Un automne 2017

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Je vous propose un petit aperçu musical de cet automne 2017 qui me voit changer de fonctions, et par conséquent, de paie (même si ce n’est pas encore trèèèès probant pour l’instant). Un automne 2017 qui, comme l’automne 2015, voit le métier rentrer dans le corps de manière pas du tout figurative (avec moult malaises et maux divers liés au stress). Un automne 2017 où on se « débarrasse » des vieilleries qu’on doit écouter à la maison, à force de ne pas sortir avec ce froid. Un automne 2017 marqué aussi par le #HighSchoolMusical, puisque je suis encore mutée en lycée.

Dans cette sélection, comme à mon accoutumée désormais, il y aura surtout de la vieillerie, puisque je commence à rider et à avoir des cheveux blancs de plus en plus visibles. Mais vous commencez à avoir l’habitude.

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La musique d’ambiance ad hoc : Trent Reznor & Atticus Ross – Halloween (2017)

Les trublions de Nine Inch Nails ont décidé pour fêter Samain/la fête des saints et des morts de revisiter le mythique thème composé par John Carpenter pour son propre film en 1978. Et ils ont fait un morceau encore plus cohérent que l’original. Si John Carpenter a joué avec l’économie des effets qui lui étaient offerts à l’époque, Reznor et Ross ont un peu forcé le trait sur les effets sonores horrifiques et ça marche du tonnerre, tant la reprise installe la bonne ambiance qui prend aux tripes.

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Le petit coup de soleil : Cesaria Evora – Sangue de Beirona (1997)

Issu de l’album Cabo Verde, son sixième album studio, ce petit morceau ne paie pas de mine, mais suffit pour mettre du baume au cœur. Il me rappelle le voyage de noces dans un pays au même langage, mais un petit peu plus au nord. Et clairement, quand je vois les photos de mes potes sur les réseaux sociaux, je pleure.

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La nouveauté fondante : Eddy de Pretto – Kid (2017)

Alors que l’affaire Weinstein commence à bouleverser les relations hommes-femmes – dans le bon sens, je l’espère – et que je me retrouve dans un établissement composé à plus de 90% d’élèves de sexe masculin, qu’on puisse interroger de la sorte les tenants et les aboutissants de l’injonction à la virilité me fait très plaisir. D’autant plus que je suis réellement fan de la voix et de l’écriture de ce jeune homme que personne n’avait vu venir. Bref, une très belle découverte de 2017.

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La kitscherie sans nom : Dennis Walker – Like An Eagle (1979)

Vu comment Michel Vedette m’a fait vriller la tête avec sa reprise française du morceau, je me suis dit qu’il fallait que je me penche sur la question. Et je n’ai pas été déçue du résultat, tant ce morceau correspond point par point à tous les clichés de la musique produite au kilomètre. Tu prends un acteur porno, tu le fais rencontrer des producteurs peu scrupuleux, et tu obtiens un combo gagnant pour ton dancefloor et tes demandes de drama.

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La petite archive mignonne : Queen – Tavaszi szél vizet araszt (1986)

Le 27 juillet 1986, Queen finit sa tournée Magic à Budapest et personne ne se doute que ce sera le dernier concert du groupe. Pour clore la tournée sur un moment chouchou, Freddie Mercury s’inscrit sur la main des paroles en hongrois, celle d’une chanson traditionnelle pour enfants, afin de l’interpréter avec le public. Même si le concert était en deçà de ce qui s’était passé à Wembley ne serait-ce qu’un mois plus tôt – la fatigue aidant –, il existe des moyens plus honteux de finir sa carrière live.

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La redécouverte des années 1980 : Buzy – Body Physical (1986)

Marie-Claire Girod, dite Buzy, a commencé sa carrière par la pratique des claquettes qui lui a ouvert un rôle dans le Rocky Horror Picture Show (1975) à seulement 18 ans. Etienne Roda-Gil la repère et lui fait enregistrer divers titres à succès au début des années 1980 (Dyslexique, Adrian, Adrénaline). Body Physical sort après un album écrit avec Serge Gainsbourg en 1985. La mort de son producteur historique à la fin des années 1980 a marqué la fin de son succès, mais certainement pas celle de sa carrière qui continue encore de nos jours.

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La collaboration de rêve : Hans Zimmer & Radiohead – (Ocean) Bloom (2017)

On dirait que 2017 a décidé de nettoyer mon karma de ce que j’ai pu dire de dégueulasse sur Radiohead depuis 20 ans. En s’associant avec l’un des compositeurs les plus badass de Hollywood, le groupe n’a pas fait dans le très recherché, mais dans l’onirique et l’apaisé (que certains qualifieraient d’à deux balles, mais qu’ils composent une symphonie et on en reparle). Bref, Radiohead n’a pas fini de m’étonner et ça me fait plaisir.

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La nécrologie : Tom Petty – A Face In The Crowd (1989)

Tom Petty nous a quittés ce lundi 2 octobre 2017, à l’aube de ses 67 ans. J’ai pu découvrir son répertoire à travers diverses exégèses du Mari, qui était un grand fan et qui était par conséquent très attristé, mais aussi à travers les Travelling Wilburys (supergroupe qu’il avait formé avec George Harrison, Roy Orbison, Bob Dylan et Jeff Lyne et dont il ne reste désormais que deux survivants, dont l’un est censé être mort il y a 15 ans). Il était une bonne manière de découvrir un répertoire folk américain en dehors des cadres, à l’instar de Bob Dylan et des Byrds.

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Le moment guimauve : Foreigner – I Want To Know What Love Is (1984)

C’est ma chanson de l’amour au Mari pour cette saison. Elle est cucul. J’ai honte, hein. Mais en quatre ans d’amour, c’est dur de se renouveler en chansons dark et punk pour exprimer mon amour au Mari. Et encore, ça aurait pu être pire : j’aurais pu choisir la version de Tina Arena.

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La victoire par KO (enfin on espère) : Noel Gallagher’s High Flying Birds – Holy Mountain (2017)

Tandis que son frère Liam truste les charts anglais avec son premier album solo As You Were depuis le mois de septembre 2017 – et pour l’avoir écouté dans un magasin, je n’ai qu’un seul mot qui me vient en tête, tant c’est vraiment une resucée d’Oasis : BOOORING –, Noel aborde la contre-attaque en étant surprenant. Si l’album sort le 24 novembre, le premier single, outre le fait qu’il ait provoqué l’incompréhension en live en incluant la prestation d’une demoiselle qui fait une session percussive aux ciseaux, a réussi à dérouter le Mari. En effet, la très grande inspiration prise à la période surf des Beach Boys, alors que Noel en a dit pis que pendre, amène un évident questionnement. Personnellement, j’aime beaucoup, et j’aime surtout qu’il ait voulu faire autre chose que ce qu’on attendait de lui.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

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Michel : tragédie musicale ou expression du second degré ?

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Gabriel_MicDans les sociétés occidentales, Michel (sous toutes ses formes) est l’un des prénoms et l’un des patronymes les plus répandus. Ce n’est donc pas sans raison qu’une bonne partie des chanteurs populaires à partir de la seconde moitié du XXe siècle s’appellent Michel (Delpech/Sardou/Polnareff) / Michael (Jackson/Jones/Schenker/etc.) ou …. Michel/Michael. Certains y verraient un lien de cause à effet (les Michel ont plus de chance d’avoir du succès) alors que ce n’est qu’un pur hasard de probabilité (avec le nombre de Michel qu’il y a, t’en a forcément qui sortent du lot).

Depuis qu’Internet a posé ses pattes sur la culture mondiale il y a maintenant un peu plus de vingt, beaucoup d’artistes anonymes voient en ce médium une visibilité extraordinaire que le show business des années précédentes ne permettait pas. Plus besoin de passer à la radio ou à la télé, voire même de vendre des millions de disques pour acquérir une notoriété flambante. Pour le meilleur, comme pour le pire.

C’est ainsi que l’on voit des artistes s’appelant ou se faisant appeler Michel… faire les beaux jours des comptes Youtube et des pages de l’Internet français les plus obscurs. Etant donné que Michel est un prénom de moins en moins donné depuis les années 1980 en France – trop de Michel tua le Michel ? –, ces artistes, encore persuadés que s’appeler Michel leur donnera autant de gloire et d’argent que pour Sardou ou Polnareff, se sont lancés bille en tête.

Il faut se le dire : les Michel qui pullulent en 2017 sur les Internets français ne sont pas de toute première fraîcheur. Leur style musical et graphique prouve en effet que leur horloge spatio-temporelle a dû s’arrêter vers 1978. C’est pour cette raison que je m’interroge sur la part de second degré dans cette démarche : ont-il décidé d’être ringards naturellement ou ont-ils remarqué que, puisque la mode tourne tous les vingt ans, il était préférable de ressortir les vieux dossiers pour avoir la hype ? Petite dissertation en trois cas pratiques.

Michel Forever

Pédigrée : né en 1961 et acteur dès l’âge de 12 ans, Michel Forever est aujourd’hui imitateur officiel de Claude François, cabaretier, comique et ne s’est pas couché depuis 2004 (pour cause de maladie invalidante : s’il se couche, il tombe dans le coma).

Style : entre Claude François pour les habits de lumière et les chorégraphies, et Sim pour l’aspect graphique et l’humour.

1er ou 2nd degré : Je mise personnellement sur un bon 1er degré des familles. Avec de la musique qui s’est arrêté aux années 1970 et les fréquentations qui fleurent bon les années 1980 (Patrick Sébastien, Daniel Herzog, paie ta modernité), Michel Forever est persuadé que son art est, comme son nom, éternel. Et ça, c’est beau.

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Michel Farinet

Pédigrée: né en 1938, il a décidé, pour sa retraite, non pas de cotiser à l’ARCCO, mais de publier ses chansons sur Internet. C’est ainsi que débuta une carrière prolifique dès 1996. L’Histoire le retiendra comme le possible destinataire du Casse-toi, pauv’con lancé par Nicolas Sarkozy lors du salon de l’Agriculture en 2008.

Style : musicalement mollasson comme une résident de maison de retraite sans Viagra, la surprise vient de paroles très engagées en faveur de l’Europe (L’Euro notre monnaie) ou de l’exotisme (Zouk comme tu aimes).

1er ou 2nd degré : là encore, un bon 1er degré, comme  beaucoup d’artistes qui le sont devenus sur le tard (Remember Normand Lamour).

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Michel Vedette

Pédigrée : Homme sans âge, Michel Vedette est présenté comme chorégraphe (il a lancé l’Automatic Body Dancing Club entre 2005 et 2009 au Baron), compositeur et dessinateur. Depuis 2011, il se lance dans la musique et c’est spécial.

Style : Comme Michel Forever, Michel Vedette s’est beaucoup intéressé au disco, mais dans une dimension plus internationale et « actuelle ». Si Comme un aigle est une reprise du Like An Eagle de Dennis Parker (1979), Le Cruiser fait davantage penser au Gangnam Style. Donc à moins que ce titre était déjà ringard en 2012 (et je le pense sincèrement)…

1er ou 2nd degré : Le choix d’un pseudonyme français (enfin j’espère que c’est un pseudonyme) dans ce cadre est la preuve irréfutable du total manque de sérieux de la démarche.

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Si vous cherchez encore un prénom S.W.A.G.G. pour votre enfant, n’hésitez plus : Michel est le prénom qui lui garantira le plus de succès dans la chanson.

OrelSan gagné par le syndrome de Peter Pan ?

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Il y a bientôt 6 ans, je m’étais enthousiasmée pour Le chant des sirènes d’OrelSan, tant les thématiques évoquées autour de la crise d’identité qui accompagnait celle de la trentaine me parlaient à l’époque. Curieusement, je m’étais beaucoup moins intéressée au projet Casseurs Flowters (j’ai du mal à trouver un flow intéressant à Gringe, nonobstant un physique avantageux, mais là n’est pas la question).

J’étais donc dans l’attente de La fête est finie, qui est sorti ce vendredi 20 octobre 2017. Je l’ai donc écouté ce matin, et je reste perplexe quant à la construction des chansons qui composent cet album. En effet, beaucoup de chansons du nouvel album sont pourtant construites sur le même système que les chansons de l’album précédent (Suicide social/Défaite de famille ou Basique pour le côté « je crache ma haine à tout vent », RaelSan/San pour le côté égo-trip un peu con, Mauvaise idée/Bonnes meufs, Des trous dans la tête/La lumière…).

A titre personnel, si je trouvais le mal-être d’OrelSan charmant à 30 ans, je le trouve au mieux répétitif, au pire angoissant à 35 ans. C’est pour cette raison que je me demande si Aurélien Cotentin a décidé de rester un ado toute sa vie. Alors certes, les adolescents, c’est le cœur de cible du rap et il faut bien écrire des thématiques qui accrochent à ce cœur de cible. Sauf qu’à force de l’entendre dire qu’il se prend des caisses et se tape des délires de gosses, qu’il a traîné dans un coin pourri durant son enfance, qu’il a envie de s’autodétruire et qu’il crache sur la société, j’ai l’impression d’entendre certaines personnes de mon entourage qui ne brillent pas par leur maturité.

Je rajouterais deux autres gros reproches, mais qui sont une question de goût personnel et pas une question qualitative générale.

  1. Je sais que Maître Gims et Jul règnent en maîtres sur le rap game en 2017, mais ce n’est pas une raison pour céder aux sirènes de l’autotune. Je sais bien que la plupart des détracteurs du rap lui reprochent un manque de musicalité, mais trop de musicalité dans le rap aboutit au R’n’B mal produit.

  1. Un jour, fut rapporté cette anecdote à propos de David Bowie. Chris Martin, leader de Coldplay, lui avait demandé de collaborer à un titre de Mylo Xyloto. Réponse de David Bowie : Il est tellement pourri, votre titre ? C’est ce qu’auraient dû se dire Nekfeu, Stromae, Maître Gims et Dizzee Rascal avant de collaborer sur l’album. Car oui, j’ai un souci avec les collaborations sus-citées. Soit la chanson devient une chanson de Stromae (Tout va bien) ou de Maître Gims (Christophe), soit la collaboration ne sert strictement à rien, comme dans le cas de Zone.

Malgré tout, deux titres ont attiré mon attention pour leur qualité intrinsèque : Notes pour trop tard (sublime morceau de bout en bout des 7 minutes)

et Paradis (même si putain d’autotune)

Bizarrement, ce sont les deux titres qui finissent l’album, comme si OrelSan avait finalement entrevu une possibilité d’évolution vers le monde des adultes et de la relativité. C’est en ce sens où ce que je lui reprochais en début d’article – à savoir le maintien dans une forme d’immaturité et de cynisme propre à l’état adolescent – se retrouve atténué. Comme si, dans sa vie, après des années de colocation avec Gringe, il était en train de se chercher un appartement pour s’installer avec sa compagne.

Autrement dit, La fête est finie est un disque crépusculaire d’un homme au bord de l’engagement et de la vie d’adulte, mais qui livre ses dernières angoisses de jeunesse. Pour être passée par ce stade il y a plusieurs années, en faisant ce genre de choses, on saoûle beaucoup de monde, et OrelSan n’en est pour l’instant pas exempt.

 

Histoire d’un hymne #1 : Don’t Look Back In Anger

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A la maison, je vis avec un fan fou furieux d’Oasis, du genre à avoir 7 exemplaires de l’album Definitely Maybe (K7 et CD d’époque, éditions deluxe, japonaise, etc.) et à répertorier tous les musiciens qui ont joué pour le groupe. Et lors des deux fois où il a vu Noel Gallagher en concert pour l’année 2015, il était au bout de sa vie à la fin du concert quand il chante Don’t Look Back In Anger ((What’s The Story)Morning Glory?, 1995). Bref, un fou furieux comme on en croise rarement.

Je remarque que, durant cette année 2017, ladite chanson connaît une hype comme personne, au point de remplacer Les moulins de mon coeur dans les télécrochets français. Il se pourrait même qu’il devienne un hymne générationnel que l’on galvaude à l’image d’Un jour en France. J’ai donc décidé de me pencher sur le phénomène.

La chanson

Tiré du deuxième album studio des frères ennemis de Manchester, (What’s The Story) Morning Glory? (1995), la chanson, avec son introduction pompée au Imagine de John Lennon – ce dont Noel ne s’est jamais caché d’ailleurs –, a contribué à la popularité de cet album qui reste le plus vendu du groupe. Le titre de la chanson fait quant à lui référence au Look Back in Anger de David Bowie (Lodger, 1979).

Très vite, il devient un hymne de stade de foot à Manchester, au même titre que You’ll Never Walk Alone interprété par Gerry & The Pacemakers pour Liverpool. Mais l’Angleterre de 2017 a donné un nouveau sens à un chanson qui parlait de choses et d’autres (de rupture amoureuse par exemple).

L’hymne générationnel

En 2017, la Grande-Bretagne a connu en l’espace de moins d’un mois deux attentats de grande ampleur, un à Manchester le 22 mai lors du concert d’Ariana Grande à la Manchester Arena, et l’autre le 3 juin à Londres de manière tout à fait random. Don’t Look Back In Anger s’est imposé de suite comme la chanson-hommage pour les victimes et la chanson-doudou des survivants de ces attentats. C’est ainsi qu’elle a été interprétée par Chris Martin et Ariana Grande le 4 juin à Old Trafford, stade mythique de Manchester.

Il a également fait l’objet d’une reprise par l’orchestre de la garde républicaine lors du match France-Angleterre le 13 juin.

Bref, Don’t Look Back In Anger pète la classe en 2017. Parce que face aux horreurs que vit l’Occident – je dis l’Occident parce qu’on est bien d’accord qu’au Proche- et Moyen-Orient, voire en Afrique, il y en a qui se font sauter la gueule tous les jours et très peu de média français mainstream s’en émeuvent comme ils peuvent s’émouvoir de la tuerie de Las Vegas du 1er octobre 2017 –, la ligne principale est de dire que c’est terrible, mais qu’il ne faut pas faire d’amalgame et qu’il faut aider les victimes à se relever de cette horreur.

Donc Don’t Look Back In Anger (Ne te retourne pas sur ta colère) est un excellent excipient psychologique pour aider les survivants d’attentats à reprendre leur vie en main, à se réintégrer de nouveau dans la société, choses que les survivants d’attentats tels que celui du Bataclan ont encore du mal à faire deux ans après. Ce mantra répété n’enlève pas le traumatisme, mais on ose espérer qu’il soit une piqûre de rappel de soutien à ceux qui ont besoin d’aide pour se sortir de leur angoisse.

Grégoire à la gare, ou quand trop, c’est trop

J’écris cet article suite à la diffusion sur le site Brain d’une vidéo où on voit le chanteur Grégoire (Toi + Moi + Eux + tous ceux qui le veulent… souviens-toi) chanter dans une gare parisienne Don’t Look Back In Anger. Force est de constater que le résultat n’est pas du tout à la hauteur.

Je pense que Vincent Vinel de The Voice, qui s’est fait repérer en pianotant dans les gares, s’en serait mieux sorti. Et donc, quand un chanteur has-been fait une mauvaise reprise en 2017, ça devient viral et les insultes pleuvent. Heureusement, le chanteur prend bien la moquerie et a publié son top 10 des meilleures vannes qu’a provoquées sa prestation.

Malgré tout, cette prestation prouve une chose concernant les hymnes générationnels : à force d’appartenir à tout le monde, la chanson se retrouve galvaudée et ne plus vouloir rien dire. Comme massacrer Un jour en France un jour de manifestation anti-FN. Il y a un moment, la chanson a englobé des émotions collectives qui ont trop pris d’ampleur, si bien que quiconque la chante sans âme se retrouve à faire un four.

Les hymnes générationnels sont ainsi des solutions de facilité quand on veut dire quelque chose de fort sans trop se fouler sur l’implication émotionnelle. Don’t Look Back In Anger n’échappe plus à la règle et cela me fait du mal. Le mieux est de laisser la parole à Noel Gallagher, car lui seul connaît la véritable signification de la chanson…

Le saxophone fait apparaître les boobs

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H91539000001000-00-250x250Dans ma vie blandinienne, j’ai parfois à passer des coups de fil à des fournisseurs, ce qui fait que je suis confrontée à diverses musiques d’attente. Il est un fournisseur – je ne dirai pas lequel – qui a une musique d’attente qui, outre qu’elle soit recouverte d’une voix de chaudasse nous promettant de nous faire poireauter de manière agréable, ressemble à la bande originale d’un porno soft des années 1980. Pourquoi ? Parce que le thème est joué de manière très langoureuse par un saxophone. UN SAXOPHONE PUTAIN.

Car oui, avec la basse slappée et les nappes de clavier, le saxophone est une des plaies d’Egypte de la musique produite dans les années 1980. Je ne compte pas le nombre d’exemples de morceaux dont on est persuadé, par la magie de cet instrument, qu’en l’entendant, la personne en face va se mettre à se désaper sans pudeur aucune dans une ambiance tamisée à teinte rose à rouge. Selon Topito, ça ne date pas des années 1980 et ça continue de sévir (http://www.topito.com/top-morceaux-rock-gaches-saxo-solo).

Le mètre-étalon de cette conscience du saxophone restera à jamais Careless Whisper de Wham. Outre le brushing totalement improbable des protagonistes – 1984 so A E S T H E T I C S -, ce solo de saxophone te poursuit dans tes rêves adolescents où tu te paluches devant le téléfilm du dimanche soir sur M6 ou CStar (selon les générations), tu sais, ceux de l’époque où Katsuni ne faisait pas encore un 90E.

Cela me désole vraiment, parce qu’à cause de ce putain de motif, tu as des milliards de compositeurs de bandes originales de séries Z avec des nichons dedans se sont dit que c’était une bonne idée, le saxophone, pour créer une ambiance chaude dans un film au charisme inexistant (tout comme son héroïne à la choucroute et aux bonnets évocateurs). Et à cause de ce motif de saxophone, un morceau tel que Your Latest Trick de Dire Straits est tourné en dérision, alors que, quand même, ça avait un minimum de gueule en termes de production (mais je ne suis pas objective avec Dire Straits) :

Mais il n’y a pas eu que les années 1980 qui ont fait du mal à l’image du saxophone. La décennie précédente, en laissant des blancs-becs réinterpréter les motifs du funk en combinant saxophone strident et basse slapée, ont dénaturé aux yeux du public un motif qui paraissait quand même classe dans les films de blaxploitation. Vous ne voyez pas de quoi je parle ? Voici une petite illustration avec Rod Stewart :

Bref, le saxophone est malmené dans la musique populaire et ce n’est pas juste. Si le Dinantais Adolphe Sax a crée un instrument extrêmement velouté en 1846, le volume des sons émis par l’instrument était trop fort pour l’intégrer dans un orchestre, bien que des compositeurs commencent à écrire des pièces qui intègrent l’instrument très vite. Pour le grand public, la première identification visible du saxophone reste le Boléro de Maurice Ravel (1928).

Le saxophone a ensuite gagné ses lettres de noblesse dans le jazz dès les années 1920. C’est même des artistes tels que John Coltrane, Sidney Bechet ou Paul Desmond du Dave Brubeck Quintet qui en ont fait l’un des instruments inspirant les sentiments les plus profonds (légèreté, mélancolie, etc.)

D’autres artistes tels que Stan Getz ou Manu Dibango ont, quant à eux, fait le pari d’allier le saxophone à des répertoires plus exotiques tels que la bossa nova ou les rythmiques centrafricaines pour leur donner une nouvelle couleur.

Même dans le rock et la pop, il existe des morceaux où le saxophone a un rendu classe. Ne serait-ce que le solo de Bobby Keys dans Brown Sugar des Rolling Stones est un excellent exemple.

Tout ça pour dire que le saxophone, à l’instar du violoncelle, permet l’expression chez le pratiquant et la provocation chez l’auditeur d’émotions bien plus diverses que celles qu’il provoque chez le grand public depuis une quarantaine d’années. Je le dis tout de go : ça m’agace de réduire le saxophone aux sentiments égrillards provoqués par un succédané de Careless Whisper. Je me dis que John Coltrane et Stan Getz ne méritent pas ça.

Bref, réhabilitons le saxophone dans la pop culture et ne le réduisons pas aux ambiances de films de seins. Ou bien même, quand des mecs auront envie de mettre du saxophone dans leur morceau parce que ça fait cochon, qu’ils écoutent du jazz ou de la world fusion pour se remettre les idées à place. Parce qu’on a le droit d’aimer le saxophone et de ne pas vouloir montrer ses seins.

Jake Bugg, petit garçon devient grand

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Ce dimanche de rentrée, le Mari a glissé dans le mange-disque conjugal Hearts That Strain, le nouvel album de Jake Bugg. Le blister a été ouvert avec appréhension, tant le premier extrait How Soon The Dawn nous rendait plutôt circonspect quant à la cohérence de ce qu’on était en train d’écouter. Il faut dire qu’on était très peu habitués à voir le brave petit autrement qu’en tirant la gueule dans ses clips.  Là, il est en mode lover en train de faire une bataille de polochon sur un lit.

Et puis l’écoute de l’album survint. Un bijou. Une beauté. Cet album, enregistré à Nashville, a été supervisé à la production par Dan Auerbach (fondateur des Black Keys et producteur très inspiré). Il n’y a pas un gramme de cet album à jeter, tant dans l’écriture des textes que dans l’arrangement des mélodies où RIEN ne dépasse ou ne sonne faux, pas un violon, pas un piano en trop. Et ça fait tellement de bien, d’entendre un album cohérent de bout en bout, que j’en ai pleuré plusieurs fois de joie durant l’écoute (comme je pleure actuellement en écoutant le morceau-titre de l’album).

SAUF QUE Hearts That Stain s’est fait démolir par le NME. En cause, une production que n’aurait pas démenti James Blunt. Le gamin tellement brut de décoffrage qui chantait Lightning Bold se laisse à faire du sentimentalisme ? Quelle hérésie ! Il avait trouvé son style dylanien à 18 ans, pourquoi il s’emmerde à aller enregistrer avec des musiciens de country une espèce de truc qui ne lui ressemble même pas ? Il est manipulé par sa maison de disques, il faut le sortir de là, putain !

Réfléchissons ensemble : sur ce premier album éponyme sorti en 2012, comme sur Shangri-La, il n’a composé aucune des mélodies qui ont été adjointes à ses textes. Il ne s’est mis à la composition que depuis One My One (2016), album bien plus bordélique que les deux précédents, où Jake Bugg se lance même dans l’auto-production sur certains titres. D’où ce résultat totalement incohérent, issu du cerveau d’un jeune homme qui appréhende la vingtaine d’années avec beaucoup trop de questions à résoudre. Et le NME le dit manipulé par sa maison de disques ? Faut pas déconner.

Jake Bugg (2012) a eu deux effets kiss cool : il a permis d’une part de révéler davantage ce petit garçon d’à peine 18 ans qu’était Jake Kennedy, découvert en 2010 par le biais de la plateforme BBC Introducing. Il a d’autre part malheureusement enfermé dans un style folk et brit-pop ce petit garçon qui se pensait un petit peu plus moderne et ouvert à d’autres sonorités. Faute d’expérience, l’album reste cohérent, assez brillant en termes de songwriting, mais assez immature dans l’ensemble.

Il enchaîne avec Shangri-La (2013), deuxième album à succès alors qu’il n’a pas encore atteint la vingtaine d’années. Même si le style commence à évoluer vers un peu plus d’expression de ses propres émotions, ce n’est toujours pas lui qui compose ses chansons qui restent péchues et successfull. Il est toujours épaulé par Iain Archer, compositeur et chanteur des Snow Patrol. C’est alors que Noel Gallagher, qui s’est élevé en mentor du petit au point de le prendre en première partie des High Flying Birds, s’est d’ailleurs étonné de cet état de fait. Pour lui, un gamin aussi talentueux que le petit Jake n’a pas besoin de compositeur pour exprimer tout ce qu’il a à exprimer.

Cela a fait réagir Jake. Alors qu’il vient de sortir deux albums en deux ans et qu’il fait des tournées à ne plus finir, il prit le temps de retrouver ceux qui lui étaient le plus cher et qui lui manquaient et de vivre un peu avant de retourner en studio avec ses propres compositions. Cela donne l’album On My One (2016). Soit un subtil mélange :

  • de conscience de soi très épurée,

  • de relations amoureuses compliquées,

  • et enfin d’expérimentations que je trouve assez bien trouvées.

Le Jake Bugg compositeur est donc bien plus riche qu’on ne l’aurait pensé, et forcément, ça déroute. Il s’en prend plein les gencives à cause de ses expérimentations blues et musiques urbaines, qu’on estime ne pas être de son ressort artistique. Je n’aurais personnellement qu’un seul reproche à faire à cet album : il n’est pas très cohérent, non pas parce qu’il exprime toutes les potentialités artistiques de Jake Bugg, mais parce que la production est très aléatoire. La chanson Ain’t No Rhyme, par exemple, aurait gagné à avoir un putain de bon producteur pour donner plus de dynamique à un morceau en soit honorable, mais un peu mollasson.

Sur Hearts That Stain, Jake Bugg a 23 ans et apprivoise cette intériorité qui lui fait se poser beaucoup de questions. C’est la particularité du jeune homme : il est tel le Mari et moi-même, à l’écoute de son monde intérieur au point d’oublier que le monde existe. Cela donne des interviews parfois très bizarres (J’ai assisté à 7 concerts dans ma vie = la plupart, il les a suivis des coulisses…) et des moments de non-partage avec son public lors des concerts (Qu’est-ce que je fous là ? Qui sont tous ces gens ? Pas bonjoir, rien).

Ce qui m’a touchée personnellement, c’est qu’à force d’apprivoiser son intériorité, il en fait des chansons de plus en plus belles, de plus en plus léchées, de plus en plus génératrices d’émotions. Il a dû négocier avec Dan Auerbach pour trouver cet équilibre du mixage. Il a dû discuter avec les musiciens pour aboutir à de telles partitions (même s’il avoue n’avoir rencontré Noah Cyrus qu’après l’enregistrement de leur duo Waiting…). Il n’est pas encore l’artiste qui a montré sa pleine potentialité, mais il est sur la bonne voie.

Bref, Jake Bugg grandit et se développe sous nos yeux. Attendons encore quelques années pour qu’il devienne l’un des plus grands artistes de ce début de XXIe siècle.

Pardon, Radiohead

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Nous sommes le jeudi 20 juillet 2017, et je suis en état de choc. Je ne sais pas si c’est d’avoir appris dans la soirée le suicide de Chester Bennington, chanteur de Linkin Park, à l’âge de 41 ans. Alors oui, la qualité de leurs compositions est discutable, mais ce groupe a quand même bien influencé mes débuts d’études secondaires avec Hybrid Theory (2000) et le stratosphérique Meteora (2002).

chester-benningtonBon, ceux qui ont vu la prestation du groupe au Download Festival au mois de juin 2017 rapporte quelque chose entre la moquerie et la torture auditive. Cela n’empêche qu’à l’instar de feus Max Gallo et Alain Decaux ont ouvert la voix à beaucoup d’historiens à l’heure actuelle, Linkin Park a été une porte d’entrée à une certaine frange d’un métal plus mélodique, et nous devons saluer à ce titre la mémoire de Chester Bennington.

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Bouleversée par cette nouvelle, je me suis mise à regarder en replay le concert de Radiohead au Lollapalooza de Berlin en 2016 diffusé samedi 15 juillet sur Arte. Je pensais me retrouver dans une ambiance chiante ou mortifère. Et mon Dieu, qu’est-ce qui se passe ? J’écoute du free jazz, des chansons incarnées, menées par un groupe incarné et un Thom Yorke à rebours de l’apathie dont mon jugement l’avait affublé. Bref, j’ai eu l’impression que j’ai gâché 20 ans de ma vie à dénigrer 20 ans de la carrière d’un des meilleurs groupes du monde.

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J’avais reproché au groupe de m’avoir fait revivre une période que je considérais comme dorée dans ma vie avec OK Computer OKNOTOK, soit des chansons écrites il y a 20 ans, donc supposément meilleures que celles écrites depuis. Et ce soir, je suis telle celui qui s’est engagé dans les ordres à 16 ans, qui défroque à 35 ans et qui s’aperçoit de tout ce qu’il a loupé durant ces années d’abnégation. Il se sent très con lorsqu’il rend son premier baiser, mais surtout il médite tout ce que ses camarades qui ont établi une autre vie avec un autre rapport aux autres et au plaisir lui ont raconté durant toutes ces années. Comme lui, je comprends ma connerie ce soir.

J’en conclus une chose : écouter Radiohead est un plaisir, mais, selon la période à laquelle on a été initié à son répertoire, cela implique d’avoir vécu certaines choses. Radiohead, en général, est la bande-son d’une adolescence et de ses questionnements. Tout dépend donc quand tombe son adolescence – pendant OK Computer pour moi donc. Je discutais de ces atermoiements avec un ami qui a eu, quant à lui, 14 ans au moment de Kid A (2000) et qui a eu du mal à envisager la carrière de Radiohead avant.

Dans notre vie, il y a donc un avant et un après Radiohead. On a tendance par la suite à haïr le reste de la carrière du groupe, parce qu’elle ne correspond pas au référencement avec lequel on l’a situé dans notre vie. Je n’avais pas le référencement émotionnel pour supporter les bidouillages sonores bien plus élaborés que je ne le pensais jusqu’à ce soir, comme mon ami n’était pas ouvert à la mélancolie acoustique jusqu’à acquérir l’âge adulte.

Car pour envisager la carrière de Radiohead dans son ensemble, il faut acquérir l’âge adulte. Il peut mettre du temps à venir, comme je viens d’en faire l’expérience ce soir. Il implique d’être serein dans ses phases de régression adolescente, au point de puiser dans cette régression pour voir le chemin parcouru et l’apprécier à sa juste valeur. Moi qui reprochais encore hier au groupe de me faire revivre un âge doré avec I Promise, je viens de réaliser que je suis passée à l’âge adulte en appréciant le concert de ce soir. Et ça m’a fait un choc, tant finalement tout coulait de source.

Ce soir, je demande donc pardon à Radiohead, comme je demande pardon à moi-même d’avoir pensé que ma construction vers ma vie d’adulte n’avait pas été un bienfait.

Italo Saga #2 : Italo house & dance

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Deuxième volet de la saga de l’été 2017 (qui vient à peine de commencer mais qui va me paraître trèèès court), après le disco, intéressons-nous au mouvement dance venu d’Italie. Cette fameuse musique encore plus fabriquée au kilomètre qui a encore plus pollué mon univers sonore avec son cousin germain l’eurodance.

Mais attention : comme l’indique le titre, on n’est pas passé directement du disco à la dance en 1987. Non, le mouvement italo a connu ensuite deux mutations qui se sont faites successivement, voire en même temps. Et même la house et la dance, qui se sont développées entre 1988 et 2005, ont connu des sous-genres (comme le lento violento cher à Gigi d’Agostino). Par contre, s’il est aisé de dater le début du mouvement house (vers 1985), on va dire que l’italo dance a commencé à se développer en 1990 et qu’elle est toujours présente dans les boîtes de nuit (même si on avoue que c’est quand même un peu ringard).

C’est là toute la subtilité qu’il faut souligner : la plupart des groupes qu’on qualifiait d’italo dance quand on les écoutait dans les années 1992-1996 étaient en fait des titres d’italo house. Alors oui, je sais que la distinction est tenue pour le commun des mortels, mais à titre personnel, j’ai effectivement senti une différence entre ce que j’écoutais au début et à la fin des années 1990. Autre distinction : pas mal de titres qu’on prenait pour des titres italo house/dance sont en fait des titres belges/allemands/etc. et vice-versa. Preuve que, contrairement à l’italo disco qui avait une signature bien spécifique, le mouvement house/dance qui a suivi s’est noyé dans la masse de la production européenne.

Pourquoi ai-je été marquée par l’italo house/dance ? Parce que c’était ce qu’il y avait de plus « classe » lorsque j’enregistrais et décortiquais avec ma sœur toutes les soirées Dance Machine. Car même si le rock avait la part belle dans sa discothèque, ma sœur ne crachait pas non plus sur tout ce qui était productions électroniques. Bref, je dis que l’italo house/dance a pollué mon adolescence, mais force est de constater que, comme toute chose avec laquelle j’entretenais une relation d’attraction-répulsion durant cette période, je la regarde avec sympathie, voire nostalgie.

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Voici maintenant de quoi revivre votre adolescence colorée (et la mienne en même temps).

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Black Box – Ride On Time (1989)

Groupe de production d’origine italienne, Black Box utilise une personne uniquement pour l’image (c’est-à-dire qu’on la voit dans les clips et sur scène, mais elle n’a jamais chanté une ligne en studio et chante en play back). Si à la prestation vocale, on retrouve donc Martha Wash des Weather Girls (It’s raining men, hallelujah !), c’est le mannequin guadeloupéen Katrin Quinol qui donc « interprète » les chansons pour le public. Il est également à noter que la chanson sample/reprend le tube disco Love Sensation de Loelatta Holloway (1980). Martha Wash, d’abord non-créditée et surtout non-rémunérée, fit un procès à RCA et obtint gain de cause. En même temps, pourquoi s’en émouvoir ? Franck Farian a fait ça toute sa carrière (tchou tchou Boney M. et Milli Vanilli).

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Double Dee – Found Love (1990)

Formé en 1990 par Davide Domenella et Donato (Danny) Losato, le duo aura fait mouche dès son premier single. Si le succès aura du mal à être renouvelé durant le reste des années 1990, les deux compères retrouveront une nouvelle notoriété en France en 2000 avec le single You qui devient le générique de l’émission Popstars sur M6.

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Corona – Rythm Of The Night (1993)

La Brésilienne Olga Souza décida de se présenter sous le pseudonyme Corona lorsqu’elle arriva en Italie en 1990. C’est alors qu’elle rencontre le producteur Francesco Bontempi, connu sous le nom de Lee Marow. Rythm Of The Night est leur première collaboration et cartonna au point qu’il reste un des hymnes de cette période. Si le duo continue sur sa lancée avec Baby Baby et Try Me Out (1995), le phénomène s’essouffle dès 1996. Aujourd’hui, Olga Souza se produit régulièrement dans les tournées nostalgiques diverses et fait une carrière honorable au Brésil.

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Ice MC –Think About The Way (1994)

Ice MC, c’est la rencontre entre le rappeur anglais Ian Campbell et le producteur italien Robyx (Roberto Zanetti). Si Campbell se produit seul pour ses deux premiers albums (d’où est tiré le single Easy, sorti en 1991), il s’adjoint pour le troisième album les services de la chanteuse Alessia Aquilani, dite Alexia. Ice’n’Green devient un carton européen. Par la suite, Campbell se sépare de Zanetti et va produire son quatrième album en Allemagne avec Masterboy en 1997, avant de retourner en Italie en 2004.

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Cappella – Move On Baby (1994)

Le producteur Gianfranco Bortolotti a fondé le concept Cappella en 1987. Si les premiers titres sont sortis sans visage, mais avec les DJ les plus en vue de la scène italienne, le groupe change régulièrement de chanteurs à partir du deuxième album en 1990. C’est ainsi que furent embauchés l’Anglaise Kelly Overett comme visage et le rappeur anglais Rodney Bishop à l’époque où ce deuxième album a eu du succès, c’est-à-dire sur la période 1993-1995. Bortolotti a décidé ensuite de licencier Overett et de la remplacer secrètement par Allison Jordan. Depuis, le concept tourne toujours, mais avec comme frontmen Lis et Markus Birks du groupe The Cameleonz depuis 2013.

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Gala – Freed From Desire (1996)

Même si elle s’est installée à l’âge de 17 ans à New-York, où elle devint photographe après avoir diplômée de la Tisch School of the Arts, la Milanaise Gala Rizzatto reste ancrée dans la pure tradition italo dance pour ce premier single. Si le premier album sorti en 1997 était très ancré électro, elle poursuit depuis sa carrière avec des tonalités plus rock.

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Eiffel 65 – Blue (1999)

Jeffrey Jey, Maurizio Lobina et Gabry Ponte se sont connus au sein de Bliss Corporation (maison de disques fondée par Maurizio Gabutti) en 1992. Ils avaient prévu de s’appeler juste Eiffel (nom choisi de manière aléatoire sur un ordinateur), et le 65 s’est rajouté au moment du pressage du 1er single par une faute de frappe. Si Blue et Move Your Body ont reçu un succès inestimable en 1999, ce n’est pas le cas des deuxième et troisième albums, ce qui a conduit à une première séparation en 2005. Après une bataille juridique avec Bliss Corporation à propos du nom Eiffel 65, deux des trois DJ ont monté leur projet parallèle, tandis que Bliss annoncent un nouveau line-up  pour le groupe en 2007. Finalement, les trois DJ se retrouvent en 2010 et refondent le groupe.

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Gigi d’Agostino – The Riddle (2000)

Luigino Celestino di Agostino, né à Turin, a fait ses armes de DJ à la discothèque Woodstock  et d’autres discothèques dans la région de Turin entre 1987 et 1992, puis DJ résident entre 1933 et 1998. Pendant ce temps, il se met à produire des disques d’un genre qu’on qualifie de Mediterranean Progressive Dance, alliant la musique électronique aux sons traditionnels méditerranéens et rencontre du succès. Mais c’est avec son album L’amour toujours (1999) et des singles comme Blah Blah Blah ou la reprise du tube de Nik Kershaw (1984) qu’il explose à l’international.

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Benny Benassi – Satisfaction (2002)

Marco (dit Benny) Benassi commence sa carrière de DJ à la fin des années 1980 avec son cousin Alle sous le nom de Benassi Bros. Dans les années 1990, il compose pour divers artistes tels que Whigfield. En 2002, il sort à titre personnel le single Satisfaction  et rafle tout avec. Il en profite pour remixer divers titres avec son cousin et pour fonder sa maison de production Pump-Kin Music. Depuis, il multiplie les collaborations assez classes sur ses albums et est même crédité comme compositeur sur l’album MDNA de Madonna.

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Crookers – We Are Prostitutes (2009)

Issus du hip-hop, le DJ Andrea Fratangelo (FRAT) et le rappeur Francesco Barbaglia (BOT) fondent Croockers en 2003. Jusqu’en 2012, date de la séparation du duo, ils ont fait des titres originaux de style électro en collaborant avec diverses personnalités essentiellement connus dans la musique urbaine, mais se sont surtout connus pour avoir remixé nombre de titres. Leur succès le plus illustratif reste le remix de Day’N’Nite de Kid Cudi en 2008.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

 

Italo Saga #1 : Italo disco

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C’est l’été, et cette année, on est gâtés en termes de températures : mon téléphone m’indique un 36° au plus chaud de cette journée du 21 juin. Autant dire que je fais le petit poulet dans mon bureau. Mais qui dit été dit souvent musique de chiotte, et en ce jour de fête de la musique, on ne va pas y échapper. Je vais donc profiter de ce ramollissement général des cerveaux pour avouer une passion honteuse : je ne peux concevoir l’été sans italo disco. Et ce depuis ma plus tendre enfance.

C’est ainsi que je vais présenter une saga en deux temps de la musique italienne dansante des années 1980 et 1990, plus connue sous le nom d’italo disco (qui a égayé mon enfance) et d’italo dance (qui a pollué mon adolescence). Je vous parle d’une époque où l’Italie ne concentrait pas les fantasmes français d’un pays méditerranéen figé dans les années 1950, voire dans les siècles antérieurs, mais où il était le symbole de la hype et des mœurs débridées – merci Silvio Berlusconi. Oui, un petit peu comme l’Angleterre des années 1960. Il fallait bien une bande-son à la mesure de ce fantasme, et l’Italie, à la croisée des chemins entre le disco-funk vieillissant et les musiques électroniques qui commencent à tout envahir.

L’italo disco est surtout la musique de mes premières soirées, quand mes parents m’emmenaient dans les soirées qu’ils organisaient dans le village. C’est aussi la musique de mes barres de danse, des clips que je voyais à la télé, bref, de ce qui me restera de plus heureux dans mes souvenirs des années 1980. Chaque fois que revient l’été, je retrouve cette espèce de paradis perdu que je me suis aussi fabriqué a posteriori. Mais avant de faire une petite compilation sonore des plus gros tubes de la période, penchons-nous un peu sur la construction du style.

Selon Wikipedia, l’italo disco est un style de musique qui s’est développé entre 1980 et 1988, avec une apogée en 1985 (mes premières soirées, toussa). Mais il trouve ses premiers fondements dès 1976 avec, je vous le donne en mille, Giorgio Moroder, qui développe avec ses synthétiseurs une variante du disco qui servira d’influence de départ au mouvement. Mais le mouvement ne commencera à décoller vraiment qu’à partir de 1983 avec Dolce Vita de Ryan Paris et faiblira vers 1987-1988 avec l’arrivée de la house et du rap qui amorcera la transition vers l’italo dance.

Pour définir le style de l’italo disco, ça va des inspirations disco donc, mais surtout de la new wave et de beaucoup d’avatars de la pop synthétique telle qu’ils se sont développés durant la période. Il y aurait deux typologies dans le style : le premier se réclame de la Hi-NRG américaine et se joue sur un débit rythmique plutôt rapide et dansant (125 BPM), et le deuxième, plutôt romantique, joué à tempo plus lent (100 BPM).  Le mot même d’italo disco pour renseigner le style vient en fait d’Allemagne et a été fixé en 1985.

Mais attention ! Il serait mensonger de dire que le style ne reste que l’apanage de l’Italie. En effet, beaucoup de groupes européens d’une part se sont réclamés de l’appellation, en témoigne le duo lillois Monte Kristo :

Et d’autre part, la style a eu son développement dans plusieurs pays européens, sous des formes telles que l’Eurodisco en Allemagne et en Suisse (comme l’eurodance vient aussi d’Allemagne et des pays nordiques) et le sonido Sabadell en Espagne.

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Voici un petit panel de 10 hits de la période pour vous la mettre bien dans vos soirées rétro.

Ryan Paris – Dolce Vita (1983)

J’ai une tendresse particulière pour ce titre dont le clip a été tourné à Paris. Pourquoi ? Parce que c’est sur cette chanson que je faisais mes exercices de barre toute petite et c’était rigolo. De son vrai nom Fabio Roscoli, ce chanteur et acteur romain a notamment servi de « voix » aux groupes d‘eurodance dans les années 1990 et est revenu sur le devant de la scène avec le remix de son plus gros tube en 2011.

P. Lion – Happy Children (1983)

Plus que son tube Dream (1984) qui est devenu le générique du Top 50 et que j’adore, j’ai choisi son premier tube qui a été choisi comme jingle ou illustration sonore de la même émission. Pietro Paolo Pelandi a certes concentré son succès sur ces deux tubes, mais ça ne l’a pas empêché de sortir un deuxième album en 1995 et de devenir arrangeur.

Righeira – Vamos a la playa (1983)

Ce duo turinois formé en 1981 a joué au plus malin en chantant ses premiers tubes… en espagnol. Ils ont persisté en italien (L’estate sta finendo, 1985), mais aussi en anglais et en allemand. La carrière du groupe se divise en deux temps : au plus fort de la vague italo (1981-1992) et par nostalgie (depuis 1999).

RAF – Self control (1984)

A titre personnel, je préfère la reprise de la chanteuse américaine Laura Branigan, mais j’en connais qui sont davantage séduits par la version originale de Raffaele Riefoli. Outre ce tube interplanétaire, il a écrit Si puo dare qui a remporté le festival de San Remo en 1989 et réussi à décrocher en 1988 la 3e place du concours Eurovision avec Gente di mare en duo avec Umberto Tozzi.

Carrara – Shine on dance (1984)

Il pourrait paraître comme un one hit wonder, mais le DJ Alberto Carrara, originaire de Bergame, après s’être bien placé au Festivalbar (festival de musique milanais) de 1984 avec cette chanson, s’est lancé dans les années 1990 dans la production d’italo dance.

Moon Ray – Comanchero (1984)

Mandy Ligios, dite Moon Ray ou Raggio di Luna, d’origine gréco-brésilienne, fait connaissance dans les années 1980 des producteurs Aldo Martinelli et Simona Zanini. Outre ce single qu’elle chante seule, elle intervient dans diverses formations desdits producteurs (Doctor Cat’s, Topo & Roby, etc.).

Koto – Visitors (1985)

Inspiré par l’univers geek en vigueur au début des années 1980 (en gros, les jeux vidéo, les voyages dans l’espace et l’Asie), le duo formé par Anfrando Maiola et Stefano Cundari composa avec Alessandro Zanni Chinese Revenge en 1982, morceau qui reçut un succès d’estime. Mais c’est vraiment avec Visitors qu’il marque le grand public. Par la suite, il y eut des problèmes de maison de disque, la mort d’un des membres, mais aussi d’autres succès en lien avec les musiques des jeux video (Dragon’s Legend, 1989).

Baltimora – Tarzan Boy (1985)

Si le frontman du projet, le danseur Jimmy McShane, était nord-irlandais, les producteurs étaient bel et bien italiens. Suite à l’énorme succès du titre sorti à l’été 1985 (allant même jusqu’à se classer dans le Billboard Hot 100), un album a été sorti, puis un 2e en 1987 qui eut beaucoup moins de succès. Las, Jimmy McShane décéda des conséquences du SIDA en 1995, à l’âge de 38 ans.

Silver Pozzoli – Around My Dream (1985)

Silvio (dit Silver) Pozzoli a donc ainsi commencé avec l’italo disco avec les titres Around My Dream et Step by Step (1985), puis s’est lancé dans l’italo dance dès 1987 sous pseudonyme.

Sabrina – Boys (Summertime Love) (1987)

Dernier avatar de l’italo disco durant sa grande période, il est celui qui présente le mode de vie italien de la manière la plus décomplexée. Sabrina Salerno aurait pu rester comme beaucoup d’artistes de la période qu’un prête-nom comme un autre. Sauf que si la belle avait tout de la cagole de base, elle semblait avoir plus de chien qu’une autre. C’est ainsi qu’après ce hit stratosphérique, elle a diversifié ses activités en devenant actrice et animatrice télé. Bref, elle s’en sort plutôt bien.

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A bientôt pour le deuxième volet de la saga qui sera consacré à l’italo dance.

 

Classic Pop

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Ce mardi 31 mai 2017, je suis allée au concert des Piano Guys à l’Olympia avec une copine en master de musicothérapie, mais qui a déjà une sacrée carrière de pianiste et violoncelliste derrière elle. Elle est donc logiquement fan de ce duo piano-violoncelle américain qui pousse le vice d’allier les grands succès de la musique classique aux tubes du Billboard. Cela donne des barres de rire, mais aussi du pur génie, comme ce mash-up entre L’hiver d’Antonio Vivaldi et ce tube céphalophage (qui bouffe le cerveau, quoi) issu de la Reine des Neiges.

J’ai d’ailleurs remarqué une étrange fascination pour les One Direction, dont ils ont interprété Story Of My Life et Beautiful. C’est peut-être à cause de leurs gosses qui leur réclament ça avec des musiques de dessins animés, leur autre spécialité. Bref, avoir autant de talent et vouloir plaire en premier lieu à sa progéniture…

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Je me suis aperçue de quelque chose lors de ce concert : ces types passent pour des originaux à allier musique classique et mélodies pop. Mais en vérité, ce n’est pas si original que ça, si on regarde la musique telle qu’elle a été créée depuis une soixantaine d’années. En effet, beaucoup d’artistes rock ou pop ont carrément intégré ou réinterprété des grands airs de la musique classique dans leurs chansons. Serge Gainsbourg en premier lieu s’est fait le grand spécialiste des deux avatars de repompage de la musique classique.

– L’intégration du motif avec Initials B.B.

qui intègre en boucle au refrain un solo de cor (réinterprété à la trompette) du 1er mouvement Adagio – Allegro molto de la Symphonie n°9 en mi mineur « du nouveau monde » d’Antonin Dvořák.

– La réinterprétation avec Lemon Incest

qui réinterprète le thème principal de l’Etude n°3 en mi majeur « Tristesse » de Frédéric Chopin.

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Voyons maintenant quatre exemples de l’empreinte de la musique populaire à la musique classique.

Chopin/Manilow-Anderson

Version classique : Frédéric Chopin – Prélude n°20 en do mineur, op. 28 (1839)

Version pop : Barry Manilow – Could It Be Magic (1973)

Emprunts : l’introduction et le refrain de Could It Be Magic reprend la majorité du thème du prélude.

Petite histoire : Même si c’est Donna Summer qui l’a popularisée en 1975, elle n’est pas la première interprète de cette chanson qui a été popularisée en France par Alain Chamfort avec Le temps qui court (1975).

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Bach/Maurane

Version classique : Johannes Sebastian Bach – Le Clavier bien tempéré – Prélude en do majeur BWV 846 (1722)

Version pop : Maurane – Sur un prélude de Bach (1991)

Emprunts : le thème en entier

Petite histoire : on a plus tendance à entendre un Ave Maria dessus. Mais Maurane a décidé de faire appel à l’auteur Jean-Claude Vannier pour réinterpréter à sa façon ce classique parmi les classiques.

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Mozart – Shubert/Legrand

Version classique : – Wolfgang Amadeus Mozart – Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre K 364 – Andante (1779)

 Franz Schubert – Aus dem Wasser zu singen (1823)

Version pop : Michel Legrand – The Windmills Of My HeartLes Moulins de mon cœur (1968)

Emprunts : Michel Legrand a emprunté les deux premières phrases de chaque couplet aux deux premières phrases de chaque thème.

Petite histoire : Même si ce n’est évoqué nulle part, sans nulle doute que pour son lied, Schubert s’est largement inspiré de Mozart.

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Grieg/Cardona

Version classique : Edvarg Grieg – Peer Gynt – Dans l’antre du roi de la Montagne (1874)

Version pop : Jacques Cardona – Inspecteur Gadget (1983)

Emprunts : Le chant du refrain emprunte vaguement à la montée dans le thème. Mais j’avoue, quand j’ai vu la mention sur Wikipedia, je me suis dit

Petite histoire : Dans l’antre du roi de la Montagne est un morceau tellement culte qu’il sert beaucoup de transition ou d’introduction dans les albums de rock et de métal.

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Je n’ai évidemment pas parlé des samples ou de l’utilisation orchestrale pure dans les divers pans de la pop culture. Comme quoi, la musique classique n’a en vérité jamais été aussi actuelle.