Discographie sélective : 2007, année à creuser

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Nous voici à la fin de mon exploration des albums sortis en classe 7. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle représente une année globalement pourrie – peut-être me suis-je moins bien renseignée sur l’actualité musicale du fait d’une année de chômage et donc pas le pognon pour acheter la matière première – ou si c’est parce que Mika et Amy Winehouse ont clairement dominé le marché musical, tout ceci pour dire qu’il m’a été plus difficile que pour les années de 1967 à 1997 de faire une sélection qui tienne la route.

Je ne parlerai donc pas de ce traumatisme qu’est Life In Cartoon Motion de Mika, étant donné que même dix ans après, je n’oublierai jamais la surdose que j’en ai subie dans une colocation de fortune – exactement comme Californication des Red Hot Chili Peppers. Il y a beaucoup d’albums que j’ai réévalués avec le temps, mais le premier opus du chanteur britannique d’origine libano-américaine n’en fera jamais partie. Je ne parlerai pas non plus de Back To Black d’Amy Winehouse parce que l’album date de 2006. Bref, pour 2007, Wikipedia n’aura jamais autant été mon ami, et encore.

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Fatal Picards – Pamplemousse Mécanique (février)

Quatrième album du groupe après Picardia Indepedenza (2005), il intègre lors de sa réédition la chanson L’amour à la française, présentée au concours Eurovision 2007 pour laquelle le groupe finira 22e sur 24 participants. Dans la lancée des albums précédents, la parodie est de mise, entre le foutage de gueule de Bernard Lavilliers (Bernard Lavilliers), des gothiques (Cure toujours), des métalleux (Comandante), d’Amélie Poulain (Je vis chez Amélie) et des joueurs de djembé (Djembé man). Certaines chansons se lancent également dans la satire sociale (La sécurité de l’emploi, Mon père était tellement de gauche, Au mariage de Kévin et de ma sœur).

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Arcade Fire – Neon Bible (mars)

Deuxième album du groupe montréalais après Funeral (2004), il a été enregistré dans le deuxième semestre 2006 dans une ancienne église reconvertie en studio d’enregistrement que le groupe a acheté et fait rénover. Beaucoup plus expérimental et moins flamboyant que l’album précédent, il a utilisé des instruments peu conventionnels dans la musique populaire tels que l’orgue, la harpe, la mandoline ou la vielle à roue. Dans les paroles écrites par Win Butler, on y retrouve des thématiques telles que le contrôle des gens par la télévision, la peur, la désillusion ou même l’imagerie autour de l’océan qui symbolise une perte de contrôle.

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John Butler Trio – Grand National (mars)

Troisième album du groupe australien, il sort après Sunrise Over Sea (2004), album qui les a fait connaître dans le monde entier avec le single Zebra. Il y avait donc une grande attente qui fut comblée avec le single Better Than. C’est avec cet album que le trio entama sa première tournée mondiale, avec cinq dates aux Etats-Unis et en France (intégrant les programmations du Printemps de Bourges et de la Fête de l’Humanité).

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Leslie Feist – The Reminder (avril)

Troisième album solo de l’artiste canadienne, il fut enregistré entre le studio de la Frette, en banlieue parisienne, et le Canada. Il contient de nombreux tubes tels que 1 2 3 4 – qui fut utilisée pour les campagnes Apple en 2008 –, My Moon My Man et I Feel It All. Couronné de succès à la cérémonie des Junos en 2008 et vendu à plus d’1.2 millions d’exemplaires, cet album a une résonnance personnelle très marquée – album de mon premier amour, donc blacklisté dès lors que celui-ci s’est terminé.

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Rihanna – Good Girl Gone Bad (juin)

Après le deuxième album de la Barbadienne, A Girl Like Me (2006), où elle est critiquée pour sa ressemblance stylistique et musicale avec Beyoncé, épouse de son producteur Jay-Z, elle décide du haut de ses vingt ans de blinder l’écriture de ses paroles, d’adopter un look steampunk et une production plus musclée pour son troisième album, toujours produit par Jay-Z. Cela eu un effet phénoménal : l’album connut six singles  à succès (Umbrella, Don’t Stop The Music, Disturbia, Shut Up And Drive, Hate That I Love You, Rehab) et s’est vendu à sept millions d’exemplaires dans le monde.

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M.I.A. – Kala (août)

Deuxième album de l’artiste britannique d’origine sri-lankaise, il tire son nom du prénom de sa mère, après avoir dédié son premier album Arular (2005) à son père. Les sonorités tournent beaucoup autour des percussions, qu’elles soient jamaïcaines, africaines ou tamoules. Selon ses dires, cet album contient  des formes, des couleurs, l’Afrique, la rue, le pouvoir, la prostitution, le nouveau monde et brave. Que ce soit pour parler des migrants dans une cale (Hussel) ou de ses propres problèmes avec les divers services d’immigration (Paper Planes), elle a instillé dans cet album beaucoup de souvenirs sonores de son enfance (tambours tamouls, films bollywoodiens)…

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Vanessa Paradis – Divinidylle (août)

Après une pause de sept après Bliss (2000), Vanessa Paradis revient avec un cinquième album écrit et composé à plusieurs mains – dont elle-même –, mais où la patte de Matthieu Chédid est très visible. Bénéficiant d’un large succès en France, l’album connut une sortie internationale, notamment en Belgique, en Suisse, en Angleterre – une première depuis 15 ans –, en Russie et en Chine. La pochette, d’inspiration Gustav Klimt, est signée J. D. qui n’est autre que le compagnon de l’époque de la chanteuse, Johnny Depp. L’album s’est vendu à plus de 600.000 exemplaires.

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Radiohead – In Rainbows (octobre)

Alors que le groupe n’est plus sous contrat avec EMI au moment de la sortie de ce septième album et ne souhaite plus travailler avec les majors, l’album est proposé tout d’abord en téléchargement à prix libre dès le 10 octobre 2007 – ce qui était inédit à l’époque. Au bout de deux jours, l’album fut téléchargé 1.2 millions de fois avec en moyenne un achat d’un pound. Devant le succès de la démarche, l’album physique sortit le 31 décembre 2007. Il vient après Hail To The Thief (2003), après lequel le groupe se sépara pour que chacun de ses membres se consacre à ses projets personnels. Au moment du retour en studio en 2005, Nigel Godrich, producteur de longue date, fut écarté du projet, et les sessions d’enregistrement se sont éternisées. Au final, Radiohead obtient pour In Rainbows son troisième Grammy Award pour un album rock alternatif, après OK Computer et Kid A.

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Yael Naïm – Yael Naïm (octobre)

Après un début de carrière dans des comédies musicales d’Elie Chouraqui (Les Dix Commandements), l’artiste franco-israélienne entame une carrière fructueuse avec David Donatien. Ce n’est qu’à partir du deuxième album éponyme qu’elle connaît un succès phénoménal avec les singles New Soul et Too Long. L’album finit son exploitation en mai 2009 avec 800.000 exemplaires vendus et une Victoire du meilleur album de musiques du monde en 2008.

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Alicia Keys – As I Am (novembre)

Après deux albums couronnés de succès, Songs in A Minor (2001) et The Diary of Alicia Keys (2003), ainsi qu’un début de carrière au cinéma en 2006, elle revient avec un troisième opus qui se classa directement n°1 au Billboard avec 742.000 exemplaires vendus en une semaine et rafle une pluie de prix dans la catégorie R&B des Grammy Awards en 2008. Au final, As I Am se vendra moins que les deux albums précédents, mais totalise 6 millions d’exemplaires vendus.

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A bientôt pour le bilan de l’année 2017.

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Discographie sélective : 1997, année tendre

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La notion de discographie sélective n’aura jamais été aussi bien appliquée qu’en 1997, tant l’année de mes 14 ans aura été pléthorique en termes de musique. C’est le temps de mes boums de lycée, d’une discographie familiale qui se développe à toute vitesse entre les apports de ma sœur et les miens. 1997 restera le synonyme du début de l’apprentissage de la liberté et de ses conséquences.

Il y aura donc moins de contenu français, mais plus de brit-pop, parce que c’est réellement cette musique qui a marqué mon adolescence. J’ai grandi avec et ça m’a nourrie pour parler de musique.

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1 – Daft Punk – Homework (janvier)

Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homen-Cristo ont eu le nez fin quand, en 1993, lors d’une rave à EuroDisney, ils ont distribué au DJ Stuart McMillan une cassette d’un de leurs mixes. Cette même cassette est publiée par un label en 1994, et vu le petit succès de Da Funk en 1995 chez le même label, Virgin Records les signe l’année d’après. C’est dans ce cadre qu’est enregistré Homework, enregistré dans le studio des deux DJ à Paris. Sorti le 20 janvier 1997, il s’en est vendu deux millions d’exemplaires à travers le monde.

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2 – Christophe Miossec – Baiser (avril)

Deuxième album de l’artiste brestois après Boire (1995), il est enregistré au studio Cocoon de Rennes. Encore une fois, Miossec signe les paroles et son guitariste Guillaume Jouan signe les musiques. Fatigué par la tournée qui a suivi le relatif succès de l’album Boire, le chanteur est fatigué quand il enregistre cet album, qualifié par lui-même d’auto-parodie. Malgré tout, le fait qu’il s’entoure de davantage de musiciens que sur l’album précédent (dont un batteur) lui permet d’étoffer son son.

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3 – Louise Attaque – Louise Attaque (avril)

Premier album du groupe constitué sous cette forme depuis 1994 à Paris, enregistré après deux ans de tournées couronnées de succès, l’album se vend à 2.8 millions d’exemples, ce qui représente la plus grosse vente d’un album rock français, et ce même s’ils ont été boudés par les radios dans un premier temps. S’en est suivi une tournée démentielle en 1998 qui a donné lieu à un documentaire. Fut un temps où j’ai tellement écouté l’album en soirée que je pouvais réciter la tracklist sans problème.

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4 – Radiohead – OK Computer (mai)

Troisième album du groupe, venant avec le succès de The Bends (1995), la décision fut prise de l’auto-produire. Malgré tout, le producteur Nigel Goodrich, qui avait participé à The Bends, vint les épauler. Le groupe décida d’enregistrer dans des lieux isolés de la ville, afin d’éviter des dissensions au sein du groupe [SPOILER : il y en a eu quand même]. Les enregistrements se déroulèrent entre juin 1996 et mars 1997, avec une conclusion avec l’enregistrement des cordes à Abbey Road. Certains titres ont été testés dès mi-1996 en première partie d’Alanis Morrissette, comme Paranoid Android qui connut des versions bien plus longues que la version actuelle qui dure quand même 6:23. Fort d’un énorme succès, l’album est préservé à la bibliothèque du Congrès à Washington du fait d’un apport à la culture mondiale. La version amendée OKNOTOK publiée pour son 20e anniversaire montre que l’album aurait pu devenir un double album grandiose.

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5 – Foo Fighters – The Colour And The Shape (mai)

Deuxième album de Dave Grohl après l’album éponyme (1995), mais premier album sous la forme d’un groupe (parce que Dave Grohl jouait tout tout seul dans Foo Fighters), The Colour (sic) And the Shape s’appelle ainsi en référence aux origines anglaises du producteur Gil Norton (car il se serait appelé The Color And The Shape sinon). Les enregistrements ont commencé après la tournée de 1996, et se sont soldés par les départs du groupe du batteur William Goldsmith (remplacé par le batteur actuel Taylor Hawkins), vexé que Dave Grohl ait remplacé toutes ses parties de batterie, et du guitariste Pat Smear qui se sentait usé par la tournée. L’album souffre encore parmi les critiques de comparaisons peu flatteuses avec l’œuvre de Nirvana, mais reçut une bonne réception auprès du public.

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6 – The Prodigy – The Fat Of The Land (juin)

Album très controversé s’il en est, ce troisième album vient après le succès rencontré Music For the Jilted Generation (1994) qui fit sortir le son rave anglais de ses retranchements. Deux éléments ont fait la renommée de cet album :

– La polémique autour de Smack My Bitch Up, morceau au contenu misogyne, mais qui, pour les membres du groupe, voulait se rapprocher d’une parodie du gansta rap.

– Le fait que des morceaux tels que Firestarter ou Mindfields ont servi à plusieurs bandes originales de films, notamment Matrix (1999).

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7 – Oasis – Be Here Now (août)

Troisième album du groupe après les cartons Definitely Maybe (1994) et (What’s The Story) Morning Glory? (1995), c’est avec beaucoup d’effervescence que cet album est attendu. Au fait de leur gloire, les frères Gallagher sont invités au 10. Downing Street et passent leurs vacances chez Mick Jagger sur l’île Moustique. L’enregistrement s’est passé de la plus mauvaise des manières, entre la quantité de drogue ingurgité et le conflit ouvert entre Liam et Noel. Malgré tout, l’album fut la vente la plus rapide d’Angleterre avec 420.000 albums vendus le jour de sa sortie et 1 million au bout de deux semaines. Malgré les 8 millions d’albums vendus, Be Here Now voit son image dépréciée au fil du temps du fait de chansons beaucoup trop longues et d’un son trop lourd.

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8 – Jean-Jacques Goldman – En passant (août)

Premier album solo depuis Traces (1989), après une collaboration fructueuse avec Caroles Fredericks et Michael Jones, En passant est un album très intimiste et reste mon préféré de Jean-Jacques Goldman. Il renoue avec la folk et le blues pour parler de choses très intimistes comme son divorce ou son rapport au temps qui passe. Bref, vingt ans après, cela reste pour moi une conclusion bien plus cohérente à la carrière de Jean-Jacques Goldman que Chansons pour les pieds (2002).

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9 – Björk – Homogenic (septembre)

Quatrième album de l’artiste islandaise, qui mit du temps à être enregistré après la tournée de Post en 1996 qui la laissa exsangue, il est marqué par la volonté de Björk de se rapprocher de ce qu’elle pense être une forme d’identité islandaise. S’apercevant qu’il n’y a pas de culture classique islandaise en tant que telle, elle décida de la chanter. Echappant à un attentat à Londres en 1996, elle décide de s’installer en Espagne pour enregistrer partiellement l’album. Revenant auprès de sa famille en Islande pour les fêtes, l’inspiration lui vint et l’autre partie de son album fut enregistré en même temps que son emménagement à Malaga entre février et mai 1997. Les thèmes évoqués y sont la dualité des choses, la mutation entre l’enfant et la femme… L’accueil du public est dithyrambique, au point que beaucoup des concerts de la tournée furent sold out en des temps records.

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The Verve – Urban Hymns (septembre)

Après deux albums boudés par le public – A Storm In Heaven (1993) et A Northern Soul (1995) –, le groupe mené par Richard Ashcroft est en train de se séparer pour cause d’abus de drogues et de dissensions internes. Début 1996, pourtant, Richard Ashcroft reforme le groupe sans le guitariste Nick McCabe, qui rejoindra les enregistrements de l’album plus tardivement. Il a suffi du single Bittersweet Symphony – qui contient au départ une boucle de l’arrangement de The Last Time des Rolling Stones par le Andrew Oldham Orchestra et qui, au final, a entraîné une accusation de plagiat et le crédit Ashcroft/Jagger/Richards sur la chanson – pour que l’album fasse partie de la littérature de la brit-pop des années 1990.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

 

Discographie sélective : 1987, année épique

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Après une année 1967 très créative et une année 1977 très tranchée, l’année 1987 est, comme toute la musique des années 1980, bipolaire entre les sons électroniques et les guitares lyriques qui compensent un déficit de popularité en face. A y réfléchir en effet, jamais le métal dans son ensemble n’a été aussi lyrique et bourrin que durant cette période, en témoigne la discothèque pléthorique d’un de mes oncles sur le sujet.

1987, donc. Un cru assez qualitatif pour la variété française, qui voit le retour en force de Claude Nougaro après des années d’errance discographique. Sur le plan international, c’est le temps des albums références pour les artistes qui maintiendront une popularité sans pareille jusqu’à notre époque.

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Claude Nougaro – Nougayork (non précisé)

Viré de sa maison de disques pour cause de mauvaises ventes, Claude Nougaro s’envole vers New-York avec comme point de chute le logis de la veuve de Charles Mingus. C’est ainsi qu’il écrit avec l’aide du compositeur et claviériste de jazz Philippe Saisse Nougayork, enregistré avec ne serait-ce que Nile Rodgers – de toutes façons, quand tu es français et que tu veux un retour funky, tu appelles Nile Rogers. Ca marche avec Sheila, ça marche avec les Daft Punk… Mais aussi avec Nougaro qui revient en force dans les charts et obtient une Victoire de la Musique du meilleur album en 1988.

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William Sheller – Univers (janvier)

Après l’échec de Simplement (1983) qui connut pourtant des succès en single (Les Filles de l’aurore et Maman est folle) et une incursion dans la musique de chambre, son deuxième répertoire, il revient dans l’univers de la variété avec un album très sensible, contenant notamment Les miroirs dans la boue, Guernesey écrit par Bernard Lavilliers et L’empire de Toholl, fresque romanesque qui clôt l’album. Contrairement à Simplement, l’album connut un succès conséquent et devint disque d’or.

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U2 – The Joshua Tree (mars)

Cinquième album, nommé ainsi en référence à l’Arbre de Josué, un baobab qui pousse dans la vallée de la Mort en Californie, il est dédié à un technicien historique de U2 qui est malheureusement décédé dans un accident de moto en juin 1986. Il doit sa popularité aux trois singles exploités qui ouvrent l’album, à savoir Where The Streets Has No Name, I Still Haven’t Found What I’m Looking For et With Or Without You. Beaucoup de critiques s’accordent à dire que cet album est plus américain que les quatre albums studios précédents, bien qu’il ait été enregistré en Irlande. Il fait l’objet d’une telle popularité qu’il a fait l’objet d’une tournée titanesque en 1987-88 et que sa réédition en 2017 fait également l’objet d’une autre tournée de même envergure.

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Bérurier Noir – Abracadaboum (juin)

Suite à la sortie de l’Empereur Tomato-Ketchup (1986), qui devint un cri de ralliement durant les manifestations contre la loi Devaquer et tourna en boucle dans les radios de jeunes, le groupe jouissait d’une notoriété qui n’était pas à son goût. Certains de ses membres se sont alors mis en grève pendant 6 mois, avant de quitter le groupe. C’est dans ce contexte que sort Abracadaboum, un album qui contient dans sa version première une dizaine de titres, auxquels on a accolé dans les versions ultérieurs les contenus des EP L’Empereur Tomato-Ketchup, Viêtnam Laos Cambodge et Ils veulent nous tuer. Si l’album est plus « festif » que Concerto Pour Détraqués (1985), il n’en est pas moins enragé dans son propos.

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Guns’N’Roses – Appetite For Destruction (juillet)

Premier album du groupe, s’il atteint aujourd’hui les 30 millions d’exemplaires vendus, le début d’exploitation fut compliqué. En effet, du fait du premier choix de pochette – une œuvre de Robert Williams qui représentait un monstre qui butait un robot qui venait de violer une fille sur le trottoir – et de la non-publicité sur MTV de Welcome To The Jungle pour cause de clip trop violent ont freiné les ventes dans un premier temps. Ce n’est qu’après l’intervention du producteur, David Geffen, auprès de MTV que le groupe gagna en popularité. Durant l’enregistrement du disque, Slash, en bon perfectionniste, restait la nuit avec les ingénieurs du son pour retravailler ses parties de guitare.

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Michael Jackson – Bad (août)

Ce troisième album de Michael Jackson sans ses frères, à l’image de Thriller (1983), un album bourré de superlatifs (45 millions d’exemplaires vendus selon les sources; cinq singles tirés de l’album classés n°1…) où il fut une époque où je pouvais tracer la tracklist par cœur, tant je l’ai écouté dans la voiture (elle est restée pas moins de 4 ans dans l’autoradio). Si le clip de la chanson-titre a été réalisé par Martin Scorsese, l’album a eu d’autres exploitations cinématographiques, notamment Captain EO (1988), réalisé par Francis Ford Coppola, devenu une attraction des parcs Disney, mais aussi Moonwalker (1988), qui reste mon premier souvenir de cinéma.

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Depeche Mode – Music For The Masses (septembre)

Sixième album du groupe, il a été enregistré au studio Guillaume Tell à Suresnes et a été le premier album du groupe à avoir à la fois une sortie vinyle et CD. Avec cet album, le groupe rompt avec les sonorités qui le caractérisent depuis le début de carrière en 1981, avec un son moins pop wave et plus rock industriel. C’est enfin l’occasion pour Depeche Mode de toucher un autre public que le public européen.

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Indochine – 7000 danses (octobre)

Après le triomphe de 3 (1985), le groupe a préféré se donner du temps pour composer de nouvelles chansons qui furent enregistrées à partir de février 1987 au studio Miraval (avant que le château devienne la propriété des Brangelina) puis sur l’île de Montserrat. La presse s’impatientant, le single Les Tzars sortit en juin et reçut un accueil décevant. Malgré un accueil critique à sa sortie, l’album atteint la 5e place du Top 30 en mars 1988 et fut vendu à 350.000 exemplaires.

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INXS – Kick (octobre)

Sixième album du groupe australien, il est celui qui connaîtra le plus de succès à travers, puisqu’il se retrouve disque de diamant dans plusieurs pays, grâce notamment aux singles Devil Inside et Need You Tonight. Il connaît également plusieurs amendements selon les pays (comme l’édition japonaise de 1989) et de diverses rééditions, notamment pour le 25e anniversaire de sa sortie en 2012.

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Jean-Jacques Goldman – Entre gris clair et gris foncé (novembre)

Cinquième album solo de l’artiste, il se présente sous la forme d’un double album de vingt titres, dont onze ont déjà été enregistrés au préalable. Entre blues et sonorités de son temps, il contient des standards de la chanson française tels que Elle a fait un bébé toute seule, Puisque tu pars, Il changeait la vie, C’est ta chance ou le duo Là-bas avec Sirima Wiratunga. L’album connaîtra une édition japonaise de 13 titres, dont cinq de l’album précédent Non homologué (1985).

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Discographie sélective : 1977, entre colère et poésie

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Suite à ma discographie sélective de 1967, je me suis dit que c’était une bonne idée de faire une discographie sélective pour les autres classes 7. Le problème est que j’ai eu cette idée 20 jours avant le 1er janvier 2018 et que je dois déjà faire mon bilan de 2017. Tant pis, je tente le coup.

Nous allons donc poursuivre avec l’année 1977, année assez dichotomique s’il en est, tant l’écart entre la variété française et internationale est en décalage. En effet, si à l’international, le disco, le funk et le punk font la loi, en France, la folk bucolique et une forme de pop tiennent encore la dragée haute. Justement, contrairement à 1967, le rapport musique française/musique internationale sera plus équilibrée dans ce digest.

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1 – Francis Cabrel – Les murs de poussière (non précisé)

Premier album du troubadour d’Astaffort, produit à la suite du repérage de l’artiste par la maison de disques CBS lors d’un festival à Toulouse, il passa inaperçu au moment de sa sortie, malgré les tubesques Petite Marie et Les murs de poussière. Cela ne l’empêcha pas non plus à l’album de faire son petit bonhomme de chemin, puisqu’il s’est vendu à plus de 300.000 exemplaires à l’heure actuelle.

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2 – The Clash – The Clash (avril)

Si ce premier album paraît violent à sa sortie – au point d’être interdit aux Etats-Unis à cause du titre I’m So Bored with the USA –, il est pourtant symptomatique du gain de popularité de la scène punk sur le territoire britannique, alors qu’il se développe en sous-main depuis au moins deux ans, à l’image de ce qui se fait dans le genre à New-York. Une version « expurgée » – sans I’m So Bored with the USA, mais avec une reprise d’I Fought The Law de Sonny Curtis – sera proposée au marché américain en juillet 1979, avant la sortie du mythique London Calling.

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3 – Bob Marley and the Wailers – Exodus (juin)

Après la tentative d’assassinat dont il a été victime en date du 3 décembre 1976, Bob Marley décida de s’exiler pendant un an à Londres. C’est dans ce contexte que fut enregistré non seulement cet album, mais aussi Kaya qui sortira l’année suivante. Moins reggae et plus rock que les albums enregistrés en Jamaïque Natty Dread (1974) et Rastaman Vibration (1976), il fait une carrière honorable dans les charts américains, sans pour autant atteindre les ventes de Rastaman Vibration. Ce n’est qu’après la mort de Marley que l’album a été redécouvert et qu’il est devenu aujourd’hui l’album le plus vendu de l’artiste, au point de devenir l’album le plus important du XXe siècle selon le Time en 1998.

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4 – Iggy Pop – Lust For Life (septembre)

A l’instar de son ami David Bowie, qui vient de remixer Raw Power des Stooges tant bien que mal, et tous deux en proie à la toxicomanie, ils décident de quitter Los Angeles pour Berlin. Pour tous les deux, cela représente une période extrêmement créative de leur carrière, car chacun sortira de cette expérience avec une trilogie d’albums enregistrés et/ou sortis en 1977. En ce qui concerne Iggy Pop, il s’agit de The Idiot (enregistré au château d’Hérouville), Lust For Life plus apaisé et qui connut donc un meilleur succès, et TV Eye Live (1978), déclamé 3e volet de la trilogie par la maison de disque RCA.

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5 – Renaud – Laisse béton/Place de ma mob (octobre)

Après Amoureux de Paname (1975), où il impose un discours politiquement marqué avec des titres tels que Société, tu ne m’auras pas, Camarade bourgeois ou Hexagone, Renaud décide d’être un peu plus soft sur les sujets politiques, mais préfère dépeindre une banlieue qui déborde sur le XIVe arrondissement (Le Blues de la porte d’Orléans) et sa société. C’est avec ce genre de chansons que ce fils d’éditeur/traducteur s’est construit une très belle réputation de zonard.

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6 – David Bowie – « Heroes » (octobre)

Dans le même contexte que The Idiot et Lust For Life pour Iggy Pop, David Bowie enregistra dans sa fuite qui le mena à Berlin Low, « Heroes » et Lodger. En collaboration avec Brian Eno, il écrit alors l’un de ses plus grands albums, qui contient également des chansons en langue allemande, faisant référence au Berlin-Ouest d’alors.

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7 – The Sex Pistols – Never Mind The Bollocks, Here’s The Sex Pistols (octobre)

1977 aura été l’année de l’explosion du punk au niveau mondial, notamment grâce à l’unique album d’un boys band monté de toutes pièces par ce génial et peu scrupuleux homme d’affaires qu’était Malcolm McLaren. Et, à l’image du bordel qu’était le groupe, tant la construction de l’album que sa production et sa négociation à l’international ont été chaotiques. Malgré tout, Never Mind The Bollocks… reste un album cohérent – peut-être parce que Steve Jones et Glen Matlock ont tenu la basse à la place de Sid Vicious sur la plupart des titres – et même extrêmement équilibré, chose que l’on ne peut pas dire d’un album des Ramones, par exemple. Rien que pour cette particularité, Never Mind The Bollocks… mérite d’être écouté dans son ensemble.

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8 – Jacques Brel – Les Marquises (novembre)

C’est le treizième et dernier album de l’artiste, après neuf ans sans chansons inédites, une carrière dans le cinéma, une reconnaissance aux Etats-Unis au début des années 1970 avec la traduction de certaines chansons, et enfin un tour du monde en voilier entamé en 1974 après l’annonce de son cancer du poumon. Il présente Jacques Brel nourri de ses pérégrinations sur son voilier (avec notamment la collaboration de Caetano Veloso), mais aussi de ses réflexions autour de la vanité du monde, étant déjà à un stade avancé de sa maladie – il enregistre avec un demi-poumon en moins et le deuxième irradié, ne se limitant qu’à une prise par chanson et deux chansons par session d’enregistrement.

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9 – Téléphone – Téléphone/Anna (novembre)

Enregistré en dix-sept jours a l’Eden Studio de Londres, ce premier disque consacre le succès grandissant du groupe composé en date du 12 novembre 1976 et qui, depuis un an, enflamme le métro et les premières parties diverses. Ayant obtenu en 1977 un contrat de trois albums avec Pathé-Marconi, le premier album se vend à 30.000 exemplaires en quelques mois, ce qui est un bon score pour un groupe débutant. Encore très inspirés par les pionniers du rock et les Rolling Stones, c’est le premier groupe de rock français qui arrive à un tel niveau de notoriété à une époque où il n’était pas en odeur de sainteté.

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10 – Alain Souchon – Jamais content (décembre)

Troisième album d’Alain Souchon, après J’ai dix ans (1974) et Bidon (1976), il répond au premier succès de son alter ego compositeur Laurent Voulzy, qui cartonne la même année avec Rockollection. Il contient des tubes aussi emblématiques que la chanson-titre, mais aussi Y’a d’la rumba dans l’air, Allo maman bobo et 18 ans que j’t’ai à l’œil.

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A bientôt pour l’année 1987.

Nécrologie alternative

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HallydayJe m’étais promis que j’aurais attendu la mort de Johnny Hallyday pour se pencher sur sa carrière et son apport à la musique. C’est chose faite : il vient de nous quitter ce mercredi 6 décembre 2017 à l’âge de 74 ans. Unanimement reconnu comme étant un pilier de la chanson française, malgré ses nombreux détracteurs qui ne manquent pas de déjà persifler sur les réseaux sociaux, il n’est pas tant moqué sur ses chansons (qui sont ce qu’elles sont), mais pour l’image qui a été faite autour de lui. L’idolâtrie dont ses fans hardcore font preuve et sa bêtise monumentale maintes fois démontrée ont quelque peu terni l’image d’un interprète hors-pair mais qui n’était pas reconnu pour sa créativité.

En effet, lorsqu’il avait d’excellents auteurs/compositeurs à son service, son talent faisait mouche. Faisons une étude comparative de deux de ses tubes issus de deux de ses  derniers albums :

  • 20 ans, écrit par Christophe Miossec et composé par David James Ford, issu de L’Attente (2012)

  • Mon cœur qui bat, toujours écrit par Christophe Miossec, mais composé par Maxim Nucci/Yodelice, issu de De l’amour (2015)

Force est de constater que, lorsqu’on plaçait Johnny sur un registre mielleux, il était moins puissant que lorsqu’on respectait sa doxa entre rock traditionnel et americana, sur icelui registre où je préfère de loin son grand ami Eddy Mitchell.

La carrière de Johnny Hallyday se découpe en tranches :

  • Il a passé ses années 1960 à reprendre comme tous ses petits copains du rock anglo-saxon.

  • Il a montré ses travers dans les années 1970, à savoir, s’il n’était pas entouré par des gens compétents (comme ici Lucien Thébaut et Jean Renard), ça pouvait être du grand n’importe quoi.

  • Il a eu un gros retour de flammes dans les années 1980, notamment grâce à Jean-Jacques Goldman et surtout à Michel Berger. C’est cette période qui a davantage fixée l’imagerie qui l’entoure dans ces dernières années (coupe mulet, loup qui hurle, délire autour des Indiens d’Amérique, etc.)

  • Déifié par ces années 1980, ce fut soudain un honneur ultime de composer pour lui. C’est ainsi qu’on lui fit chanter du grand n’importe quoi (merci Pascal Obispo).

Bref, durant les 57 ans qu’ont duré sa carrière, Johnny Hallyday a été la seule véritable star américaine, capable de remplir des stades 15 soirs de suite, divorçant pour un oui ou un non, vivant les excès dus à son rang. On va en chier par les oreilles pire qu’à la mort de Mickael Jackson ou de François Mitterrand, mais en même temps, ce n’est pas tous les jours qu’un artiste francophone arrive à un tel niveau de notoriété.

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Pour compléter cette nécrologie, je vais suivre le conseil que mon cher Mad Dog m’a filé sur Twitter :

 

Alors j’ai demandé à mes contacts quels sont les chanteurs francophones morts qui auraient dû avoir la carrière et recevoir les honneurs de Johnny Hallyday. Voici donc les nécrologies de quatre hommes dont on aurait dû légitimement reconnaître le talent et faire des obsèques nationales.

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Bernard Minet

Batteur de Charles Aznavour et de Richard Clayderman, premier prix du Conservatoire nationale en batterie en 1974, idole de tous les enfants entre 1987 et 1997, amuseur public avec les Musclés, mais aussi gros pasticheur de Jean-Michel Jarre et Vangelis aux œuvres desquels il consacra pas moins de 73 compilations chacun, Bernard Wantier de son vrai patronyme était un artiste au talent multiple. La fin du Club Dorothée consacra la fin de sa vie médiatique, bien que les multiples conventions de geeks qui pullulent depuis cinq consacrent une large place à son souvenir.

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Bernard Ménez

Acteur talentueux s’étant illustré à la Comédie Française et dans des films mémorables comme dans La nuit américaine de François Truffaut. Dracula Père et Fils avec Christopher Lee, il se lança dans la chanson en 1984 avec un succès inégalé jusqu’à présent, provoquant même une émeute lors de son passage à Saint-Pol de Léon. Grisé par ses scores électoraux, cet homme de sensibilité centre-gauche aimait la vie et le Beaujolais nouveau.

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Hervé Vilard

Tel Johnny, Hervé Vilard est né dans la rue et s’est forgé ainsi sa mythologie. Enfant de la DDASS, il mène sa vie à 15 ans à Pigalle avant de se faire connaître dans ses jeunes années avec Capri, c’est fini. Dans les années 1970 et 1980, il se fit davantage connaître pour adapter en français l’œuvre de Toto Cotugno. Homme de convictions, il fut le premier artiste ouvertement homosexuel, après sa déclaration en 1967. Et pour ceux qui ne croient pas en sa mort, une petite fille ne peut pas avoir tort…

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Corbier

Trublion de la télévision française et chansonnier à peine vulgaire durant les années 1980 et 1990, Alain Roux de son vrai patronyme vit sa carrière propulser dans les années 1960 par le double coup de pouce de Georges Brassens, puis de Jean-Pierre Elkabbach qui le fit rentrer à France Inter en 1971. Mais c’est seulement en 1970, après sa rencontre avec Jean-Louis Foulquier, qu’il se consacra à une activité de chansonnier dans les théâtres parisiens jusqu’en 1987. Jacqueline Joubert le repère en 1982 et l’intègre dans la bande de Dorothée qui présentait à l’époque Récré A2. Là aussi, la fin du Club Dorothée marqua le glas médiatique de cet artiste qui, à l’instar de Bernard Minet, hante encore les esprits des trentenaires nostalgiques.

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Si tout le monde a quelque chose en lui de Tennessee, tous les artistes, flamboyants ou anonymes, ont quelque chose en eux de Johnny.

Un automne 2017

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Je vous propose un petit aperçu musical de cet automne 2017 qui me voit changer de fonctions, et par conséquent, de paie (même si ce n’est pas encore trèèèès probant pour l’instant). Un automne 2017 qui, comme l’automne 2015, voit le métier rentrer dans le corps de manière pas du tout figurative (avec moult malaises et maux divers liés au stress). Un automne 2017 où on se « débarrasse » des vieilleries qu’on doit écouter à la maison, à force de ne pas sortir avec ce froid. Un automne 2017 marqué aussi par le #HighSchoolMusical, puisque je suis encore mutée en lycée.

Dans cette sélection, comme à mon accoutumée désormais, il y aura surtout de la vieillerie, puisque je commence à rider et à avoir des cheveux blancs de plus en plus visibles. Mais vous commencez à avoir l’habitude.

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La musique d’ambiance ad hoc : Trent Reznor & Atticus Ross – Halloween (2017)

Les trublions de Nine Inch Nails ont décidé pour fêter Samain/la fête des saints et des morts de revisiter le mythique thème composé par John Carpenter pour son propre film en 1978. Et ils ont fait un morceau encore plus cohérent que l’original. Si John Carpenter a joué avec l’économie des effets qui lui étaient offerts à l’époque, Reznor et Ross ont un peu forcé le trait sur les effets sonores horrifiques et ça marche du tonnerre, tant la reprise installe la bonne ambiance qui prend aux tripes.

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Le petit coup de soleil : Cesaria Evora – Sangue de Beirona (1997)

Issu de l’album Cabo Verde, son sixième album studio, ce petit morceau ne paie pas de mine, mais suffit pour mettre du baume au cœur. Il me rappelle le voyage de noces dans un pays au même langage, mais un petit peu plus au nord. Et clairement, quand je vois les photos de mes potes sur les réseaux sociaux, je pleure.

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La nouveauté fondante : Eddy de Pretto – Kid (2017)

Alors que l’affaire Weinstein commence à bouleverser les relations hommes-femmes – dans le bon sens, je l’espère – et que je me retrouve dans un établissement composé à plus de 90% d’élèves de sexe masculin, qu’on puisse interroger de la sorte les tenants et les aboutissants de l’injonction à la virilité me fait très plaisir. D’autant plus que je suis réellement fan de la voix et de l’écriture de ce jeune homme que personne n’avait vu venir. Bref, une très belle découverte de 2017.

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La kitscherie sans nom : Dennis Walker – Like An Eagle (1979)

Vu comment Michel Vedette m’a fait vriller la tête avec sa reprise française du morceau, je me suis dit qu’il fallait que je me penche sur la question. Et je n’ai pas été déçue du résultat, tant ce morceau correspond point par point à tous les clichés de la musique produite au kilomètre. Tu prends un acteur porno, tu le fais rencontrer des producteurs peu scrupuleux, et tu obtiens un combo gagnant pour ton dancefloor et tes demandes de drama.

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La petite archive mignonne : Queen – Tavaszi szél vizet araszt (1986)

Le 27 juillet 1986, Queen finit sa tournée Magic à Budapest et personne ne se doute que ce sera le dernier concert du groupe. Pour clore la tournée sur un moment chouchou, Freddie Mercury s’inscrit sur la main des paroles en hongrois, celle d’une chanson traditionnelle pour enfants, afin de l’interpréter avec le public. Même si le concert était en deçà de ce qui s’était passé à Wembley ne serait-ce qu’un mois plus tôt – la fatigue aidant –, il existe des moyens plus honteux de finir sa carrière live.

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La redécouverte des années 1980 : Buzy – Body Physical (1986)

Marie-Claire Girod, dite Buzy, a commencé sa carrière par la pratique des claquettes qui lui a ouvert un rôle dans le Rocky Horror Picture Show (1975) à seulement 18 ans. Etienne Roda-Gil la repère et lui fait enregistrer divers titres à succès au début des années 1980 (Dyslexique, Adrian, Adrénaline). Body Physical sort après un album écrit avec Serge Gainsbourg en 1985. La mort de son producteur historique à la fin des années 1980 a marqué la fin de son succès, mais certainement pas celle de sa carrière qui continue encore de nos jours.

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La collaboration de rêve : Hans Zimmer & Radiohead – (Ocean) Bloom (2017)

On dirait que 2017 a décidé de nettoyer mon karma de ce que j’ai pu dire de dégueulasse sur Radiohead depuis 20 ans. En s’associant avec l’un des compositeurs les plus badass de Hollywood, le groupe n’a pas fait dans le très recherché, mais dans l’onirique et l’apaisé (que certains qualifieraient d’à deux balles, mais qu’ils composent une symphonie et on en reparle). Bref, Radiohead n’a pas fini de m’étonner et ça me fait plaisir.

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La nécrologie : Tom Petty – A Face In The Crowd (1989)

Tom Petty nous a quittés ce lundi 2 octobre 2017, à l’aube de ses 67 ans. J’ai pu découvrir son répertoire à travers diverses exégèses du Mari, qui était un grand fan et qui était par conséquent très attristé, mais aussi à travers les Travelling Wilburys (supergroupe qu’il avait formé avec George Harrison, Roy Orbison, Bob Dylan et Jeff Lyne et dont il ne reste désormais que deux survivants, dont l’un est censé être mort il y a 15 ans). Il était une bonne manière de découvrir un répertoire folk américain en dehors des cadres, à l’instar de Bob Dylan et des Byrds.

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Le moment guimauve : Foreigner – I Want To Know What Love Is (1984)

C’est ma chanson de l’amour au Mari pour cette saison. Elle est cucul. J’ai honte, hein. Mais en quatre ans d’amour, c’est dur de se renouveler en chansons dark et punk pour exprimer mon amour au Mari. Et encore, ça aurait pu être pire : j’aurais pu choisir la version de Tina Arena.

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La victoire par KO (enfin on espère) : Noel Gallagher’s High Flying Birds – Holy Mountain (2017)

Tandis que son frère Liam truste les charts anglais avec son premier album solo As You Were depuis le mois de septembre 2017 – et pour l’avoir écouté dans un magasin, je n’ai qu’un seul mot qui me vient en tête, tant c’est vraiment une resucée d’Oasis : BOOORING –, Noel aborde la contre-attaque en étant surprenant. Si l’album sort le 24 novembre, le premier single, outre le fait qu’il ait provoqué l’incompréhension en live en incluant la prestation d’une demoiselle qui fait une session percussive aux ciseaux, a réussi à dérouter le Mari. En effet, la très grande inspiration prise à la période surf des Beach Boys, alors que Noel en a dit pis que pendre, amène un évident questionnement. Personnellement, j’aime beaucoup, et j’aime surtout qu’il ait voulu faire autre chose que ce qu’on attendait de lui.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Michel : tragédie musicale ou expression du second degré ?

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Gabriel_MicDans les sociétés occidentales, Michel (sous toutes ses formes) est l’un des prénoms et l’un des patronymes les plus répandus. Ce n’est donc pas sans raison qu’une bonne partie des chanteurs populaires à partir de la seconde moitié du XXe siècle s’appellent Michel (Delpech/Sardou/Polnareff) / Michael (Jackson/Jones/Schenker/etc.) ou …. Michel/Michael. Certains y verraient un lien de cause à effet (les Michel ont plus de chance d’avoir du succès) alors que ce n’est qu’un pur hasard de probabilité (avec le nombre de Michel qu’il y a, t’en a forcément qui sortent du lot).

Depuis qu’Internet a posé ses pattes sur la culture mondiale il y a maintenant un peu plus de vingt, beaucoup d’artistes anonymes voient en ce médium une visibilité extraordinaire que le show business des années précédentes ne permettait pas. Plus besoin de passer à la radio ou à la télé, voire même de vendre des millions de disques pour acquérir une notoriété flambante. Pour le meilleur, comme pour le pire.

C’est ainsi que l’on voit des artistes s’appelant ou se faisant appeler Michel… faire les beaux jours des comptes Youtube et des pages de l’Internet français les plus obscurs. Etant donné que Michel est un prénom de moins en moins donné depuis les années 1980 en France – trop de Michel tua le Michel ? –, ces artistes, encore persuadés que s’appeler Michel leur donnera autant de gloire et d’argent que pour Sardou ou Polnareff, se sont lancés bille en tête.

Il faut se le dire : les Michel qui pullulent en 2017 sur les Internets français ne sont pas de toute première fraîcheur. Leur style musical et graphique prouve en effet que leur horloge spatio-temporelle a dû s’arrêter vers 1978. C’est pour cette raison que je m’interroge sur la part de second degré dans cette démarche : ont-il décidé d’être ringards naturellement ou ont-ils remarqué que, puisque la mode tourne tous les vingt ans, il était préférable de ressortir les vieux dossiers pour avoir la hype ? Petite dissertation en trois cas pratiques.

Michel Forever

Pédigrée : né en 1961 et acteur dès l’âge de 12 ans, Michel Forever est aujourd’hui imitateur officiel de Claude François, cabaretier, comique et ne s’est pas couché depuis 2004 (pour cause de maladie invalidante : s’il se couche, il tombe dans le coma).

Style : entre Claude François pour les habits de lumière et les chorégraphies, et Sim pour l’aspect graphique et l’humour.

1er ou 2nd degré : Je mise personnellement sur un bon 1er degré des familles. Avec de la musique qui s’est arrêté aux années 1970 et les fréquentations qui fleurent bon les années 1980 (Patrick Sébastien, Daniel Herzog, paie ta modernité), Michel Forever est persuadé que son art est, comme son nom, éternel. Et ça, c’est beau.

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Michel Farinet

Pédigrée: né en 1938, il a décidé, pour sa retraite, non pas de cotiser à l’ARCCO, mais de publier ses chansons sur Internet. C’est ainsi que débuta une carrière prolifique dès 1996. L’Histoire le retiendra comme le possible destinataire du Casse-toi, pauv’con lancé par Nicolas Sarkozy lors du salon de l’Agriculture en 2008.

Style : musicalement mollasson comme une résident de maison de retraite sans Viagra, la surprise vient de paroles très engagées en faveur de l’Europe (L’Euro notre monnaie) ou de l’exotisme (Zouk comme tu aimes).

1er ou 2nd degré : là encore, un bon 1er degré, comme  beaucoup d’artistes qui le sont devenus sur le tard (Remember Normand Lamour).

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Michel Vedette

Pédigrée : Homme sans âge, Michel Vedette est présenté comme chorégraphe (il a lancé l’Automatic Body Dancing Club entre 2005 et 2009 au Baron), compositeur et dessinateur. Depuis 2011, il se lance dans la musique et c’est spécial.

Style : Comme Michel Forever, Michel Vedette s’est beaucoup intéressé au disco, mais dans une dimension plus internationale et « actuelle ». Si Comme un aigle est une reprise du Like An Eagle de Dennis Parker (1979), Le Cruiser fait davantage penser au Gangnam Style. Donc à moins que ce titre était déjà ringard en 2012 (et je le pense sincèrement)…

1er ou 2nd degré : Le choix d’un pseudonyme français (enfin j’espère que c’est un pseudonyme) dans ce cadre est la preuve irréfutable du total manque de sérieux de la démarche.

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Si vous cherchez encore un prénom S.W.A.G.G. pour votre enfant, n’hésitez plus : Michel est le prénom qui lui garantira le plus de succès dans la chanson.

OrelSan gagné par le syndrome de Peter Pan ?

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Il y a bientôt 6 ans, je m’étais enthousiasmée pour Le chant des sirènes d’OrelSan, tant les thématiques évoquées autour de la crise d’identité qui accompagnait celle de la trentaine me parlaient à l’époque. Curieusement, je m’étais beaucoup moins intéressée au projet Casseurs Flowters (j’ai du mal à trouver un flow intéressant à Gringe, nonobstant un physique avantageux, mais là n’est pas la question).

J’étais donc dans l’attente de La fête est finie, qui est sorti ce vendredi 20 octobre 2017. Je l’ai donc écouté ce matin, et je reste perplexe quant à la construction des chansons qui composent cet album. En effet, beaucoup de chansons du nouvel album sont pourtant construites sur le même système que les chansons de l’album précédent (Suicide social/Défaite de famille ou Basique pour le côté « je crache ma haine à tout vent », RaelSan/San pour le côté égo-trip un peu con, Mauvaise idée/Bonnes meufs, Des trous dans la tête/La lumière…).

A titre personnel, si je trouvais le mal-être d’OrelSan charmant à 30 ans, je le trouve au mieux répétitif, au pire angoissant à 35 ans. C’est pour cette raison que je me demande si Aurélien Cotentin a décidé de rester un ado toute sa vie. Alors certes, les adolescents, c’est le cœur de cible du rap et il faut bien écrire des thématiques qui accrochent à ce cœur de cible. Sauf qu’à force de l’entendre dire qu’il se prend des caisses et se tape des délires de gosses, qu’il a traîné dans un coin pourri durant son enfance, qu’il a envie de s’autodétruire et qu’il crache sur la société, j’ai l’impression d’entendre certaines personnes de mon entourage qui ne brillent pas par leur maturité.

Je rajouterais deux autres gros reproches, mais qui sont une question de goût personnel et pas une question qualitative générale.

  1. Je sais que Maître Gims et Jul règnent en maîtres sur le rap game en 2017, mais ce n’est pas une raison pour céder aux sirènes de l’autotune. Je sais bien que la plupart des détracteurs du rap lui reprochent un manque de musicalité, mais trop de musicalité dans le rap aboutit au R’n’B mal produit.

  1. Un jour, fut rapporté cette anecdote à propos de David Bowie. Chris Martin, leader de Coldplay, lui avait demandé de collaborer à un titre de Mylo Xyloto. Réponse de David Bowie : Il est tellement pourri, votre titre ? C’est ce qu’auraient dû se dire Nekfeu, Stromae, Maître Gims et Dizzee Rascal avant de collaborer sur l’album. Car oui, j’ai un souci avec les collaborations sus-citées. Soit la chanson devient une chanson de Stromae (Tout va bien) ou de Maître Gims (Christophe), soit la collaboration ne sert strictement à rien, comme dans le cas de Zone.

Malgré tout, deux titres ont attiré mon attention pour leur qualité intrinsèque : Notes pour trop tard (sublime morceau de bout en bout des 7 minutes)

et Paradis (même si putain d’autotune)

Bizarrement, ce sont les deux titres qui finissent l’album, comme si OrelSan avait finalement entrevu une possibilité d’évolution vers le monde des adultes et de la relativité. C’est en ce sens où ce que je lui reprochais en début d’article – à savoir le maintien dans une forme d’immaturité et de cynisme propre à l’état adolescent – se retrouve atténué. Comme si, dans sa vie, après des années de colocation avec Gringe, il était en train de se chercher un appartement pour s’installer avec sa compagne.

Autrement dit, La fête est finie est un disque crépusculaire d’un homme au bord de l’engagement et de la vie d’adulte, mais qui livre ses dernières angoisses de jeunesse. Pour être passée par ce stade il y a plusieurs années, en faisant ce genre de choses, on saoûle beaucoup de monde, et OrelSan n’en est pour l’instant pas exempt.

 

Histoire d’un hymne #1 : Don’t Look Back In Anger

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A la maison, je vis avec un fan fou furieux d’Oasis, du genre à avoir 7 exemplaires de l’album Definitely Maybe (K7 et CD d’époque, éditions deluxe, japonaise, etc.) et à répertorier tous les musiciens qui ont joué pour le groupe. Et lors des deux fois où il a vu Noel Gallagher en concert pour l’année 2015, il était au bout de sa vie à la fin du concert quand il chante Don’t Look Back In Anger ((What’s The Story)Morning Glory?, 1995). Bref, un fou furieux comme on en croise rarement.

Je remarque que, durant cette année 2017, ladite chanson connaît une hype comme personne, au point de remplacer Les moulins de mon coeur dans les télécrochets français. Il se pourrait même qu’il devienne un hymne générationnel que l’on galvaude à l’image d’Un jour en France. J’ai donc décidé de me pencher sur le phénomène.

La chanson

Tiré du deuxième album studio des frères ennemis de Manchester, (What’s The Story) Morning Glory? (1995), la chanson, avec son introduction pompée au Imagine de John Lennon – ce dont Noel ne s’est jamais caché d’ailleurs –, a contribué à la popularité de cet album qui reste le plus vendu du groupe. Le titre de la chanson fait quant à lui référence au Look Back in Anger de David Bowie (Lodger, 1979).

Très vite, il devient un hymne de stade de foot à Manchester, au même titre que You’ll Never Walk Alone interprété par Gerry & The Pacemakers pour Liverpool. Mais l’Angleterre de 2017 a donné un nouveau sens à un chanson qui parlait de choses et d’autres (de rupture amoureuse par exemple).

L’hymne générationnel

En 2017, la Grande-Bretagne a connu en l’espace de moins d’un mois deux attentats de grande ampleur, un à Manchester le 22 mai lors du concert d’Ariana Grande à la Manchester Arena, et l’autre le 3 juin à Londres de manière tout à fait random. Don’t Look Back In Anger s’est imposé de suite comme la chanson-hommage pour les victimes et la chanson-doudou des survivants de ces attentats. C’est ainsi qu’elle a été interprétée par Chris Martin et Ariana Grande le 4 juin à Old Trafford, stade mythique de Manchester.

Il a également fait l’objet d’une reprise par l’orchestre de la garde républicaine lors du match France-Angleterre le 13 juin.

Bref, Don’t Look Back In Anger pète la classe en 2017. Parce que face aux horreurs que vit l’Occident – je dis l’Occident parce qu’on est bien d’accord qu’au Proche- et Moyen-Orient, voire en Afrique, il y en a qui se font sauter la gueule tous les jours et très peu de média français mainstream s’en émeuvent comme ils peuvent s’émouvoir de la tuerie de Las Vegas du 1er octobre 2017 –, la ligne principale est de dire que c’est terrible, mais qu’il ne faut pas faire d’amalgame et qu’il faut aider les victimes à se relever de cette horreur.

Donc Don’t Look Back In Anger (Ne te retourne pas sur ta colère) est un excellent excipient psychologique pour aider les survivants d’attentats à reprendre leur vie en main, à se réintégrer de nouveau dans la société, choses que les survivants d’attentats tels que celui du Bataclan ont encore du mal à faire deux ans après. Ce mantra répété n’enlève pas le traumatisme, mais on ose espérer qu’il soit une piqûre de rappel de soutien à ceux qui ont besoin d’aide pour se sortir de leur angoisse.

Grégoire à la gare, ou quand trop, c’est trop

J’écris cet article suite à la diffusion sur le site Brain d’une vidéo où on voit le chanteur Grégoire (Toi + Moi + Eux + tous ceux qui le veulent… souviens-toi) chanter dans une gare parisienne Don’t Look Back In Anger. Force est de constater que le résultat n’est pas du tout à la hauteur.

Je pense que Vincent Vinel de The Voice, qui s’est fait repérer en pianotant dans les gares, s’en serait mieux sorti. Et donc, quand un chanteur has-been fait une mauvaise reprise en 2017, ça devient viral et les insultes pleuvent. Heureusement, le chanteur prend bien la moquerie et a publié son top 10 des meilleures vannes qu’a provoquées sa prestation.

Malgré tout, cette prestation prouve une chose concernant les hymnes générationnels : à force d’appartenir à tout le monde, la chanson se retrouve galvaudée et ne plus vouloir rien dire. Comme massacrer Un jour en France un jour de manifestation anti-FN. Il y a un moment, la chanson a englobé des émotions collectives qui ont trop pris d’ampleur, si bien que quiconque la chante sans âme se retrouve à faire un four.

Les hymnes générationnels sont ainsi des solutions de facilité quand on veut dire quelque chose de fort sans trop se fouler sur l’implication émotionnelle. Don’t Look Back In Anger n’échappe plus à la règle et cela me fait du mal. Le mieux est de laisser la parole à Noel Gallagher, car lui seul connaît la véritable signification de la chanson…

Le saxophone fait apparaître les boobs

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H91539000001000-00-250x250Dans ma vie blandinienne, j’ai parfois à passer des coups de fil à des fournisseurs, ce qui fait que je suis confrontée à diverses musiques d’attente. Il est un fournisseur – je ne dirai pas lequel – qui a une musique d’attente qui, outre qu’elle soit recouverte d’une voix de chaudasse nous promettant de nous faire poireauter de manière agréable, ressemble à la bande originale d’un porno soft des années 1980. Pourquoi ? Parce que le thème est joué de manière très langoureuse par un saxophone. UN SAXOPHONE PUTAIN.

Car oui, avec la basse slappée et les nappes de clavier, le saxophone est une des plaies d’Egypte de la musique produite dans les années 1980. Je ne compte pas le nombre d’exemples de morceaux dont on est persuadé, par la magie de cet instrument, qu’en l’entendant, la personne en face va se mettre à se désaper sans pudeur aucune dans une ambiance tamisée à teinte rose à rouge. Selon Topito, ça ne date pas des années 1980 et ça continue de sévir (http://www.topito.com/top-morceaux-rock-gaches-saxo-solo).

Le mètre-étalon de cette conscience du saxophone restera à jamais Careless Whisper de Wham. Outre le brushing totalement improbable des protagonistes – 1984 so A E S T H E T I C S -, ce solo de saxophone te poursuit dans tes rêves adolescents où tu te paluches devant le téléfilm du dimanche soir sur M6 ou CStar (selon les générations), tu sais, ceux de l’époque où Katsuni ne faisait pas encore un 90E.

Cela me désole vraiment, parce qu’à cause de ce putain de motif, tu as des milliards de compositeurs de bandes originales de séries Z avec des nichons dedans se sont dit que c’était une bonne idée, le saxophone, pour créer une ambiance chaude dans un film au charisme inexistant (tout comme son héroïne à la choucroute et aux bonnets évocateurs). Et à cause de ce motif de saxophone, un morceau tel que Your Latest Trick de Dire Straits est tourné en dérision, alors que, quand même, ça avait un minimum de gueule en termes de production (mais je ne suis pas objective avec Dire Straits) :

Mais il n’y a pas eu que les années 1980 qui ont fait du mal à l’image du saxophone. La décennie précédente, en laissant des blancs-becs réinterpréter les motifs du funk en combinant saxophone strident et basse slapée, ont dénaturé aux yeux du public un motif qui paraissait quand même classe dans les films de blaxploitation. Vous ne voyez pas de quoi je parle ? Voici une petite illustration avec Rod Stewart :

Bref, le saxophone est malmené dans la musique populaire et ce n’est pas juste. Si le Dinantais Adolphe Sax a crée un instrument extrêmement velouté en 1846, le volume des sons émis par l’instrument était trop fort pour l’intégrer dans un orchestre, bien que des compositeurs commencent à écrire des pièces qui intègrent l’instrument très vite. Pour le grand public, la première identification visible du saxophone reste le Boléro de Maurice Ravel (1928).

Le saxophone a ensuite gagné ses lettres de noblesse dans le jazz dès les années 1920. C’est même des artistes tels que John Coltrane, Sidney Bechet ou Paul Desmond du Dave Brubeck Quintet qui en ont fait l’un des instruments inspirant les sentiments les plus profonds (légèreté, mélancolie, etc.)

D’autres artistes tels que Stan Getz ou Manu Dibango ont, quant à eux, fait le pari d’allier le saxophone à des répertoires plus exotiques tels que la bossa nova ou les rythmiques centrafricaines pour leur donner une nouvelle couleur.

Même dans le rock et la pop, il existe des morceaux où le saxophone a un rendu classe. Ne serait-ce que le solo de Bobby Keys dans Brown Sugar des Rolling Stones est un excellent exemple.

Tout ça pour dire que le saxophone, à l’instar du violoncelle, permet l’expression chez le pratiquant et la provocation chez l’auditeur d’émotions bien plus diverses que celles qu’il provoque chez le grand public depuis une quarantaine d’années. Je le dis tout de go : ça m’agace de réduire le saxophone aux sentiments égrillards provoqués par un succédané de Careless Whisper. Je me dis que John Coltrane et Stan Getz ne méritent pas ça.

Bref, réhabilitons le saxophone dans la pop culture et ne le réduisons pas aux ambiances de films de seins. Ou bien même, quand des mecs auront envie de mettre du saxophone dans leur morceau parce que ça fait cochon, qu’ils écoutent du jazz ou de la world fusion pour se remettre les idées à place. Parce qu’on a le droit d’aimer le saxophone et de ne pas vouloir montrer ses seins.