Revue cinématographique et musicale #9 : Bohemian Rhapsody, un syndrome Paul McCartney ?

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En bonne fan de Queen, je trépignais d’impatience lorsque l’on m’a annoncé un biopic sur Freddie Mercury. Deuxième effet Kiss Kool : le rôle-titre revenait à Rami Malek – qui me provoque des frémissements d’émoi depuis Mister Robot –, après plusieurs années à spéculer sur l’attribution du rôle à Sacha Baron Cohen, ce qui m’aurait personnellement fait chier. Je m’en expliquerai par la suite.

Après donc plusieurs années de hype ininterrompue, et malgré le renvoi de Bryan Singer pour cause d’affaires de détournements de mineurs, Bohemian Rhapsody est donc sorti sur les écrans français en date du 31 octobre 2018. Je l’ai donc vu à titre personnel avec le Mari et la Siamoise le 7 décembre, en attendant que la hype soit bien redescendue.

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Pitch Allociné : Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.

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Mon humble avis : Là aussi, j’ai eu deux effets Kiss Kool. Un à la visualisation,  l’autre quand je me suis mise à réfléchir au traitement de l’information du groupe et à la manière dont des membres survivants d’un groupe parlent de celui/ceux qui est/sont mort/s et qui avai/en/t un poil plus de charisme que les survivants – prenons au hasard les Beatles, d’où mon histoire de « syndrome Paul McCartney ». Mais on peut aussi faire l’analogie avec les Beach Boys, mais le Mari sera d’autant plus à même de le faire.

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– Premier effet Kiss Kool : Je suis donc dans la salle de cinéma avec la Siamoise à droite et le Mari à gauche. La Siamoise regarde et loue la performance des acteurs. Le Mari regarde et peste déjà contre les « erreurs factuelles du scénario » (entre les marques de guitare, qui a composé quoi, les relations entre les membres de Queen et la chronologie des événements, le film en est évidemment gavé, j’y reviendrai). Je regarde et je suis en mode karaoké, parce que Queen relève du pavlovien pour moi.

En sortant, le Mari est fou de rage et la Siamoise dit que toutes ces erreurs factuelles ne sont pas graves, si elles peuvent faire découvrir la discographie de Queen aux profanes. Quant à moi, je tente de raisonner le Mari en lui disant que les spectateurs du film n’ont pas vu tous les documentaires, n’ont pas tous les lives et toutes les compilations à la maison et ne vont pas jusqu’à comparer les lives de Wembley, de Budapest et de Knebworth sur la tournée Magic. Je lui explique que, de surcroît, Freddie Mercury est devenu assez culte pour être enfermé dans une doxa collective et que les spectateurs s’attendaient aux fêtes cocaïnées, aux clichés les plus pédés qui soient et au spectre du SIDA.

A ce propos, puisqu’on parle des pains dans la chronologie des événements, on va rentrer dans une

ALERTE SPOILER

Je disais donc : si on veut parler du spectre du SIDA, le choix de clore le film par le Live AID (1985) est une connerie monumentale. Il est admis qu’il a été diagnostiqué comme séropositif en 1987, soit deux ans après ce concert. De surcroît, certains faits de vie de Freddie Mercury ont été rushés de la sorte dans le scénario – notamment l’interview surréaliste de Paul Prenter, assistant de Mercury, qui a vidé son sac à la télé en … 1987. Et Jim Hutton n’a rencontré Mercury qu’en 1985.

Ce qui peut faire surtout tiquer – et c’est ce foutage de gueule monumental qui a hérissé le poil du Mari –, c’est que le scénario du film n’est pas seulement tiré des souvenirs des protagonistes encore vivants, mais suit le scénario de Purple Rain. En gros, pour tirer des ficelles scénaristiques, il fallut montrer Mercury comme un gros égocentrique (ce qui était certainement vrai, mais passons) au point de faire exploser le groupe pour enregistrer tout seul et revenir comme un con pour le Live AID. Il est admis que non : le groupe ne s’est jamais séparé, juste Roger Taylor, puis Freddie Mercury, puis Brian May ont eu des projets personnels sans que cela ne gêne les trois autres. De surcroît, personne ne s’est fâché, même si on peut ressentir dans la carrière quelques ressentiments entre Brian May et John Deacon.

Bref, j’étais plutôt « calme » quant à mon ressenti par rapport au film. Et puis je me suis mise à réfléchir…

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– Deuxième effet Kiss Kool : l’une des raisons pour laquelle je ne supporte pas Paul McCartney et que le Mari en veut à l’intégrité physique de Mike Love, c’est que ces deux personnages sont désormais les icônes de respectivement les Beatles et les Beach Boys au point de tirer la couverture vers eux. Pourquoi cette réflexion ? Le Mari et moi-même avons eu l’impression que c’était exactement ce qu’avait fait Brian May avec Bohemian Rhapsody. Car oui, avec Roger Taylor, ils ont été les garants « artistiques » du projet. J’en veux pour preuve la tentative du film, selon moi, de faire passer John Deacon pour un con. Le brave John Deacon qui a décidé depuis 25 ans de s’enfermer, de ne plus parler, et donc qui n’a aucun droit de regard sur le film.

Plus je réfléchis, et plus je vois Bohemian Rhapsody comme une tentative de Brian May de faire passer le message suivant : Ouais, bon, Freddie était insurmontable en termes de charisme et de mélodies, toussa, mais il n’a pas bossé tout seul ! J’étais là, merde ! Regardez-moi ! Regardez-moooooooi ! J’ai même eu un débat assez vif avec le Beau-frère sur la véritable implication de Brian May dans le groupe. Pour lui, Brian May en tant que guitariste, était un arrangeur whaou et mériterait un autre traitement. Si on connaît bien la disco de Queen et la dynamique du groupe, on s’aperçoit que certes, ils ont tous composé parfois des morceaux cinglés, mais à l’arrangement final, c’était toujours Mercury. TOU. JOURS.

A titre personnel, sachant cela, je considère davantage Brian May comme un sublime bras armé que comme un faiseur de génie. Cela n’enlève rien à son talent – il fallait quand même les jouer, les soli de guitare. Malgré tout, il faut le souligner : Brian May, Roger Taylor et John Deacon étaient certes de très bons musiciens avec d’excellentes idées de chansons, mais je le répète, que pouvaient-ils faire face à ce monstre de charisme qu’était Freddie Mercury ?

Alors certes, Brian May essaie de sortir tardivement de son ombre en produisant un témoignage subjectif, mais un film tel que Bohemian Rhapsody voue à l’échec cette tentative. Parce que la vie de Freddie Mercury est passée à la moulinette de Hollywood et qu’il fallait bien que son histoire corresponde à une typologie déjà exploitée – d’où ma comparaison avec Purple Rain. On pourrait reprocher à ce titre à Brian May un traitement putassier, d’autant qu’avec des moyens non-hollywoodiens, on aurait pu se retrouver avec un bon biopic à la Nowhere Boy (Sam Taylor-Johnson, 2009), que le Mari recommande chaudement.

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À qui la faute, au final, de mon ressentiment face à Bohemian Rhapsody ? Pas forcément aux acteurs – la direction d’acteurs, en dépit du changement de réalisateur, est très bonne –, ni même à Brian May – je suis certaine que lui-même se pose malgré tout des questions quant à la restitution des faits que le film donne. Je pense que le biopic à la sauce hollywoodienne semble ne pas survivre sans poncifs et sans explosion du sens de la mesure. Tant qu’Hollywood traduira des histoires humaines de manière TRÈS manichéenne, tant qu’il ne traduira pas une destinée glorieuse sans son lot d’étapes à franchir, et tant pis pour la vraisemblance, laisser ses producteurs faire la vie d’une légende de la musique telle que Freddie Mercury s’avérera un exercice casse-gueules. A ce titre, je n’ai VRAIMENT pas hâte d’un biopic sur Michael Jackson.

Et pourtant, il existe des biopics qui prennent le parti d’être vraisemblables (Nowhere Boy sus-cité) ou prenant le contrepied de la vie et de la carrière de l’artiste pour mieux en faire ressortir les aspects saillants (Le Jean-Philippe de Laurent Tuel, 2006, que je cite aussi de réputation, puisque le Mari l’a adoré). De surcroît, Freddie Mercury jouit déjà d’une aura assez putassière pour ne pas se permettre ce genre de traitement.

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10, 20, 30, 40, 50 : la classe 9 en musique

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Joyeuse année 2019. Qu’elle soit aussi musicale que vous le souhaitiez et que vous ne laissiez personne vous dicter votre conduite musicale. Que vous assumiez tous de vos goûts, des plus classes aux plus socialement inacceptables.

Comme tous les ans depuis quatre ans, je revisite avec vous cinquante ans de musique populaire en France et à l’international avec un top/flop tout à fait subjectif et discutable – la preuve, pour ce faire, on se fout sur la gueule avec le Mari, tant nous ne sommes pas d’accord avec la playlist finale. Malgré tout, ça reste toujours aussi drôle d’explorer la pop culture dans son ensemble.

Allez, c’est parti !

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1969 : 50 ans après

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Version française : Joe Dassin – Les Champs-Elysées

Alors oui, ce n’est pas très ambiance 69, année érotique et ça ne vaut pas Que je t’aime de Johnny, mais dites à l’étranger que vous venez de France et il y aura forcément quelqu’un qui chantera cet hymne de Joe Dassin – testé et approuvé plusieurs fois dans ma jeunesse. Il faut savoir qu’au départ était Waterloo Road (Deighan/Wilshaw) interprété par le groupe Jason Crest et sorti en 1968.

Pierre Delanoë a été désigné pour en signer la version française, mais cela n’empêcha pas Joe Dassin de la réinterpréter en anglais et allemand. Preuve de sa popularité internationale : la chanson fut incluse dans la bande originale de A bord du Darjeeling Limited (Wes Anderson, 2007) et reprise par NOFX en 1997. Non, je ne parlerai pas de la reprise de Zaz produite par Quincy Jones en 2014…

Version internationale : Simon and Garfunkel – The Boxer

Il a été compliqué de choisir dans cette catégorie, après m’être aperçue que la plupart des succès internationaux en 1969 ont été des singles sortis en 1968. J’ai dû vérifier plusieurs fois sur Wikipedia : même si l’enregistrement a été fait fin 1968 et l’album est sorti en 1970, le single est bien sorti en avril 1969. De cette histoire de jeune chômeur arrivant à New-York sans le sou et ne trouvant de réconfort qu’avec les prostituées, d’aucuns ont vu une attaque personnelle de Paul Simon contre Bob Dylan (les « prostituées » étant censées être les studios de Columbia Records). Qu’à cela ne tienne, Bob Dylan n’en prit pas ombrage et l’interpréta sur son album Self-portrait (1970).

Chansons inaudibles

Version française : David-Alexandre Winter – Oh Lady Mary

Comment obtenir un bon diplôme de chanteur has been à peine sa carrière commencée ?

  • Ne pas avoir un p*tain de charisme au départ
  • Changer de nom
  • Devenir une pâle copie francophone de chanteur anglophone à succès (en l’occurrence Tom Jones)
  • Faire deux gosses à un mannequin qui n’avait rien demandé
  • Péter les plombs en se rendant compte que sa carrière est derrière soi.

Bravo, David-Alexandre (ou plutôt Léon), tu as tout coché dans l’ordre.

Version internationale : Giorgio – Looky Looky

Derrière ce simple prénom se cache un certain Hansjörg – dit Giorgio – Moroder. Car avant d’être DJ, d’avoir quasiment inventé la musique disco et de péter la classe à partir des années 1970, le brave Gorgio était bassiste et cachetonnait pour Johnny Hallyday. Il n’y a pas de sotte collaboration, Jimmy Page a bien fait du studio pour Polnareff et Noel Gallagher a bien été roadie pour toute la scène de Manchester du début des années 1990. Comme tout bon musicien de studio qui a rongé son frein  durant toute la période yéyé, Giorgio a décidé à la fin des années 1960 qu’il était temps pour lui de se mettre sur le devant de la scène. Au regard de la suite de sa carrière, nous pouvons légitimement qualifier cette sous-mouture de la période surf de Beach Boys comme étant une casserole, comparable à la carrière musicale de Bernard Tapie.

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1979 : 40 ans après

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Version française : Téléphone – La bombe humaine

J’aurais pu rester vraiment dans le concept de variété intemporelle française en choisissant du Souchon, du Voulzy, du Gainsbourg, du Balavoine, du Cabrel ou bien même du Chamfort. Force est de constater que j’ai préféré valoriser le rock français populaire. D’une part, parce que le rock français populaire n’est pas si évident à trouver que ça, d’autre part, parce que je n’ai pas assez valorisé Téléphone, alors que j’adore Jean-Louis Aubert. Issu du cultissime deuxième album Crache ton venin – sur la pochette originale, si on glissait le film, on voyait les quatre membres du groupe à poil –, même si la pochette a bien aidé, ce single a quand même permis l’accession de l’album au rang de disque de platine.

Version internationale : Michael Jackson, Don’t Stop ‘Til You Get Enough

Force est de constater que, même à l’international, j’avais l’embarras du choix – ce qui va être une très bonne chose quand je vais devoir sélectionner dix albums. Et encore une fois, j’ai choisi de prendre le contre-pied de ce sur quoi on m’attendait, à savoir le punk, le rock ou la disco – quoique. J’ai donc choisi cet extrait du premier album de Michael Jackson, Off The Wall, pour deux raisons. D’une part, parce que choisir un titre anglais aurait été trop évident et aurait relevé du crève-cœur. D’autre part, parce que Off The Wall est trop peu considéré, puisque réputé comme un album de funk average et ne mettant pas assez le talent de Michael Jackson en avant. Se pencher sur Off The Wall, c’est enfin sortir Michael Jackson de la doxa Thriller-Bad-Dangerous et ça ne fait pas de mal.

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Version française : Yves Duteil – J’ai la guitare qui me démange

Oui, cette chanson est rigolote, on est bien d’accord, mais c’est le genre de chanson qui te détruit une carrière. On en vient au GROS problème d’Yves Duteil : c’est un mec super, qui chante sur les droits de l’homme, qui s’engage pour de vrai pour la liberté de parole et d’action, mais on ne le retiendra éternellement que pour une chanson qui appelle les blagues pédophiles et pour cette chanson qui appelle n’importe propos tendancieux. Bref, écoutons pour de vrai Yves Duteil qui vaut mieux que ça.

Version internationale : ABBA – Chiquitita

ABBA est pour moi un groupe très clivant : il n’y a pas de juste milieu entre les chansons que j’adore (Take A Chance On Me, Voulez-Vous, Waterloo, Gimme Gimme Gimme) et les chansons qui me hérissent le poil (Mamma Mia, Dancing Queen, Fernando). Chiquitita, issu du cinquième album du groupe Voulez-vous, fait malheureusement partie de la deuxième catégorie : trop sirupeux, trop pompier, c’est typiquement le genre de chose qui me fait vomir en moins de deux.

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1989 : 30 ans après

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Version française : Patrick Bruel – Alors regarde

J’ai six ans et j’ai gravement été touchée par la Bruelmania à la sortie de l’album éponyme – on se battait même à l’école primaire entre fans de Bruel et fans de Roch Voisine. Même si je trouve trente ans après que Casser la voix me brise les noix et que Place des Grands Hommes est téléphonée, je reste subjuguée par la force d’Alors regarde. Pourquoi ? Parce que j’ai l’impression en créant cette chanson que Patrick Bruel, dans sa crise de la trentaine, avait le feu sacré de Jean-Jacques Goldman à la même époque, ce qui n’est pas rien en termes de création artistique.

Version internationale : Chris Isaak – Wicked Game

J’allais poster Lullaby de The Cure SANS PRESSION AUCUNE, alors qu’à côté, on me soufflait de poster Lovesong du même groupe. Sachant que j’avais en tête Mandela Day de Simple Minds, puisqu’il était établi que The Miracle de Queen était jugé indigne. J’ai donc décidé de prendre tout le monde de court en postant un gros classique qui tâche, tant cet ersatz d’Elvis non sponsorisé par Burger King trente ans après sa période de succès a encore tendance à me séduire.

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Version française : Les Musclés – La fête au village

Alors que chacun des membres du groupe menait une carrière de musicien très honorable, même si à l’ombre de grandes stars telles que Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Charles Aznavour, Trust ou bien Fleetwood Mac, il fallait quand même manger en 1987. C’est alors que Jean-Luc Azoulay, dit Jean-François Porry, leur propose d’accompagner Dorothée. C’est un succès fou qui commence avec cette maudite chanson qui, outre une apologie des amphétamines, contient encore plus de moments de malaise que Viens boire un petit coup à la maison de Licence IV qui a quand même trusté toute l’année 1988 en tête du top 50.

Version internationale : Milli Vanilli – Girl You Know It’s True

Le seul tort de Robert Pilatus et de Fabrice Morvan, qui commençaient à avoir une carrière ensemble avec le groupe Empire Bizarre, est d’avoir croisé la route de Franck Farian, qui avait l’habitude de produire des groupes qui servaient de « visage ». C’est ce qu’il a donc fait avec le concept Milli Vanilli, qui remporta un succès fou en 1989 avec pas moins de 5 singles. Aux Etats-Unis, après la remise du Grammy Award en 1990, des journalistes découvrent la supercherie et Robert Pilatus prit la décision de rendre le prix. Force est de constater que cet épisode a ruiné la carrière des deux compères.

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1999 : 20 ans après

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Version française : Indochine – Justine

Issu du 8e album du groupe, Dancetaria – dont la sortie fut retardée de mars à août 1999 suite au décès de Stéphane Sirkis –, ce single fait partie des premières productions d’oLi De SaT pour Indochine. En effet, après avoir conçu la pochette du single Satellite issu de Wax (1996), Olivier Gérard, de son vrai nom, travaille sur des maquettes dès 1997 avec Nikola Sirkis. C’est ainsi qu’il se retrouve à arranger avec Jean-Pierre Pilot, compositeur et claviériste du groupe, plusieurs singles dont celui-ci. Bien qu’Indochine soit dans le creux de la vague à cette période, Dancetaria fut tout de même vendu à 120.000 exemplaires.

Version internationale : The Chemical Brothers – Hey Boy Hey Girl

J’ai eu l’impression que 1999 était une année plutôt catastrophique en termes de musique – peut-être parce que ma sœur était partie à 500 kilomètres et que je n’avais plus de précepteur en termes de musique à la maison. Heureusement pour moi, ça a coïncidé avec l’entrée dans l’adolescence de mon cousin, qui s’est mis à écouter de la musique électronique, et donc les Chemical Brothers. Grâce à lui, ce morceau s’est imposée en réunion de famille, pour la joie de tout le monde.

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Version française : Moos – Au nom de la rose

One hit wonder originaire de Toulouse, Moos a poussé la métaphore filée du lover’n’b libidineux au point d’appeler son album Le Crabe est érotique et son single suivant ce succès Délicate chatte. Bref, ça a eu un succès fou à l’époque – 1 million de singles vendus –, mais ça s’est fait oublier très vite. Aujourd’hui, il chante toujours, mais il tient un salon de thé à Toulouse et a voulu se lancer en politique en se présentant sur la liste UDI aux élections municipales en 2014.

Version internationale : Christina Aguilera – Genie In A Bottle

Puisque sa copine Britney avait submergé la planète avec son …Baby One More Time, il fallait bien lui créer un antagonisme au sein de l’écurie Disney pour générer de l’antagonisme, à l’image de ce que fut la confrontation Selena Gomez/Demi Lovato dans les années 2010 (avec toutes les conséquences sur leur santé mentale respective qu’on leur connaît). L’amie Christina s’est donc positionnée plus chaudasse et peste que sa copine et a fourni une performance encore plus insupportable. Heureusement qu’elle avait un potentiel vocal plus développé, ça lui a permis de gagner un registre mature plus vite.

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2009 : 10 ans après

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Version « française » : Revolver – Get around town

Oui, la seule chanson française correcte que je retiens de 2009 est chantée en anglais, donc je triche. Malgré tout, j’ai été émerveillée à l’époque par ces jeunes Versaillais dont j’ai découvert que le leader, Ambroise, était le cousin de connaissances. A l’époque, j’avais repris cette chanson pour le casting de la Nouvelle Star, sans grand succès. Depuis, j’ai vu Revolver, puis Ambroise Willaume sous le projet SAGE en concert.

Version internationale : Ebony Bones! – Don’t Fart On My Heart

Issu du premier album d’Ebony Thomas, dite Ebony Bones!, Bones Of My Bones, cette chanson m’a fait l’effet d’un coup de poing à l’époque. Si j’avais été poussée à la curiosité par une contributrice de Ladies Room à l’époque, voir Ebony Bones! aux concerts de l’Hôtel de Ville, puis à Rock en Seine m’avait fait vivement m’enthousiasmer pour cet univers musical et visuel qu’on pourrait qualifier de loufoque pour être poli. Mais comme tout coup de cœur d’été, la brave Ebony a été enfouie dans mes souvenirs une fois les vents froids venus, et je ne me suis pas intéressée à la suite de sa carrière. Je regrette, parce qu’elle frappe toujours aussi fort, en témoignent les extraits que j’ai entendus de Nephilim (2018).

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Version française : Francky Vincent – Tu veux mon zizi

Pour l’avoir subi en milieu professionnel par un jeune collègue de travail, je peux vous dire que cette chanson est douloureuse. Non seulement pour ce qu’elle dit, mais juste pour se dire qu’un jour, il y a eu un mec aussi dégueulasse que Francky Vincent pour chanter ce genre de chose.

Version internationale : Black Eyed Peas – I Gotta Feeling

Dix ans après, cette chanson me poursuit de son aura maléfique. A cause d’elle, j’ai remis en question toute la carrière de David Guetta, qui est passé au fil des années de DJ super classe à DJ un peu relou, et enfin à destructeur de la pop music américaine de ses doigts crochus. Je me suis mise aussi à haïr les Black Eyed Peas alors qu’ils ne m’avaient foncièrement rien fait. Mais les deux associés, c’est juste la bande son de l’enfer. Oui, pire que Single Ladies.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Une année 2018

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2018 aura été, comme 2014, une année d’émotions contradictoires. Et qui dit émotions contradictoires dit année d’écriture sur la musique assez pauvre.

Il faut dire qu’en 2018, comme en 2014, ont succédé un à projet assez dément – l’enregistrement de mon premier album – deux « drames » personnels. J’ai donc davantage écouté de la musique qu’écrit dessus. Ca m’a beaucoup aidé pour réfléchir au son que je voulais pour mon projet – qui reste extrêmement minimaliste –, mais aussi à me sortir des émotions négatives qui m’animent depuis juin.

2018 aura aussi été marqué par le peu de découvertes musicales – mis à part Greta Van Fleet, Vald et Aya Nakamura – et par un univers culturel s’appuyant sur des acquis – Star Wars et Bohemian Rhapsody au cinéma, Eco, Sattouf, Le Goff et Barthélémy en littérature… Bref, je deviens très chiante culturellement à 35 ans, preuve que j’ai largement dépassé l’âge adulte en termes de goûts. Malgré tout, le retour de certaines valeurs sûres dans mes oreilles comme dans mes lectures m’ont permis de ne pas péter complètement les plombs cette année.

Je vais donc reprendre une vieille formule pour faire mon bilan de l’année 2018.

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Janvier

En bref : Nous déplorons le décès de France Gall (le 7 janvier – 70 ans), Edwyn Hawkins (15 janvier – 74 ans) et Dolorès O’Riordan (46 ans – 15 janvier), ainsi que la longue déliquescence d’Eric Dieu Clapton, atteint de surdité et de neuropathie périphérique qui affecte son jeu à la guitare (No shit, Sherlock, en témoigne le désastreux I Still Do). Sinon, je m’éclate sur le Master Of Puppets qui m’a été offert à Noël par le cher et tendre et l’intégrale Michel Polnareff qu’il s’est offert. Force est de constater que redécouvrir Le Bal des Laze nettoyé de ses scories a été jubilatoire.

Petite explication : depuis 1973, il nous était parvenu un master ripé d’un master défectueux et le master original avait disparu. Ce qui fait qu’à deux endroits de la chanson – dans le solo et dans le 3e couplet –, l’auditeur avait l’impression que son support déconnait, alors que c’était la chanson qui était encodée de la sorte. Le nettoyage numérique de la chanson a pu permettre d’ « aplanir » ces scories de la bande. Nous nous sommes alors aperçus que la scorie du solo en était bien une, mais que la scorie du 3e couplet était en fait un pain de Polnareff à l’orgue qui a été maintenu sur la version finale. De la part d’un perfectionniste du son comme lui, cela nous avait beaucoup étonnés.

La chanson : Mark Knopfler – Postcards From Paraguay (Shangri-La, 2004)

A force d’écoutes intensives de Dire Straits, je me suis dit que je ne m’étais jamais intéressée à la carrière solo de Mark Knopfler. Je gueule sur les propositions aléatoires de Spotify que je trouve parfois fort peu à propos, mais j’avoue que j’ai été séduite quand cette chanson s’est glissée de manière facétieuse dans ma playlist. Que dire de cette chanson ? Que la voix burinée du bluesman anglais et son doigté évite qu’on prenne cette chanson pour une reprise de Ma liberté de penser de Florent Pagny ou qu’elle puisse être intégrée à l’album Charango de Yannick Noah. Preuve que le répertoire argentin/chilien/uruguayen/paraguayen n’est pas l’apanage des chanteurs français en exil fiscal.

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Février

En bref : Aucun point nécro, ni d’écoute d’album mémorable à signaler. Ambiance musicale entre les Rolling Stones, les Sparks et Elsö Emelet à la maison, ce qui équivaut à une certaine forme de routine qu’on reproche aux vieux couples. La seule blague du mois a consisté à ce que la saint Valentin tombe le même jour que le mercredi des Cendres et que l’ambiance sonore a navigué entre les chansons d’amour neuneu et les chansons d’amour de Dieu de la communauté de Taizé. Sinon, Doc Gynéco a tenté de revenir avec un album… comment dire… oubliable, où son flow s’est mêlé à de la musette. Avoue que ça sent le moisi.

Cette absence de sursaut musical durant ce mois de février 2018 m’a permis de faire une expérience musicale et littéraire. J’ai eu en effet à relire le roman d’été de Chloé Saffy, Soaring Blue. L’autrice a écrit ce roman en ayant en tête une bande-son assez électro-pop que je vous soumets ici (https://www.youtube.com/playlist?list=PLd888Fl-K2maEycfhUdkoTtmk–GumcIt), alors que j’ai eu l’impression de lire un autre roman à cause de ce que j’écoutais moi-même pendant la relecture. En effet, j’ai profité de la relecture pour me faire l’intégrale de Nick Drake. D’une histoire acidulée et formatée Cosmopolitan/Biba-compatible, j’ai plutôt ressenti la nostalgie et les atermoiements émotionnels que pouvait ressentir l’héroïne durant toutes ses péripéties. Deux salles, deux ambiances, mais un roman tout aussi bien écrit.

La chanson : Yoko Ono – Hard Times Are Over (Double Fantasy, 1980)

On peut « rigoler » sur le fait que ce soit la dernière chanson de Double Fantasy – quand on sait ce qui s’est passé, cela peut passer pour de l’ironie. Mais au vu de ce qu’a traversé le Mari en 2017 et ce qui s’est passé pour lui à partir du mois de mars, je pense que j’avais plutôt bien vu la fin de sa période difficile au 14 février. Bon, il se trouve que cette chanson est ensuite devenue un vœu pieu par la suite pour ma situation personnelle, mais je la poste comme un espoir fou auquel je me rattache.

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Mars

En bref : Mars est toujours l’occasion d’un #30DayMusicChallenge pour faire le compte à rebours jusqu’à ce vendredi saint improbable où j’ai dû porter le deuil du président Salengro pour mes 35 ans. Parmi mes pérégrinations, j’ai aussi fait la connaissance un  soir certain sur Arte de Ginger Baker, batteur de jazz/rock de renom assez cinglé pour tabasser au débotté le journaliste et assez culte pour servir de référence au groupe Smile (le proto-Queen) pour embaucher Roger Taylor. Le line up de ReS 2018 a été révélé, et entre PNL et Maklemore, l’Internet tout entier a crié au foutage de gueule. Enfin, j’ai eu la session karaoké la plus jouissive de ma vie à la Cantada : quel pied de chanter du Rammstein et du System Of A Down au lieu de Céline Dion <3.

La chanson : Michel Fugain et la Compagnie – Le chiffon rouge (Un jour d’été dans un havre de paix, 1977)

Cette chanson écrite par Maurice Vidalin m’était revenue en mémoire lors du 8 mars 2017 où j’ai manifesté avec mon orchestre en faveur de l’égalité hommes-femmes à Montfermeil. Même si c’est une chanson de revendication qui s’attache davantage à la condition ouvrière, je me la suis appropriée dans mes revendications féministes lorsque j’ai vu le T-Shirt qui avait été fabriqué pour l’occasion. J’ai donc décidé, en même temps que de conserver le t-shirt, d’ajouter cette chanson à ma playlist du 8 mars.

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Avril

En bref : Rose Laurens (30 avril – 64 ans) et surtout Jacques Higelin (6 avril – 77 ans) quittent la piste aux étoiles. C’est l’occasion pour Arthur H. de chanter une dernière fois son amour pour son père en narrant à nos oreilles son Passage, tel une mélopée où s’entremêlent le murmure du moribond et les gongs qui ponctuent le cheminement de l’âme quittant la sphère terrestre. C’est aussi l’occasion d’aller voir l’idole du Mari en concert à l’Olympia – cela ne ferait que la troisième fois qu’il assiste à un concert de Noel Gallagher en trois ans. Et ce concert a été animé, entre crise d’hystérie quand il entonne notre marche nuptiale, fans qui trollent en chantant Live Forever sporadiquement durant le concert – chanson interprétée par Liam lors de son passage au Zénith – et reprise d’All You Need Is Love qui se termine par un mash-up avec Love Life des Rutles.

La chanson : Tony Esposito – Kalimba De Luna (Il grande esploratore, 1984)

One hit stand du percussionniste italien Tony Esposito et du chanteur Gianluigi di Franco, il était d’abord inclus dans la compilation Un disco per l’estate avant d’intégrer l’album du percussionniste. Même si ce titre connut beaucoup de succès en Europe, c’est sa reprise en août de la même année par Boney M qui en a fait la postérité. Une version par Dalida, toujours enregistrée en 1984, est également disponible. Pourquoi ce choix de chanson ? Parce qu’elle tournait en rotation lourde sur Nostalgie en ce début de printemps et que j’avais la réminiscence de la version de Boney M.

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Mai

En bref : Claudine Luypaerts, dite Maurane (7 mai – 57 ans) nous dit adieu seulement quelques jours après avoir repris la scène suite à un souci de santé. Sinon, ce mois de mai signe la concrétisation du grand projet musical qui poireautait depuis 16 ans dans mon esprit/mon ordinateur/ma paroisse d’origine. Ce fut l’occasion de faire un certain bilan de ma vie, notamment de ma vie musicale. Où en suis-je après 30 ans de pratique ? J’ai composé la plupart de mes titres entre 20 et 28 ans, suis-je encore légitime de les chanter à 35 ans ? [SPOILER : oui.] Il a fallu que je me réconcilie avec ce que je suis devenue et surtout NE PAS HURLER pour faire de cet album ce que j’en rêvais. Sinon, en branchant ma radio, j’ai cru que Led Zeppelin avait sorti un nouvel opus. Mais non, ce n’est que Greta Van Fleet, un groupe de trois frères de Chicago qui a déjà été adoubé par Robert Plant et qui est clairement NOTRE sensation de 2018.

La chanson : Catherine Lara – La Rockeuse de diamants (La Rockeuse de diamants, 1983)

Si mon album est clairement orienté vers des sonorités folk, blues voire jazz, il fallait pour que j’enregistre m’entourer de sons pour me calmer (Ry Cooder – Paris Texas) ou pour me galvaniser, comme ce grand tube de la trop rare Catherine. Résultat : me prendre pour Catherine Lara en studio a fait qu’il m’a fallu du temps pour prendre la juste mesure de mon effet de voix qui a d’abord été criard.

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Juin

En bref : Yvette Horner (11 juin – 95 ans) s’est faite enterrer en robe Jean-Paul Gauthier (du moins, je suppose). Pour des questions de droits sur les textes, je dois jouer les prolongations en studio, ce qui me permet d’affiner deux-trois petites choses à laquelle je n’aurais pas pensé. Comme tous les étés, les associations demandent mon orchestre à prix d’or, je suis donc en tournée mondiale dans toute la petite couronne. Pour cause d’arrêt de travail, je me délecte des références musicales barrées que glisse Jean Teulé dans Entrez dans la danse. Enfin, pour cause de Coupe du monde, j’ai remplacé l’écoute de Oüi FM par l’écoute d’Europe 1 et RMC, d’où un apport peu prolifique en termes de musique.

La chanson : Tangerine Dream – Le Parc (Le Parc, 1985)

Parmi la prolifique production de ce groupe allemand multi-facettes en activité depuis 1967 – au point que son fondateur Edgar Froese (mort en 2015) a divisé la carrière du groupe en périodes dynamiques à l’instar de Pablo Picasso –, on retrouve cette production new-wave qui puise son inspiration dans divers parcs naturels au monde. Pourquoi nous sommes-nous extasiés spécifiquement sur cette composition ? C’est tout simplement parce qu’elle a été « remixée » pour donner le générique de Tonnerre mécanique (1985), que le Mari comme moi-même regardions sur la Cinq étant petits.

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Juillet

En bref : les chansons étant mises en boîte, il fallait préparer la sortie du disque. C’est donc tout un processus administratif qui prend corps et qui me mine un peu mes vacances. Qui dit presque vacances dit barbecues, coups dans les bars, pique-niques dans les parcs et par conséquent références musicales renouvelées, et qui dit route des vacances dit Nostalgie en rotation lourde. Pour ma part, mon début d’été a encore une fois été très brésilien et ça n’a pas été pour me déplaire. Par contre, pour une raison qui m’est inconnue, ma fin juillet a été rythmée par les génériques de La maison de Mickey, Tchoupi et autres Oui-Oui.

La chanson : Clara Nunes – Feira de Mangaio (Esperança, 1979)

Cette chanson a été écrite au début des années 1970 par le multi-instrumentiste Sivuca et son épouse Glorinha Gadelha, lors de leur séjour à New-York. L’autrice de la chanson raconte que la chanson lui est venue pendant un cours d’anglais et qu’elle s’est rendue au McDo du coin pour la finir. Il ne lui manquait qu’un(e) interprète pour en faire un classique de la musique forro, et c’est Clara Nunes, chanteuse et danseuse très populaire à l’époque qui l’enregistrera en premier lieu lors du retour du couple au Brésil.

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Août

En bref : Alors qu’Aretha Franklin (15 août –76 ans) rejoint d’autres cieux, je rejoins l’organisation du traditionnel festival dans mon village. Au menu de cette édition : Gilbert Montagné, Magic System et un tribute band de Boney M. Le fait que les Bleus aient gagné la Coupe du monde en reprenant Magic In The Air a permis un record de fréquentation assez conséquent. Et puis la rentrée, la reprise de l’écoute matinale de la radio et l’espérance que l’écoute massive de musique sud-américaine va arranger cette fin d’été.

La chanson : Vegedream – Ramenez la coupe à la maison (2018)

Alors oui, ça fait plaisir vingt ans après, mais était-ce nécessaire ?

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Septembre

En bref : Qui dit mois émotionnellement difficile pour cause de convalescence douloureuse ou de deuil dit comfort music. Ce sentiment est d’autant plus exacerbé que je suis en plein dans la finition de mon album et que je n’ai pas repris les sessions d’orchestre. Bref, un mois pas reposant. Point nécrologie : Rachid Taha nous quitte le 12 septembre, juste avant ses 60 ans.

La chanson : Dire Straits – Brothers In Arms (Brothers In Arms, 1985)

Speechless.

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Octobre

En bref : J’ai décidé de me lancer dans le défi #Inktober2018 en me donnant une autre contrainte que le mot annoncé : celui d’associer le mot annoncé à une chanson. Moi qui m’étais toujours dit que je dessinais comme une merde, je me suis surprise à prendre soin de ce que je dessinais et à en être satisfaite. Alors oui, je ne sais toujours pas dessiner avec des proportions parfaites, mais j’ai franchi une nouvelle étape de confiance en moi, et vu le contexte, ce n’est pas rien. Sinon, un géant musical d’1m60 nous quitte ce 1er octobre : Charles Aznavour tire sa révérence à 94 ans.

La chanson : Killing Joke – Love Like Blood (Night Time, 1985)

Au détour du mariage d’un ami, le Mari a dansé comme jamais sur cette chanson qui lui rappelle ce qu’il aime tant dans la musique britannique des années 1980. Issu du 5e album du groupe, ce single marque un tournant propret et commercial de ce groupe oscillant entre new wave et post punk qui mettait en avant les guitares lourdes avant de se faire produire correctement comme ici.

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Novembre

En bref : À la maison, il y a deux éléments d’impatience : le film Bohemian Rhapsody et la réédition de l’album blanc des Beatles avec les démos d’Esher enfin promises. En attendant, le Mari calme son impatience en achetant compulsivement tout Greta Van Fleet et A Kind Of Magic. Tandis que moi, alors que l’ambiance générale de ma fin d’année ne s’y prêtait pas du tout, j’ai décidé de faire tourner mes hits de Noël très tôt, à base de Graeme Allwright, Dean Martin, Chuck Billy et Fedor Moussorgski. L’album blanc étant arrivé en fin de mois, nous nous sommes jetés sur les démos d’Esher comme la vérole sur le bas-clergé. Conclusion : si le Mari n’a pas reconnu certains morceaux du fait d’un mix différents de certaines parties instrumentales, nous saluons le travail de nettoyage de Giles Martin qui a fait de ces séances de travail des petits bijoux de musique acoustique.

La chanson : Clara Luciani – La grenade (Sainte-Victoire, 2018)

La jeune fille de Martigues a commencé en collaborant avec la Femme sur Psycho Tropical Berlin (2013). Mais sa carrière en solo débute en 2017, quand elle fait la première partie de Benjamin Biolay et enregistre avec Ambroise Willaume (Revolver, SAGE) et Benjamin Lebeau (The Shoes) son EP Monstre d’amour. Sainte-Victoire est sorti au mois d’avril et La grenade a été en rotation très lourde sur Oüi durant cette deuxième moitié de 2018.

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Décembre

En bref : Organiser un karaoké au mois de décembre, c’est avoir l’assurance qu’on te réclame Mariah Carey dans ta playlist. J’ai cru y échapper, mais la vie est une pute borgne qui vous soufflette d’un revers de sa main gantée de lambeaux de cuir bon marché. En bons fans de Queen, nous avons ENFIN vu Bohemian Rhapsody. Si je reste philosophe par rapport à la doxa qui entoure les préjugés des gens sur Freddie Mercury, j’ai fait face à la colère du Mari qui ne supporte pas qu’une œuvre de fiction puisse prendre des libertés chronologiques ou factuelles. Enfin, Noyel est arrivé et si je n’ai pas reçu de petites nouveautés discographiques – malgré ma circonspection à l’ouverture d’un paquet contenant Mon pays, c’est l’amour de Johnny Hallyday qui était en fait destiné à ma sœur –, notre discothèque s’enrichit d’un best of Creedence Clearwater Revival, du Dark Side Of The Moon de Pink Floyd pour les soirées déconne et En amont d’Alain Bashung pour les soirées tristes.

La chanson : John Francis Wade – Peuple fidèle/Adeste fideles (1743)

Si la musique n’est pas attribuée au compositeur anglais réfugié à Douai – diverses origines musicales remontant au XVIIe siècle sont accolées sans aucune certitude –, c’est lui qui en a fixé les paroles latines. Les paroles françaises varient selon les obédiences, catholiques ou protestantes, et ont été fixées entre le début et le milieu du XIXe siècle. Toujours est-il qu’après des années de service à la paroisse, je sais que ce ne sera pas Noël si tu n’as pas le combo Douce nuit/Les anges dans nos campagnes/Peuple fidèle/Il est né, le divin enfant durant la messe de minuit.

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Joyeuse année 2019. Qu’elle soit prospère malgré les difficultés et musicale à souhait.

Discographie sélective : 2008, année pop

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Finissons cette discographie sélective avec une année de bouleversement personnel, celle de mon arrivée dans la capitale. Car oui, mes 25 ans ont vraiment été une année où j’ai cru grandir d’un coup d’un seul avec beaucoup de premières fois au compteur. J’ai eu l’impression que la bande son de cette époque était un mélange d’insouciance, de langueur et de printemps que je croyais éternel. Et cette bande-son continue qu’était The Reminder de Leslie Feist, que j’ai dû blacklister pour me prémunir d’une morsure trop intense.

2008 donc, période où j’ai commencé à écouter Oüi FM tous les matins à mon radio-réveil – chose que je fais encore dix ans après, même si la programmation a changé sur beaucoup de points –, où je dansais à la Pachanga, au Showcase et à un endroit qui ne s’appelait pas encore le Point Ephémère. J’étais donc une fleur épanouie, un pur produit pop qui arpentait le XVe arrondissement le cœur léger. Et force est de constater que ça s’est ressenti dans les dix disques que j’ai choisis.

1 – Adele – 19 (janvier)

Adele, tout juste sortie de la BRIT School for Performing Arts & Technology, où elle était la camarade de classe de Leona Lewis et Jessie J., sort son projet de fin d’études sur Myspace en mai 2006. C’est ainsi qu’elle se fait repérer par le label XL Recordings qui lui signe un contrat. Après sa rencontre avec le producteur Jim Abbess, elle se mit à l’écriture de ses chansons, la plupart du temps seule. Ce premier album, donc, regroupant sa thématique de prédilection qu’est la rupture amoureuse, mais aussi contenant la reprise de Make You Feel My Love de Bob Dylan. Cet album a signé pour la presse le renouveau de la blue-eyed soul. Son single le plus notable, Chasing Pavement, a été écrit en souvenir de la soirée où elle est allée défoncer son ex dans un bar quand elle a su qu’il l’avait trompée.

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2 – Vampire Weekend – Vampire Weekend (janvier)

Je n’ai découvert le premier album de ces quatre étudiants en musicologie new-yorkais que lors de leur passage à Rock en Seine en 2009, mais bon Dieu, qu’est-ce que j’ai pu l’écouter par la suite. Produit en majorité par le clavieriste du groupe Rostam Batmanglij, cet album éponyme regroupe un registre étendu de la pop, plongeant dans le punk, les sonorités africaines – au point que Paul Simon y reconnaisse des emprunts à Graceland (1986) – ou baroques. Avec de nombreux singles ayant connu une grande notoriété par la suite, tels que A-Punk, Oxford Comma ou Cape Cod Kwassa Kwassa, on peut dire que cet album fait un carton plein.

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3 – Daniel Darc – Amours suprêmes (janvier)

Après son gros passage à vide d’une quinzaine d’années et son retour tonitruant en 2004 avec l’album Crèvecœur, Daniel Darc continue sur sa lancée avec Amours suprêmes – en référence à A Love Supreme de John Coltrane – auquel a participé Alain Bashung et Morgane Imbeaud, chanteuse de Cocoon. Très marqué par la rédemption, suite à sa conversion au christianisme luthérien, cet album reste dans des tonalités très rock organique, à l’encontre du son qu’on lui connaissait du temps de Taxi Girl.

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4 – Alain Bashung – Bleu Pétrole (mars)

Sculpté sous la houlette de Gaëtan Roussel et Gérard Manset, cet album-testament revient aux racines rock d’Alain Bashung, après le très expérimental L’imprudence (2002). Déjà usé par le mal qui l’emportera un an après la sortie de l’album, il conserve pourtant ce phrasé profond qu’il développe depuis le début des années 1990, on le croirait presque sublimé. Outre des chansons à forte tonalité nostalgique, on peut noter les reprises d’Il voyage en solitaire de Gérard Manset et de Suzanne de Leonard Cohen adaptée par Graeme Allwright.

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5 – The Last Shadow Puppets – The Age Of Understatement (avril)

Né en 2005 de l’amitié entre Alex Turner, frontman d’Arctic Monkeys, et Miles Kane, membre de The Little Flames, The Last Shadow Puppets est un projet qui signe la continuité de la collaboration de Kane avec Arctic Monkeys. The Age Of Understatement, premier album du projet, a été enregistré en août 2007, majoritairement en France. Ayant pour inspiration déclarée L’histoire de Mélody Nelson de Gainsbourg et la bande originale du film Le bon, la brute et le truand par Ennio Morricone, l’album entre dès la première semaine en première place des charts britanniques avec plus de 50.000 exemplaires vendus. Malgré le succès de l’album, tant  Alex Turner que Miles Kane ont annoncé des dates de sorties du deuxième album qui ont été remplacées par des projets avec leurs formations respectives. Everything You’ve Come To Expect mettra finalement huit ans à aboutir.

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6 – Coldplay – Viva La Vida Or Death And All His Friends (juin)

Annoncé dès fin 2006 pour l’année suivante, ce quatrième album du groupe anglais vient après une déclaration de Chris Martin en date de janvier 2006 où il exprimait l’envie de faire une pause avec le groupe pour faire des collaborations avec d’autres artistes. Il faut dire que l’album précédent, X&Y (2005), souffre d’une comparaison peu avantageuse avec U2. Le but est donc de faire une évolution musicale et c’est ce qui se passera avec le producteur Brian Eno. Violet Hill, puis Viva la Vida – qui a été reconnu comme étant un plagiat d’un morceau de Joe Satriani – feront beaucoup pour le succès de cet album qui marque un tournant vers une musique moins mélancolique et plus grandiloquente.

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Julien Doré – Ersatz (juin)

Après sa victoire à l’édition 2007 de la Nouvelle Star, l’ancien étudiant en art nîmois était attendu au tournant (car si Christophe Willem avait marqué les esprits, ce n’était pas le cas de Jonatan Cerrada, Steeve Estatof ou Myriam Abel). Avec un esprit dada très développé qu’on a pu voir avec sa reprise de Lolita d’Alizée, il sort un premier album mélangeant compositions très personnelles (Les bords de mer, Pudding morphina, Bouche pute) et collaborations avec des auteurs reconnus dans le « milieu » tels que Babx ou David Scrima. Au final, ce premier opus aux accents gainsbouriens des années 1960 a séduit un large public avec 260.000 exemplaires vendus.

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8 – Oasis – Dig Out Your Soul (octobre)

Septième et dernier album du groupe – puisque, de triste mémoire, j’ai assisté en direct à la dissolution à ReS 2009 –, il préfigure selon mon grand spécialiste du groupe de Mari ce que deviendrait la carrière de Noel Gallagher (j’ai quand même été obligée de lui dire que je reste toujours triggered à chaque fois que j’entends Oasis et que j’ai mis 3 ans et demi à écouter le dernier live du groupe). Noel Gallagher expliquait début 2007 qu’il voulait renouer avec une formule orchestrale de certaines de ses compositions, chose qu’il n’avait pas faite depuis Be Here Now (1997). Enregistré à Abbey Road en même temps que U2 enregistrait How To Dismantle An Atomic Bomb – ce qui a posé des problèmes de réservations – entre août et décembre 2007, l’album a bénéficié d’un marketing agressif au Royaume-Uni et à New-York. A sa sortie, la réception fut différente selon les pays : si la plupart des critiques britanniques a trouvé que c’était un album d’Oasis average – ni bon ni mauvais –, il a été notamment reproché en France une trop grande influence de la musique des Beatles – des fins connaisseurs d’Oasis, donc. Il faut dire que, pour cet album, a été embauché le batteur Zak Starkey, fils de Ringo Starr et remplaçant de Keith Moon au sein de The Who.

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9 – Pink – Funhouse (octobre)

Ce cinquième album de la chanteuse américaine a été écrit et réalisé dans un contexte de séparation temporaire d’avec son mari Carey Hart – l’album a d’ailleurs failli s’appeler Heartbreak Is A Motherfucker. C’est ainsi que Pink règle ses comptes sur cette relation en préambule de cet album avec le tonitruant So What, mais aussi tout au long de l’album avec des titres tels que Please Don’t Leave Me, Mean ou It’s All Your Fault. Cet album parle également du questionnement émotionnel et identitaire qui en résulte. En témoignent le poignant Sober qui n’a rien à voir avec une quelconque addiction à l’alcool et Ave Mary A où la chanteuse se demande où va le monde. Avec sept singles classés et six millions d’albums vendus à travers le monde, mais aussi avec le rabibochage avec son mari qui a amené la conception de leurs deux enfants, Pink a tout gagné en enregistrant cet album.

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10 – Beyoncé – I Am… Sasha Fierce (novembre)

Le troisième album solo de la diva du R’n’B se présente comme un double album, même s’il n’offre que douze chansons. Nous avons d’un côté I Am, présentant la Beyoncé timide et naturelle, faite de chansons soul et r’n’b (If I Were A Boy, Halo). De l’autre côté, Sasha Fierce est le double fantasmé et powerful de la chanteuse, avec des chansons allant de l’electropop à l’eurodance (Single Ladies, Video Phone). La carrière de l’album s’est profilé de novembre 2008 jusqu’à la fin de l’année 2010 dans le monde entier, totalisant sept millions et demi d’albums en physiques et quinze millions de copies digitales vendus, mais également une tournée sur quasiment deux ans et une flopée de Grammy Awards en 2010.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Aya Nakamura, ou mon évolution face à la musique de djeun’s

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Depuis 1961 et Edith Piaf avec Je ne regrette rien, aucune chanteuse française ne s’était imposée dans les charts néerlandais. Clairement, on pourrait s’en foutre – un pays qui a quatre fois moins d’habitants que la France –, mais comme on a un passif avec les Pays-Bas, il paraît que ça importe. On leur a filé Edith Piaf, on récupère Dave et Mad’House. Bref.

Mais ce qui n’est pas surprenant, ce n’est pas qu’une chanteuse française se soit imposée dans les charts néerlandais durant l’été 2018. C’est de savoir avec quelle chanson. En l’occurrence Djadja d’Aya Nakamura.

 

Cette jeune fille de 23 ans, née au Mali, ayant grandi à Aulnay/Bois, élève en école de mode à Aubervilliers – elle dit La Courneuve mais j’ai comme un doute – s’est forgé son pseudo sur un personnage de la série Heroes, Hiro Nakamura. Toute sa famille baignant dans le chant, elle se dit qu’elle pourrait finalement en faire son métier.

Elle se fait repérer sur Facebook dès 2014, alors qu’elle a 19 ans, avec le titre Karma. Mais c’est J’ai mal, en 2015, qu’elle compose seule, qui l’a fait percer. Elle se fait alors accompagner par son ami Dembo Camara à la production et Christopher Ghenda pour écrire son premier album, Journal intime (2017), dans lequel on retrouve Brisé.

Forte de son succès de vues sur Youtube, elle gagne le respect de ses parents quand elle fait des premières parties d’artistes internationaux au stade Modbo-Keïta de Bamako et quand elle chante son amour pour la diva malienne Oumou Sangare. Elle en profite pour faire également des collaborations de luxe avec Fababy et MHD. Si Journal intime est le fruit de deux ans de bisbilles entre son équipe et son premier label, Aya Nakamura ne débarque pas de nulle part quand elle explose durant l’été 2018.

Avec des titres comme l’iconique Djadja ou Copines, son deuxième album sorti ce mois de novembre 2018 est d’emblée disque d’or dès sa sortie qui s’est accompagnée d’un matraquage médiatique comme peu vu en France, que ce soit pour l’encenser ou questionner son talent sur les réseaux sociaux.

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Personnellement, qu’est-ce que j’en pense ? Je pourrais me dire que je suis un peu vieille ou pas assez orientée r’n’b et afro-trap pour être dans le public cible. Et puis je me revois à l’orée de la trentaine, quand déjà, j’écrivais davantage sur la musique – parce que je suivais davantage l’actualité musicale.

Qu’aurais-je dis d’Aya Nakamura ? Qu’à l’instar de Lana Del Rey, l’emballement médiatique dont elle bénéficie ne vaut peut-être pas le coup (et je m’en mords les doigts sept ans après, vous savez). Qu’à l’instar de Lorde, son arrogance va faire un assez bon travail de sape pour ruiner sa carrière (d’ailleurs, quelqu’un a des nouvelles ?). Qu’à l’instar de n’importe quelle musique que toute personne de plus de 10 ans de moins que moi – les djeun’s –, je ne comprends rien à ce qu’elle raconte.

Mais depuis 2015 et mes débuts dans la fonction publique, de la musique de djeun’s, je suis bien obligée de me la farcir matin, midi et soir. Et encore, je trouve que l’établissement où je travaille est soft par rapport aux autres. Par conséquent, pour comprendre les jeunes qui fréquentent l’établissement, j’ai bien été obligée de savoir qui est Dadju, Vald, PNL, MHD… et donc Aya Nakamura, dont une collègue est fan et bombarde toutes les soirées avec son son. Si, à la maison, je suis les conseils musicologiques du Mari qui s’est acheté le coffret de la réédition du Blanc pour pousser l’étude à la moindre note, je suis bien obligée de me plier à l’extérieur du foyer à ce qui influence le plus mes oreilles : les centaines de gosses que je côtoie tous les jours.

Malgré tout, je me ravis du succès d’Aya Nakamura, tant on n’avait jusqu’à récemment de référence de chanteuse de r’n’b français de cette envergure que Vitaa, dont les premiers tubes remontent aux début des années 2000. Le milieu des années 2010 ont donné la part belle à une surreprésentation des artistes masculins dans le son urbain français, et j’espère que le succès d’Aya fera des émules.

Bref, Aya, je danserai toujours mollement sur ton son, mais je te souhaite le meilleur.

Qu’attendre de la réédition de The Beatles ?

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Depuis la mort de George Martin en 2016, son fils Giles – qui travaillait déjà avec lui depuis le milieu des années 2000 à la remasterisation de l’œuvre des Beatles à diverses destinations – a décidé de ressortir avec son ingénieur du son Sam Okell les œuvres considérées comme « majeures » du groupe. C’est ainsi qu’il a nettoyé le Live At the Hollywood Ball (2015) et Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band (2017).

Pour s’être procurés ces deux remasters avec le Mari – alors qu’on a tous les Beatles en mono, en stéréo, certains en vinyle, d’autres en pirate, édition UK ou japonaise, les anthologies, les BBC Sessions… –, nous ne sommes personnellement pas friands du travail de remasterisation de Giles Martin sur les albums principaux. Le Live at the Hollywood Ball ne méritait déjà pas une captation sonore, tant les Fab Four sont inaudibles sous les cris des fans, et Sgt Pepper nous a paru froid et dépourvu du formidable travail de profondeur sonore qui était présent sur les vinyles et sur les remasters CD de 1987. Par contre, nous avons apprécié les petits bonus tracks, à savoir des prises alternatives intéressantes si on s’intéresse comme nous à la construction d’une chanson.

Un peu échaudés par cette expérience, nous nous demandions si, en cas de réédition de l’album blanc, nous nous laisserions séduire. En effet, certaines chansons comme Helter Skelter, Back In The USSR, Dear Prudence ou Revolution #1 ne sont efficientes qu’avec le travail sur la profondeur sonore qui était la norme en 1968 – et je ne parle pas de Revolution 9 où tout l’aspect malaisant repose sur ce même travail. En fait, nous n’attendions – enfin, j’attendais – qu’une seule chose : un nettoyage des démos d’Esher.

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Je reçus donc un message dans ce jour brumeux de septembre :

 J’ai dû précommander un truc de bâtard pour novembre… J’ai été obligé : il y a les démos d’Esher.

Be-like :

J’attendais en effet les démos d’Esher nettoyées des scories techniques de 1968. Il faut savoir qu’elles ont été enregistrées avec les enregistreurs personnels de George Harrison et de John Lennon. Or ces enregistreurs multipistes n’étaient pas super perfectionnés : en effet, les sessions parvenues ne semblent pas « synchronisées », overdubées à la pisse et présenter un délai qui peut en gêner l’écoute contemporaine. Petite démonstration de ce que j’avance avec Dear Prudence.

Pourquoi suis-je tellement en désir devant ces simples sessions de travail ? Parce que, tant dans leur contenu que dans la structure générale de ces démos, elles représentent mon album blanc fantasmé. L’album blanc, tel qu’il a été construit par la doxa, ne me convient pas. Il est trop lourd, contient trop de choses, parfois même des choses traumatisantes – remember Helter Skelter que j’aurais allégé en termes d’effets sonores et Revolution 9. Bref, au lieu des 30 titres qu’il contient, il aurait fallu en garder 16 à 17 pour montrer toute l’étendue de chacun des compositeurs du groupe.

Il faut dire que le Blanc est touffu parce que les trois compositeurs principaux du groupe en 1968 voulaient chacun leur part du gâteau. Exit la mention Lennon-McCartney à chaque titre, tant les deux frontmen en viennent à se friter ouvertement. George Harrison devient de plus en plus présent dans le processus de création. Le Blanc est ainsi devenu l’album de la non-concession artistique et, au final, dégueule de sons divers et variés. A l’entendre, j’ai l’impression parfois d’entre une longue scène de ménage. A ce titre, en termes de non-concession artistique, je préfère ce petit miracle d’équilibre qu’est Abbey Road, sublime chant du cygne d’un groupe qui finit par se séparer en se disant les choses en face.

Les démos d’Esher ont de surcroît ceci de magique qu’on distingue parfaitement l’évolution que chacun va prendre dans sa future carrière. Elles contiennent même des titres développés dans leur carrière solo – en témoigne Circles et Not Guilty de George Harrison et Child of Nature de John Lennon, qui sera abandonné pour le Blanc en raison de la redondance avec le Mother Nature Son de Paul McCartney et qui deviendra Jealous Guy. Celui qui tire d’ailleurs le mieux son épingle du jeu, tant dans sa contribution à l’album blanc – While My Guitar Gently Weeps FTW – qu’aux démos d’Esher, c’est George Harrison (en même temps, c’est sa propriété qui accueille ces sessions). Après le mal perçu Within You Without You sur Sgt Pepper, ses contributions au Blanc ont pu faire percevoir son immense sensibilité créatrice au-delà d’un pur topic de drogué.

Parmi les autres bonus qui sortiront dans le coffret de novembre, il y a également la version longue d’Helter Skelter que tous les fans attendent, mais aussi des prises alternatives qui n’ont pas été intégrées dans les divers volumes d’Anthology. Et vu ce que ça a donné avec le coffret Sgt Pepper, je pense que les 117 € (sic) trouveront leur justification dedans plus que dans la remasterisation de l’album principal, remasterisation que je devine plate et sans saveur. Ce qui m’a gênée avec Sgt Pepper – je ne pardonnerai jamais à Giles Martin sa construction sonore d’A Day In The Life – pour le coup va peut-être moins me gêner avec le Blanc, tant on entre avec certaines compos de McCartney dans la loudness war. Une construction sonore plus plate me rendrait peut-être ses morceaux écoutables.

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Bref, il me reste un mois et demi avant de passer une soirée entière avec le Mari à décortiquer ce coffret et à juger s’il était nécessaire ou non. Stay tuned.

Discographie sélective : 1998, année électrique

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J’espère que vous passez un bon été et que vous avez célébré la deuxième étoile de l’équipe de France comme il se doit. En ce qui me concerne, je l’ai célébrée au frais à la maison et dans le plus grand des calmes. Parce qu’il y a déjà vingt ans, j’étais déjà saoulée par ce genre de petites choses :

Je l’ai beaucoup chanté à l’époque, mais rien que 20 secondes de cette chanson me donnent désormais de l’urticaire. C’est pour cette raison que, même si j’étais dans l’organisation du concert de Magic System, je n’ai pas cédé à la tentation de sentir la magie dans l’air…

Bref, aujourd’hui, on va s’intéresser à la ma discographie de cette année où on a cru a la concorde éternelle en France grâce à des types s’appelant Zinédine Zidane, Lilian Thuram ou encore Didier Deschamps. Mais en attendant, faisons un petit instant autopromo.

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J’ai donc sorti cet été mon album de musiques religieuses, d’abord en digital, puis prochainement en physique, sous le pseudonyme de Peregryna. Ce sont des compositions que je développe depuis 2002 et, sans le secours moral de mes proches, elles n’auraient jamais vu le jour. J’ai donc l’honneur de vous les présenter ici :

https://open.spotify.com/album/3680U0GZnqyR4do0QeTiKp

*C’était l’instant autopromo*

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Intéressons-nous maintenant à ces disques qui ont rythmé l’année de mes 15 ans et de mes premiers choix.

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1 – Alain Bashung – Fantaisie militaire (janvier)

Après l’album Chatterton (1994), Alain Bashung entre en dépression et se sépare de son épouse. La visite de son ami et parolier Jean Fauque lorsqu’il était en maison de repos lui a permis de reprendre pied et a inspiré Au pavillon des lauriers. Très affecté par ce qu’il vient de traverser, Alain Bashung semble se disperser dans l’enregistrement de ses chansons – il travaille sur plusieurs chansons en même temps, alors qu’il ne se concentrait que sur une seule chanson à la fois sur Chatterton. Pourtant, selon les dires de ses collaborateurs, il semblait à l’affut du travail des autres et essayait d’assurer une bonne ambiance durant les enregistrements. Fantaisie militaire est donc un album crépusculaire, où se mêlent des thématiques sur la fin d’époque, la lutte contre les faux-semblants (La nuit je mens qui se moque de l’héroïsme à deux balles de certains déclarés résistants, etc) et des musiques inspirées par le trip hop – Adrian Utley, guitariste de Portishead, a participé à l’enregistrement de l’album – et la drum’n’bass.

2 – Madonna – Ray of Light (février)

Beaucoup de choses se sont passées depuis Bedtime Stories (1994), album plutôt pop mais faiblard par rapport à ce qu’elle avait l’habitude de sortir et qui lança donc des rumeurs de déclin. L’année 1996 a notamment été prolifique, avec la naissance de sa première fille et sa participation au film Evita, pour lequel elle avait pris des cours de chant. C’est donc auréolée de l’expérience de la maternité, de l’aube de la quarantaine et d’une nouvelle technique vocale qu’elle aborde Ray of Light, qu’elle produit notamment avec l’anglais William Orbit, déjà reconnu avec son travail sur Pop Satori (1986) d’Etienne Daho. Elle signe donc un retour canon avec 20 millions d’albums, chose qui ne lui était pas arrivée depuis True Blue (1986).

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3 – Manu Chao – Clandestino (avril)

Album qui m’a beaucoup accompagnée durant mes voyages d’adolescente, j’avais compris dès l’époque l’intention de Manu Chao d’en faire un carnet d’errances – en l’occurrence, en Amérique du Sud. Depuis 1994 et la séparation de la Mano Negra en Colombie, Manu Chao pète les plombs et erre entre le Brésil, la Colombie et le Sénégal. Cela donne Clandestino, perçu au début comme une simple maquette. La plupart des radios musicales françaises refusent au départ de diffuser le single éponyme, dans la mesure où la chanson ne correspond pas au format d’une chanson qui passe à la radio. Cela ne va pas empêcher le succès de l’album – 3 millions d’exemplaires. Fort de ce succès, Manu Chao s’installe à Barcelone et tourne depuis avec son groupe Radio Bemba.

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4 – Massive Attack – Mezzanine (avril)

15e meilleur album britannique de tous les temps selon le magazine Q en 2000, le troisième album des bidouilleurs trip hopeurs de Bristol a clairement imprégné la pop culture. Ce n’était pourtant pas gagné après le départ de l’emblématique Tricky après le remix No Protection (1995). A des fins promotionnelles, l’album a été placé quelques mois avant sa sortie officielle en téléchargement légal sur Internet. Bien plus sombre que Blue Lines (1991) et Protection (1994), qui s’alignaient davantage sur les canons de la musique électronique du début des années 1990 en termes d’ambiance, Mezzanine a clairement plus à offrir que le sur-utilisé Teardrop. Il est enfin à noter que pour ses vingt ans, l’album a été encodé dans des molécules ADN.

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5 – Suprême NTM – Suprême NTM (avril)

Après Paris sous les bombes (1995), qui contenait des titres aussi mythiques que Qu’est-ce qu’on attend, La fièvre ou Pass pass le oinj et qui a valu une plainte de policiers qui se sont sentis agressés durant la tournée qui s’en est suivi, il fallait frapper fort. Toujours en colère contre la société, les deux acolytes de Bondy pondent un album en 1997 où l’on trouve déjà des indices de leur suite de carrière, Kool Shen avec IV My People et Joey Starr avec B.O.S.S. Avec des morceaux tels que Laisse pas traîner ton fils, Seine-Saint-Denis Style ou Pose ton gun, sans pour autant se calmer dans le débit, les propos des deux acolytes sont plus matures et plus posés. Cela leur permettra de vendre 800.000 exemplaires de l’album.

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6 – Beastie Boys – Hello Nasty (juillet)

Quatre ans après Ill Communication qui contenait le cultissime Sabotage, après quelques EP contenant de vieux titres, des démêlés judiciaires avec leur label et la création pour MCA d’un festival en faveur du Tibet, Hello Nasty, cinquième album du groupe new-yorkais, entre dans le Billboard 200 après 681.000 ventes la première semaine. Le groupe accueille à cette occasion le DJ champion de DMC Michael Schwartz, aka Mix Master Mike, dans son sein, et collabore avec la chanteuse japonaise Miho Hatori et le chanteur de dub jamaïcain Lee Scratch Perry. L’album sera récompensé en 1999 par deux Grammy Awards : Meilleur album de musique alternative et Meilleure performance rap par un duo ou un groupe pour Intergalactic.

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7 – Lauryn Hill – The Miseducation of Lauryn Hill (août)

Après avoir connu le succès avec les Fugees avec le mythique The Score (1996), et après la séparation du groupe en 1997, Lauryn Hill se lance dans la préparation d’un album avec le groupe new-yorkais New Ark. Ne voulant pas faire de contrat de travail et souhaitant se créditer seule sur l’album, elle eut des démêlés judiciaires avec le groupe et l’affaire se régla à l’amiable. Sur cet album-concept où elle joue durant des interludes la petite fille éduquée par un professeur (joué par Ras Baraka), on peut noter la présence de D’Angelo, Mary J. Blige et Carlos Santana. La plupart des chansons parlent de ses différends artistiques avec Wyclef Jean, mais aussi de sa décision de fonder une famille malgré un début de carrière tonitruant. Fort de son succès, The Miseducation of Lauryn Hill rafla 5 Grammy Awards en 1999 et passa devant Ray of Light.

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8 – Zebda – Essence ordinaire (septembre)

Troisième album du groupe de musique  rock fusion toulousain, il est porté à la fois par le cultissime Tomber la chemise, qui remporta une Victoire de la meilleure chanson en 1999, mais aussi par la réputation sulfureuse de l’album précédent, Le bruit et l’odeur (1995). Toujours engagé politiquement, mais de manière festive, les paroles de l’album sont dédiées à Lounès Matoub. Le groupe a fait appel à la collaboration de comiques, que ce soit directement dans leur disque – Dieudonné sur Je crois que ça va pas être possible – ou dans leurs clips – Jamel Debouzze dans Tomber la chemise. L’album restera 89 semaines dans le Top 200, sera vendu à 600.000 exemplaires et a boosté du même coup les ventes de l’album précédent.

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9 – Placebo – Without You I’m Nothing (octobre)

Après un premier album éponyme en 1996, le groupe voit partir son premier batteur, Robert Schultzberg, remplacé par Steve Hewitt. Brian Molko, dans les paroles de ce deuxième album, a voulu parler d’histoires d’amour qui finissaient mal, mais aussi de son adolescence luxembourgeoise et des menaces de mort laissées sur son téléphone sur le titre caché Evil Dildo. Beaucoup moins punk et torturé que Placebo, Without You I’m Nothing emprunte davantage dans le grunge, le rock alternatif, voire la musique électronique avec les loops entêtantes de Pure Morning. L’album reçoit un accueil critique assez bon dans l’ensemble et gagne en notoriété lorsqu’Every You Every Me fut utilisé sur la bande originale du film Sexe Intentions (1999).

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10 – Fatboy Slim – You’ve Come A Long Way, Baby (octobre)

Après diverses expériences en tant que DJ à Brighton, mais aussi en tant que bassiste de jazz, Norman Cook entérine son identité en tant que Fatboy Slim avec ce deuxième album aux accents big beat et aux inspirations très sixties et seventies dans les samples utilisés – que ce soit avec la folk avec Right Here Right Now, le rock avec Rockafeller Skank ou la soul avec Praise You. Fort du succès de cet album – certifié plusieurs fois disque de platine, morceaux utilisés dans des dizaines de pubs et de séries –, Fatboy Slim fut invité par la ville de Brighton à créer un festival de plage gratuit dont le succès a dépassé l’entendement dès sa deuxième édition en 2002 (genre 250.000 participants là où on en attendait 60.000).

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Song’s Story’a #11 : Aguas de Março

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J’ai lu très récemment un article sur la fin de vie un peu pitoyable que connaît actuellement celui qui a fait la popularité de la bossa nova, à savoir Joao Gilberto . S’il ne se produit plus depuis 2010, c’est à cause d’un affaiblissement physique et mental dû à son âge avancé (il a actuellement 87 ans). J’ai lu l’article comme s’il m’annonçait sa mort. Bref, je suis bouleversée de voir une de mes idoles finir de la sorte.

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Je formule tous ces atermoiements pour vous parler d’une des chansons les plus populaires de la bossa nova, mais qui n’a pas été composée lors de son apogée initiée par Joao Gilberto (1931) et Antonio Carlos (dit Tom) Jobim (1927-1994) à la fin des années 1950, mais à la fin de l’âge d’or du style, par ce même Tom Jobim, en 1972. Le premier enregistrement connu de la chanson a été intégré dans un EP offert avec le numéro du mazagine O Pasquim de mai 1972 et n’a jamais été réédité.

Les paroles originales sont une succession d’images et ne suivent aucun récit. Il faut dire qu’au début des années 1970, entre les pressions de la dictature en place et des problèmes de santé, Tom Jobim n’était pas au mieux de son moral. C’est ainsi qu’en mars 1972, après une journée de composition pour l’album Matita Perê (1973), il se mit à écrire le premier brouillon de la chanson, alors qu’il était dans un état de fatigue avancée. Il en a fait la première représentation à sa famille le lendemain après-midi.

Si on analyse donc les paroles de plus près, on a une progression d’idées qui va de l’insignifiant (le bâton, la pierre, , le crapaud, la boue, la coupure dans le pied) à l’intensité de la mort (la chute de la falaise, la fin du chemin, le bel horizon), jusqu’à arriver au point central des eaux de mars (marquant le début de l’automne dans l’hémisphère sud où se trouve le Brésil), promesse d’une nouvelle vie.

Le premier enregistrement date donc de mai 1972 et est intégré dans l’EP O Tom de Antonio Carlos Jobim e o Tal de João Bosco, puis un autre enregistrement de Jobim a été intégré dans Matita Perê. Mais la version qui a véritablement popularisé la chanson est celle en duo avec Elis Regina (1945-1982) sur l’album Elis & Tom (1974). Cette version est celle qui fait autorité sur toutes les autres.

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La popularité de la chanson a conduit, dès 1973, à en faire des versions internationales en diverses langues.

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Anglais – Waters Of March

Tom Jobim, dès l’enregistrement de Matita Perê, a réfléchi à une version anglaise qu’il n’a pas intégrée dans la version brésilienne de l’album, mais dans la version internationale qui a été renommée Jobim.

En 1975, sur son premier album solo Breakaway, Art Garfunkel (1941) intègre une reprise de cette version :

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Français – Les eaux de mars

Très influencé par le mouvement MPB – musique populaire brésilienne, l’album Déclaration (1973) de Georges Moustaki (1931-2013) contient notamment la première interprétation en langue française de la chanson. Moustaki se fit aider pour la traduction par Tom Jobim lui-même pour la traduction.

Je me souviens personnellement d’une reprise en 1995 de la chanteuse Atlantique Khanh – il me semblait que c’était Enzo Enzo au début. Elle est le pinacle de son 2e et dernier album connu en date.

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Italien – La piogga di marzo

Pour conclure ce petit tour du monde de la chanson, notons l’adaptation italienne de la chanteuse Mina Mazzini (1940) en 1973. D’une grande popularité en Italie et au-delà, parfois gentiment moquée, elle est au fait de sa carrière lorsqu’elle enregistre Frutta e verdura, son 24e album en 13 ans de carrière. Elle avait déjà fait un album d’adaptations de chansons brésiliennes en 1970, ce n’est donc pas une aberration dans sa carrière qui couvre des styles pléthoriques et qui va au-delà de sa retraite de la vie publique en 1978.

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Il y a une remarque à faire : personne ne dévie du style de la chanson de départ. Toute personne qui reprend la chanson le fait avec l’orchestration de départ, ce qui n’est pas courant dans le monde des reprises. Peut-être que la guitare de Tom Jobim, plus que la mélodie du chant, fait autorité.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Mais t’es où ? Pas là !

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Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, ça va faire deux mois que je n’ai pas écrit. Et deux mois sans écrire, ça fait beaucoup, au point que je poste du Vianney. Mais ce n’est pas parce que je déserte ce blog que je déserte la musique, bien au contraire. Mais durant les mois d’avril et de mai, ce qui a été important, ce n’est pas tant la musique que j’ai écoutée que la musique que j’ai faite. Mais je ne peux rien dire pour l’instant.

Durant ces deux mois, j’ai vécu un passage personnel compliqué en vérité. Avoir 35 ans, ce n’est pas rien, mais c’est d’autant plus impressionnant quand tu t’apprêtes à réaliser un projet de jeunesse, un projet qui mûrit depuis 16 ans. J’ai dans un premier temps refusé cet anniversaire et cette échéance. Et puis le temps avançant, les soutiens aidant, j’ai pris ce qui m’arrivait à bras-le-corps. Bref, ce qui va arriver m’a déjà révolutionnée et j’ai hâte que vous voyiez le résultat.

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Si je n’ai pas pu écrire pendant un bout de temps, c’est que j’ai appris la fin du site Ladies Room tel que je l’ai connu. J’avais commencé à écrire dessus le 16 avril 2008, soit il y a 10 ans. Et pendant ces 10 ans, j’ai parlé majoritairement de musique, mais ça m’a permis de me débloquer sur beaucoup de sujets. So long, Ladies, ça a été une superbe expérience avec vous toutes, mais comme dirait Jackie Quartz, la mort d’un amour donne naissance à un autre

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Pendant ces deux mois, j’ai aussi écouté de la musique. De la musique qui m’a évidemment nourrie pour le futur projet, mais aussi de la musique qui a nourri mes relations humaines. Voici un petit tour d’horizon.

Nécrologies

Jacques Higelin (6 octobre 1940-6 avril 2018)

Même si je suis plus partisane et plus connaisseuse du répertoire de son fils Arthur, j’ai vécu la mort de Jacques Higelin comme une petite déchirure. En effet, à l’instar de Claude Nougaro, ce n’est qu’au moment de son décès que j’ai vu toute la richesse du répertoire du monsieur. Sa poésie et son énergie auront marqué 50 ans de chanson française pas forcément grand public – et c’est bien dommage. Dès l’annonce de son décès, je me suis penchée sur cet acte d’amour entre le père et son fils avec Le destin du voyageur.

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Maurane (7 novembre 1960-7 mai 2018)

De son vrai nom Claudine Luypaerts, elle était une des seules chanteuses à voix qui ne me cassait pas les ovaires. Peut-être parce qu’elle inspirait réellement quelque chose de puissant dans son chant sans pour autant avoir une technique vocale de Castafiore, et je trouvais ça très rafraîchissant. Après avoir commencé à chanter dans la rue dès ses 15 ans, elle se fait repérer dans le spectacle Jacques Brel à mille temps en 1979, mais elle n’explose aux yeux du public quand elle succède à Fabienne Thibaud dans le rôle de Marie-Jeanne au sein de Starmania en 1988. Sa carrière se poursuit ainsi jusqu’en 2016, date à laquelle elle est opérée des cordes vocales. Elle tente un retour en mai 2018, juste avant sa mort d’une probable crise cardiaque, avec un projet de reprises de chansons de Jacques Brel.

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Petites vieilleries

Michael Jackson – Human Nature (1982)

Cette année, pas encore de revival italo malgré la météo moite de ce mois de mai (chaud + humide), on commence tout juste le revival Beatles avec un topic Sgt Pepper en attendant une éventuelle remasterisation du Blanc par Gil Martin (et un coffret contenant ENFIN les démos d’Esher nettoyées). Mais par contre, on est sur un revival assez puissant de Michael Jackson, surtout Thriller et Bad. Peut-être parce que tonton beau-frère commence à faire écouter ces deux albums aux petits neveux, peut-être parce qu’on est proche du 15 mai et que c’est une manière de me rappeler de me rappeler du paternel qui a laissé 4 ans la cassette de Bad dans l’autoradio, bref, Michael Jackson de cinglé et ça ne fait même pas 10 ans qu’il est mort. Je n’ai donc aucune raison légitime de me lancer dans un tel revival

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Catherine Lara – La rockeuse de diamant (1983)

Clairement, le projet que je développe est tout sauf rock, mais je me sens galvanisée par cette chanson au moment du développement. Et dire que tout ceci est parti d’une vanne dans mon orchestre concernant la plus jeune membre, née en 1990, et donc n’étant pas super au fait de la carrière de Catherine Lara (sachant que l’âge médian des membres dudit orchestre se rapproche dangereusement des 38 ans…).

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René Aubry – Tree Song (1983)

Le multi-instrumentiste vosgien s’est fait connaître par ses diverses collaborations avec la chorégraphe Carolyn Carlson, suite à leur rencontre en 1978. Tree Song est inclus dans le ballet Blue Lady, qui fait suite à la naissance de leur enfant. Carolyn Carlson a voulu ainsi représenter les quatre âges de la femme, entre l’enfance, la « fleur de l’âge » (d’où est tiré Tree Song), la décrépitude et la vieillesse. Je réfléchissais tout à l’heure à mon soudain revival Michael Jackson, mais en fait :

Je fais juste un revival de mes 20 ans (entre 3 et 25 ans) en tant que danseuse ^^. Car tant Michael Jackson que René Aubry, Dead Can Dance ou Armand Amar ont servi de bande-son à mes divers cours de danse.

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Ry Cooder – Paris Texas (1985)

Encore une fois, dans mon immense ignorance cinéphile, j’ai plus fantasmé le film de Wim Wenders par sa bande originale que je n’en ai apprécié la construction et l’image. Et, comme à chaque fois que j’adore la bande originale, je pense que je serai globalement déçue par le film. Mais c’est ainsi que j’ai découvert ce superbe joueur de slide qu’est Ry Cooder, bien que je connaisse davantage son travail avec le Buena Vista Social Club, puisque je m’y suis intéressée à l’époque.

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Alain Chamfort – La fièvre dans le sang (1986)

Dernière petite redécouverte fondante directement venue des années 1980, la surprise Alain Chamfort rythme mon printemps à la faveur de la sortie de son dernier album. Ayant quitté son costume de Claude François Leader Price auquel il était dévolu en début de carrière, et à la faveur d’un Serge Gainsbourg qui a bien boosté son positionnement, Alain Chamfort a su garder une image très élégante largement alimentée par ses compositions eighties minimalistes. C’est à ce titre que, comme un adolescent, je déraille à l’écoute de cette chanson.

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Les petites nouveautés

Ed Sheeran – Perfect

Ce n’est pas une nouveauté à proprement parler, mais JAMAIS je n’aurais pensé ces 15 dernières années que je m’énamouracherais à ce point d’un chanteur cheesy. Force est de constater que je suis à deux doigts de m’acheter Divide et que Perfect est devenu la chanson neuneu de l’amour de la saison. Je ne sais plus quoi faire pour trouver des chansons de la qualité de l’amour que je voue au Mari.

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Greta Van Fleet – Highway Tune

La première fois que j’ai écouté ce morceau à la radio, je me suis dit : Quel excellent morceau de Led Zeppelin ! Preuve de ce que j’avance : même Robert Plant a adoubé ce groupe formé par une fratrie de Detroit qui a dû être biberonnée au son très sale qui fait du bien. Bref, moi qui me dit régulièrement que le rock est mort, je suis satisfaite de le savoir enterré trop vite.

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Childish Gambino – This Is America

Ce morceau est clairement le hold-up du printemps 2018. Je ne suis pas clairement la carrière en tant qu’acteur de Donald Glover – aka Childish Gambino – à travers des séries comme Community et Girls ou des films comme Seul sur Mars ou Solo : A Star Wars Story, mais force est de constater que je me suis pris une sacrée claque avec ce morceau. Outre le clip qui fait beaucoup pour la popularité galopante du morceau, ça fait un bout de temps que je ne m’étais pas extasiée à ce point pour un morceau de rap.

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Cesàr Sampson – Nobody But You

Contrairement au public européen qui a voté en majorité pour Toy de Netta, représentant Israël au concours de l’Eurovision 2018, j’étais du même avis que le vote des jurys de professionnels. En effet, j’estimais que Cesàr Sampson, représentant de l’Autriche audit concours, méritait de gagner. En effet, outre des qualités graphiques indéniables, je ne pensais pas écouter une chanson aussi bonne à l’Eurovision, temple du kitsch et de la démesure. D’ailleurs, ce concours a été pour une fois très sobre, et on s’y est fait très chier pour le coup.

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Arctic Monkeys – Four Out Of Five

Que penser de Tranquility Base Hotel And Casino ? J’aurais aimé que cet album ne me laisse pas indifférente, même pour dire que c’est de la merde. Alors que clairement, ce n’est ni de la merde, ni l’album du siècle. C’est juste un bon disque d’ambiance que tu mets en arrière-plan pour une soirée estivale, mais qui n’ambiance pas assez pour faire de ta soirée une bonne soirée. Alex Turner cabotine comme jamais, mais derrière, la musique ne suit clairement pas. On regretterait presque Everything You’ve Come To Expect des Last Shadow Puppets, qui avait clairement une autre gueule en termes d’ambiance et qui était bien placé parmi mes albums de 2016.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Discographie sélective : 1988, année des voyages

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En 1988, j’avais 5 ans et je commençais à m’exprimer verbalement. C’est l’année où j’ai également commencé à pratiquer de manière régulière le chant et le piano. La musique a donc eu beaucoup d’importance à cette époque, que ce soit par le visionnage des clips sur M6, les samedis soirs après la messe à mater le Top 50 chez Mamie ou bien les cassettes que j’écoutais dans les diverses voitures. Bref, ma relation amoureuse avec la musique a réellement commencé en 1988.

1988, dans les esgourdes, ce sont les reliquats de 1987 (qui a donc été une année très riche), mais aussi beaucoup de disques de « voyages » qui ont été popularisés. Cette discographie sélective sera donc placée sous le signe du mouvement et des égarements de l’esprit.

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1 – Cheb Khaled & Safy Boutella – Kutché (non précisé)

 

Si l’album est enregistré en 1986, ce n’est qu’en 1988 qu’il sort à l’international. Il est le fruit la rencontre entre le déjà très connu Cheb Khaled et le jazzman Safy Boutella qui procède aux arrangements et produit avec le réalisateur Martin Meissonnier. Kutche devient avec le temps l’album de la mutation de la musique raï qui quitte la sphère oranaise, puis algérienne, pour conquérir le monde à force d’arrangements jazz et pop. Kutché a été nommé ainsi, car le mot arabe vient de l’espagnol coche (voiture) et désigne la carriole traditionnelle qui transporte les personnes.

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2 – Soldat Louis – Première bordée (non précisé)

Si Du rhum et des femmes est sorti dans le contexte du grand tube de Licence IV Viens boire un petit coup à la maison – et donc a été pris comme une vulgaire chanson à picole –, le reste du premier album du groupe morbihannais fondé par Serge Danet et Renaud Detressan aka Gary Wicknam (petit-fils du barde Théodore Botrel) donne le ton du groupe, à savoir reprendre les thématiques des traditionnels chants de marin. Le groupe, par des paroles extrêmement vulgaires, arrive quand même à vendre 750.000 exemplaires de ce premier album et à maintenir une carrière constante depuis 30 ans.

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3 – Tri Yann – Le Vaisseau de pierre (non précisé)

Sur fond d’instrumentations traditionnelles mêlées aux orchestrations pop telles qu’on puisse les connaître dans les années 1980, les trois Jean de Nantes et leur équipe ont décidé de conter une aventure fantastique sur tout un album. Cet album-concept est basé sur la bande dessinée éponyme sortie en 1976, scénarisée par Pierre Christian et dessinée par Enki Bilal.

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4 – Pixies – Surfer Rosa (mars)

Premier album du groupe américain mené par Franck Black, il contient le cultissime Where Is My Mind et a, lui aussi, servi d’inspiration à tout ce que la scène alternative des années 1990 a pu générer – au point que Kurt Cobain avait exigé le producteur Steve Albini pour produire In Utero (1993). Ce qui a inspiré ce beau petit monde, c’est un mélange entre mélodies très pop et sons saturés, tout en abordant des thématiques comme l’errance, la mutilation ou le voyeurisme. On est clairement sur de la très bonne ambiance.

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5 – Mylène Farmer – Ainsi sois-je (avril)

A ce jour, Ainsi sois-je…, deuxième album de la mystérieuse Canadienne, a été vendu à 1.8 million d’exemplaires. Si la plupart des chansons sont signées Farmer-Boutonnat, elle adapte aussi dans cet album un texte de Charles Baudelaire (L’Horloge) et le Déshabillez-moi de Juliette Gréco. Entre évocations érotiques qui ont fait beaucoup de mal à la perception du XVIIIe siècle français – et je ne lui dis pas merci – et expressions du désespoir jusqu’au suicide, cet album a su trouver un public à l’époque ado/adulescent dont la seule concurrence venait d’Indochine.

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6 – Etienne Daho – Pour nos vies martiennes (juin)

Surfant sur le succès de ses albums précédents La Notte La Notte (1984), Tombé pour la France (1985) et Pop Satori (1986), Etienne Daho réenregistre à Londres des titres entre la pop de ses débuts (Bleu comme toi) et des titres plus influencés par la noisy pop anglaise plus mélancoliques, tels que Des heures hindoues. Encore une fois, c’est un succès phénoménal qui lui permet de produire beaucoup d’albums d’artistes tels que Lio ou Daniel Darc dans les années qui suivront.

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7 – Patti Smith – Dream of Life (juin)

Après le succès qu’elle connaît entre 1974 et 1979 avec le Patti Smith Group, elle profite de son mariage avec Fred Sonic Smith en 1980 et de la naissance de ses deux enfants pour prendre une semi-retraite. Elle revient donc après la naissance de sa fille avec un album composé par son mari où ses textes reviennent avec d’autant plus de force. En témoigne l’hymne People Have The Power, repris en diverses occasions par Bruce Springsteen et U2. Malgré tout, Patti Smith n’a fourni de performance live de cet album qu’à partir de décembre 2006.

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8 – Kylie Minogue – Kylie (juillet)

Ayant déjà une longue carrière d’actrice derrière elle en Australie (elle commence en 1979 dans des soaps, mais resta longtemps dans l’ombre de sa petite sœur Dannii, chanteuse dans l’émission Young Talent Time), sa notoriété ayant décollé avec la série Neighbours qu’elle intègre en 1986, Kylie Minogue reprend The Loco-Motion pour un gala de football en 1987 et obtient un succès fou. Par la suite, elle monte à Londres pour rencontrer des producteurs qui lui écrivent I Should Be So Lucky, puis un album qui devint le plus vendu en Angleterre durant l’année 1988. Elle réussit par la même occasion à conquérir le monde entier, explosant des records de vente en Asie et s’intégrant dans le Billboard Hot 100.

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9 – Maxime Le Forestier – Né quelque part (octobre)

Après des débuts fulgurants en 1972 avec Mon Frère qui devint la bande-son de toute une génération et avoir poursuivi une carrière honorable durant toutes les années 1970, ses albums connurent un passage à vide durant une dizaine d’années. Durant ces années, non seulement il a sorti des albums (notamment Les Jours Meilleurs en 1983) et a écrit des chansons pour Julien Clerc, mais juste, il n’avait pas de succès. Ce n’est qu’en 1988 qu’il revient sur le devant de la scène, avec cet album moins ancré dans les sonorités 1980 qu’il avaient adoptées, mais qui retourne à des racines plus folk qui avaient fait sa marque de fabrique à ses débuts. Cet album est porté par les titres Né quelque part (1987) et la reprise du ségatier mauricien Claudio Veeraragoo Ambalaba, et s’est vendu aujourd’hui à 600.000 exemplaires (ce qui est réellement un marqueur du renouveau de la carrière de l’artiste).

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10 – Traveling Wilburys – Traveling Wilburys vol. 1 (octobre)

C’est l’histoire de deux (George Harrison et Bob Dylan), puis cinq copains (avec Roy Orbison, Jeff Lyne et Tom Petty) qui ont décidé de faire un single à l’arrache pour Harrison. Le single n’ayant pas été retenu par les producteurs, le single est devenu un album qui a été enregistré chez Dave Stewart. Sur le même principe que les Ramones, chacun s’est trouvé une nouvelle identité l’intégrant à la famille Wilbury. L’album est devenu un succès et en a appelé un autre, Traveling Wilburys vol. 3 (1990), qui eut moins de succès car Roy Orbison était décédé entre temps.

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A bientôt pour de nouvelles aventures.