8 chansons… interprétées par Jimmy Page en studio

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Jimmy Page, on est bien d’accord que c’est un musicien qui pète la classe. Guitariste légendaire de Led Zeppelin, on est d’accord que la musique du XXe siècle au n’aurait pas été la même sans ce morceau de bravoure (on ne critique pas ma deuxième chanson préférée de tous les temps) :

Bref, bien que le Mari est d’ores et déjà voué au feu éternel pour avoir ne serait-ce qu’avoir émis une once d’esprit de contrariété sur la discographie du groupe (en témoigne l’écoute TRÈS critique de Led Zeppelin III cet après-midi) et qu’effectivement, toute la carrière du groupe n’est pas écoutable avec le même plaisir, la maestria de Jimmy Page, quand il n’est pas rongé par l’héroïne, ne souffre pas de contradiction.

Malgré tout, la carrière de Jimmy Page ne se limite pas à sa collaboration avec Robert Plant, John Paul Jones et John Bonham. En effet, il quitte l’école pour la première fois à 14 ans, en 1958, pour fonder un groupe de skiffle. Il a même l’honneur de passer sur la BBC avec ledit groupe à l’époque :

Et regardez-moi ça comme il est boudet.

Led Zeppelin aussi ne vient pas de nulle part. En effet, c’est une suite logique des Yardbirds, groupe conséquent des années 1960 qui a vu comme guitariste soliste successivement Eric Clapton, Jeff Beck et… Jimmy Page. Comme la formation était fluctuante entre 1964 et 1968 (Jimmy Page y a même tenu la basse), lorsqu’il se retrouve tout seul dans le groupe en 1968 et qu’il doit encore un disque à la maison de disques, il embauche son collaborateur John Paul Jones à la basse. Pour le chant, Robert Plant a été conseillé, qui lui-même a embauché John Bonham.

Ce qu’on met moins en valeur, c’est que Jimmy Page a été l’un des musiciens studios les plus prolifiques des années 1960. Il a donc fait le tâcheron entre 1962 et 1969 et la liste des enregistrements où il a joué et/ou a participé d’une manière ou d’une autre ne sera jamais exhaustive, même à l’ère d’Internet. Jimmy Page a essayé lui-même d’en faire une liste sur son site Internet. Il est vrai qu’il était le joker de luxe des producteurs Shel Talmy, Big Jim Sullivan et Andrew Oldham, qui, pour des raisons de rentabilité, préféraient embaucher un guitariste chevronné pour des petits groupes plutôt que leur payer des séances supplémentaires de studio. Jimmy Page a donc enregistré des titres très obscurs, mais, à partir de 1964, s’est mis à jouer en studio pour des tubes en puissance et même pour des productions françaises. C’est donc ces chansons qu’on va découvrir aujourd’hui.

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1 – The Kinks – You Really Got Me (1964)

Même si, au final, la version éditée est bien celle où le guitariste attitré du groupe, Dave Davis, joue le riff légendaire, il existe des sessions de studio où Jimmy Page assure l’intérim à la guitare, si bien que beaucoup de personnes affirment que c’est lui qu’on entend sur le disque. Par contre, sa présence discographique pour le groupe est bien attestée en 1964 sur leur premier album et sur la face B de All Day And All Of The Night.

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2 – Petula Clarke – Downtown (1964)

S’il est admis que Jimmy Page joue sur ce titre et sur ses versions internationales, son rôle sur le titre est contesté, notamment au niveau du solo. En effet, le guitariste Martin Stone (Stone’s Masonery, Savoy Brown Blues Band…) revendique cette place. 55 ans après, et d’après les indications de Petula Clarke, il suffirait de voir dans les archives du studio Pye quel guitariste assurait le solo sur la deuxième prise qui a donc été sélectionnée comme prise finale.

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3 – Tom Jones – It’s Not Unusual (1965)

Sur ce tube devenu le morceau référence d’Alfonso Ribeiro, aka Carlton, Jimmy Page retrouve son mentor Big Jim Sullivan. Malgré tout, bien qu’il ait participé aux enregistrements finaux, le morceau n’est pas revendiqué sur sa propre liste de participations disponibles. On peut également croiser sur ce titre un jeune débutant de 18 ans aux claviers, Reginald Dwight, qui deviendra par la suite Elton John.

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4 – Michel Polnareff – La poupée qui fait non (1966)

Même si ce n’est pas la première fois qu’il enregistre avec un artiste français – il a déjà enregistré avec Eddy Mitchell durant l’année 1965 –, c’est sa contribution la plus notable pour un artiste français. Quand on entend La poupée qui fait non, tout le monde est persuadé que c’est le riff assez con sur trois accords que j’apprends à mes élèves de guitare. Mais la remasterisation du répertoire de Polnareff fin 2016 laisse entendre un jingle jangle à la guitare en arrière plan qui semblerait être le score enregistré par Jimmy Page.

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5 – Hermann’s Hermit – No Milk Today (1966)

Jimmy Page a fait partie des musiciens studio de Hermann’s Hermit depuis leurs débuts et arrêtera d’enregistrer pour eux juste après le tube qui les a fait percer, parce qu’il rejoignait les Yardbirds en tournée aux Etats-Unis. Sur ce titre signé Graham Gouldman, Jimmy Page collabore avec John Paul Jones, qui était l’arrangeur de la partie cuivres sur ce morceau.

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6 – Andrew Oldham Orchestra – The Last Time (1966)

Jimmy Page était non seulement musicien dans cet orchestre, mais surtout comme manager A&R sur le label fondé par ce producteur des Rolling Stones. Ayant le CD à la maison, mais n’étant mentionné nulle part la liste des musiciens, on peut légitimement penser que Jimmy Page a dû être mobilisé pour jouer dessus.

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7 – Johnny Hallyday – A tout casser (1968)

Précision : le 45 tours est sorti en 1968, mais tout a été enregistré en septembre 1967 entre Londres et Paris (car oui, Jimmy Page s’est déplacé pour faire certaines sessions pour Johnny Hallyday qui ont servi à la bande originale du film éponyme). Même si ça s’entend pas sur ce titre, les sessions de Jimmy Page lui ont permis de travailler la guitare à l’archet (sur Psychedelic notamment) et a permis au Taulier de se construire une image de hippie avec ces expérimentations musicales.

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8 – Joe Cocker – With A Little Help From My Friends (1968)

Sur cette reprise des Beatles, le claviériste Tommy Eyre a prodigué les arrangements (en changeant au passage la grille rythmique qui passe de 4/4 à 6/8) et a pensé que c’était une bonne idée que Jimmy Page joue dessus. A la batterie, on retrouve également la session rythmique de Procol Harum, B.J. Wilson. Malheureusement, ni Page ni Wilson ni même les choristes ne participent à la mythique version de Woodstock en 1969.

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J’espère vous avoir fait découvrir un autre aspect de ce musicien mythique et je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Discographie sélective : 1970, changement de paradigme

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Après une décennie marquée par, d’une part, les premiers mouvements de jeunesse générés par la popularisation de la musique rock, puis à l’engagement de cette même jeunesse dans diverses causes (la justice sociale, le pacifisme), 1970 a sonné comme l’arrivée à l’âge adulte des baby-boomers et donc de leurs premières désillusions face aux changements sociaux demandés. Alors oui, la société « avançait », notamment en ce qui concerne l’émancipation des femmes et l’intégration des minorités issues des anciens pays colonisés dans les diverses sociétés occidentales. Malgré tout, face à tout ce qu’il restait  à accomplir dans la société, on sent au début de cette décennie que le découragement commence à se faire sentir suite à l’échec du Flower Power.

Musicalement, on est dans la même veine de fin d’époque pour certaines « stars » des années 1960 (on voit ici la séparation d’un groupe et une suite de carrière pour plusieurs personnes) et d’une ère incertaine (d’où l’émergence de la musique métal pour compenser ce qui aurait pu sembler comme étant de la mièvrerie dans la musique rock), mais surtout pleine de morts emblématiques (Bourvil, Janis Joplin, Jimi Hendrix). De nouveaux paradigmes se mettent en place et nous plongent dans des abîmes de perplexité.

MALGRÉ TOUT, JE N’AI PAS SÉLECTIONNÉ :

Let It Be (parce que clairement, c’est une purge – pas merci, Phil Spector – et que le dernier album enregistré par les Beatles restera toujours ce miracle d’harmonie qu’est Abbey Road)

McCartney parce certes, Maybe I’m Amazed, mais il s’est loupé sur le générique de Popeye, et ça, ça te nique la réputation de ton album

John Lennon/ & Yoko Ono/Platic Ono Band parce que certes, Working Class Hero, mais Why. Why, vous me dites ? Baaaaah

–  Bitches Brew (parce que j’aime bien Miles Davis, mais dans les années 1950 et les années 1980, et que j’ai du mal à m’y intéresser entre les deux)

Morrison Hotel (parce qu’il est quand même super bizarre)

– N’importe quel album de Dylan (parce qu’il est devenu un fumiste)

Allez, c’est parti.

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1 – Simon & Garfunkel – Bridge Over Troubled Water (janvier)

Alors on commence au débotté par un quasi best-of d’un groupe en cours de séparation, puisque ce cinquième et dernier album du duo regroupe des chansons dont la plupart est sortie en singles durant toute l’année 1969. Comment expliquer la séparation de ce groupe qui évoluait ensemble depuis 1953 ? Il se trouve que Mike Nichols a proposé à Art Garfunkel un rôle récurrent dans une série qu’il tournant durant l’année 1969. Comme le rôle qui était dévolu à Paul Simon a disparu, cette séparation de huit mois a quelque peu éloigné les deux hommes. Résultat : Bridge Over Troubled Water à peine sorti, les deux hommes annoncent la séparation du duo. Malgré tout, cet album devient l’album le plus vendu à son époque (avant de se faire détrôner par le Dark Side Of The Moon de Pink Floyd en 1973) et obtient le Grammy Award du meilleur album en 1971. Même si la séparation du duo a été effective et que plus aucun album ne fut enregistré par la suite, Simon & Garfunkel se produisent sporadiquement en duo ou font une apparition récurrente dans les concerts de l’autre.

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2 – Crosby, Stills, Nash & Young – Dejà Vu (mars)

Supergroupe monté par quatre musiciens reconnus comme des têtes de con au sein de leurs groupes respectifs (The Byrds pour David Crosby, Buffalo Springfield pour Stephen Stills et Neil Young et The Hollies pour Graham Nash), la formation a déjà produit un premier enregistrement au format trio (sans Neil Young) en 1969. On aurait pu penser à un album chaotique quand on sait la propension des membres à se foutre dessus. Et bizarrement, si tout le monde a eu voix au chapitre avec des sonorités très tranchées, l’album est un bijou d’harmonie folk (parce que chacun est leader de sa chanson et interprète sa chanson). Une fois l’album en boîte, quand il fallut embarquer ce beau monde en tournée, ça n’a pas loupé : Stills s’est frité avec les trois autres et s’en est allé monter un autre groupe. Les trois à quatre membres ont par la suite enregistré tant bien que mal d’autres albums épars entre deux-trois trous de leurs carrières respectives. Mais si les réunions sont à chaque fois un succès musical, elles se terminent la plupart du temps par un pugilat.

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3 – Minnie Riperton – Come To My Garden (avril)

Avant de se faire connaître par son mythique Loving You (1974), où elle expose bien la potentialité des quatre octaves que couvrait sa voix, Minnie Riperton a commencé sa carrière dès 1962, à l’âge de 15 ans, en montant un groupe de filles. Suite à son passage dans le goupe de soul The Rotary Connection entre 1967 et 1970, elle enregistre ce premier album solo qui fut certes salué par la critique, mais boudé par le public. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir enregistré avec des mecs un minimum talentueux. On retrouve en effet de bons musiciens de jazz comme Phil Upchurch à la guitare et Ramsey Lewis au piano, mais surtout Charles Stepney à la production et Maurice White à la batterie, lesquels fonderont Earth Wind and Fire. Bref, je pense qu’il faut pencher une oreille dessus, parce que ça vaut le coup.

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4 – Barbara – L’aigle noir (mai)

Si elle connut ses premiers succès lorsqu’elle se mit à écrire à 28 ans, vers 1958, Monique Serf, dite Barbara, avait décidé en 1969 de prendre du recul suite à dix ans de succès ininterrompus sur scène. Malgré tout, ce ne fut pas l’occasion d’arrêter sa carrière, puisqu’elle remonte sur les planches dès 1970 pour le spectacle musical Madame qu’elle cosigne avec l’auteur Rémo Forlani. Comme c’est un échec, elle se lance dans l’enregistrement de son onzième album, qui contiendra l’un des plus grands « tubes » de sa carrière. La chanson-titre, bien qu’elle n’eut aucune explication de la part de la chanteuse, fait l’objet de plusieurs analyses : si, au regard de ses mémoires, le psychanalyste Philippe Grimbert y comprend une verbalisation de l’inceste qu’elle a subi, pour Patrick Bruel qui l’a reprise en 2015, il s’agirait d’exprimer son enfance perturbée par le régime de Vichy (puisque sa famille, juive, dut être déplacée plusieurs fois, cachée, séparée… L’aigle noir en question aurait été le symbole du IIIe Reich).

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5 – Black Sabbath – Paranoid (septembre)

Si le groupe de Birmingham mené par Ozzy Osbourne a déjà sorti un premier album éponyme au début de l’année 1970, ce n’est qu’avec ce deuxième album qu’ils contribuent à générer l’émergence chez le grand public du métal. Cet album se distingue en plusieurs points : tout d’abord, des titres comme Paranoid, War Pigs et Iron Man sont devenus de vrais classiques érigés en hymnes par n’importe quel groupe de hard rocker. D’autre part, l’album aborde des thématiques très sombres, entre dénonciation de la guerre du Viêt-Nam, le sentiment de solitude et les effets de la drogue. Enfin, l’album est un tour de force d’expérimentations techniques, entre le chant d’Ozzy Osbourne passé à la cabine Leslie sur Planet Caravan et les divers effets générés par la guitare de Tony Iommi.

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6 – Led Zeppelin – Led Zeppelin III (octobre)

En 1970, le groupe qui a explosé l’année précédente avec ses deux premiers albums et une tournée monumentale s’accorde un petit répit. Robert Plant et Jimmy Page, accompagnés de leurs conjointes et enfant ainsi que de deux-trois roadies, prennent le frais dans le Pays de Galles. Ils en profitent pendant un mois pour écrire ce troisième album, mais aussi de faire quelques réserves pour les albums suivants. Une fois toute l’équipe retapée, le combo enregistre dans un ancien hospice du Hampshire avec le studio mobile des Rolling Stones, puis à Londres. L’album se compose de deux ambiances différentes avec une face A très heavy (et qui s’ouvre avec Immigrant Song) et une face B qui mélange le style zeppelinien avec des phases acoustiques, voie que voulait explorer davantage Jimmy Page. Cette direction artistique a quelque peu désarçonné les critiques, certains comparant déjà Led Zeppelin à Crosby, Stills, Nash & Young, et Jimmy Page a fini par faire la gueule. Le public ne s’y est cependant pas trompé, puisque, dès sa sortie, un million d’exemplaires fut vendu rien qu’aux Etats-Unis.

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7 – David Bowie – The Man Who Sold The World (novembre)

Avec ce troisième album, composé avec l’aide Mick Ronson et Tony Visconti, David Bowie renouvelle ses recherches sur le plan musical. La musique y est moins folk que dans Space Oddity (1969) et plus tortueuse. Ceci est notamment dû aux distorsions de la guitare de Mick Ronson, comme en témoigne la chanson éponyme. Il aborde des thématiques allant de la science-fiction à l’occultisme en passant par la parapsychologie. Si cet album ne contribue pas encore à faire de David Bowie la légende qu’elle deviendra par la suite, il connut un regain de hype lorsque Nirvana reprit la chanson titre lors de son MTV Unplugged du 18 novembre 1993 (quitte à ce que Kurt Cobain planque une pédale wah-wah sur scène pour donner de l’effet à sa guitare, ce qui est contraire au principe de l’émission).

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8 – George Harrison – All Things Must Pass (novembre)

Longtemps éclipsé par John Lennon et Paul McCartney au sein les Beatles – au point que personne n’avait calculé qu’il avait sorti deux albums avant la séparation du groupe –, la surprise était donc grande dans le public quand on a vu qu’il était capable de sortir ce troisième album qui s’avère être un triple album (dans les formats de l’époque, il faut pas déconner, l’album fait à peine 1h10, mais ça suffisait pour en faire un triple album). Ces chansons ont été composées pour la plupart durant les sessions de l’album blanc et de Let It Be : il s’agit pour beaucoup de « déchets » proposés pour être intégrés à ces deux albums. Porté par le tubissime My Sweet Lord, il fut longtemps considéré comme étant le meilleur album d’un Beatle en solo, se payant le luxe d’être n°1 au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Produit par Phil Spector, se sont invités les meilleurs amis de George Harrison, à savoir mon Rico qui a ramené tout Derek and the Dominos, Ringo Starr, Billy Preston, mais aussi un percussionniste débutant qui s’appelle Phil Collins, quand Macca a été obligé de faire son disque tout seul comme un con.

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9 – Cat Stevens – Tea For The Tillerman (novembre)

Quatrième album de l’artiste britannique qui a alors 22 ans, c’est son deuxième album sorti en 1970 après Mona Bone Jackon qui contient My Lady D’Arbanville. Ces deux albums seront complétés par Teaser and the Firecat (1971), dans lequel est inclus Morning Has Broken, pour former un triptyque créatif détonnant. Pourquoi tant de créativité d’un coup ? Parce qu’après la sortie de son deuxième album, début 1969, il contracte la tuberculose qui l’immobilise pendant un an. Cette période fut propice à une longue introspection qui lui permit d’écrire énormément de chansons. Cette propension à l’introspection est également accentuée par le fait qu’il estime avoir été sauvé de la noyade dans sa vingtaine en priant. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il s’est converti à l’islam après avoir étudié les philosophies chinoises, la Bible et le Coran.

Revenons à Tea For The Tillerman : s’il contient les tubes Father And Son et Wild World, quatre autres chansons de l’album ont été utilisées comme bande originale au film Harold et Maude (1971).  

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10 – Derek & The Dominos – Layla And Assorted Love Songs (décembre)

Eric Clapton, qui est donc passé par les Yardbirds, Cream, Blind Faith, décide de devenir simple guitariste pour le duo américain Delaney & Bonnie en 1969 pour ne plus se prendre la tête. Malheureusement, il joue aussi avec des Beatles en concert, dont le fameux sidekick  George, le duo lui fait donc la gueule. Qu’importe : il débauche à l’été 1970 les musiciens de Delaney & Bonnie pour fonder Derek and The Dominos. Tout ce petit monde va enregistrer un album à Miami avec le guitariste Duane Allman, qui double Clapton sur la plupart des morceaux. Cet album unique du groupe – un deuxième a commencé à être enregistré, mais le groupe s’est séparé – est en fait un album de Clapton en mode canard. En effet, George Harrison possède SA femme, Pattie Boyd (qu’on peut donc appeler compensation œdipienne – merde, regardez Life in 12-Bars !), et Clapton fera tout pour la conquérir, y compris recomposer Something à l’envers (Bell-Bottom Blues) et faire un rock endiablé sur un poème persan (Layla). C’est aussi l’occasion de reprendre Little Wing de Jimi Hendrix, qui était très copain avec Clapton, mais celui-ci mourra avant d’avoir entendu la reprise. Super album, super groupe, on pourrait dire, mais malheureusement, touché par la grosse guigne : Duane Allman meurt d’un accident de moto en 1971, le bassiste Carl Radle meurt en 1980 de problème rénaux dus à la drogue, le batteur Jim Gordon a tué sa mère en 1983 et végète depuis en hôpital psychiatrique où il est traité pour schizophrénie.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales !

10, 20, 30, 40, 50 : la classe 0 en musique

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Joyeuse année 2020. Qu’elle soit musicale, pleine de découvertes et de surprises. En ce qui me concerne, je vais continuer ma pratique hédoniste de la musique – merci mes pré-retraités de collègues qui ont décidé de se faire un kif avec moi avant de reprendre une deuxième carrière de bluesmen  de luxe dans leurs divers groupes respectifs.

Qui dit année 0 dit changement de chiffre et pas forcément changement de décennie. Malgré tout, nous allons enfin abandonner dans les reviews de la sorte les années 1960 qui correspondait en gros à l’enfance et l’adolescence de mes parents (puisque mon père a eu 18 ans en 1970) pour commencer la review avec la décennie qui a vu naître ma sœur.

Force est de constater que, si nous idolâtrons avec le Mari la musique des années 1960, le Mari a un souci avec tout ce qui est phénomène culturel et social dans les années 1970 – décennie de décadence morale selon lui. Perso, je trouve qu’il y a eu des trucs quand même cool comme le punk, le disco, la légalisation de l’IVG en France ou certains écrits féministes fondateurs. Mais c’est sûr, il n’y a plus les Beatles, les Rolling Stones commencent à faire du caca et la soul made in Motown & Stax a l’air moins intéressante.

On va aussi devoir aborder l’année 2010, et du haut de mes 27 ans, je commence à ne plus vouloir m’intéresser à la musique populaire et à vivre sur mes souvenirs. Oui, je suis devenue une vieille conne dès lors que je me suis mise à travailler et à pouvoir payer sur mes propres deniers mes propres objets culturels. Nom de Dieu que la vie est mal foutue.

Allez, c’est parti !

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1970 : 50 ans après

Chansons écoutables

Version française : Barbara – L’aigle noir

Quand il fallut chercher une chanson française intemporelle pour l’année 1970, outre du Joe Dassin, du Dalida ou n’importe quel yéyé random alors en perte de vitesse, je m’avouais fort dépourvue, d’autant plus que je subissais les remontrances du Mari derrière moi. Quand soudain, je suis tombée sur cette chanson intemporelle de Barbara, que nous croyions plus ancienne encore. Outre une orchestration pas si ancrée dans son époque – si ce n’est que le phasing de la batterie trèèès en vogue à la fin des années 1960 et au début des années 1970 en France, ce qui permet donc d’être moins vague sur la datation du morceau –, ce grand texte poétique qui raconte une histoire très traumatisante (la chanteuse raconte donc ses viols répétés par son père, ambiance) avait tout pour devenir un hymne dépassant l’effet générationnel. Et pourtant, ça sortait en face de divers morceaux de Polnareff, ce qui n’est pas rien.

Version internationale : Black Sabbath – Paranoid

Là aussi, il aurait été facile de faire en sorte de choisir des morceaux de fin de règne, mais j’ai justement pensé qu’il aurait été préférable de penser 1970 avec un morceau synonyme de renouveau. Paranoid, marquant la naissance du heavy metal aux yeux du grand public, était donc tout indiqué pour cette thématique. Même si ça ressemble beaucoup à Born To Be Wild de Steppenwolf sorti genre deux ans avant et que Led Zeppelin avait sorti genre deux albums mythiques l’année précédente, la culture populaire a préféré se concentrer sur l’irruption de Black Sabbath qui avait une iconographie beaucoup trop sombre pour l’époque plutôt que sur des vieux hippies désabusés. Malgré tout, comme pour L’aigle noir, ça me fait très mal aux fesses que Paranoid ait déjà 50 ans, preuve que la chanson est intemporelle.

Chansons inaudibles

Version française : Mike Brant – Laisse-moi t’aimer

Puisque les yéyés étaient donc en fin de cycle, ils ont donc décidé de produire ce genre de petites horreurs pour continuer à truster les esprits français. C’est donc sous la houlette de Sylvie Vartan et de son impresario… Carlos [certes] que le jeune Moshe Brand, 22 ans, repéré dans un cabaret parisien, se fait écrire un morceau qu’il retranscrit en hébreu pour pouvoir l’enregistrer. Ce sera Laisse-moi t’aimer et ce sera un immense succès. 50 ans après et 45 ans après le suicide du chanteur, si toutes mes tatas entre 55 et 70 ans mouillent encore à la seule évocation de Moshe, devenu Mike, les générations ultérieures ont compris qu’un chanteur beau gosse et dépressif se devait d’être à la mode, en témoignent les millions de pisseuses millenial qui s’émeuvent à chaque suicide de chanteur de K-Pop random.

Version internationale : The Beatles – The Long And Winding Road

Ceci est la raison pour laquelle la séparation des Beatles est une bonne nouvelle et que George Martin n’aurait jamais dû lâcher l’affaire. Outre que l’album en entier est réellement infâme dans n’importe quelle version – et ne venez pas me dire que Phil Spektor a amélioré quoi que ce soit –, ce morceau composé par Macca est juste une vraie épreuve tant à enregistrer qu’à écouter. À enregistrer, parce qu’on voit clairement Ringo au 36e dessous et Lennon en totale roue libre à la basse (d’où « l’idée » de Spektor de foutre un orchestre éléphantesque pour cacher la misère), et à écouter parce que la version naked contient à froid tous les pains possibles. Et ça me fait chier que ce soit leur ultime single et succès.

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1980 : 40 ans après

Chansons écoutables

Version française : Trust – Antisocial

AKA la chanson française la plus puissante de tous les temps et de surcroît un véritable hymne familial chez mon cher tonton qui l’a transmise en héritage à mon filleul qui est également son fils. Si vous voulez vous la péter en soirée, pensez que les chœurs à la fin du morceau ont été interprétés par… les patrons de Sony France, puisqu’il était plus de 21h et que plus personne n’était dans les bureaux. Je trouve cette anecdote, rapportée par Philippe Manœuvre, absolument délicieuse, étant donné le contenu de la chanson. Mais Antisocial se paie le luxe de ne pas être une chanson isolée, puisqu’elle s’intègre parfaitement dans le deuxième album du groupe, Répression, dont il existe une version anglaise travaillée avec Bon Scott, le premier chanteur d’AC/DC, avant son décès en février 1980. Ce deuxième album contient également beaucoup de « tubes » du groupe tels que Saumur, Fatalité, Monsieur Comédie ou Le Mitard, basé sur le témoignage de Jacques Mesrine, abattu quelques mois avant l’enregistrement de l’album.

Version internationale : Stevie Wonder – Master Blaster (Jammin’)

C’est à ce moment précis que j’ai dû m’enfermer dans une pièce à part de l’appartement, car le Mari a ressenti le besoin de me foutre ses références à la gueule. Sachant qu’il ne voit les années 1980 qu’à travers le prisme de la cold wave et que mes années 1980 étaient quand même bien plus colorées que les siennes, trouver une chanson internationale « intemporelle » pour 1980 a tourné au pugilat quand il m’a interprété A Forest de The Cure au stylophone. C’est donc au fond de mon lit que je vous présente une tentative réussie de Stevie Wonder de faire du son jamaïcain. Le problème étant que Stevie étant Stevie, à savoir un prescripteur sonore et artistique, Master Blaster a ouvert la voie à des milliers d’artistes pour faire du son caribéen pour touriste américain sous perfusion de capitalisme. Ca a donné des horreurs comme Reggae Night de Jimmy Cliff ou All Night Long de Lionel Richie.

Chansons inaudibles

Version française : Jairo – Les jardins du ciel

Encore une fois, je pioche comme chanson française honnie une chanson interprétée par un non-francophone. Ici, c’est un chanteur argentin qui a déjà une trentaine d’années, dont dix de carrière en Argentine d’où il dut fuir suite à un projet d’adaptation de textes de Borges – ça déconnait pas, la junte militaire. Il se fait donc connaître en France en chantant Cucurrucucu Paloma avec Nana Mouskouri en 1977, mais son plus gros succès, il le connaîtra avec cette reprise de Sun Of Jamaica du groupe allemand Goombay Dance Band, sortie la même année et tout aussi inécoutable.

Version internationale : Barbra Streisand – Woman In Love

On est bien d’accord que cette version originale de la diva Barbra est certes de la soupe, mais elle reste davantage supportable que la version française enregistrée la même année par, je vous le donne en mille : Mireille Mathieu.

Avouez que ça faisait plusieurs années que je n’avais pas tapé sur la demoiselle d’Avignon, mais cette review m’en donne l’occasion, par conséquent, pourquoi s’en priver ?

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1990 : 30 ans après

Chansons écoutables

Version française : Niagara – J’ai vu

Les Rennais qui ont littéralement surfé sur la deuxième moitié des années 1980 entament la nouvelle décennie sur les chapeaux de roue en déménageant à Paris. Cela se traduit par un virage très rock alors qu’ils étaient plutôt standard pop et des textes très engagés. J’ai vu, comme le fait remarquer le Mari – qui est donc revenu à des paroles plus pertinentes – marquent la bascule entre différents conflits. En effet, en 1990, nous connaissons la fin de la Guerre Froide et des conflits armés en Afghanistan et au Liban, vite remplacés dans l’actualité par les guerres du Golfe (raison pour laquelle la chanson était en censurée à la radio en 1991) et de Yougoslavie.

Version internationale : Eros Ramazzotti – Se bastasse una canzone

Eros pète tellement la classe, sauf quand il parle de l’adoption des homosexuels, mais comme dirait le penseur post-moderne Frédéric Molas :

Bref, j’ai préféré choisir Se bastasse una canzone comme chanson internationale emblématique de 1990 face à Enjoy The Silence de Depeche Mode, parce que oui, cette chanson est iconique. Tirée de son cinquième album, In ogni senso, le succès que la chanson rencontre en Europe permet à Eros Ramazzotti de se faire repérer par des producteurs américains et de faire une tournée aux Etats-Unis, passant même dans le show de Jay Leno. Malgré tout, il fut vite déçu malgré avoir joué à guichets fermés au Radio City Music Hall de New-York, car il a essentiellement joué devant des descendants d’immigrés italiens. Comme si Linda de Souza faisait un triomphe à Pontault-Combault.

Chansons inaudibles

Version française : Patrick Sébastien – Le Gambadou

Parmi les comiques français à l’humour discutable qui ont sorti des singles en 1990, on a eu quand même une immense concurrence avec ça, Bo le lavabo de Lagaf’ et A toutes les filles du duo Barbelivien/Gray. Mon choix s’est porté sur ce morceau car non seulement c’est clairement pas terrible, mais j’ai trèèèès honte de connaître ça par cœur trente ans après. Bien échauffée en soirée, je saurais même vous faire la chorégraphie. Et dire que j’ai donné des leçons de bon goût pour la playlist de mon mariage. Je me dégoûte. En rédigeant cet article, je me suis aperçue que cette chanson est une adaptation de la chanson I’m Into Folk du groupe belge The Radios (1988).

La chanson est elle-même l’adaptation d’une mélodie irlandaise du XVIIIe siècle, The Irish Washerwoman.

Vous lèverez les jambes moins cons la prochaine fois que vous serez bourrés et vous me remercierez.

Version internationale : Chico et Roberta – Frente a frente

Parce que ça ne suffisait pas de faire saigner le frevo et toute la culture brésilienne avec la Lambada, les producteurs de Kaoma ont décidé de prendre le petit couple de danseurs tout choupi du clip et de leur faire enregistrer la Lambada à l’envers. Ca donne ce « tube » de l’été 1990 et heureusement que la blague a tourné court. En effet, pour cause d’une poussée d’hormones trop importante, le duo se sépare en 1993 (alors qu’ils sont respectivement âgés de 16 et 14 ans) et aucun des deux n’est tombé dans la drogue. En effet, Chico est pasteur et Roberta est vétérinaire, mais l’honneur est sauf, ils sont toujours potes.

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2000 : 20 ans après

Chansons écoutables

Version française : Florent Pagny – Châtelet-Les Halles

Mais putain, c’est une bouse, cette chanson ! En plus, c’est pas Châtelet-Les Halles dans le clip, c’est Porte des Lilas !

Bref, j’ai ENORMÉMENT écouté Châtelet-Les Halles comme album français de 2000, en concurrence avec Marcher dans le sable de Gérald de Palmas et Seul de Garou. Alors oui, j’avoue qu’on peut me reprocher une écoute de variété française pas super-qualitative à l’époque, mais force est de constater que c’est ce qui passait en français sur Europe 2 et RTL2. Mais surtout, en fait, je n’écoutais pas tant de variété française que ça, puisque j’étais encore dans le trip son anglais et techno germano-belge.

Version internationale : Eminem – Real Slim Shady

Parmi le nombre de chansons que j’ai écoutées jusqu’à l’écœurement l’année de mes 17 ans, celle-ci est celle qui me file le moins de boutons. Parce qu’entre les chansons que je trouvais objectivement pourries (je vous regarde, Britney, Christina et Beyoncé) et les chansons qui ont fini par me sortir par les orbites (le Mari avait porté son choix sur Stan du même Eminem, mais sa simple évocation me file la nausée), j’avoue que le changement de millénaire ne m’a pas gâtée en termes de nouveaux sons.

Chansons inaudibles

Version française : Philippe d’Avila, Damien Sargue & Gregori Baquet – Les rois du monde

A la jonction des années 1990 et 2000, il y eut une vraie invasion des comédies musicales suite au succès de Notre-Dame de Paris by Plamondon & Cocciante. En cette année 2000, il y a eu deux comédies musicales qui se sont distinguées. Les mille et une nuits d’Ali Baba avec des compos tellement merdiques qu’elle en est restée confidentielle, et pourtant, Tu me manques depuis longtemps a fortement marqué le Mari. Et puis Romeo & Juliette, de la haine à l’amour, qui a eu beaucoup plus de succès, et qui a par conséquent été bien plus nocive dans la mémoire collective. Je m’excuse : Les dix commandements datait aussi de 2000, mais j’étais plus réceptive à la musique et à l’histoire.

Version internationale : Britney Spears – Oops ! I Did It Again

Et oui, elle l’a refait. Et à l’image de son premier album qui contenait … Baby One More Time, ce deuxième opus m’a vrillé mon cerveau plein de techno. En même temps, une fille d’à peine 18 ans qui te balance avec une voix de pouffiasse qu’elle n’est pas si innocente, heureusement qu’on était avant le phénomène Me too et que Bernard Pivot pouvait encore balancer des saillies avec Gabriel Matzneff. Parce que dans la même période, on a eu Moi Lolita avec une Alizée qui n’avait que 15 ans aux commandes. C’est là où on se dit qu’heureusement que les choses ont évolué en vingt ans.

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2010 : 10 ans après

Chansons écoutables

Version française : Gaëtan Roussel – Help Myself (Nous ne faisons que passer)

Après avoir monté les combos Louise Attaque et Tarmac, après s’être lancé dans la composition et la production pour d’autres artistes (notamment avec le sublime Bleu Pétrole de Bashung), après avoir fait des musiques de films pour Benoît Délépine et Gustave Kervern, Gaëtan Roussel a décidé de signer un premier album sous son nom propre avant la quarantaine, Ginger, sorti en mars 2010. Le single Help Myself (Nous ne faisons que passer) lui permet d’acquérir un succès populaire et divers prix. Découvrir Gaëtan Roussel en solo a été pour moi une révélation car il me faisait chier avec Louise Attaque et je trouvais les média trop frileux quant à Tarmac (que je trouvais musicalement plus cool que Louise Attaque).

Version internationale : Aloe Blacc – I Need A Dollar

Si Egbert Dawkins III commence sa carrière musicale dès l’âge de 16 ans en fondant en 1995 son combo de rap Emanon, il ne se fait connaître qu’en 2010 avec ce tube issu de son deuxième album solo. Dès sa sortie, ce titre est choisi pour être le générique de la série HBO How To Make It In America. Alors qu’il jouissait d’un succès d’estime aux Etats-Unis, ce succès lui permis de faire des collaborations à l’international, comme le tube Wake Me Up avec le DJ suédois Avicii (2013) ou le projet français de jazz Roseaux depuis 2012.

Chansons inaudibles

Version française : Zaz – Je veux

Isabelle Geffroy se fait remarquer dès son enfance à Tours au cabaret Chez Nello. Armée d’une solide formation musicale, elle commence sa carrière à 21 ans, en 2001, dans un groupe de blues, puis dans un quintet de jazz. Les années 2000 sont l’occasion pour elle de toucher à tout, même au hip-hop. C’est dans ce contexte qu’elle répond à l’annonce de l’auteur-compositeur Kerredine Soltani qui cherche en 2007 une chanteuse à voix rauque pour sa chanson Je veux. Malgré tout, la chanson ne sera enregistrée qu’en 2010, avec l’argent qu’elle gagna avec le tremplin Génération de France Bleu en 2009. Si la chanson vilipende la société de consommation, cela ne lui empêche pas de bénéficier d’un matraquage massif durant l’été 2010 sur TF1. Et c’est ainsi qu’une chanson qui était moyenne a fini par me taper sur le système, au point que j’ai adhéré à des groupes FB Zaz, je veux… que tu fermes ta gueule !

Version internationale : Justin Bieber – Baby

Si le mec le plus insupportable de la décennie 2010 se fait repérer dès l’âge de 14 ans, en 2008, et sort son premier single l’année suivante, c’est précisément Baby qui le fait connaître à l’international alors qu’il n’a pas fêté son 16e anniversaire. Le clip devient le plus consulté sur Youtube, avant qu’il ne soit détrôné en 2012 par le Gangnam Style de Psy. C’est en m’apercevant du succès gargantuesque de ce titre aussi vide que les c*uilles de Manuel Ferrara que je me suis dit :

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Introspection musicale avant l'année 0

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Depuis ma naissance il y a bientôt 37 ans, j’ai connu trois années 0 et je vais connaître la quatrième dans quelques jours. J’ai remarqué que les décennies où j’ai pris conscience de mon développement – c’est-à-dire les années 1990, 2000 et 2010 – ont toutes le même schéma : une année 0 en pétarade, des années de 1 à 5 émotionnellement très éprouvantes et les cinq années suivantes pour m’en remettre. Et je pense que ça a aussi à voir avec mes changements de dizaines d’années en âge et les deux années suivantes qui sont généralement pas top.

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Bref, j’attends 2020 avec impatience. Pourquoi ? Parce que comme en 2010, comme en 2000, comme en 1990, j’espère que des accomplissements de vie vont s’amorcer. Mettons en parallèle les années 0 dans mon existence :

  •  À l’âge de 7 ans, je prends l’avion pour la première fois direction l’autre bout du monde, et ce n’est pas rien. Je découvre à la fois des paysages paradisiaques et d’autres qui le sont moins, des fruits délicieux et des trucs consommables à l’aspect bizarre, des couchers de soleil, des bancs de poissons multicolores, des cascades dans la roche, une p*tain de conjonctivite, une peau tellement bronzée associée à des cheveux tellement épais, longs et noirs qu’une dame au retour a demandé à ma mère si elle m’avait adoptée sur place, et enfin l’Euromarché de Papeete que ne renierait pas l’aménagement actuel du gros Tang Frères de l’avenue d’Ivry. Bref, pour une première introduction aux voyages exotiques, croyez-moi que j’ai été dépaysée.
  • À l’âge de 17 ans, je vis l’été de tous les possibles avec l’obtention de mon baccalauréat, les soirées de lycéens chez Cecco, cette semaine complètement folle à quatre copines qui est allée de mon inscription à la fac jusqu’à Brest et ses expositions de bateaux, cet improbable mois allemand, mes premières soirées étudiantes et j’en passe. Bref, une sacrée année.
  • À l’âge de 27 ans, je commence ma décennie en prenant ma première décision mature sur le plan sentimental, je loue mon premier appartement avec mon propre salaire et je « savoure » la finalité de mon premier projet professionnel d’envergure. De surcroît, je rencontre la Siamoise, ce petit bout de femme qui m’a tant fait évoluer.

Même si je sais que j’arrive à un âge vénérable où, si les cycles de vie se perpétuent, c’est qu’on n’arrive pas à avancer en tant qu’adulte, j’avoue que 2020 me thrille déjà bien quand je pense aux projets que l’on a déjà établis avec le Mari. Et même si, fin 2009, j’avais déjà des projets professionnels et personnels bien en place qui m’attendaient en 2010, je ne me souviens pas, d’une part, être aussi sereine dans mon existence, d’autre part aussi enjouée concernant l’année 0 en devenir.

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Passons maintenant cette décennie 2010 au crible des chansons et des souvenirs qui l’ont émaillée.

2010

Après donc une année 2009 émaillée de concerts, de voyages en Italie et en Irlande, de vie de couple neuneue et de signature de CDI, 2010 aura donc été celle du retour au célibat, de la première grande réalisation professionnelle donc, et du premier ratiboisage de cheveux au grand dam de ma mère. C’est l’année du rendez-vous manqué avec The Gossip, dont l’album Music For Men tournait en boucle dans tous mes supports, et ce, malgré deux concerts programmés à Paris dans l’année. Par contre, j’ai pu offrir un joli cadeau à ma sœur en la faisant retrouver Skunk Anansie au mois de septembre, merci Oüi FM déjà à l’époque. Mais surtout, je vivais ma première fête de la musique en tant que musicienne et croyez-moi que ce fut épique.

La chanson : Mark Ronson & Business INTL. Feat Miike Snow & Boy George – Somebody To Love Me

J’avais participé au projet Orange Rock Corps en me gelant le cul un après-midi d’automne à « nettoyer » le parc interdépartemental du Val-de-Marne. Le principe était le suivant : tu participais à une action d’utilité publique proposée par Orange – et j’étais mal tombée, croyez-moi – et tu assistais à un concert gratuit organisé au début du mois d’octobre 2010 au Zénith. J’avais donc vu VV Brown (totalement disparue de la circulation et c’est bien dommage), Sexion d’Assaut (certes), N.E.R.D. (sympa) et donc Mark Ronson qui a déterré Boy George du saloir pour un projet plutôt cool.

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2011

De nouvelles aventures sentimentales qui ont fait long feu (le temps d’un été donc) m’ont fait explorer des univers musicaux qu’il n’aurait pas fallu ne serait-ce qu’effleurer – assumerai-je un jour m’être extasiée une nuit de printemps sur un banc de l’arrêt de bus du 76 à Châtelet sur Van Der Graaf Generator ? Bref. C’est aussi une année qui a soldé une partie de l’héritage musical de mes années 2000, entre le décès prématuré d’Amy Winehouse et le suicide artistique de Coldplay, choses dont je me remettrai jamais (comme le fait d’avoir écouté du Peter Gabriel en allemand, décidément, mon cher galant s’est révélé être un monstre). Enfin, c’était l’époque où je rôdais mon attitude de vieille connasse et où je disais pis que pendre sur Lana Del Rey, dont j’ai dû réévaluer la qualité artistique à la hausse à la lumière d’une production by Dan Auerbach, mais on y reviendra en temps voulu. Et grâce à Orelsan et 1995, je me remets au rap de manière insidieuse.

La chanson : Metronomy – The Bay

Je résumerai donc mon année 2011 musicale à The English Riviera, deuxième album du groupe offert part le galant de l’époque après une avant-première cauchemardesque de Melancholia de Lars Von Trier où je dus en être évacuée manu militari. Preuve que, s’il avait des goûts qui n’étaient pas en accord avec les miens et que notre couple a vite divergé, il pouvait aussi avoir un cœur.

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2012

Ambiance fin du monde (qui était prévue le 21 décembre) et fin d’époque. J’ai 29 ans, âge où ma mère m’a conçue, donc je me pose beaucoup de questions sur ma vie. Arriva cet accident qui, avec le recul, chamboula ma vie entière en faisant remonter certains traumatismes. C’est l’une des années qui me sera le plus difficile de résumer, tant après deux années personnelles assez remplies, le fait d’avoir l’occasion de faire un bilan de ma vie est compliqué à gérer. Si je devais retenir un bilan musical de l’année, c’est la fameuse année où je me suis garantie d’aller voir au moins un concert par an avec la Siamoise, tradition que j’ai tenue jusqu’en 2017. L’année 2012 marque enfin ce moment merveilleux de ma vie où j’ai pu interpeler des animateurs radio via Twitter et où j’ai pu rencontrer des personnes avec les mêmes goûts musicaux que moi. Je vous assure, encore 7 ans après, que ça a changé ma vie.

La chanson : Foster The People – Pumped Up Kicks

Pas de Gangnam Style, pas de Muse, pas de chansons parlant de l’apocalypse maya ni même les deuxièmes albums de The XX ou de Charlie Winston, mais une chanson qui a vraiment marqué l’époque à base d’une mélodie mélancolique et d’un sujet absolument dégueulasse (en gros, on parle de chanteurs qui se mettent dans la peau de tueurs de masse dans un lycée). Alors OUI, je sais que c’est sorti en 2011, mais ça a rythmé toute mon année 2012, voilà.

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2013

30 ans, la réalisation d’un de mes plus grands rêves de voyage – n’importe où en Asie, ç’aurait dû être le Vietnam ou le Japon, mais ce fut Singapour et Bali, ce fut quand même cool –, une grosse crise existentielle pendant l’été, QUAND SOUDAIN.

Depuis, force est de constater que ma consommation musicale a changé, que ce soit en termes de quantité ou de qualité. Car oui, ce n’est pas facile de partager la vie avec un homme, certes trèèèès cultivé en termes de musique rock et folk, mais extrêmement obsessionnel. J’en veux pour preuve qu’on a décortiqué ce lundi 30 décembre 2019 les BluRay inclus dans le coffret de l’album Imagine de John Lennon, parce que c’était nécessaire d’écouter le mix quadriphonique ou les constructions de studio d’un album que je connais déjà par cœur. Je me trouvais pédante dans ma jeunesse, je le suis devenue davantage aux côtés de mon Mari.

La chanson : Jake Bugg – Seen It All

Si je devais choisir une seule chanson pour 2013, j’aurais l’embarras du choix, tant le fait d’écouter en boucle Oüi FM a largement développé mon univers musical à l’époque. Mais je choisis cette chanson qui là aussi allie mélodie « guillerette » et sujet dur (un mec qui vit de petits larcins se voit pénétrer dans la propriété d’un grand nom du banditisme où il se fait tuer) parce que je la chantais en boucle avec le Mari à nos débuts. Depuis, nous nous sommes pris d’affection pour cet artiste au point d’encore suivre sa carrière à l’heure actuelle.

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2014

Annus Horribilis. Je porte le deuil de mon père, ainsi que de ma carrière dans l’édition, alors qu’elle avait commencé sur les chapeaux de roue entre mes fiançailles, l’achat de mon appartement et un projet professionnel en béton. Musicalement, je suis ce qui se passe à la radio et je commence avec la vie commune à comprendre que je ne pourrai plus me contenter d’écouter simplement une chanson. Je dois désormais TOUT savoir sur la chanson, qui l’a enregistrée, comment elle est née, comment elle a évolué… J’ai ainsi découvert que je ne connaissais rien des Beatles. Et pourtant, les Beatles.

La chanson : Hozier – Take Me To Church

Parce qu’il fallait une chanson poisseuse pour résumer cette année où mon monde s’est écroulé, et qu’il était impossible d’associer Prayer In C de Lily and the Prick feat. Robin Schulz et encore moins Sky In The Star de Coldplay – quand je disais pour 2011 que je ne m’étais jamais remise de leur suicide artistique, je ne déconnais pas. Budapest de George Ezra et Curucucu de Nick Mulvey passaient trop en boucle et je ne comprenais pas la hype autour de Christine And The Queens et Frero Delavega. Hozier, en faisant une chanson vraiment mélancolique avec un clip correspondant mêlant des thématiques brûlantes, a vraiment tout étudié pour fait pour faire un hold-up sur 2014.

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2015

Après une année aussi catastrophique que la précédente, il fallut se réinventer. C’est ce que j’ai fait en me mariant, en me produisant devant 80.000 personnes (mais avec 500 personnes avec moi) et en devenant fonctionnaire, et ce dans un contexte général anxiogène fait d’attentats. Je devais voir certaines idoles – les Foo Fighters en l’occurrence –, mais ce fut l’occasion de faire plaisir au Mari en voyant Noel Gallagher par deux fois. Mon vrai kif musical s’est déroulé en fin d’année, quand j’ai réussi à voir Laurent Voulzy, dont j’adore le répertoire depuis ma plus tendre enfance.

La chanson : Francis Cabrel – Partis pour rester

Le grand Francis, pour son retour, a signé une chanson sur l’amour à l’épreuve du temps tellement puissante que je l’ai citée dans mes vœux d’union. Il ne fallait pas m’en demander trop niveau nouveautés pour l’année 2015 car : 1. Il fallait me rétablir psychologiquement et émotionnellement, c’est donc passé par le réconfort et les vieilles marottes musicales 2. Je ne me suis mise à réécouter la radio que lorsque j’ai retrouvé du travail, donc à partir de septembre 2015. J’aurais pu citer sans ça Go des Chemical Brothers, He Is de Ghost ou encore Just Need Your Love de Hyphen Hyphen, voire The Avener. Mais Francis FTW.

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2016

C’est une année de relatif repos et de consolidation des acquis après deux années personnelles très très pleines. Ca tombe bien, parce que, musicalement, 2016 aura été une année où la pop culture aura été extrêmement éprouvée, en commençant dès le 28 décembre 2015 avec la mort de Lemmy Killmister. Qui aurait pensé qu’on allait perdre dans la même année Michel Delpech, David Bowie, Prince, Leonard Cohen, George Michael, j’en passe et des meilleures ? 2016 aura vu aussi des retours pétés – le Mari rigole encore du retour des Stone Roses et je me facepalm de celui des Rolling Stones – et de petits trucs fondants.

La chanson : Rag’N’Bone Man – Human

Qui dit donc année « calme » – j’ai quand même changé de poste à mon corps défendant – dit réflexion sur ma vie. Et quoi de mieux que cette chanson qui invite à relativiser sa place dans le monde pour caractériser mes réflexions.

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2017

J’ai repris des forces et je me mets donc à vouloir évoluer professionnellement, ce que je fais laborieusement durant l’été. J’arrive ENFIN à voir les Foo Fighters au mois de juillet – ce qui va bien avec mon trip régressif à base de j’ai 2*17 ans – et je me réconcilie durablement avec Radiohead suite à la sortie d’OK Computer OKNOTOK, à savoir un add-on de l’album original avec des titres non retenus. Et puis des légendes de la musique ont disparu, que ce soit, Johnny Hallyday, Chuck Berry, Chris Cornell (Soundgarden/Audioslave), Tom Petty ou Chester Bennington (Linkin Park). 2017 a aussi marqué l’explosion d’Ed Sheeran, qui est moins guimauve mais tout aussi relou que James Blunt à son époque à force de se retrouver dans tous les bails (et pourtant, je me surprends à aimer Ed Sheeran au premier degré).

La chanson : Noel Gallagher’s High Flying Birds – Holy Mountain

Chanson tellement emblématique de l’année qu’elle est devenue la sonnerie de portable du Mari, elle désigne pour notre couple la victoire par K.O. du grand frère sur le petit qui sortait son premier véritable album solo durant la même période. Noel Gallagher a de surcroît accompli cet exploit tout en reformant quasiment Oasis et en recrutant une Française arty partie faire carrière outre-Manche pour faire des percus avec une paire de ciseaux. Elle a été mise en concurrence avec Hearts That Strain de Jake Bugg (qui a essuyé les lazzi de la critique sur ce quatrième album qui n’en méritait pas autant), Run de Foo Fighters (qui était un choix plus personnel), Perfect d’Ed Sheeran (quand je décide d’être neuneu) et I Promised de Radiohead (quand je vous dis qu’OKNOTOK m’a réconciliée avec le groupe).

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2018

Qui dit GROSSE réalisation personnelle – en gros, l’enregistrement de mon album –, dit combo de mauvaises surprises de la vie – un accident de bus qui, comme d’habitude, m’oblige à réfléchir à mon rapport au corps et le deuil d’une personne très importante dans ma vie. 2018 n’a donc pas été de tout repos, mais heureusement qu’on est à la mi-décennie en termes d’âge, ça permet de faire passer la pilule plus vite. J’ai de surcroît la bonne idée de rester professionnellement stable pour au moins cinq ans, ça me permet de me consacrer davantage à ma vie personnelle. Comme j’ai 35 ans, les découvertes musicales d’envergure ne se font pas forcément instinctivement, on va dire, mais grâce aux élèves et aux collègues plus jeunes que je côtoie.

La chanson : Aya Nakamura – Djadja

J’en connais un qui va me pourrir de ne pas avoir mis Greta Van Fleet comme découverte majeure de 2018, mais comme je lui signifie depuis le début de la rédaction, c’est moi, bordel de m*rde, qui rédige le papier. Et puis c’est certes sympa, Greta Van Fleet, mais quitte à écouter du Led Zeppelin, autant écouter du Led Zeppelin. Je choisis donc Aya Nakamura parce que mes collègues ont fortement forcé avec Comportement dès le mois d’avril 2018 et que Djadja a objectivement été le carton de l’année. Déso pas déso.

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2019

J’ai commencé l’année en faisant un concert devant 7 personnes avec de la musique pas très formatée grosse ambiance, je finis l’année en faisant un concert dantesque avec des collègues surmotivés et un répertoire complètement fou. Mais surtout, comme 2019, à l’image de 2009, m’a lancée des défis personnels surburnés et très ardus, j’ai décidé comme en 2009 d’être hédoniste et philosophe, ce qui fait que j’ai passé bizarrement une bonne année à faire du self-care et de la consolidation d’acquis. Malheureusement, ça veut dire que je n’ai pas faire de grosses découvertes musicales au top, mais à vrai dire, à mon âge, on s’en bat un peut les steaks. Car qui dit pas d’actualisation de la palette musicale ne dit pas forcément non-renouvellement de la palette. Car on a profité de mon retour à Rock en Seine 10 ans après la catastrophe pour découvrir Jeanne Added et Johnny Marr, ainsi que réévaluer The Cure.

La chanson : Mark Ronson feat. Miley Cyrus – Nothing Breaks Like A Heart

Alors oui, c’est compliqué d’associer une bonne année à une chanson de rupture marquée par la collaboration de deux divorcés dans l’année, mais je n’ai pas trouvé ça pertinent non plus de l’associer à Au DD de PNL ni à Bim Bam Boom de Carla. Mais, comme je l’ai prouvé en 2010, Mark Ronson transforme tout ce qu’il touche en or, que ce soit ma regrettée Amy Winehouse, Boy George, Bruno Mars ou une fille aussi éloignée de  mes goûts musicaux que l’interprète de l’horripilant Wrecking Ball. Si Si j’avais dû résumer ma situation personnelle, j’aurais associé le formidable Bien sûr de Jean-Louis Aubert qui a été décrété par le Mari comme le nouvel hymne de notre amour, étant donné ce qui nous tombe sur le coin de la gueule et ce qui nous attend pour la décennie à venir.

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Bref, comme tous les ans, je vous souhaite que cette décennie vous soit prospère malgré les difficultés. Que 2020 vous soit musicalement propice et que toutes vos aspirations artistiques puissent trouver un écho. Joyeuse année 2020 et à bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Discographie sélective : 2009, folie douce

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Il y a 10 ans, j’avais 26 ans. Et l’année de mes 26 ans, tout était possible : j’étais en couple « longue durée », je signais mon premier CDD longue durée, puis CDI, je partais en vacances en Toscane, j’allais à tous les concerts que je voulais… Bref, 2009 a réellement été une année personnellement très folle et très douce. Ca m’a permis de me reposer avant d’affronter cette décennie 2010 qui se termine dans quelques jours et qui fut, pour tout dire, mouvementée à tellement de niveaux.

2009 est l’année où j’ai le plus écrit sur Internet. J’ai fait BEAUCOUP de critiques de disques et de live reports, qui sont aujourd’hui perdus dans les limbes des archives. C’est à cette époque où j’ai commencé à niquer de iPods et des clés USB à force de faire des playlists avec. En termes d’écoute radiophoniques, je naviguais entre Oüi FM (déjà), Europe 1 avec l’émission de Baffie (une concession faite à mon amoureux de l’époque), Nova et TSF. Bref, des radios que j’écoute encore aujourd’hui de manière régulière.

Que dire de la sélection qui suit ? Qu’elle est bien représentative de l’année 2009, sauf pour la fin de la sélection qui sont des albums que j’ai découverts plus tard. Allez, c’est parti.

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1 – Franz Ferdinand – Tonight: Franz Ferdinand (janvier)

Troisième album du groupe de Glasgow, on peut dire qu’il a été attendu, puisqu’il arrive quatre ans après You Could Have It So Much Better et cinq après le premier album éponyme. Ayant connu un gros succès avec ces deux premiers albums, Franz Ferdinand a décidé de prendre ce temps pour faire évoluer son univers sonore vers des sons tropicaux et électro et changer de producteur. C’est donc sous la houlette du producteur Dan Carey que sort cet album ayant pour thématique la nuit sous toutes ses formes, du début de soirée ou lendemain. A l’époque, Lucid Dreams rythmait mes trajets pendulaires entre mon lieu d’habitation et celui de mon compagnon à 60 km de là (oui…).

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2 – Lily Allen – It’s Not Me, It’s You (février)

Suite au succès de son premier album, Alright, Still (2006), succès qu’elle doit à une promotion de ses sons en amont sur son profil Myspace dès 2005, elle retravaille avec le producteur et compositeur Greg Kurstin, mais sous une autre structure et d’autre manière.  En effet, elle s’investit davantage dans la composition des chansons, elle qui était habituée à écrire des paroles sur des mélodies déjà faites. C’est pour cette raison que, si le premier album a été écrit en deux semaines, il fallut ici plus d’un an pour finaliser et produire l’album. Il dut d’abord sortir début 2008, mais suite à la restructuration d’EMI, aux divers scandales (insultes, ivresses en festival) et à la fausse couche de la chanteuse, It’s Not Me, It’s You sort finalement le 9 février 2009. Il connaît un succès fulgurant avec l’été et la sortie du single Fuck You, au point de pouvoir tripler les revenus d’EMI alors en crise à l’époque.

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3 – Melody Gardot – My One And Only Thrill (mars)

Comme à l’époque, mon compagnon me faisait écouter TSF et beaucoup d’albums de jazz – pour mon plus grand plaisir –, nous sommes tombés en pâmoison devant cette demoiselle de 24 ans à l’époque, polytraumatisée suite à un accident de vélo. Nous nous sommes donc précipités sur ce deuxième album qui la révéla à l’Europe. Etant donné la sensibilité sensorielle résultant de son état, cet album produit par Larry Klein se retrouve avec des instrumentations très minimalistes. Contrairement à beaucoup d’albums de jazz produits par des jeunes artistes, My One And Only Thrill ne contient pas beaucoup de standards du jazz, mis à par Over The Rainbow, mais laisse la part belle à des compositions inspirées pour la plupart de la bossa nova.

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4 – Revolver – Music For a While (juin)

Groupe que j’ai découvert avec Ladies Room, quand la collègue Jessica Staffe s’était émerveillée de Music For A While, je me suis davantage attachée à eux avec leur deuxième album Let Go (2012). Malgré tout, j’avais choisi Get Around Town au casting de la Nouvelle Star fin 2009, et j’avais appris quelques jours avant que le chanteur Ambroise Willaume était le cousin de copains. Originaires de Versailles, les trois musiciens sont partagés entre leur amour pour les Beatles et pour la musique de chambre, deux des membres étant d’ailleurs passés par la maîtrise de Radio-France. D’ailleurs, le titre Music For A While est inspiré d’une œuvre de Henry Purcell et le nom du groupe du célèbre album des Fab Four. Ayant donc décidé de marketer leur album comme de la pop de chambre, le résultat se situe entre influences sixties et harmonies vocales étudiées. Grâce aux 100.000 exemplaires vendus, le groupe a réussi à se faire nommer aux Victoires de la Musique en 2010.

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5 – Gossip – Music For Men (juin)

Je pense que c’est l’album que j’ai le plus écouté de l’année 2009, honnêtement, après être tombée amoureuse du groupe avec le mouvementé Standing In The Way Of Control (2006). Ce quatrième album représente une rupture dans le groupe à plusieurs niveaux. Premièrement, c’est le premier album du groupe signé par une major, alors que les trois autres avaient été signés sur des labels indépendants. Deuxièmement, le son est devenu moins minimaliste, punk et garage pour s’orienter vers de l’électro-pop. Avec des tubes comme Heavy Cross ou Pop Goes The World, Gossip s’est élevé avec Music For Men à une dimension internationale, dépassant le million d’exemplaires vendus.

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6 – Ebony Bones! – Bone Of My Bones (juillet)

Autre artiste découverte par Ladies Room, j’ai surtout été scotchée sur place la première fois que je l’ai vue en concert en juillet 2009 sur la place de la mairie de Paris, où son univers coloré et anarchique m’a littéralement claquée la gueule. Forte de cette expérience, j’ai pu engrainer d’autres aventuriers lors de son passage à Rock en Seine la même année. Si elle commence sa carrière en tant qu’actrice à partir de 1994, elle décide en 2009 de sortir ce premier album autoproduit après avoir fait la promotion de ses sons sur Myspace. Deux singles se distinguent : W.A.R.R.I.O.R. a été utilisée pour plusieurs publicités, tandis que The Muzik a fait l’objet d’un clip collaboratif où il a été demandé à des personnes se filmer en train de danser sur la chanson. 30 vidéos à travers le monde ont ainsi été montées pour le clip.

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7 – Muse – The Resistance (septembre)

Si je n’arrivais déjà plus à suivre le groupe avec le quatrième album Black Holes And Revelations (2006), The Resistance et le terrible Uprising a signé pour moi la curée. En effet, ce qui me séduisait avec des albums comme Showbiz (1999) et surtout Origin Of Symmetry (2001), c’était un son à la fois minimaliste et éthéré. Là, dès le début de l’année 2009, on t’annonçait un enregistrement au lac de Côme, l’intervention de l’orchestre symphonique de Milan… Au final, l’album sonne comme la suite de Black Holes And Revelations, avec un son saturé et boosté à l’extrême et des thématiques « révolutionnaires » qui marquent désormais leur répertoire depuis. Petite nouveauté : Exogenesis, symphonie en trois mouvements qui a donc mobilisé l’orchestre symphonique sus-cité, clôt l’album. Au final, cinq millions d’exemplaires ont été vendus, ce qui est la meilleure vente du groupe. Bref, remballez-moi tout ça.

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8 – Rodrigo y Gabriela – 11:11 (septembre)

Je me rappellerai toujours de ma rencontre avec eux, lors du festival Solidays en 2010. Alors que ma comparse se déhanchait frénétiquement à côté de moi, je suis restée clouée sur place, en larmes. J’ai eu l’impression d’avoir attendu ce moment toute ma vie : comment, avec deux seules guitares, pouvaient-ils occuper mon espace émotionnel de la sorte ? Je me suis donc jetée après ce concert sur ce troisième album du duo de guitaristes mexicains qui, après s’être attaqués au métal, se sont lancés dans l’acoustique pure et la guitare percussive. Pourquoi 11:11 ? Pour deux raisons. Premièrement, cet album rend hommage à 11 musiciens/groupes dont le duo admire l’apport technique (Santana, Pink Floyd, Paco de Lucia, Astor Piazzola, le trio Joubran…). Deuxièmement, le dernier morceau éponyme de l’album est une partition écrite sur 11 croches à la mesure (dont la notation musicale sur partition est stylisée en 11:11).

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9 – Rammstein – Liebe ist für alle da (octobre)

Sixième album du groupe, il sort quatre ans après Rosenrot (2005), ce qui a eu pour conséquence une grande inquiétude des fans – pour rappel, le groupe a ensuite mis dix avant de sortir un album éponyme au mois de juin 2019. Ce qui a surtout alimenté ces inquiétudes, ce sont les divers sons de cloche de la part des membres du groupe qui se faisaient entendre sur l’album dès mai 2007. Dès sa sortie, le 16 octobre 2009, plusieurs scandales ont émaillé la promotion de l’album. Premièrement, le single Pussy contient des scènes à caractère pornographique et doit donc être diffusé sur un site interdit aux mineurs. Deuxièmement, les paroles explicites de Pussy et Ich tu dir Weh ont fait l’objet d’une plainte d’associations familiales qui ont réussi à faire interdire la diffusion de ces chansons et la vente de l’album aux mineurs (en gros, l’album était retiré des étals, il fallait donc montrer sa carte d’identité au vendeur pour pouvoir l’acheter). Cette interdiction fut levée en mai 2010 par le tribunal de Cologne et Ich tu dir Weh peut ainsi être interprétée en concert. Enfin, pour Noël 2009, l’album a fait l’objet d’une boxset contenant 6 godemichés, une paire de menottes et du lubrifiant.

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10 – Benjamin Biolay – La Superbe (octobre)

Bien que l’auteur-compositeur-interprète de Villefranche/Saône ait commencé sa carrière dès le début des années 1990 avec le groupe Matéo Gallion et connu le succès en étant le sidekick créatif de Keren Ann au début des années 2000 et en réalisant des albums pour Henri Salvador, Elodie Frégé, Isabelle Boulay, Bambou et Lulu Gainsbourg, aucun de ses albums en solo ne le fit accéder à la notoriété avant ce cinquième album. Pour le réaliser, il quitte Virgin Music pour Naïve. Cela lui a permis d’une part l’expression d’une phase plus affirmée et positive de son art, et d’autre part un meilleur travail d’orchestration. Alors que son premier album Rose Kennedy (2001) s’était vendu à 75.000 exemplaires, il arrive avec la Superbe – qui est pourtant un double album – à se hisser à 240.000 ventes et à obtenir ses deuxième et troisième Victoires de la musique en 2010.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Discographie sélective : 1999, croisée des chemins

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Il y a 20 ans, je vivais cette tradition anglo-saxonne du Sweet Sixteen. J’aime cette tradition de fêter en quelque sorte la fin de l’enfance et de la puberté. J’ai aussi eu « la chance » que cela coïncide avec cette année 1999 qui a marqué la fin du XXe siècle et celui du IIe millénaire. L’âge de 16 ans a aussi représenté la croisée des chemins, tant sur le plan personnel qu’au niveau de mes goûts musicaux. Premiers émois, premiers flirts, premiers véritables « choix » musicaux personnels en l’absence de ma sœur partie à 600 km, bref, que de bouleversements.

Cette croisée des chemins se retrouve également dans cette sélection qui représente pas mal mes goûts de l’époque, que je trouve plutôt variés pour une adolescente. Je vais cependant faire une distinction dans cette sélection entre les artistes que j’écoutais déjà à l’époque (Mylène Farmer, The Cranberries, 113, Moby, RHCP) et les albums que j’ai découverts a posteriori (Indochine était vraiment au creux de la vague en 1999, The Chemical Brothers a coïncidé avec l’apport des influences musicales de mon cousin au milieu des années 2000 et je n’ai découvert Muse qu’avec Origin Of Symmetry en 2002).

Cet article a été particulièrement « douloureux » à écrire. Parce qu’EVIDEMMENT, le Mari et moi n’avons pas vécu 1999 de la même manière – il me l’a fait savoir, croyez-moi – et que, bordel, il fallait sortir du traumatisme Californication. Voyons donc ma sélection Sweet Sixteen.

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1 – Mylène Farmer – Innamoramento (avril)

Après un cassage d’image gothique et émotif pour un virage très rock avec Anamorphosée (1995) – qui reste l’album préféré par notre couple –, Mylène Farmer revient à ses premières amours stylistiques à l’aune de sa crise de la quarantaine. Intégrant des références littéraires et philosophiques très poussées – Innamoramento fait référence au Choc amoureux du sociologue italien Francesco Alberoni –, englobées dans des sonorités très pop, voire dance, cet album pourrait faire penser à une caricature des débuts de la chanteuse. Malgré tout, Innamoramento remporte le même succès qu’Anamorphosée, les deux albums étant devenus disque de diamant avec les critères de l’époque, soit dépassant le million d’exemplaires vendus.

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2 – The Cranberries – Bury The Hatchet (avril)

Quatrième album du groupe irlandais, Bury The Hatchet bénéficie aux Etats-Unis d’une promotion en or en étant intégré comme bande-son de la deuxième saison de la série Charmed. Il est introduit dès février 1999 avec le clip du single Promises, réalisé par Olivier Dahan et intégrant les comédiens Maurice Barthélémy et Jean-Paul Rouve de la troupe des Robins des Bois. Sans pour autant renouveler avec le succès dantesque du deuxième album No Need To Argue (1994) – qui s’est quand même vendu à 17 millions d’exemplaires dans le monde –, Bury The Hatchet se positionne dans la continuité du groupe, entre ambiances grunge/loud et ballades inspirées. Mais c’est le succès de la tournée entamée en juillet 2000 qui permet à l’album de se vendre à 3.5 millions d’exemplaires.

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3 – Moby – Play (juin)

Après s’être tourné vers la scène punk au début des années 1980, puis techno/ambient dans les années 1990, et après les relatifs échecs de ses deux premiers albums Everything Is Wrong (1995) et Animal Rights (1996), Richard Melville Hall – qui prend Moby comme nom de scène en référence à son ancêtre Hermann Melville, auteur de Moby Dick – se remet en question. C’est ainsi qu’I Like To Score (1997), compilant des sons plus ambient utilisés comme musiques de films, lui permet de retrouver une notoriété perdue. Dans ce contexte, il change de label en 1999 pour son quatrième album Play, qui intègre des sons blues, pop et hip-hop. Ce mélange des genres lui réussit, puisqu’il en vient à vendre 9 millions de cet album. Des titres comme Natural Blues, Find My Baby ou Why Does My Heart Feels So Bad ? deviennent immédiatement des classiques générationnels, au point d’intégrer nombres de bandes-sons de films/publicités de l’époque ou voulant caractériser la fin des années 1990.

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4 – Red Hot Chili Peppers – Californication (juin)

JE HAIS CE PUTAIN D’ALBUM QU’ON M’A FORCÉE À ÉCOUTER TROP DE FOIS !

Maintenant que c’est dit, une analyse peut enfin être faite en ayant en tête l’immense traumatisme qu’a été son écoute répétitive lors de l’été 2000.

DONC la vieille connasse que je suis ne peut pas analyser cet album sans avoir en tête les émotions provoquées par Blood Sugar Sex Magik (1991) et One Hot Minute (1995), que ma sœur et son cousin jumeau ont écouté en boucle et qui a marqué mes cours de musique de par le matraquage de mes camarades.  Californication, donc, 7e album du groupe, marque le retour de John Frusciante qui n’a pas enregistré One Hot Minute pour cause d’addiction à la drogue, dont était sorti Anthony Kiedis en 1994. Avec des titres matraqués à la radio tels que Scar Tissue, Otherside (que mes copines braillaient en chœur) ou Californication (putain, 6 à 7 fois par jour dans mon spectre d’écoute durant mon séjour en Allemagne en août 2000. Même à l’époque, je trouvais ça abusé), et une écoute À CHAQUE PUTAIN DE TEUF entre avril et septembre 2000, j’ai du mal à apprécier cet album en tant que tel, alors qu’il est considéré comme mes contemporains comme LEUR album générationnel de 1999. En témoigne ce tweet quand je me suis mise à me plaindre de l’intégration de l’album dans cette sélection :

Alors oui, c’est l’album de la consécration, c’est produit et joué au cordeau, tu n’as rien qui dépasse, cet album est parfait. MALGRÉ TOUT, j’écris cet article sur les disques à sauver de 1999 pour montrer qu’il y avait autre chose et que Californication dans ce spectre. Et pourtant, j’arriverais presque à sauver cet album avec Parallel Universe et Road Trippin. J’en reconnais la teneur générationnelle, mais putain, un album ne mérite pas d’être autant matraqué.

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5 – The Chemical Brothers – Surrender (juin)

Cet album, je l’ai loupé à l’époque, parce que je ne l’ai découvert qu’à l’aune d’une compilation de mon cousin qui avait alors 14-15 ans (en 2002) et qui s’était remixé Exit Planet Dust (1995) Dig Your Own Hole (1997) et donc Surrender. Hey Boy Hey Girl était devenu l’hymne des fêtes de familles, Maman avait intégré Got Glint? dans un de ses spectacles, bref c’était la bonne époque. Le Mari connaissait l’album dès l’époque à cause de la deuxième collaboration du dieu Noel sur Let Forever Be. Mais le frère préféré n’est pas la seule collaboration pop-rock sur ce troisième du duo de DJ mancuniens (comme de par hasard). En effet, Bernard Summers de New Order leur a prêté main forte sur un Out Of Control avec lequel il renoue avec un certain esprit minimaliste de l’époque Joy Division. Ce qui a enfin contribué à la popularité de cet album, c’est la créativité visuelle de Michel Gondry. En effet, outre des spots publicitaires pour Air France où il utilise Asleep From Day, il réalise le clip psychédélique de Let Forever Be.

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6 – Indochine – Dancetaria (août)

Ma sœur et moi étant absorbées à l’époque par le Birthday Album (1991), nous avons totalement zappé Wax (1996) et donc Dancetaria. Ce sont des albums que j’ai découverts encore une fois à la lumière de mon cousin, qui s’est pris de passion pour Indochine avec Paradize (2002) et qui a donc préféré s’introduire au groupe avec les albums des années 1990 quand nous étions bloquées dans les sonorités 1980 du groupe. J’ai aussi redécouvert ce huitième album pré-révolution Oli de Sat – bien qu’il ait commencé à produire avec cet album, en vérité – avec le Mari dont il est l’album référence du groupe (alors que je préfère 3 ou 7000 danses qui ont davantage bercé mon enfance, merci Maman). Le groupe, au plus bas médiatiquement, ayant vécu le départ de Dominique Nicolas en 1995 et la mort de Stéphane Sirkis durant l’enregistrement dudit album, ne vend que 120.000 exemplaires de l’album. A titre de comparaison, 3 (1985) s’est vendu à 800.000 exemplaires et Paradize à 1,5 million. Pourtant, en l’ayant écouté récemment, je me dis que cet album fait partie des albums à réhabiliter, tant qu’il est riche de sonorités et d’émotions transmises. En effet, encore une fois, le paradigme crise de la quarantaine (+ décès du jumeau, qui reste un traumatisme non-négligeable pour n’importe qui) touche Nikola, qui décide de faire ce qui lui plait et pas forcément ce qui est le plus compris par son public. Cela se traduit par de la brit-pop (Juste toi et moi, Justine), de l’electro foutraque (Astroboy), choses auxquelles les fans de la première heure n’associent pas le groupe.

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7 – Muse – Showbiz (septembre)

Premier album d’un groupe que je vomis depuis approximativement 2006 alors que j’avais A-DO-RÉ dès 2002 – merci mes potes de fac et Origin Of Symmetry –, il n’a eu qu’un succès modéré à sa sortie, ce qui leur a permis de faire une Route du Rock de manière trèèès anonyme en 2000. Le côté romantique et théâtral de certaines compositions, ainsi qu’une comparaison peu flatteuse avec certaines compositions de Radiohead explique cette mauvaise réception critique et commerciale de l’album. Il fait pourtant partie des albums que je souhaite réévaluer, parce que c’est le côté du groupe qui m’a séduite à l’époque. On n’y voit pas encore la caricature grand-guignolesque qui caractérise le groupe depuis Absolution (2003), mais encore plus depuis Black Holes And Revelations (2006). L’identité du groupe est encore préservée et n’est pas encore marketée pour les stades. Clairement, ça change tout.

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8 – –M– – Je dis aime (octobre)

Matthieu Chédid a commencé sa carrière TRÈS tôt, puisqu’il faisait déjà les chœurs pour son père à 7 ans, en 1978. Son adolescence a été émaillée de petits groupes avec Matthieu Boogaerts ou des fils de (Pierre Souchon et Julien Voulzy avant les Cherche-Midi). Cette première expérience lui a notamment fait participer au concours Eurovision avec Nina Morato en 1994. Le personnage de –M– vient même de sa participation à l’album Paniac (1996) de Billy The Kick, où il interprète le personnage dans la chanson M. Deuxième album solo de l’artiste étant entré dans ledit personnage après Le baptême (1998), il intègre des poèmes de sa grand-mère Andrée (la chanson-titre, mais aussi Bonoboo), une reprise de The Cure, mais surtout une affirmation de son style, entre onirisme et psychédélisme funk.

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9 – 113 – Les Princes de la ville (octobre)

Porté par cet hymne générationnel qu’est Tonton du bled – n’en déplaise au Mari qui n’a vu sa famille paternelle qu’en 1994 –, le premier album de ce trio de rappeurs coïncide avec l’émergence de la Mafia K’1 Fry de Vitry-Sur-Seine dont ils sont issus, et qui compte également parmi ses membres Rohff et Kery James. Parmi les producteurs de cet album, on retrouve la fine fleur des DJ hip hop français des années 1990-2000, tels que Cut Killer (le darron), DJ Mehdi (producteur attitré du crew), Manu Key (fondateur du crew) et Pone de la Fonky Family. Il sera réédité après la sortie et le succès de 113 fout la merde (2002) sous le titre 113 dans l’urgence.

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10 – Dr. Dre – (The Chronicle) 2001 (novembre)

Deuxième album en son nom propre du célèbre producteur – premier album sorti en 1992 et troisième album en … 2015, et croyez-moi qu’il n’a pas chômé en 15 ans avec la carrière d’Eminem –, je visualise cet album comme la définition même du chemin de traverse. Il résume à lui-même toute l’essence du gansta rap West Coast des années 1990 – et sa victoire par K.O. sur le rap East Coast par conséquent –, mais également la naissance de tout ce qui a fait le rap des années 2000, en intégrant parmi les auteurs… Marshall Mathers (EMINEM) et Shawn Carter (Jay-Z). Cela en fait LE disque de hip hop parfait pour une introduction au genre.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Un automne 2019

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Quand arrive l’automne, je lâche mes aspirations brésiliennes et italo disco pour écouter de la musique soit sombre, soit méditative. Les géniaux effets de la baisse de vitamine D et de la dépression saisonnière se font donc ressentir dans mes oreilles. Malgré tout, j’essaie de moins en moins d’écouter de musique larmoyante, parce que le ciel chiale déjà assez. Cet automne 2019, marqué aussi par la playlist #Inktober (que vous pouvez consulter sur Instagram), est pour l’instant marqué par le rock industriel, quelques petits vieux qui ressortent du saloir et des réminiscences estivales. Allez, c’est parti !

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La référence enfantine : Henri Salvador – Sous l’océan (1989)

Plusieurs éléments ont permis à cette référence de poper dans ma playlist. Premièrement, j’ai suivi la polémique estivale d’un live action prochain basé sur la Petite Sirène par Disney dont l’actrice castée pour le rôle d’Ariel est … noire, alors que le dessin animé la présente comme rousse aux yeux bleus. Sérieusement, une sirène est un personnage fictif et je ne suis même pas certaine que Christian Andersen l’aurait designé comme ça. Ils auraient bien pu caster une Indienne ou une native américaine, si elle joue et chante bien :

Deuxièmement, Kiabi a décidé de commercialiser du merch Disney, y compris à destination des adultes, et cela a permis à une de mes collègues de s’acheter ce t-shirt :

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#TeeOfTheDay

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A force de m’ambiancer dessus pour assurer les premiers jours au lieu de travail, mes collègues se sont sérieusement mis à se poser des questions.

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Le vieux qui revient fort : Alain Souchon – Presque (2019)

Si son dernier album original, Ecoutez d’où ma peine vient, date de 2008, cela ne veut pas dire qu’il a chômé depuis. Premièrement, il a 75 ans, il sort un album s’il veut. Deuxièmement, ça ne l’a pas empêché de faire un album de reprises de comptines en 2011, un album conjoint avec son éternel sidekick Laurent Voulzy en 2014, ainsi qu’écrit deux albums pour lui (Lys & Love en 2011 et Belem en 2017). Bref, c’est le tour d’Alain Souchon de se mettre en avant. Et force est de constater qu’à 75 ans, il garde encore son élégance vocale faite de minimalisme et de langueur. Le tout est accompagné par une slide harrisonienne qu’on ne connaissait pas à Laurent Voulzy – toujours inspiré par George Harrison, mais côté Rickenbacker 12-cordes –, mais qui fait très plaisir (parce que la Ricken, elle va bien deux secondes).

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Le morceau de rock industriel mouillé : Nine Inch Nails – Terrible Lie (1989)

Je regardais une énième fois la performance de Closer de Nine Inch Nails lors du festival Woodstock de 1994 – un bijou de spectacle wet and messy –, le début de ce concert a popé sur YouTube et j’ai découvert cette chanson issue de leur premier album Pretty Hate Machine. On remarque dès ce premier album l’influence unique de Trent Reznor, qui commence sa formation musicale par la musique jazz (certes). Malgré une volonté affichée de faire un son métal industriel sans concessions, la maison de disques a voulu ajouter son grain de sel. C’est ainsi que Trent Reznor, pour le deuxième opus, s’est mis à écrire et enregistrer sous pseudo. Malgré tout, Pretty Hate Machine est devenu un succès dans les milieux underground et permit de lancer la carrière d’un des groupes de rock alternatifs les plus importants de ces trente dernières années.

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La petite découverte indus : Front 242 – Headhunter (1988)

A force d’écouter du rock industriel et de l’électro minimaliste sur YouTube, je suis tombée sur ce morceau que je ne connaissais pas d’un groupe dont je n’avais jamais entendu parler, mais qui, selon les commentaires YT, a pas mal tourné dans les boîtes de nuit américaines à la fin des années 1980. Ce groupe belge flamand, fondé en 1982, de par ses rythmes martiaux et ses sons électroniques, non seulement s’est rapproché du style industriel, mais s’est aussi fait taxer de groupe d’extrême-droite par certains journalistes (remember Laibach que j’écoute aussi BEAUCOUP en ce moment, comme de bien entendu). Ils ont été très influents sur la scène européenne dès le début de leur carrière au point d’être cité par New Order, Cabaret Voltaire et Kraftwerk (que j’écoute aussi beaucoup en ce moment, comme de bien entendu). Le succès de Headhunter a permis au groupe au début des années 1990 de tourner aux côtés de Ministry, mais aussi dans la tournée itinérante de Lollapalooza 1993 aux côtés d’Alice In Chains et Rage Against The Machine.

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Le petit souvenir estival : Johnny Marr – Easy Money (2014)

Suite à la découverte de Johnny Marr à Rock en Seine, le Mari s’est précipité pour acheter ses trois albums solo. Après avoir écouté dans la précipitation ces albums, nous nous sommes mis d’accord sur le fait que Playland (2014) est le meilleur album des trois, et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, c’est le seul album où sa voix semble ne pas être sous-mixée. Et deuxième, parce qu’il contient ce tube en puissance qui aurait surclassé Franz Ferdinand dans les années 2000. Et nous pensons que c’est un peu dommage que Johnny Marr ait mis 25 ans à s’assumer en solo, tant sa musique aurait cartonné dans les années 1990.

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Je reviens en mode balek : Noel Gallagher – This Is The Place (2019)

Alors que le petit frère revient en mode Mes compositeurs ont fait le même son qu’en 1996, le grand frère n’en a plus rien à foutre des classements l’industrie musicale et le prouve en programmant 4 EP sur l’année 2019. Donc après Black Star Dancing et Sail On, et avant le dernier prévu pour décembre, Noel continue ses explorations sonores vers un power rock mâtiné de sons funk et disco pour faire braire les pisse-froids. La preuve qu’il n’en a désormais rien à foutre qu’on compare son classement à celui de son frère : les EP ne sont pas pris en compte dans le classement des charts anglais, ce qui fait que les ventes ne peuvent pas être comptabilisées pour comparatif. Habile. Malgré tout, le Mari et moi-même préférerons toujours un gars qui se remet en question soniquement, quitte à se vautrer, qu’un gars qui doesn’t fuck with the formula et dont l’écoute ne fait pas grandir le fan de la première heure.

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La berceuse alternative : Deutsche-Amerikanische Freundschaft – Der Raüber und der Prinz (1980)

Dans le même délire que cité précédemment tout au long de cet article, je me suis mise à Tanzen den Mussolini. S’est donc offert à moi une autre chanson de ce duo allemand TRÈS particulier : une histoire de prince qui tombe amoureux du voleur qui l’a kidnappé une nuit où il s’aventurait dans la forêt. S’il était composé de cinq membres à ses débuts en 1978, le groupe de Düsseldorf devient un duo à l’orée des années 1980 du fait du caractère particulier du chanteur Gabi Delgado (qui, COMME DE BIEN ENTENDU, a décidé de beaucoup s’intéresser à l’imagerie fasciste).

*Bientôt pour Noël : le parfait kit pour fabriquer son groupe de rock industriel avec des claviers, des boîtes à rythme et les meilleurs destockages d’uniformes d’officier d’un régime autoritaire quelconque*

Si la première carrière du duo Gabi Delgado-Robert Görl dura jusqu’en 1983, afin de laisser chacun enregistrer ses petites choses de son côté, ils se retrouvent en 1986, puis en 2003, pour enfin tourner ensemble depuis 2007.

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La descente (ou la montée ?) de trip : Vladimir Cauchemar – Aulos (2017)

Se présentant en interview à France Inter comme étant d’origine serbe, cet homme-mystère signé chez Ed Banger et très influent depuis 2-3 ans sur la production française de hip-hop cache en réalité un producteur de musiques électroniques bien connu mais qui désire ainsi créer une identité secrète. Entre musique urbaine, house et flûtes médiévales, sa carte de visite Aulos a frappé fort fin 2017, entre un mix minimaliste et surréaliste et surtout un clip tourné dans le XIXe arrondissement de Paris que n’aurait pas renié un professeur de musique au collège en plein burn-out.  Reste ce nom, hommage évident au compositeur de musiques pour le petit et grand écran Vladimir Cosma.

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Parce que tout passe mieux avec du funk : Rufus & Chaka Khan – Ain’t Nobody (1983)

Si je suis une vraie connasse, j’avouerais que je suis venue à cette chanson par la reprise de Diana King en 1995 (tout simplement parce qu’au moment de la sortie de la chanson originale, je n’avais clairement pas les jambes pour groover dessus). Et à réécouter les deux versions simultanément, force est de constater que l’originale devance la reprise de très loin.

Si la chanson a été primée en 1984 d’un Grammy Award de la meilleure prestation R’n’B, elle marque surtout la fin du groupe Rufus formé en 1973 et le début de la carrière solo d’Yvette Stevens, aka Chaka Khan. Même si ses premiers enregistrements solo ou avec d’autres artistes datent de 1979, c’est à partir de ce moment qu’elle entamera le répertoire qui fera sa gloire.

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L’automne, c’est de la nostalgie : Mylène Farmer, California (1995)

J’avoue que, pour caractériser cet automne 2019, j’avais envie de finir sur une impression soleil couchant sur un territoire aux confluents de plusieurs interrogations. Et quoi de mieux que ce morceau crépusculaire et langoureux issu d’Anamorphosée, quatrième album de la chanteuse en collaboration avec Laurent Boutonnat. Au moment de sa sortie en single, cette chanson a également fait l’objet d’un clip très Hollywood Nights filmé par LE réalisateur sulfureux de l’époque, à savoir Abel Ferrara. La chanteuse, alors âgée de 35 ans, en finit avec ses personnages androgynes qu’elle développe depuis 1984 pour se tourner vers une féminité plus exacerbée, à l’image des deux personnages – la bourgeoise et la prostituée – qu’elle incarne dans le clip.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

L’été 2019 en festivals #2 : Rock en Seine, le retour

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Fin 2018, il a été annoncé que l’un des groupes préférés du Mari et de son frère, à savoir The Cure, a été annoncé en tête d’affiche pour l’édition 2019 de Rock en Seine. Réaction du Mari : Je m’en fous, je les ai déjà vus en 2016, et puis 69 € juste pour poireauter toute l’après-midi et voir Bob… Car oui, j’ai offert cette possibilité au Mari et au Beau-frère d’aller les voir lors de leur passage à l’Accor Hotel Arena en novembre 2016 (et ce malgré le fait que j’aie pris les billets un mois après les attentats du 13 novembre 2015). C’était un beau moment de fraternité et ça m’a rendue en joie de leur offrir ce moment.

SAUF QUE d’autres annonces sur l’affiche de Rock en Seine ont été faites début février 2019. Et que vois-je ? Que le vendredi 23 août passait non seulement Bob et sa clique, mais aussi Johnny Marr, ancien guitariste des Smiths, qui s’assume enfin en solo depuis 2012 (soit 25 ans après la séparation du groupe). Le Mari citant également les Smiths et de surcroît Johnny Marr comme faisant partie de son panthéon, ni une, ni deux, je profite d’une carte cadeau de la FNAC pour nous acheter deux places et lui les offrir pour son anniversaire.

C’est là une formidable preuve d’amour que je lui fais. En effet, j’ai assisté une seule fois à Rock en Seine. C’était en 2009. Soit l’année de la séparation d’Oasis en direct. Et quand on vit avec un exégète d’Oasis, c’est le genre de traumatisme qu’on se cogne à vie. La preuve : nous nous sommes rencontrés en juillet 2013, il a fallu attendre fin 2016, soit deux ans et demi de vie commune et un an et demi de mariage pour qu’il puisse me faire écouter Time Flies, la compilation contenant le dernier concert d’Oasis avant leur séparation. Et encore, j’étais à moitié endormie et j’ai passé l’écoute en PLS.

C’est donc avec une appréhension non feinte que je me suis dirigée cette après-midi d’été vers le parc de Saint-Cloud. Mais le résultat a été à la hauteur de nos espérances avec les quatre concerts auxquels j’ai décidé d’assister.

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Alice Merton : petite mise en jambes

Il était 15h quand nous sommes arrivés. Je me suis donc dit Tant qu’on est là, autant profiter. J’ai donc soudoyé le Mari pour suivre les deux premiers concerts. Pendant qu’il fait son bougon dans son coin en trouvant le temps long sur la pelouse, je décide de patienter en photographiant les t-shirts pour alimenter mon feed Insta – oui, parce que j’aime photographier les t-shirts, et il y avait de sacrés spécimens dans la place. Débarque sur la scène une demoiselle très fraîche, dont le principal fait d’armes est de matraquer son No Roots sur les antennes de Oüi FM depuis l’automne 2018. Malgré tout, j’avais envie de la voir pour savoir ce qu’elle proposait d’autre. Son répertoire n’invente pas l’eau chaude, mais ça fait le travail pour motiver une foule de festival. Je surprends même le Mari à se lever de la pelouse et à se dandiner.

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Jeanne Added : moment suspendu

J’avais aussi insisté pour assister à son concert. Je me plaignais à un de mes contacts sur Twitter à l’occasion des Victoires de la musique cette année que je n’avais jamais eu la curiosité d’explorer son répertoire, alors que j’aimais énormément ce qu’elle proposait à chaque fois que j’avais eu le bonheur de la croiser sur mon chemin. C’était l’occasion parfait de m’immerger dans son monde. Et bordel, qu’est-ce que c’était beau. Minimaliste, certes, au point que je n’aurais jamais imaginé qu’autant de musique électronique puisse me faire vivre une expérience aussi organique. En bonne sensible, j’ai pleuré la moitié du concert devant tant de beauté.

Ca a été aussi l’occasion de vivre un impressionnant syndrome de Stockholm. Devant nous, dans la foule, une femme avec son compagnon et des amis avait une robe dessinée telle qu’on aurait dit une toge. A l’arrière de chacun de ses bras, se trouvait un tatouage de personnages en costume de cérémonie khmer ou thaï (j’ai essayé de deviner selon les traits de son compagnon). L’homme tatoué à droite semblait en méditation et ressemblait à une statue. La femme tatouée à gauche semblait au contraire s’animer et m’interpeller, comme si elle demandait à interagir avec moi. Cette expérience a grandement influencé mon impression sur le concert.

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Pause

Vu qu’il est déjà 18h et étant donné que la soirée risque d’être mouvementée – oui, parce que c’était intelligent de programmer Johnny Marr à 19h45 à l’entrée du festival et de programmer the Cure à 21h à l’extrémité du festival, il fallait donc parcourir 2 km en à peine 10 minutes –, on écoute d’une oreille peu attentive MNNQNS, un petit groupe de Rouennais qui faisaient office de passe-plats en début de soirée, et on profite comme des petits vieux des bancs pour boire notre bière et grignoter un truc. Déjà, le Mari se détend par rapport au début du festival. Je le sens en attente, parce que je sais que la suite a été faite pour lui.

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Johnny Marr : décidément, nous ne sommes pas dans le bon pays

C’est effectivement quand nous nous installons pour le concert de Johnny Marr que nous nous faisons cette réflexion. Car si, en France, la carrière solo du guitariste des Smiths reste quasi-confidentielle, ce n’est pas le cas outre-Manche et outre-Rhin, en témoignent les quelques 2.000 personnes devant la scène, majoritairement anglaises et allemandes. C’est ce qui nous a permis d’apprécier le concert : nous étions littéralement entourés de personnes acquises à la cause du brave Johnny, qui connaissaient ses chansons par cœur. Mais cela n’a pas fait non plus tout le sel du concert.

En effet, ce qui a réellement convaincu le Mari et moi-même, c’est que Johnny Marr peut désormais s’assumer tout seul sans cette présence encombrante de charisme et de personnalité problématique qu’est Morrissey. Comme tout membre d’un groupe iconique dont on chante les chansons de manière pavlovienne, Johnny Marr était attendu au tournant sur son interprétation des chansons des Smiths. Et ce fut un carton plein dès qu’il entonna Bigmouth Strikes Again : je me suis dit que, certes, il n’égalera jamais le lyrisme vocal de son ancien comparse parolier, mais force est de constater qu’il se démerde très très bien.

Même avec ses chansons solo – alors qu’il a tendance à sous-mixer sa voix sur ses albums, comme nous l’avons découvert par la suite –, et malgré le fait que nous ne nous soyons pas penchés plus que ça sur sa carrière depuis 2012 avant de le voir, le bougre est efficace. Ce fut un concert de 55 minutes très chouette, où on voyait que Johnny Marr investissait la toute petite scène qui lui avait été allouée, mais surtout qu’il prenait un véritable plaisir à être là. Le Mari en a profité pour commander dès le lendemain matin les trois albums et un live, preuve que nous avons été totalement conquis.

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The Cure : Robert Smith, diva lyrique

Etant donné que nous étions au concert de Johnny Marr, nous ne nous sommes logiquement pas placés de la meilleure des manières pour voir le groupe chéri – à savoir à 100 m de la scène. Ce n’est pas grave : le Mari spécule déjà sur la setlist du concert, à savoir jouer entièrement Disintegration pour fêter les trente ans de l’album, puis sortir les tubes et des raretés.

C’est ce qui s’est effectivement passé, même si Disintegration a été joué partiellement, dans le désordre et a été entrecoupé de ces tubes et raretés. Le Mari, en bon exégète, reconnaissait chaque chanson au bout de la deuxième mesure et chantait quasiment par cœur. Il se comportait entre moi dans un blind test et lui dans un concert de Noel Gallagher.

Bien que je ne puisse pas voir grand-chose de ce qui se passe sur scène, du fait qu’on soit un peu 30.000 personnes et que je fais partie du début du dernier tiers de la foule, j’ai trouvé ce show de 2h15 assez bien ficelé. Ca se voit que la majorité du groupe tourne ensemble depuis quarante ans, tant tout est bien en place, personne ne déborde et personne n’en fait trop.

Robert Smith, quant à lui, ressemble de plus en plus à Montserrat Caballé ayant  chanté du Gounod.  Tel la chanteuse lyrique, il s’offre à son public dans des mimiques maniérées. Je n’aurais pas été étonnée qu’on lui jette des bouquets de roses. Je l’ai même surpris à pleurer à la fin du concert en faisant ses salutations. Moi qui prenais son attitude sur l’émotion de partager sa musique avec 30.000 personnes, fus assez surprise quand le Mari m’a expliqué qu’il portait le deuil de ses parents et d’un technicien.

Bizarrement, alors que je garde en moi le souvenir d’un Pornography (1982) dont l’écoute m’est douloureuse au point de ne pas réussir à finir l’album, je n’ai pas eu de sentiment d’oppression ou de sinistrose quant à la setlist proposée. J’ai même trouvé le concert plutôt « joyeux », avec des chansons plutôt « positives » en live et un public enjoué. Et je me dis qu’il serait peut-être temps que je me sorte du préjugé concernant The Cure, à savoir de la musique pour romantiques suicidaires.

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Bref, ce moment a réussi à me réconcilier avec un festival qui m’avait laissé un traumatisme cuisant. A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

L’été 2019 en festivals : #1 – La Fête du Blé

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Dans le village d’où je suis originaire – Pleudihen/Rance, en Bretagne –, est organisée depuis 1977 la Fête du Blé et des vieux métiers. Elle est organisée par l’OGEC et l’APEL de l’école Notre-Dame, où ma maman a enseigné pendant 38 ans et où j’ai fait ma scolarité de primaire. Au départ, comme sa fête jumelle de Plumaudan depuis 1975, c’était une journée de reconstitution d’un village et d’une communauté paysanne typiques du début du XXe siècle. Mais depuis 2006 est organisée en marge de la journée de reconstitution le dimanche, est organisée le samedi soir une soirée de concerts.

Si au départ, cette soirée laissait la part belle aux artistes « celtiques » (Gilles Servat, Tri Yann, Merzhin, Carlos Nunez, Dan Ar Braz, Les Ramoneurs de Ménhir, Soldat Louis, etc.), on s’éloigne de cette ligne éditoriale depuis 2013 avec des personnes telles que Pierre Perret, Elmer Foot Beat, Magic System, Lio, François Feldman, Plastic Bertrand… et pas mal de cover bands (Boney M en 2018 par exemple). Cette année, à l’affiche : l’orchestre de Thierry Tacinelli, Michel Fugain, Jean-Baptiste Guégan et Cover Queen.

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Début de soirée tranquille

Alors on va se calmer : je suis bénévole à la restauration, donc on ne va pas rentrer dans les détails des spectacles parce que 1. je ne suis pas au plus près de la scène 2. j’ai objectivement une autre occupation. Je Malgré tout, on a pu apercevoir deux-trois petites choses de mon stand. A commencer par l’orchestre de Thierry Tacinelli, troupe d’à peu près 6 musiciens et une dizaine de chanteurs-danseurs qui propose tous les ans depuis 2015 d’ouvrir la soirée pendant à peu près 1h. C’est donc un medley de tout ce qui est variété française depuis 1945 et de tubes internationaux récents, le tout sur des chorégraphies et des costumes élaborés.

Vient ensuite Michel Fugain qui revient avec son reboot du Big Bazar, à savoir Pluribus. C’est la caution mignonne de la préparation d’un spectacle avec les écoles : comme avec Pierre Perret en 2013 ou avec Magic System en 2018, les enfants du CE1 au CM2 ont en effet interprété sur scène cette année Chante la vie chante. De mon côté, je n’ai pas entendu grand chose, puisqu’il me semble qu’il y a eu des petits problèmes techniques qui ont fait qu’on n’entendait pas la moitié de ce qui était chanté. Heureusement, ça s’est réglé au cours du concert.

Deux moments forts de ce concert :

– La chanson Fais comme l’oiseau où il chante au début la version originale Você Abusou

Tout ça parce que c’est ainsi que Pauline Croze l’a reprise en 2016.

– Le moment que j’attendais : faire mon Jean-Michel Amoitié sur Une belle histoire (à 0’12 »)

Mais Michel Fugain, malgré son âge vénérable, connaît encore ses chansons par cœur.

Quand soudain… Jean-Baptiste Guégan

J’avoue que depuis son passage à La France a un incroyable talent, j’étais quand même ultra-impressionnée par ce Costarmoricain qui a assez bossé comme un taré pour ne pas devenir un sosie au rabais. Car contrairement à beaucoup d’imitateurs qui se sont mis à avoir le physique de Johnny Hallyday, Jean-Baptiste Guégan n’a même pas à forcer pour faire illusion.

Toujours est-il qu’il a commencé par Quelque chose de Tennessee et qu’au premier vers chanté, il m’avait déjà clouée au sol tant l’illusion était parfaite. J’ai même dit au Mari : Tu vois, c’est dingue, c’est ce que donne Johnny sans la coke. Car contrairement à son idole, qu’il n’a jamais voulu rencontrer pour se faire adouber, Jean-Baptiste Guégan ne cabotine pas des masses sur scène, interprète tout en retenue et discrétion, bref, envahit l’espace et conquiert le public sans être une bête de scène.

Il en a également profité pour présenter son nouveau projet, travaillé avec Michel Mallory, parolier fidèle du défunt Johnny, lequel n’avait pas eu le temps d’enregistrer certaines chansons avant son trépas. Malgré l’injonction de Laetitia Hallyday qui a essayé de bloquer l’enregistrement de cet album, Michel Mallory a fait valoir que c’était ses chansons et que désormais, quiconque pouvait les chanter. C’est ainsi que l’on se retrouve avec ce premier extrait d’un album Puisque c’est écrit sorti ce 30 août, Retourner là-bas.

Je pense qu’à ce stade, on peut jouer au même jeu qui consiste à distinguer une chanson « obscure » des Beatles d’une chanson des Rutles, tant cette chanson aurait pu être intégrée dans le tracklisting de Mon pays c’est l’amour.

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Je n’ai pas suivi le concert de Cover Queen dans son intégralité. Malgré tout, je ne pouvais qu’être critique envers la prestation dans la mesure où :

– La personne qui a EXACTEMENT la même tessiture vocale que Freddie Mercury n’est pas de ce monde, et même si le chanteur de Cover Queen ne chante pas trop mal, ça ne fait pas illusion.

– Je suis du genre à refaire les dents des critiques de Freddie Mercury à la barre à mine, alors un cover band qui ne fait pas illusion vocalement, je suis forcément déçue.

Je reconnais sur ce coup que je suis sévère : les musiciens n’étaient pas si dégueulasses et le mec était vocalement average. Genre le public n’était pas face à Frédo Mercure non plus.

C’était juste un cover band qui se faisait plaisir. Mais que veux-tu faire après un truc aussi énorme que Jean-Baptiste Guégan ?

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A bientôt pour le deuxième épisode des festivals de cet été 2019 :

LE

RETOUR

A

ROCK EN SEINE

Discographie sélective : 1989, année de la darronade

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Il y a trente ans, j’avais six ans. Et il y a trente ans est sorti un jalon de l’industrie musicale : la Lambada.

Ce tube de l’été, traduction portugaise quasi-littérale de Llorando se fue des Kjarkas (1981), n’est pas seulement un jalon marketing de l’industrie musicale. Les tubes de l’été ont existé avant 1989 et vont exister après, là n’est pas le propos. Mais le succès de la Lambada est le résultat d’une profonde mutation sociétale qui s’est accélérée dans les années 1980 : désormais, n’importe quel sentiment humain, n’importe quelle émotion humaine sera transformée en vecteur de marchandisation. Car si au départ, le tube de l’été n’est qu’un parangon de l’industrie musicale seule, il deviendra avec la Lambada un vrai phénomène social qu’on observe encore à l’heure actuelle (je te vois, Luis Fonsi, tu m’as bien fait chier il y a deux ans).

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Donc 1989 conclut une décennie musicale faite de records et de métissages, mais surtout d’une mutation de l’industrie musicale. Si les Beatles avaient commencé le travail de globalisation de la culture musicale à travers le monde, les années 1980 ont érigé et descendu des stars planétaires tels que Michael Jackson ou Madonna. C’est l’aboutissement de la naissance de MTV qui a pu ainsi présenter tous styles musicaux à une jeunesse que rien ne pouvait arrêter. Enfin, c’est mon analyse trente ans plus tard et elle peut être discutée.

Je remarque que les albums que j’ai retenus pour l’année 1989 contiennent pas mal de thématiques matures, comme certaines réflexions d’artistes sur le temps qui passe et l’évolution de leur propre vie. Ce n’est pas pour rien qu’on retrouve des albums de néo-trentenaires (Madonna, Prince, Robert Smith, Jim Kerr, Patrick Bruel) ou de vieux briscards qui connaissent des évolutions notables de carrière et qui ont besoin de se poser (Francis Cabrel, Johnny Hallyday). Le Mari me fait judicieusement penser que c’est également l’année de la chute du Mur de Berlin et qu’il semblait régner une atmosphère de fin de cycle, voire de fin du processus historique en place. Dont acte.

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Allez, c’est parti pour brosser cette année en 10 albums.

1 – Francis Cabrel – Sarbacane (février)

Avec 2 millions d’albums et trois Victoires de la Musique, ce septième album du troubadour d’Astaffort lui permet de renouer avec un certain succès après quatre ans de silence. Il contient les titres Sarbacane dédiée à sa fille Aurélie née en 1986, Animal, C’est écrit, Dormir Debout en hommage à Daniel Balavoine ainsi qu’une version française de Rosie de Jackson Browne. Parmi les musiciens de studio, on retrouve le batteur Manu Katché et l’accordéoniste Richard Galliano sur C’est écrit. Le succès de cet album, conjugué à la naissance de sa deuxième fille lui permit de prendre une autre période sabbatique de cinq ans jusqu’à Samedi soir sur la terre (1994).

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2 – Madonna – Like A Prayer (mars)

Pour son quatrième album studio, Madonna a voulu rompre avec la tonalité frivole de True Blue (1986). En effet, la trentaine venue, elle souhaite aborder des sujets matures comme l’apport de la religion catholique (Like A Prayer), la mort de sa mère (Promise to Try), son divorce d’avec Sean Penn (Till Death Do Us Part) ou la nécessité de s’assumer (Express Yourself). Elle en profite également pour enregistrer un duo avec Prince, Love Song. Plus que les titres en eux-mêmes, ce sont les clips qui contribuent au scandale, donc au succès de l’album. En effet, Express Yourself, réalisé par David Fincher, intègre une imagerie sexuelle très forte. Like A Prayer, choisie comme illustration pour une pub Pepsi, a logiquement attiré les foudres des associations religieuses en intégrant un Jésus noir et sexualisé. Estimé à 25 millions d’exemplaires vendus, cet album a représenté un tournant dans la carrière de l’artiste.

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3 – Tom Petty – Full Moon Fever (avril)

Premier album de l’artiste après la dissolution des Heartbreakers (groupe qu’il mena de 1976 à 1987), et après l’expérience Traveling Wilburys en 1988, cet album est considéré par ses fans comme étant son meilleur opus. Malgré la séparation, des membres de Heartbreakers ont participé à cet album, ainsi que ses camarades Wilburys George Harrison, Jeff Lyne et Roy Orbison. C’est d’ailleurs Lynne qui inspira les sonorités les plus pop de l’album, Tom Petty voulant s’éloigner l’esprit country rock qu’il développait avec son groupe. La version CD contient également une petite surprise si on avance dans la plage 5 : un petit message audio de Tom Petty à l’adresse des auditeurs.

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4 – The Cure – Disintegration (mai)

Ce huitième album du groupe anglais est également le deuxième opus d’un triptyque intégrant Pornography (1982) et Bloodflowers (2000). Robert Smith atteignant la trentaine d’années, il renoue avec certains vieux démons. Cet état de fait donne à l’album le grain mélancolique et noir que l’on peut retrouver dans les premiers albums, après un grand passage pop entre 1983 et 1987. Malgré tout, cet album est devenu le plus grand succès du groupe grâce à des « tubes » tels que Lullaby et Lovesong (que personne n’aimait mais qui a été imposée par la maison de disques). Cet album faillit même provoquer la scission du groupe, qui survit tant bien que mal depuis trente ans (et qui n’a pas intérêt de se séparer avant la fin du mois d’août 2019, puisque je vais les voir à Rock en Seine).

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5 – The Stone Roses – The Stone Roses (mai)

Si le groupe de Manchester s’est formé en 1983, ce n’est qu’en 1989 qu’il sort son premier album sous l’égide de John Leckie après plusieurs singles. Grâce à cet album, ils deviennent alors après leur passage à Top Of The Pops avec les Happy Mondays les symboles du renouveau de la scène de Manchester et les précurseurs du style madchester, mélange de rock indépendant et de rythmes dance. Face au succès rencontré, la maison de disques a décidé de rééditer leurs singles en 1990 et une compilation de faces B en 1992. Malheureusement, Second Coming (1994) ne rencontre pas le même succès, obligeant le groupe à se séparer en 1996.

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6 – Simple Minds – Street Fighting Years (mai)

Neuvième album du groupe écossais, il marque non seulement le pinacle artistique du groupe après un succès continu depuis 1982, mais aussi le deuxième départ du groupe, à savoir le claviériste Michael McNeill. Après l’immense succès de l’opus précédent, Once Upon A Time (1985) qui contenait des tubes stratosphériques tels qu’Alive And Kicking et Don’t You (Forget About Me), la pression était quand même assez conséquente. C’est ainsi que la base des membres, arrivant à la trentaine d’années (quand je vous dis que c’est une grosse trend), ont voulu à l’instar de U2 s’engager pour diverses causes caritatives. C’est ainsi qu’est né cet album qui contient les hymnes politiques Mandela Day et Belfast Child, mais qui a aussi provoqué des frictions entre certains membres et le producteur Trevor Horn. C’est ainsi qu’encore une fois, Manu Katché a été appelé à la rescousse pour remplacer Mel Gaynor qui était saoulé. John Giblin, le bassiste qui intégra plusieurs projets dans l’album, a quant à lui préféré rejoindre le groupe d’Alan Parsons.

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7 – Johnny Hallyday – Cadillac (juin)

A 46 ans, Johnny Hallyday semble avoir connu des milliers d’avatars et sort d’années 1980 où il a connu un gros retour de hype grâce à Michel Berger (1985) et Jean-Jacques Goldman (1986). A l’instar de Simple Minds, il a donc une grosse pression sur ses épaules quant à ce 36e opus. Il s’agit d’un concept album autour d’une thématique de road movie, à savoir la liberté qu’on a à parcourir les espaces américains infinis, d’où les diverses références à la moto et à Cadillac, aventurier français qui fonda Détroit au début du XVIIIe siècle et inspirant les fabricants d’automobiles du même nom. Si Etienne Roda-Gil lui écrit tous ses textes et réalise son album, on rencontre les deux premières compositions commercialisées de David Hallyday pour son père : le tube Mirador et Possible en moto. Il contient également la participation de Vanessa Paradis sur Si j’étais moi. Le second single, Les Vautours, est épinglé pour un clip trop violent.

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8 – Prince – Batman (juin)

Si Tim Burton a compté sur Danny Elfman pour composer un thème iconique à sa vision de Batman, la Warner a préféré contacter Prince pour créer une bande originale. Résultat : au lieu de vendre la bande originale du film comme telle, Prince a préféré en faire son onzième album personnel. Même s’il a composé trois chansons pour cet album sur l’année 1988, les six autres titres ont été composés en six semaines au début de l’année 1989. Cet album lui permet de renouer avec une certaine forme de succès, après le bide de Lovesexy (1988) et la non-réalisation d’un Black Album qui sera l’album non-réalisé le plus piraté de l’histoire.

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9 – Mano Negra – Puta’s Fever (septembre)

Groupe issu de diverses formations underground de la France des années 1980, la Mano Negra a encore du mal à se fixer lorsque sort Patchanka en 1988. Bien que ce disque se soit vendu à 50.000 exemplaires, il est compliqué pour le groupe de se produire en concert, puisque pour les divers membres, la Mano Negra n’est qu’un projet parmi tant d’autres. Les membres décident alors de changer de manager et de fonder une SARL. C’est dans ce contexte qu’est enregistré Puta’s Fever, deuxième album qui va propulser le groupe vers le mainstream avec 400.000 albums vendus. Si les singles King Kong Five et Pas assez de toi se vendent très bien aux radios fin 1989, Sidi’H’Bibi, chant traditionnel des mariages algériens, passe mal en plein contexte de guerre du Golfe début 1990, puisque chanté en arabe. Le succès de l’album permet à la Mano Negra de faire la première partie d’Iggy Pop aux Etats-Unis, mais cette expérience s’est résumée à se prendre la tête avec les techniciens qui sous-mixaient les instruments et ne souhaitaient pas régler les lumières pour le groupe.

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10 – Patrick Bruel – Alors regarde (novembre)

Si Patrick Bruel commence au cinéma en 1978, alors âgé de 19 ans, il pense faire une carrière musicale depuis qu’il a vu Michel Sardou sur scène trois ans auparavant. Il faudra pourtant attendre 1984 et Marre de cette nana-là pour qu’il puisse commencer à percer en tant que chanteur. Son premier album en 1986 se vend à 20.000 exemplaires, ce qui est pas mal, mais c’est avec ce deuxième opus qu’il passe à la vitesse supérieure. Avec des titres tels qu’Alors regarde, Casser la voix, ou Place des Grands Hommes qu’il compose spécifiquement pour l’émission Avis de recherche présentée par Patrick Sabatier, Patrick Bruel vend deux millions d’exemplaires de l’album qui est donc certifié double disque de diamant. Rajoutez à cela un succès cinématographique avec L’union sacrée d’Alexandre Arcady et vous avez la raison de la Bruelmania qui a enflammé une partie de la France, dont moi-même.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales !