qui contient de nouvelles versions de ses chansons et des duos avec diverses artistes féminines.

*

Le psaume 136/137 (date inconnue, mais étant donné les faits relatés, pas avant le VIe siècle avant Jésus-Christ)

Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, + nous souvenant de Sion ; *

aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.

C’est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, + et nos bourreaux, des airs joyeux : * « Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. »

Comment chanterions-nous un chant du Seigneur + sur une terre étrangère ? *

Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie !

Je veux que ma langue s’attache à mon palais + si je perds ton souvenir, * si je n’élève Jérusalem, au sommet de ma joie.

[Souviens-toi, Seigneur, des fils du pays d’Édom, + et de ce jour à Jérusalem * où ils criaient : « Détruisez-la, détruisez-la de fond en comble ! »

O Babylone misérable, + heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus ; *

heureux qui saisira tes enfants, pour les briser contre le roc !]

Ce psaume est le seul qui évoque la déportation à Babylone du peuple juif. On y évoque à la fois le souvenir de Sion, c’est-à-dire Jérusalem, le calvaire des Juifs et la vengeance évoquée envers Babylone. Cette élégie funèbre où la prière est absente a différents usages liturgiques dans les religions juive et chrétienne.

L’œuvre musicale : Boney M, Rivers of Babylon (1978)

À l’origine est un cantique utilisé par la communauté rastafari, utilisant les quatre premiers versets du psaume. S’il a été intégré à la culture populaire par les Melodians en 1969, cette version de 1978 est de loin la plus connue. À ce titre, lorsque je me suis aperçue par hasard de la référence en lisant Prions en Eglise, j’ai éclaté de rire. Depuis, je fais profiter de l’anecdote à tout le monde en apportant la preuve de ce que j’avance, et, du fait, de la totale dichotomie entre l’aspect dansant du morceau et l’évocation de départ. Petite anecdote pour finir : la thématique du psaume 136/137 se retrouve dans le chant des esclaves de Nabucco (Giuseppe Verdi).

*

Albert Camus, L’Étranger (1942)

Un jour, Meursault, vivant en Algérie française, apprend dans un télégramme que sa mère est décédée. Il assiste à son enterrement sans jouer la comédie du fils éploré. Après l’enterrement, il part nager et rencontre son ancienne collègue Marie. Ils décident d’aller voir un film et de passer la nuit ensemble. Le lendemain, Raymond, le voisin de Meursault, lui demande un témoignage écrit pour dénigrer sa maitresse, qu’il passera à tabac une semaine plus tard. La police étant intervenue et ayant embarqué Raymond, il cite Meursault comme témoin de moralité et se fait libérer. À sa libération, il invite Meursault et Marie dans un cabanon au bord de la plage. Là, ils rencontrent un groupe d’Arabes dans lequel est inclus le frère de la maîtresse de Raymond, qui blesse celui-ci au visage. Plus tard dans l’après-midi, une autre confrontation a lieu, dans laquelle Meursault tue un des membres de la bande et se fait arrêter.

Ce roman est tiré de la quadrilogie de l’absurde d’Albert Camus, évoquant le Mythe de Sisyphe. Il connut un succès retentissant au point d’être traduit dans plusieurs langues et d’être reconnu comme étant l’un des livres les plus influents du XXe siècle. Outre diverses adaptations au théâtre et au cinéma, le journaliste algérien Kamel Daoud décida en 2013 de s’inspirer du roman pour écrire Meursault, contre-enquête, basé sur le point de vue du frère de l’Arabe tué.

L’œuvre musicale : The Cure, Killing an Arab (1978)

Premier single du groupe, qui fut intégré par la suite à Boys don’t cry (1980), Robert Smith a clamé depuis sa création qu’il voulait synthétiser l’Étranger d’Albert Camus en une chanson. De fait, il refuse qu’elle soit passée en radio ou interprétée sous cette forme depuis la première guerre du Golfe (1990-1991), par peur de contresens et d’incitation à la haine raciale. C’est en effet à ce but qu’elle est diffusée aux Etats-Unis durant cette période et que le Front national britannique l’utilisa à but de propagande dans les années 1980. Au départ, le single était distribué aux média avec un exemplaire de l’Étranger. De guerre lasse, le groupe préfère jouer sur les paroles : Kissing an Arab, Killing an Englishman ou Killing Another, telle est désormais interprété le titre.

*

William Shakespeare, Roméo et Juliette (entre 1591 et 1595)

Vous ferais-je l’affront de rappeler le pitch de cette pièce de théâtre dont le contenu est connu de tous ? L’histoire de cet amour impossible entre deux enfants de clans ennemis a été à la fois inspirée par toute une littérature qui peut remonter à l’Antiquité (on pense notamment aux Métamorphoses d’Ovide ou à l’Ephesiaca de Xénophon), mais tant les protagonistes que le motif de la pièce se retrouvent dans la littérature italienne dès la Divine Comédie de Dante Alighieri. La forme la plus aboutie de ce qui aurait servi à écrire la pièce est le Giulietta e Romeo de Mathieu Bandello (1554), lequel aurait été traduit en français, puis en anglais avec The Tragical History of Romeus & Juliet d’Arthur Brooke (1562).

Par la suite, cette pièce de théâtre deviendra l’un des plus grands motifs de création, que ce soit en musique, au théâtre ou au cinéma. Ne citons ne serait-ce que West Side Story (1957), comédie musicale de Leonard Bernstein qui fut adaptée au cinéma en 1961, l’opéra de Gounod, le ballet de Prokofiev, ou, plus honteux, les comédies musicales de Gérard Presgurvic et de Richard Cocciante, ainsi que l’adaptation cinématographique de Baz Luhrmann (avouez qu’il était trop beau, Léo di Caprio, à l’époque).

L’œuvre musicale : Dire Straits, Romeo & Juliet (1980)

Ouais, bon, c’est une version de 2007 que je vous sers, mais c’est ma version préférée de la chanson, respectez, zut ! Je disais donc : tiré de l’album Making Movies (1980), cette interprétation moderne et subtile du motif théâtral popularisé par William Shakespeare aurait été ma marche nuptiale si le Chevalier n’avait pas mis son grain de sel.

*

Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray (1890)

Unique roman d’Oscar Wilde, il raconte la vie de Dorian, un jeune homme qui se laisse corrompre par l’idéal de jeunesse et de beauté de Lord Henry, ami d’un peintre reconnu qui a fait le portrait dudit jeune homme. Un jour, Dorian, jaloux de son portrait, en vient à souhaiter qu’il vieillisse à sa place. Il tombe alors amoureux d’une comédienne dont le jeu se détériore avec l’amour qu’elle lui porte. Humilié, Dorian la quitte. En rentrant chez lui, il remarque sur le portrait une expression de cruauté qu’il ne lui connaissait pas. Il s’aperçoit alors que son vœu s’est réalisé et que son portrait va catalyser tant ses rides que les travers de son âme. A mesure qu’il s’enfonce dans la débauche, son visage ne porte aucun signe de vieillissement, mais son portrait s’enlaidit. Sur la fin, ayant développé une haine contre lui-même, il porte un coup de couteau au portrait, ce qui a pour conséquence de le tuer tout en lui rendant son aspect « normal ».

Le roman connut une quinzaine d’adaptations cinématographiques ou télévisuelles, ainsi que plusieurs adaptations théâtrales de Jean Cocteau. En littérature, outre divers romans et bandes dessinées inspirés directement de l’œuvre d’Oscar Wilde, on reconnait le même motif dans Le portrait de Nicolas Gogol, Le portrait ovale d’Edgar Allan Poe, ainsi que dans une nouvelle tirée des Ailes du Diable d’Henri Troyat.

L’œuvre musicale : The Smiths, Cemetery Gates (1986)

La chanson, incluse dans l’album The Queen is Dead, rendent hommage à l’œuvre par ces paroles du refrain :

A dreaded sunny day

So let’s go where we’re wanted

And I meet you at the cemetery gates

Keats and Yeats are on your side

But you lose because Wilde is on mine.

*

Michel Houellebecq, La possibilité d’une île (2005)

Quatrième roman de l’auteur, il a pour thématique la critique des relations hommes-femmes dans la société contemporaine sur fond de clonage et de société sectaire. Dit comme ça, et connaissant Michel Houellebecq, ça a l’air peu ragoutant. Je vais quand même essayer d’en faire un résumé : Daniel1 (première incarnation d’un certain Daniel, je vous rappelle, clonage, toussa), comique vivant au début du XXIe siècle et en proie à des déboires sentimentaux, il rêve avant de se suicider de la possibilité d’une île. Cette île, il la trouve avec les Elohimites – versant romancé des Raeliens –, secte scientifique qui expérimente le clonage en attendant d’accueillir les Elohims, extraterrestres qui sont censés avoir créé l’humanité…

Ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas compris. Moi-même, l’ayant lu pas longtemps après sa sortie, je n’avais moi-même pas compris (alors qu’à l’époque, lire du Bernard Werber ne me faisait pas peur).

L’œuvre musicale : Iggy Pop, A Machine for Loving (2009)

Comment monsieur l’Iguane est non seulement cultivé, mais aussi francophile, il a décidé de lire La possibilité d’une île et d’en faire un album, Préliminaires, dans lequel sont aussi incluses des reprises des Feuilles mortes et de Insensatez de Tom Jobim. Le résultat est plutôt pas mal, assez classe, avec des paroles aussi obscures que le roman.

 *

Salman Rushdie, La terre sous ses pieds (1999)

L’auteur indien des Versets Sataniques n’a pas fait que des écrits qui sont censés mériter une fatwa. Il a aussi, comme ici, relaté l’influence du rock’n’roll américain en Inde tout en revisitant de la sorte le mythe grec d’Orphée qui se situe donc dans une Inde parallèle des années 1950 aux années 1990. Je ne connaissais pas cet ouvrage avant de mener mon enquête, mais j’ai soudain très envie de le lire.

L’œuvre musicale : U2, The Ground Beneath her Feets (2000)

Utilisée pour la bande originale du film The Million Dollar Hotel, cette chanson crédite Salman Rushdie comme auteur, étant donné que Bono a décidé de composer cette chanson après avoir lu La terre sous ses pieds et a décidé d’en faire l’adaptation du chant funèbre que chante le héros à sa défunte compagne. Selon le témoignage du Chevalier, The Million Dollar Hotel est tellement chiant qu’on ne s’aperçoit même pas du cameo de Bono dans le film.

*

J’aurais pu citer d’autres œuvres (I am the Walrus des Beatles qui reprend Le Chat Noir d’Edgar Allan Poe, Du côté de chez Swann de Dave qui fait une salade de fruits d’A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, Indochine et ses diverses allusions à J.D. Salinger ou au marquis de Sade, voire à Bob Morane…), mais cela aurait été trop long. Bonne lecture, bonne écoute.

Inspiration day #1 : 2014, suite et fin

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euterpeNous sommes aujourd’hui le vendredi 2 janvier 2015, et il se trouve qu’Euterpê m’inspire beaucoup aujourd’hui, lorsqu’elle me laissa parfois démunie durant l’année 2014. C’est pour cette raison que je vais faire poster aujourd’hui non pas un, mais deux articles.

Je me suis aperçue dans un premier temps que mon bilan de 2014 n’était pas exhaustif, bien qu’il soit déjà très rempli. Même si j’ai acheté beaucoup moins de CD et que je suis allée à moins de concerts qu’à l’accoutumée, cela ne veut pas dire pour autant qu’elle a été nulle sur le plan musical. Sur ce plan, je peux dire que Spotify a été mon ami quand, en voiture, je me lassais d’écouter Oüi, RFM ou Nova. Voici ma petite sélection d’artistes qui, selon moi, ont marqué 2014.

Milky Chance, Stolen Dance

Evacuons tout de suite ce groupe allemand à l’apparence faussement cool et aux beats wankelmutiens si mous, parce que je sais que, passé octobre 2014, vous avez préféré occulter le fait que vous l’avez écouté jusqu’une trentaine de fois par jour. Cela fait parti des « tubes de l’été » dont les radios étaient persuadées qu’en les passant en boucle, elles récupéreraient de l’audimat. Sauf que les gens, à force d’écouter Stolen Dance partout, ont fini par télécharger de la musique en stream pour éviter de subir cela à longueur de temps. Des méfaits de la rotation lourde en programmation…

Jamie N Commons, Rumble and Sway

Petite rythmique jazzy, voix rauque à souhait, petite mélodie sympa, bref, ça a fait partie de mes petites fraîcheurs de 2014. Surprise, c’est encore un Anglais de moins de 30 ans – et vous verrez que dans cette liste, vous en aurez beaucoup. Rumble and Sway est tiré de son second album qui est sorti en Angleterre en 2013. Si vous avez envie d’en savoir plus, sachez qu’il a fait cette année 2014 une reprise de Immigrant Song de Led Zeppelin pour la quatrième saison de Game of Thrones.

George Ezra, Budapest

Il est Anglais, il a 21 ans et j’ai sérieusement cru que c’était un vieux bluesman du fin fond du Missouri qui sortait un truc un peu optimiste. Je ne sais vraiment pas ce qui se passe avec l’Angleterre pour qu’ils puissent sortir des mecs qui ont l’air de boyscouts et d’avoir plus de métier que Johnny Halliday. Même si cela a été consacré tube de l’été sur Oüi et que la programmation a failli m’en écœurer, j’espère que ce petit mec ira très loin dans le temps.

Nick Mulvey, Cucurucu

L’honneur est sauf : cet Anglais vient de fêter son trentième anniversaire et a l’air d’avoir largement plus de métier que les deux artistes précédemment présentés. En effet, avant de balancer des jolies chansons folk à écouter au bord de la plage, Nick Mulvey a surtout étudié la musique à la Havane – il est parti là-bas à 19 ans, pipou – et a fait partie d’un orchestre de jazz, le Portico Quartet, en tant que percussionniste. Tout de suite, ça place un homme.

Lana Del Rey, West Coast

Pour une chanteuse qui était censée en avoir fini avec sa carrière, je trouve que Lana Del Rey a quand même sous le pied. Mais ce hold up parfait qu’est Ultraviolence n’aurait pas été possible sans Dan Auerbach, producteur de talent, mais aussi membre des Black Keys – qui, au vu de la déception qu’est le nouvel album du groupe, aurait tout aussi bien fait de se concentrer dessus. Dans cette chanson, il y a tout ce que j’aime : de la guitare langoureuse, du beat sensuel et élaboré, de la désynchronisation réussie au refrain. Bref, c’est le morceau de 2014 avec The Chamber de Lenny Kravitz qui rendrait sexy Jean-Pierre Jouyet [Secrétaire général de la République Française, NDLR].

Au cas où vous douteriez de la sexyness du type...

Au cas où vous douteriez de la sexyness du type…

London Grammar, Strong

Encore des Anglais de moins de trente ans, mais cette fois, qui ne foutent pas une grande patate. Si on doit désigner de dignes héritiers à Frédéric Chopin et Léo Ferré en termes de musiques pour se pendre, je pense qu’on a trouvé une tribu de champions. Je pense également que, vu l’étendue de leur succès en 2014, beaucoup de personnes sur cette terre on vécu une année de merde.

Peter Peter, Beauté baroque

J’ai été séduite par l’apparente simplicité et la recherche esthétique de ce Canadien, seule sensation francophone de cette liste (et je m’en excuse). On dirait un avatar musical et apaisé de Xavier Dolan, tant il y a cette même recherche de beauté et de sentimentalisme sans mièvrerie dans leur expression artistique.

Hommage aux disparus

  • Joe Cocker: Le Chevalier m’a annoncé son décès alors que je conduisais. C’était dangereux, j’ai failli faire une sortie de route tant j’étais émue.
  • Fauve: Vieux Frères a prouvé qu’en fait, artistiquement, la blague était concise à l’année 2013.
  • Détroit: Bébert, tu partais sur de bonnes bases. Mais Pascal Humbert n’étant pas Serge Teyssot-Gay, vous n’auriez pas dû faire du sous-Noir Désir (en témoigne le gênant Dans le creux de ta main).
  • Pharell Williams: Because I’m Happyyyyyyyyy… VOS. P*TAIN. DE. GUEULES.
  • Joyce Jonathan : Souffrant de l’impopularité de François Hollande, la France s’est enfin aperçue qu’en fait, elle était fade comme une chanteuse de foire à la saucisse.

Et vous, quelles étaient vos sensations de 2014 ?

Mon année 2014 en musique

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90mmCette année, malheureusement, je n’ai pas beaucoup parlé de musique, malgré le fait que j’en ai beaucoup écouté, comme à l’accoutumée. Je me suis davantage livrée sur des sujets un peu plus personnels, comme un exutoire d’une année où j’ai vécu de multiples rebondissements émotionnels, dont deux cataclysmes – un deuil et la perte de mon emploi. J’ai donc dû m’éloigner de certaines choses pour éviter de crier de douleur à tort et à travers. A ce titre, avec l’union qui se prépare, je me souhaite une année 2015 un peu plus paisible sur le plan personnel.

Mon année 2014 en musique a été marquée encore une fois par la playlist de Oüi FM, même si elle se tourne désormais vers la pop et la soul. J’ai été aussi marquée par les exégèses faites par le Chevalier sur des groupes obscurs des années 1960, 1980 et 1990. Comme c’est un peu le bordel, expliqué de la sorte, on va remettre tout ça en ordre.

Les chansons qui résument le mieux la situation personnelle

The Beatles, Let it Be

Si le premier couplet me rassure dans la croyance familiale selon laquelle les défunts continuent de communiquer avec les vivants, le deuxième couplet m’émeut davantage dans le sens où il exhorte à puiser en soi-même pour relativiser et pardonner pour trouver la paix. Et puis Ainsi soit-il, tel pourrait être la réponse la plus simpliste face aux injustices que l’on rencontre au quotidien. Mais au final, comme dirait ce livre où je puise mes réponses : Je me suis dit à propos des fils d’Adam : Dieu les met à l’épreuve pour leur montrer qu’ils sont comme les bêtes.(Ecclesiaste 3.18)

Georges Harrison, All Things Must Pass

Georges Harrison a écrit cette chanson dans le même contexte que celui que je vis actuellement, soit après le décès de sa mère. Evidemment, cela ne respire pas la joie de vivre, mais ce All Things Must Pass érigé en mantra permet de relativiser le fait que rien ne dure, que ce soit les gens qui m’entourent, mes relations avec les autres ou tout ce que je peux construire par moi-même. Connaissant mon peu de confiance en ce que j’accomplis, cela ne m’aide pas beaucoup passer outre certaines choses.

Les chansons sur lesquelles j’ai dansé

Lilly Wood and the Prick feat. Robin Schulz, Prayer in C

Même si, finalement, j’estime avoir beaucoup trop entendu cette chanson cet été – mais j’avoue, bien moins que d’autres, coucou Milky Chance qui a bien pourri 2014 ! –, ce riff obsédant a eu l’intelligence d’être mixé à un beat typique de l’Allemagne des années 2000, ce qui apporte une ringardise somme toute rafraîchissante. En plus, ça me rappelait mes années de vacances en Allemagne, trop chou.

Coldplay, A Sky Full of Stars

Là, on part directement au début des années 1990, à l’époque de mes premiers pas sur les pistes de danse – oui, je dansais en soirée dès 3 ans, mais parce mes parents organisaient des bals, j’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer là-dessus. Une époque, donc, à laquelle les DJ interrompaient parfois les chansons en plein milieu pour impulser le Stimmung à la foule de danseurs, quitte à coller la blinde de réverbération dans leur micro. Bref, j’ai eu honte de danser sur cette chanson : si, décontextualisée, elle est tout ce que j’aime, ça me fait quand même mal au derche que ce soit du Coldplay. La preuve que je n’ai plus foi en rien : je n’ai pas acheté Ghost Stories, alors que j’avais craqué sur Mylo Xyloto.

Mes petites nouveautés fondantes

Hozier, Take Me to Church

Même si elle a été en rotation lourde dans la playlist de Oüi durant tout l’automne – ce qui a correspondu à toute la période où j’ai pleuré mon licenciement –, je ne me doutais pas qu’on pouvait encore avoir cette grâce en musique en 2014. Comme la musique était bien triste, ça m’a donc permis de pleurer toutes les larmes de mon corps. Et même après ça, j’en redemande encore.

Feu! Chatterton, La Malinche

J’ai découvert cette petite chose un soir où je revenais tard. J’étais déjà échaudée par la voix de l’un des animateurs les plus sexy de la bande FM – coucou, Joe ! –, mais en plus, ce petit mélange sans prétention de tout ce que la France a pu faire de chouette dans les années 1980 (riffs à la Fred Chinchilla, claviers très inspirés, phrasé très Bashung et voix qu’on pourrait prêter avec beaucoup de second degré à Jean-Claude Dusse) m’a immédiatement séduite. Oooooooh Oui !

Mes petites vieilleries très inspirées

The Beach Boys, Sloop John B

En bonne copie de moi-même, le Chevalier a ses marottes, notamment musicales. L’une d’elles est le groupe le plus connu de surf music – bien que mon cher et tendre préfère occulter ce qu’il considère comme une période mineure de leur répertoire –, dont il compte bien un jour me faire l’exégèse de leur disque le plus barré, à savoir Smile. En attendant, il me prépare avec cet extrait de Pet Sounds qui est la reprise d’un chant traditionnel caribéen datant du début du XXe siècle et qui a été intégrée sous cette forme à la bande originale de Forrest Gump.

Pink Floyd, Run like Hell

Là encore, l’épiphanie m’est venue un soir où je fus infidèle et nostalgique de mes années étudiantes. En gros, j’avais branché ma radio sur tonton Zézé qui officie toujours, malgré ses 125 ans, sur RTL2, entre 22h et 0h. Etant donné que j’étais en position de conduite, je me suis dit : Oh putain, quelle puissance pour traverser la ZI des Vignes [située sur la commune de Bobigny, donc particulièrement glauque à 23h30, NDLR] ! Et c’est ainsi que j’ai redonné au Chevalier l’envie de se faire une exégèse Pink Floyd, en témoigne sa liste au papa Noyel.

Les retours qui font du bien

Foo Fighters, Something from Nothing

En bonne fan hormonale de Dave Grohl depuis ma pré-adolescence, j’étais sur les dents depuis le début de l’année 2013 pour un éventuel nouveau projet qui s’annonçait gargantuesque au point de se faire attendre. Septembre 2014 sonna et nous livra les premiers extraits de Sonic Highways. Soit non seulement un album qui rugit bien – et dont le groupe a pompé certains trucs aux Beatles, mais bon, maintenant que Dave se fend en multiples tributes aux Fab Four, il ne se sent plus pisser, hein –, mais aussi une série sur les sessions d’enregistrements et les studios dans lesquels l’album a été enregistré. Clairement, ça valait le coup d’attendre.

U2, The Miracle of Joey Ramone

Certes, cela n’a pas été très cool de pactiser avec Apple pour pourrir les utilisateurs de l’iPhone 6 avec leur nouvel album, au point que le géant ait dû gérer une application pour le supprimer. Sauf que je trouve certains utilisateurs très ingrats, dans la mesure où cela doit faire au moins 16 ou 17 ans qu’une nouveauté de U2 ne m’a pas autant enthousiasmée. La preuve en est : réfléchissez à combien d’albums de U2 depuis Zooropa a obtenu un second single en radio, preuve d’une certaine remise en question bénéfique des vétérans ces derniers temps.

Les gros craquages

Laibach, Life is Life

Bienheureuse ai-je été de faire un papier sur les élections européennes et de devoir trouver une illustration musicale pour la Slovénie. Ce soir-là, j’ai découvert une pépite – que dis-je, un filon ! – en ce groupe de rock industriel toujours en activité. S’ils se sont fait spécialistes de l’iconographie dictatoriale et des reprises WTF en anglais ou allemand, force est de constater que, dans certains coins de ce globe, ils sont pris très au sérieux. D’accord, je pense qu’on va la fermer alors.

Claude-Michel Schönberg, Le premier pas

Pour « remercier » le Chevalier de m’avoir fait découvrir tant de musiques anxiogènes (en vrac : Revolution 9 et What’s the New Mary Jane des Beatles, ainsi certains extraits psychiatriques de Smile des Beach Boys), j’ai trouvé cette parade pour qu’il comprenne que non, définitivement non, on ne peut pas écouter n’importe quoi sans dommages collatéraux d’ordre psychiatrique.

Clairement, je suis passée à côté

Christine and the Queens, Christine

Déjà, quand j’ai écouté pour la première fois Nuit 17 à 52, alors que beaucoup de mes copines semblaient en extase devant cette chanson, je me demandais comment pouvait-on être en extase devant une chanson aussi déprimante que L’Italien de Serge Reggiani. Sa prestation aux Victoires de la Musique 2014 a achevé de me faire une opinion suffisamment tranchée pour me faire un tas d’ennemis dans mon lectorat.

folleBeaucoup de personnes louent la qualité de ses paroles, mais force est de constater qu’au final, la brave Christine a très bien résumé mon sentiment face à elle dans son dernier single : Ca ne tient pas debout.

Sia, Chandelier

Sur ce coup, je serai moins virulente que précédemment. Juste : écoutez la chanson sans le clip. Oubliez complètement la performance de la petite fille et concentrez-vous juste sur l’écoute à l’aveugle. Qu’est-ce que vous avez ? Rihanna autotunée qui tente de faire sa Mariah Carey sur le refrain. Non, je ne suis pas blasée de la musique en 2014. Juste, comme je vieillis, je reviens à mes référencements naturels. Et oui, j’aurai du mal à revenir sur cette décision comme pour Lana del Rey qui, pour le coup, a fait un putain de vrai hold-up avec West Coast cet été.

Non, mais là, je crois qu’il ne faut pas trop insister

Kendji Girac, Color Gitano

Kendji, t’es mignon, tu passes bien dans les média, toussa. Sauf que les Gypsy Kings, c’était chouette seulement quand ils faisaient danser Brigitte Bardot à la Madrague et Manitas de Plata a fini par mourir perclus d’arthrose. Tu as beau avoir rectifié le tir avec Andalouse, calibré pour tous les clubs de vacances, mais force est de constater que, si tu continues comme ça, tu vas avoir des ennuis avec Manuel Valls.

Fréro Delavega, Sweet Darling

Autre transfuge honteux de The Voice – ce n’est pas pour rien que le Chevalier et moi-même y voyons un excellent somnifère du samedi soir –, les Fréro Delavega ne sont ni frères, ni espagnols, ni masqués. En ce qui me concerne, j’ai juste l’impression d’entendre Christophe Maé qui se dédouble, et ça, c’est juste insupportable.

Les grands gagnants de cette année

Ibrahim Maalouf, True Sorry

Outre l’album Illusions que, honte sur moi, je n’ai toujours pas acheté pour accomplir la promesse faite au Chevalier, il revient en cette fin d’année 2014 faire une session dantesque avec Oxmo Puccino, Au pays d’Alice. Définitivement, s’il m’est arrivé peu de moments de grâce cette année, le trompettiste de mon cœur en a fait partie la plupart du temps.

Lenny Kravitz, The Chamber

Lenny a beau avoir 50 ans, il paraît ne jamais avoir vieilli, tant sa sexyness transpire encore dans son nouvel album très eighties et pourtant terriblement efficace. Si je ne devais citer qu’un artiste pour symboliser l’année 2014 en musique, ce serait lui.

Je vous souhaite tous mes bons vœux pour 2015, en espérant que la musique nous rythme encore au quotidien et que je serai davantage inspirer pour vous parler de ce que j’aime.

Chronique : Lupins – Natas loves You – The Sophia Lorenians

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[NDLR : La rédaction de Ladies Room m’a envoyé trois CD à chroniquer au début du mois de novembre. Je les remercie encore de cette collaboration.]

Honte sur moi, j’ai tellement de choses dans ma tête que je n’ai pas pensé à chroniquer les CD que Ladies Room m’a envoyé au début du mois de novembre. Etant donné que Winter is coming, je me suis que c’était l’occasion d’écouter trois CD au style très différent et qui sont sortis l’automne dernier.

Les Lupins – En pays de Berry

lupins

A l’origine, les Lupins, en pays berrichon, sont les loups-garous qui peuplent les légendes. Mais à l’origine de ce groupe qui s’est fait remarquer à la Fête de l’Humanité 2014, étaient les Breuvachons, un groupe qui s’est fondé en 1999. Composé de 8 musiciens, l’instrumentarium se compose d’instruments tant traditionnels (batterie, basse, guitares) que traditionnels (cornemuse, vielle, violon, flûtes, mandoline…). Ils sortent ainsi un premier album produit par Eric Benzi – aka le producteur d’Anggun – et qui contient un duo avec Dan ar Braz. Preuve que le pauv’ Daniel n’sait pu où qu’i d’meure.

Mon humble avis

Un disque de « rock celtique » comme il s’en fait beaucoup depuis les années 1990 en Bretagne. Sauf qu’on ne se situe pas dans le vieux pays de mes pères, mais bien au pays du Sancerre et du crottin de Chavignol, qui s’avère aussi le pays des légendes de sorcières et de loups-garous. Tant la musique que les textes me rappellent les premiers albums de Merzhin, avant que le groupe de Landerneau ne prenne un tournant plus dark et expérimental. Bref – no offence –, un album qui permet de se faire une petite gloire locale auprès des adolescents, mais qui moi, ayant été biberonnée à ce son adolescente, et ayant passé la trentaine, ne me touche guère. Je ne doute pas de l’efficacité du groupe en live – prise dans l’ambiance d’un festival, je laisserais ma jeunesse revenir –, mais pour avoir écouté beaucoup d’autre choses dans ma vingtaine, j’estime que l’album ne rend pas grand-chose de l’énergie que peut porter le groupe.

http://www.lupins.fr/

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Natas Loves You – The 8th Continent

natasDes trois groupes que j’avais à chroniquer, c’est celui dont je suis le plus familier, puisque Got to Belong et Go or Linger sont inclus dans la playlist tournante de Oüi FM. Au début, j’ai cru que c’était Guillaume Natas – une espèce de troll prétentieux qui essaie d’être influent sur le Net. Mais, renseignement pris, ces Luxembourgeois qui se sont formés en 2010 et qui sortent leur premier LP n’ont rien à voir. Après un premier EP qui a très bien marché au Luxembourg, et après l’installation du leader Alain Schuman à Londres, puis à Paris, ils ont décidé de faire un premier LP à leur image – éclectique tant dans l’identité de ses membres que dans les influences qui nourrissent le groupe. Ce disque est produit par Chris Zane, producteur notamment de Passion Pit.

Mon humble avis

C’est le genre de CD de pop ambiante qui accroche bien en n’importe quelle situation : quand tu as envie d’écouter un truc pas trop énervant dans ta discographie, quand tu as envie d’ambiancer un début de soirée où les gens hésitent entre danser et discuter, quand tu accueilles ta mère à déjeuner et que tu n’as pas envie de la caler devant le 13h en bruit de fond. C’est un disque de pop métissée et très consensuelle, dans l’air du temps. Pour autant, le groupe, comme le disque, n’a pas le défaut inhérent à beaucoup de groupes qui mêlent pop et électro dans ces années 2010 : c’est certes droit et carré, mais ça ne conceptualise pas encore au point de casser les noix. L’avantage de la jeunesse, sans doute. Bref, tel les sushis bien faits, ce disque ne se consomme pas de manière répétitive, mais ne fait pas de mal une fois de temps en temps. Le Chevalier rajouterait un bémol : ce disque n’a tellement pas d’aspérités qu’il se demande si Natas loves You est vraiment un groupe qui a la foi en ce qu’il fait. Personnellement, ce serait faire un mauvais procès d’intention et marginaliser une bonne partie de la production musicale actuelle.

https://www.facebook.com/Nataslovesyoumusic

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The Sophia Lorenians – Sex, Tape and Girls

Sophia-LoreniansIci, nous sommes en présence d’un EP de 5 titres d’un groupe parisien dont la seule biographie que j’ai pu me fournir est celle que la communication a écrite sur Facebook :

Les Sophia Lorenians créent la fusion des genres avec une esthétique minimaliste et groovy aux sonorités synthé-pop.

Ce n’est pas le Mariage à l’Italienne mais on s’en rapproche furieusement !

« Sex, Tape & Girls », leur prochain EP bientôt disponible, vous transportera dans leur univers et vous fera évoluer à l’intérieur d’un hôtel où vous naviguerez d’une chambre à l’autre, d’un rêve à l’autre et d’une émotion à une autre…

Bon, ben allons-y, hein !

Mon humble avis

D’entrée de jeu, je remue la tête de manière pavlovienne. La maison de disque promet du groove, et, sur ce point, au moins, il n’y a pas d’arnaque sur la marchandise. La maison de disque promet aussi une production minimaliste et synthé-pop, et là non plus, je ne suis pas trompée. Le problème est que, justement, à vouloir faire dans le très minimaliste, heureusement que ce n’est qu’un EP, tant j’ai l’impression d’entendre le même titre 5 fois dans différentes tonalités. Je ne suis pas forcément fermée à la pop synthétique – par exemple, j’aime bien M83 et Kavinsky (là, je balance l’argument du raciste qui a un ami noir, mais bon) –, mais même dans ce style, répéter constamment la même recette, aussi sensuelle et inspirante soit-elle, finit sérieusement par lasser.

http://thesophialorenians.com/

Je remercie encore Ladies Room de me dérouiller de temps en temps, ça fait du bien à la petite vieille encroûtée que je commence à devenir. Mais surtout, ça me fait du bien, ces petites cures de jouvence musicale…

Euterpê kai Thanatos

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ankouDepuis qu’Halloween est à la mode en France, je me suis juré de ne jamais la fêter. D’une part, en tant que croyante, je respecte trop la Toussaint et le jour des morts (qui est le 2 novembre) pour rigoler de ces choses-là. D’autre part, la descente de sève a frappé tant de personnes dans ma famille que j’ai l’impression de porter un deuil permanent durant cette période. Bref, je ne suis pas dans le délire des zombies, des films d’horreur et de tous ces trucs comme ça. Si je veux me déguiser, Carnaval et Mardi-Gras me suffisent bien comme ça.

Malgré tout, pourquoi pas parler de l’inspiration que la mort et les esprits ont insufflée à la musique ? Cette inspiration est d’ailleurs tout aussi ancienne dans les chants humains que l’amour ou le rapport au sacré.

C’est d’ailleurs en des termes religieux que les premières évocations musicales de la mort sont avérées. Pour le monde occidental, outre les antiques psaumes dont les musiques semblent avoir été conservées par le bouche à oreille dans la culture juive, les premiers chants mortuaires du monde chrétien qui nous sont parvenus sont les requiem, dont les évocations les plus anciennes datent du VIIIe siècle et dont les compositeurs de style classique nous font parvenir des interprétations jusqu’à l’époque contemporaine. Outre l’ordinaire de la messe (Kyrie, Gloria, Agnus Dei, Sanctus), se retrouvent des occurrences telles que le In paradisium, Requiem aeternat ou, le plus évocateur, le Dies Irae :

qui a été repris, sous cette forme, pour la bande originale de Shining (1980).

Ce poème, datant du XIe siècle, évoque l’Apocalypse et la parousie de Jésus à la fin des temps, au moment du Jugement Dernier (d’où le Jour de Colère). Si la forme grégorienne (voir ci-dessus) parait morne et sans aspérités (normal, quand on connaît la propension du monde monastique à l’absence de sentimentalisme), son interprétation dans la musique classique se doit d’être plus flamboyante pour insuffler l’esprit de colère du poème. Nous voyons ceci avec cette composition de Wolfgang Amadeus Mozart :

Mais c’est encore plus frappant avec l’interprétation de Guiseppe Verdi :

(Truc chelou en direct live : au moment où je consulte la vidéo, juste avant le lancement sur YT, un oiseau passe un peu trop près de la fenêtre et se cogne. Flippant…)

A partir du XVIe siècle, on assiste à la popularisation de la composition profane et à la fin de l’anonymat, tant pour les compositeurs que les destinataires. Et les évocations de la mort dans la musique suivent le même chemin : c’est pour pleurer les puissants que l’on compose d’abord à la sortie du Moyen-Âge. En témoigne le poème non signé Si mort a mors, en l’honneur de la duchesse Anne de Bretagne, et mis en musique par le groupe nantais Tri Yann en 1981 :

En témoigne également Music for the Funeral of Queen Mary (1695), composée pour les funérailles de Marie II d’Angleterre par Henry Purcell, musique qui servira du fait à son propre enterrement quelques mois plus tard. Preuve que Stanley Kubrick était inspiré par les atmosphères morbides, la marche issue de cette œuvre a été intégrée à la bande originale de Orange Mécanique (1971) :

Mais on ne fait pas que pleurer les morts dans la musique et dans l’art. Il arrive aussi qu’on représente la mort à travers des danses. C’était tout le propos des représentations de danses macabres dans les représentations picturales de la fin du Moyen-Âge, où l’on figurait la Mort qui entraîne riche comme pauvre dans une farandole menant vers la pourriture et l’examen de conscience. Resituons le contexte : la Peste noire, la Guerre de Cent Ans, etc. Donc autant vous dire que le contexte global, c’était la fête du slip. Comme la mort en était venue à ce point de normalité à la fin du Moyen-Âge, autant la représenter de manière un peu fun… C’est également le propos de Camille Saint-Saëns qui, en 1874, imagine un bal où Satan et la Mort se croisent et dansent ensemble, le temps d’une nuit :

La musique populaire contemporaine n’est pas en reste. Outre les multiples chansons que l’on évoque lorsqu’on veut se souvenir de quelqu’un de proche (cela va de Angel de Robbie Williams à My Heart Will Go On de Céline Dion, en passant par Someone Like You d’Adele et On se retrouvera de Francis Lalanne – perso, pour évoquer mon père, ce serait davantage Bittersweet Symphony de The Verve et Let It Be des Beatles), les artistes contemporains se sont interrogés sur la mort et le deuil. On peut citer à ce titre Le paradis blanc de Michel Berger (1990) :

et Tears in Heaven d’Eric Clapton (1992) :

Enfin, ce que vous attendez tous, petits malins : le moment creepy du papier (puisqu’on le rappelle, c’est Halloween) : la musique contemporaine, notamment tout ce qui se rapproche du metal, est régulièrement accusée de tous les maux. Ca va de l’incitation au meurtre/suicide à tout ce qui peut être associé à la magie noire et à la nécromancie, en passant par des théories du complot un peu weird. C’est ainsi qu’Internet recueille régulièrement des rumeurs disant que la mort de tel artiste était prévisible lorsqu’on écoute son œuvre (le fameux Shoot Me de Lennon dans Come Together). Plus grave encore, certains sont persuadés que tel ou tel artiste est encore en vie (Elvis Prestley, Michael Jackson) ou déjà mort, et que la réponse vient de certaines œuvres musicales écoutées en backmash (à l’envers, quoi). A titre d’exemple, le très flippant Revolution 9 qui, écouté à l’envers, outre diverses incantations à Satan (c’est d’un banal), accréditerait la thèse que Paul McCartney serait mort en décembre 1966 dans un accident de voiture :

Encore plus creepy : les deux Beatles responsables de cette mauvaise descente de LSD qu’est ce morceau – à savoir John Lennon et George Harrison – sont déjà effectivement morts à l’heure où je vous parle. Comme quoi, à force de faires des conneries, on attire le mauvais œil.

La musique et l’art en général n’ont donc pas attendu les représentations de l’horreur et du surnaturel pour s’intéresser à la finitude de toute vie humaine. Mais ne peut-on pas voir Halloween, au même titre que la Toussaint, comme une résurgence de l’interrogation ancienne et légitime de la vie après la mort dont il faudrait fixer le passage d’un état à un autre par l’art ?

Je me marie (Petite comptine en 11 chansons)

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fadi concertDans quelques mois, je vais me réveiller, comme tous les jours, et je vais vivre une journée particulièrement fatigante, mais, je l’espère, remplie d’amour et de joie.

En effet, je m’apprête à unir mon destin à celui du Chevalier. Et même si, aujourd’hui, la chose paraît tellement évidente à notre entourage qu’on nous croit déjà mariés, le cheminement intérieur jusqu’à cet état de fait n’a pas été un long fleuve tranquille…

Je sais que je ne la remercie pas assez, mais comment oublier de remercier celle qui a été le grain de sable qui a mené la célibataire endurcie que je commençais à devenir jusque là (coucou la Siamoise). Ce qu’elle a vu : deux anciens étudiants en histoire fous de rock et de brit-pop et qui ont tendance à être un peu dans leur monde. Elle s’est dit : Pourquoi ne pas les présenter l’un à l’autre ? C’est ainsi que je me suis retrouvée à dire sur FB à un type qu’il n’avait aucun second degré.

Il n’en prit pas ombrage, et se mit même à rire. On se met à discuter, comme ça, pipou. Et un jour, je commis l’irréparable : je lui proposai de prendre un café un certain dimanche d’été.

Sauf qu’à moi, on ne la fait plus. Même si, évidemment, je n’avais envie, au terme de ce premier rendez-vous, que de le conserver éternellement dans mes bras, je suis assez rôdée dans le jeu amoureux pour ne pas m’emballer de suite face à ce déferlement émotionnel qui vient de m’envahir. Il faut dire que j’ai l’habitude de passer pour une fille qui cachait sous des aspects un peu graveleux une fibre romantique exacerbée…

… ce qui me valut de prendre de grosses mandales.

C’est pour cette raison, même si tout est allé très vite dans cette relation, je me mis plus d’une fois à freiner des quatre fers et à exprimer mon manque de confiance au Chevalier. Pour lui, le fait que nous décidions très vite de nous installer ensemble, puis de nous marier, était une chose de tout à fait naturelle. Malgré tout, je persistais à me méfier de cette histoire, malgré ses grandes déclarations.

Ces derniers mois, la vie m’a quand même offert de sacrés soubresauts, entre petites joies et deuils lourds à porter. Force est de constater que, non seulement le Chevalier a pris ses responsabilités face à tout cela, mais il est devenu la personne grâce à laquelle je ne sombre pas face au poids de l’incertitude.

Je suis donc ravie d’unir mon destin au sien. Nous serons entourés a priori de personnes bienveillantes sur notre couple, bien que certaines absences se fassent cruellement ressentir.

Si je parle d’être entourée par des personnes bienveillantes ce jour-là, c’est que ces mêmes sauront trouver les mots qui me diront de faire fi de tout ce que j’ai vécu de mauvais auparavant pour ne garder que le bonheur de l’instant.

Bref, je m’apprête à faire une chose que je n’aurai jamais imaginée, même dans mes rêves les plus fous. Peut-être parce qu’au final, le Chevalier m’apporte juste ce dont j’ai besoin.

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