Un automne 2016 – High School Musical

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Je ne sais si c’est la vieillesse, mon rythme de fonctionnaire – quand on dit que les fonctionnaires n’en rament pas une, laissez-moi rire – ou la lassitude de la vie, mais toujours est-il que depuis 11 ans que j’ai décidé d’écrire sur la musique, j’ai l’impression que les mots ne passent plus. Je me limite de plus en plus à l’essentiel, le partage de musique pure sans explication.

La musique me guide désormais à l’arrivée au travail le matin, où je partage sur mes réseaux sociaux #HighSchoolMusical avec mon humeur du moment. C’est ainsi que je me suis formée une cartographie de mon automne et de mes émotions dans l’établissement où je travaille désormais. Certes, je deviens un peu plus « feignasse », mais c’est compliqué de gérer des aspirations créatrices avec 40h/semaine* + 6h d’orchestre.

Même si je suis obligée de me justifier sur des projets qui traînent et mon manque d’articles depuis quelques années, il faut une sacrée énergie pour générer ce qui se passe dans ma tête. Et l’énergie, je ne l’ai pas ou plus en cette période de bonheur conjugal plein mais de questionnement personnel intense. Mais ma chanson du matin m’a mis beaucoup de baume au cœur dans les matins rudes.

Voici donc un petit aperçu de ce qui m’a fait plaisir cet automne dans les oreilles.

La petite découverte en dehors des clous : Trio Mandili, Apareka (2014)

 

J’ai découvert ce groupe de trois copines géorgiennes il y a quelques mois, lorsque leur « tube » Apareka a été remixé par deux métalleux. Je me suis dit à l’époque : Bordel de merde, qui sont ces trois Roumaines trop stylées ? Elles sont donc Géorgiennes – mea maxima culpa – et font actuellement une belle carrière en Europe de l’Est suite au buzz qu’elles ont suscité avec leurs vidéos Youtube. Leur premier album, With Love, est disponible depuis l’an dernier.

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Le petit rappel de mes années d’étudiante n°1 : Mes Souliers sont rouges, Quand plus rien ne va (2000)

Mes camarades normands étaient fous de ce groupe caenno-montréalais qui ont puisé entre 1991 et 2006 dans les répertoires québécois, cadiens, irlandais, cajuns et français pour se constituer un répertoire de concerts fait pour danser et partager. Sur la fin de leur première période d’existence, ils se lancèrent dans la variété. Ils ont repris leur activité en 2011 pour les dix ans d’une salle caennaise. J’ai été séduite par les arrangements vocaux très travaillés, mais aussi par l’énergie que ces messieurs dégagent sur scène.

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Le pétage de câble : Die Woodys, Fichtl’s Lied (1984)

Je ressentirai toujours de la joie et de la tendresse pour les bizarreries d’Outre-Rhin. D’autant plus que cette chanson est devenue notre berceuse weird pour amuser notre nièce nouvellement arrivée. J’avais découvert ces deux grands crétins grâce à Mathieu Sommet et depuis, cela me pourrissait la tête de manière insidieuse. Le projet #HighSchoolMusical m’a permis d’extérioriser et de faire partager ma détresse mentale en soirée. Je vous assure : j’ai fait danser en soirée sur ce son et les gens n’étaient même pas ivres morts.

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Le petit rappel de mes années d’étudiante n°2 : Bérurier Noir, Hélène et le sang (1985)

Comme je l’ai dit et souvent répété, Bérurier Noir fait partie de mon panthéon de mes années d’étudiante rennaise, que ce soit par les grèves contre la loi LMD en 2003, la reformation du groupe aux Transmusicales cette même année ou l’évocation des propres souvenirs étudiants de mon oncle avec Abracadaboum en bande-son. Cet automne 2016, j’ai choisi cette chanson revendicatrice en lien avec les problématiques des violences faites aux femmes. L’histoire racontée rejoint mon discours théoriques sur la question, à savoir Une main sur mon cul, ma main dans ta gueule.

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Le pincement au cœur : La Femme, La femme (2013)

Pourquoi un pincement au cœur ? Parce que j’ai acheté Mystère sur la seule promesse d’avoir des sensations aussi belles qu’avec Psycho Tropical Berlin. Et en fait, non. Je ne sais pas si c’est par l’attitude de poseur des membres du groupe ou vraiment parce que leur son ne me surprend plus, mais encore un achat de disque que j’ai regretté. Alors je préfère me souvenir de Psycho Tropical Berlin et du superbe coup de frais qu’il avait donné dans ma discographie.

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Mon tube du karaoké : Genesis, Land of Confusion (1986)

A la faveur de la construction d’une playlist alternative à celle que j’ai construite pour les 30 ans d’une copine, j’ai retrouvé ce son qui m’a bercée petite. Je me suis également rappelée du super clip faite avec les marionnettes de Spitting Image (les Guignols anglais). Cela me rappelle un débat sur l’essence de Genesis : à une personne qui se demandait si le Genesis de Phil Collins était encore du Genenis (le snobisme, le prog-rock, toussa), j’ai posé la question pour savoir si le Genesis de Peter Gabriel était déjà du Genesis.

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Ma pulse : N.E.R.D, She Wants To Move (2004)

A la faveur d’une redécouverte personnelle du répertoire groove de ces dix dernières années – A base de Nicki Minaj et d’Iggy Azalea –, je me suis rappelée à quel point j’avais kiffé N.E.R.D et surtout Pharrell Williams lorsque je les ai vus au Zénith en 2010. En effet, lorsqu’il se produisait avec Shae Haley et Chad Hugo, il n’avait pas l’attitude de poseur qu’on lui connaît actuellement et qui m’énerve. A l’époque, il puait le sexe au lieu de casser les c*uilles, et ça me manque tellement.

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Le tube de l’automne : Rag’n’Bone Man, Human (2016)

Encore un Anglais qui me porte dans les entrailles, story of my life. Rappeur depuis l’âge de 15 ans, il s’est expérimenté dans diverses formations de drum’n’bass avant de faire ses preuves en solo dès 2011. Après 2 EP essentiellement sortis en Grande-Bretagne, son premier album Human est annoncé en février 2017. J’ai adoré ce son organique à souhait et cette voix entre les graves plus travaillés et aigus les plus spontanés, comme un cri.

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Le commentaire d’actualité : Green Day, American Idiot (2004)

En même temps, vu comment se sont passées les primaires de la droite et du centre, j’aurais mieux faire de m’abstenir de commenter ainsi l’élection à la tête des Etats-Unis d’un type qui n’aime pas les pauvres, les Noirs, les femmes et les Mexicains.

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L’ultime retour vers le passé : E-Type, Set The World On Fire (1994)

J’aurais beau faire toutes les psychanalyses du monde et vouloir me détacher de mon moi d’entre 10 et 17 ans, j’aurais beau me brouiller avec ma sœur, jamais je n’en aurai fini avec ce que nous avons vécu musicalement dans notre adolescence. Ca m’a nourrie, ça m’a construite et ça continuera longtemps à me faire avancer. En ce qui concerne E-Type, comme pour toute chose – et il y en a eu, des choses – pour laquelle ma sœur s’est enthousiasmée, j’ai écouté ça en boucle pendant des mois et je semblais ne jamais en être repue. L’adolescence, quoi.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

Le chant de l’adieu

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Quand la vie en donne le loisir, il peut être possible de s’interroger sur la trace que l’on laissera sur la terre après notre passage. De quoi va-t-on se souvenir lorsqu’on se souviendra de nous ? Qu’est-ce qu’on a transmis à nos semblables ? Ce questionnement en arrive à devenir obsessionnel pour certains humains, notamment les artistes, pour qui la postérité après la mort devient gage de culte.

En ce 3 novembre 2016, lendemain du jour des Morts dans la liturgie catholique, j’ai voulu m’intéresser à ce que j’appelle des testaments musicaux. Certains artistes, conscients de la finalité de leur séjour sur la terre, ont ainsi décidé de laisser un dernier message à leurs contemporains qui les pleureront ou les descendants qui les découvriront. Quelquefois, cela tourne en eau de boudin, mais il est certaines fois où l’artiste ouvre son âme pour partager avec le monde entier plus que des pépettes avec sa filiation. Voici quelques exemples que je vais développer ici.

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Wolfgang Amadeus Mozart, Requiem – KV626 (1791)

Le brave compositeur autrichien étant mort durant sa composition, sa veuve fit appeler plusieurs de ses élèves pour honorer la commande et voir un peu de pognon entrer dans le giron (parce que bon, c’était clairement pas la fête du slip financière chez les Mozart). Si on sait 225 ans après le trépas qu’il n’y avait de la main du maître que des versions partielles du début de la messe – les chœurs, le plus souvent –, et qu’il composait en parallèle La Flûte enchantée et La Clémence de Titus, force est de constater que c’est le Requiem qui marque pour l’opinion le point final d’une carrière au spectre très large. Si bien que la découverte du Requiem en lui-même a été accompagnée de légendes autour de sa composition et de la mort de Mozart. Outre le bordel qu’ont été sa finalisation, sa présentation publique et son édition au début du XIXe siècle, sur fond de procès et d’arrangements à l’amiable, sa composition chaotique n’a cessé d’alimenter les racontars les plus dingues – de la même veine que ceux qu’on raconte sur Elvis à l’heure actuelle. Bref, en guise d’adieu, Mozart, secondé majoritairement par son élève Sussmayr, a frappé de la plus belle des manières.

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Michel Berger, Le Paradis blanc (1990)

Michel Berger fait partie de ces cas particuliers (comme Daniel Balavoine) où leur dernier succès de leur vivant a a posteriori valeur de testament, alors qu’ils ne pensaient même pas mourir forcément au moment de l’enregistrement de cette chanson. Dans le cas de Michel Berger, Le Paradis blanc est d’autant plus empreinte de paranormal, de surnaturel, d’avertissement connu des seuls initiés que son premier album éponyme où il chante, son deuxième album studio, se fait aussi appeler Cœur brisé (1973). Je sais bien que c’est en rapport avec sa rupture avec Véronique Samson, mais de là à voir un signe de la manière dont il allait mourir (en l’occurrence, d’une crise cardiaque en 1992, quelques mois après avoir sorti un album en duo avec France Gall)…

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Queen, The Show Must Go On (1991)

Dernière chanson diffusée du vivant de Freddy Mercury, elle est également la dernière piste d’Innuendo (1990) et conçue pour être le dernier cri d’amour du chanteur à son public. Sortie en single le 14 octobre 1991, soit quelques semaines avant le décès du chanteur, le groupe a décidé de mettre en face B… le premier single du groupe, soit Keep Yourself Alive (1973). Ironique jusqu’à la fin ou exhortation pour les fans à la bienveillance envers soi-même, la boucle du groupe était ainsi bouclée. Parmi les nombreuses anecdotes qui entourent cette chanson, vient celle de son enregistrement. Elle peut paraître comme légendaire avec le recul, mais elle témoigne de toute la dimension épique de la chanson. Lorsque Brian May, voyant Freddie Mercury si faible, pense qu’il ne va pas pouvoir enregistrer le morceau, Mercury prend un shot de vodka, annonce I’ll fucking do it, darling et l’enregistre d’une traite. Que voulez-vous que je vous dise…

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Nirvana, All Apologies (1993)

Mieux qu’une vulgaire lettre de suicide, Kurt Cobain a décidé de mettre fin à sa vie phonographique en présentant ses excuses en chanson. C’est ainsi que se conclut In Utero (1993) – si on ne compte pas le hidden track évidemment, vos gueules, les rageux –, mais aussi le mythique MTV Unplugged enregistré la même année. On peut voir cette chanson comme une manière de se dédouaner du fait qu’il ne puisse pas supporter la pression que procure la célébrité, mais plus globalement, il s’excuse presque de vivre, d’exister, de compter aux yeux des gens. Que de souffrance sublimée par la simplicité et la violence de l’arrangement studio. En effet, la version unplugged que je privilégie aujourd’hui en termes d’écoute est dépouillée de toute la rage pour livrer la substance dramatique du propos.

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Johnny Cash, Hurt (2002)

Même si ce n’est pas la dernière chanson qu’il ait enregistrée, ni même écrite – puisque l’originale de Nine Inch Nails date de 1994 et n’a pas du tout la même signification que lui donnera le Man in Black 8 ans plus tard –, Johnny Cash a décidé de se l’approprier pour raconter son déclin et sa décrépitude physique. On a l’impression en écoutant cette version d’entendre un mourant livrer ses dernières volontés, et quand le mourant est une légende comme Johnny Cash, on se dit que la vie lui a donné la chance inouïe de ne pas avoir eu une destinée tragique à l’instar de beaucoup de ses confrères et de lui avoir laissé assez de temps pour deviser sur le temps qui passe. Bref, Hurt m’émeut parce que je me sens comme le veilleur du mourant qui a compris la vérité du cœur de la personne qu’il accompagne.

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Alain Bashung, Il voyage en solitaire (2009)

Encore un artiste qui a choisi de dire adieu autrement qu’avec ses propres mots, puisqu’Alain Bashung a choisi ceux de son ami Gérard Manset. Comme je l’ai déjà dit précédemment, j’adore la version de Manset, qui était pleine d’une simplicité et d’une dimension onirique. Bashung a choisi d’interpréter ainsi la divagation du mourant, dans cet entre-deux flottant où il n’appartient déjà plus à la terre et pas encore au ciel. Cet entre-deux où l’artiste se trouvait peut-être lorsqu’il enregistra cette chanson, lorsqu’il reçut les derniers honneurs quelques temps avant son décès, lorsqu’il décida d’aller au-delà de sa souffrance et de faire ce magnifique bilan de sa vie qu’est Bleu Pétrole.

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David Bowie, Lazarus (2016)

Sortir un album des plus remarquables et décéder 3 jours après, une démarche inverse de la résurrection du Christ. Mais David Bowie, en bon artiste caméléon, a su mettre en scène jusqu’à sa propre mort et je trouve ça absolument incroyable. Tel un Molière qui décida d’interpréter Le Malade Imaginaire au point de mourir en coulisses suite à une représentation, David Bowie avait décidé que l’agonie n’allait pas arrêter sa quête d’expression de sa personnalité. Ne jamais se contredire, même face à la mort, telle est la gageure de l’artiste, et plus globalement de l’humain.

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Mourir est le lot de chacun, mais savoir mourir avec panache est tout un art. Et en ce lendemain du jour des Morts, il me semblait important de rappeler ces artistes qui ont su assez anticiper leur départ pour nous livrer les plus beaux messages.

Johnny Cash, Man in black

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70377395Je vous avoue, je suis gagnée par des sentiments contradictoires quant à la nomination de Bob Dylan comme lauréat pour le prix Nobel de littérature 2016. D’une part, je suis ravie qu’on puisse reconnaître la dimension poétique d’une chanson, et en termes de qualité d’écriture poétique, Robert Zimmermann se pose là. Mais d’autre part, si on en vient à nommer un parolier au prix Nobel de littérature – face à des mastodontes éditoriaux tels que Philip Roth et Haruki Murakami –, ça me fait comme un poing dans le fondement quand je pense à la situation éditoriale mondiale.

Tout cela pour dire que si Bob Dylan, selon l’académie des Nobel, a été récompensé pour son apport à l’histoire des Etats-Unis du XXe siècle, il en est un autre dans ce cas qui aurait pu mériter avant son décès les mêmes honneurs : Johnny Cash, l’homme en noir qui a traversé la deuxième moitié du siècle une guitare à sa main. L’enfant d’immigrés écossais commença sa carrière comme ouvrier de champs de coton à 5 ans durant la grande Dépression, fit son service militaire en Allemagne au début des années 1950, eut de gros problèmes d’addictions dans les années 1960 et les années 1980 avant de trouver l’équilibre sur la deuxième partie de sa vie avec son âme sœur et parolière June Carter.

Johnny Cash, c’était une voix de stentor unique qui l’a poursuivie tout sa vie. En dépit des problèmes de drogue, en dépit de la vieillesse, sa voix – contrairement à celle de Bob Dylan que les excès et la vieillesse ont salement ravagée au point d’être inaudible – a gagné en maturité comme pour chanter tous les âges de la vie d’homme. Cette voix si forte, il s’en est servie pour chanter son Amérique profonde, ses problèmes personnels, son amour pour les femmes de sa vie, mais surtout le sort des Amérindiens et des prisonniers. C’est ainsi que l’on retrouve tout au long de sa carrière pas mal d’enregistrements de ses concerts auprès des prisonniers comme les mythiques At Folsom Prison (1968) et At San Quentin (1969). Il est allé jusqu’en Suède où il s’est adressé aux prisonniers dans leur langue.

Si les années 1980 furent moins bénéfiques sur le plan discographique, il revint en force en 1992 avec la série American Recordings en collaboration avec le producteur Rick Rufin, soit une série de six albums d’inédits mêlés à des reprises des succès contemporains américains dont la sortie s’échelonnera entre 1992 et 2010, soit sept ans après sa mort. Sa neuropathie marqua un cran d’arrêt à sa carrière en 1996, mais il continua à chanter jusqu’à deux mois avant sa mort, en septembre 2003, suivant de peu sa compagne de toujours.

On ne peut pas parler de Johnny Cash sans parler de June Carter. Parolière, collaboratrice, elle fut celle qui lui a permis de reprendre le contrôle de sa vie à la fin des années 1960. S’ils ont commencé à collaborer en 1957, alors qu’elle faisait partie avec ses sœurs de la Carter Family qui assurait les chœurs du chanteur, bien que leur relation prit de suite une tournure amoureuse, ils étaient tous deux mariés et à la tête d’une famille chacun de son côté. Durant dix ans, donc, ils ont nourri une relation ambigüe qui leur a permis une féconde collaboration. En 1968, chacun étant libéré de ses engagements, ils se sont mariés et eurent un enfant en 1970. Ils semblent avoir paisiblement vécu leur couple jusqu’à leur mort.

Contrairement à la plupart des membres de l’establishment de la musique country à Nashville, Johnny Cash n’a jamais caché ses sympathies démocrates, étant ami avec Jimmy Carter et refusant à Richard Nixon de chanter des chansons raillant les opposants à la guerre du Vietnam lors de son investiture. Tout cela en étant très marqué par une foi sans faille, alimentée par son background familial et son sevrage. C’est ainsi qu’il a financé dans les années 1970 des films chrétiens et qu’il participe aux manifestations du pasteur Billy Graham.

Parallèlement à sa carrière de chanteur, sa gueule de loubard et d’amérindien (alors qu’il est d’origine purement écossaise) en a fait un des chouchous des productions cinématographiques et surtout télévisées. C’est ainsi que, dans les années 1970, il présenta différentes émissions sur les chaines ABC et CBS, invitant des amis, des paroliers country prometteurs, mais aussi des grosses pointures comme Neil Young, Derek and the Dominoes et Bob Dylan. Il se produit également dans des séries comme La petite maison dans la prairie, Colombo, Nord et Sud, Dr Quinn, femme médecin et les Simpson.

Voici donc un petit digest des plus grands tubes du bonhomme.

1 – Hey Porter (1955)

Son premier titre a été enregistré à 23 ans, lorsqu’il travaille comme vendeur pour payer ses études de speaker. Il enregistre ce titre suite à un refus de la maison de disques Sun, lorsqu’il a proposé du gospel avec son groupe. Lorsqu’il est revenu avec ses propres compositions, Sun a été plus enclin à le laisser enregistrer.

2 – Folsom Prison Blues (1956)

Son deuxième single devient immédiatement un vrai carton, se plaçant à la 5e place des meilleures ventes aux Etats-Unis. Cette chanson lui a été inspirée par la vision, lors de son service militaire en 1951, du film Inside The Walls of Folsom Prison. Il a raconté avoir pris son stylo et imaginé « la plus mauvaise raison qu’une personne pourrait avoir pour en tuer une autre. »

3 – I Walk The Line (1956)

Premier single à se hisser à la première place des ventes, cette chanson marque également la rupture entre Johnny Cash et sa première maison de disques, qui préfère se concentrer sur la carrière de Jerry Lee Lewis, qui semblait plus prometteur. C’est également avec ce single qu’il décide d’enregistrer son premier album, allant à rebours de l’industrie du disque qui privilégiait les formats deux titres.

5 – Bonanza (1962)

Cette série western qui dura de 1959 à 1973 eut plusieurs interprétations de son thème composé par Jay Livingston et Ray Evans. En accord avec les compositeurs, Johnny Cash décida de réécrire les paroles pour en faire sa propre interprétation, bien moins punchy que l’originale, mais toujours dans le ton de la série.

6 – Ring of Fire (1963)

Chanson qui marque la qualité de sa collaboration avec June Carter, elle est également le plus grand tube de l’artiste, au point d’être devenu presque emblématique de sa carrière. Malgré le ton enjoué donné par les cuivres mariachis, cette chanson parle frontalement de ses problèmes d’addiction qui le touchent alors.

7 – If I Wash A Carpenter (feat. June Carter-Cash, 1970)

J’ai découvert cette chanson de Tim Hardin par la version de notre Johnny national. Pour mémoire :

Mais la particularité de la version de Johnny Cash est qu’elle est la seule enregistrée en duo, en l’occurrence avec son épouse. Cela donne un nouveau relief à la chanson, où l’on n’écoute pas que le questionnement de l’homme face à la force de son amour, mais également la réponse de sa bien-aimée qui le réconforte. Et je trouve ça joli.

8 – City of New Orleans (1973)

Johnny Cash a popularisé avec son épouse cette chanson composée en 1971 par Steeve Goodman qui devint très vite un standard de la musique country et americana. Si je bugge sur cette chanson, c’est que la version française enregistrée la même me poursuivra tout ma vie…

9 – Joy To The World (1980)

Comme n’importe quelle star américaine bon teint, et en accord avec ses fortes convictions religieuses, Johnny Cash s’est essayé par sept fois – dont trois à titre posthume – à l’exercice des disques de chants de Noël durant sa carrière. Certains, comme ici, ont été enregistrés avec des orchestrations très « classiques », d’autre, comme Johnny Cash Country Christmas (1991), rajoutent dans le côté country jusqu’à en devenir d’autant plus kitsch.

10 – Hurt (2002)

Cette reprise de Nine Inch Nails (1994) sonne comme le plus beau des chants du cygne pour le chanteur qui se sait condamné par la maladie et pour son épouse qui se tient à ses côtés, bienveillante mais affaiblie. Même si ce n’est pas lui qui l’a écrit, je trouve que cette interprétation a la même dimension émotionnelle que le dernier morceau du dernier album de Bashung…

Bref, Johnny Cash a su sublimer la country et en faire ressortir à la fois ses racines les plus malsaines et ses atours les plus nobles. C’est grâce à ce genre d’artistes que la musique populaire américaine réussit à ne jamais être caricaturale. Puisse son héritage encore porter de nombreux fruits.

Une rentrée 2016

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La rentrée des classes est déjà bien entamée du point de vue de mon boulot blandinien – qui contient la définition même de rentrée des classes, mais d’un point de vue gestionnaire. Il est donc temps de faire un petit bilan de cet été et de ce début de septembre qui a enfin cessé d’être caniculaire, pour mon plus grand bonheur.

Mon été a été ponctué par pas mal de musique, et ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai pris le temps de me détendre, de rencontrer, d’écouter, bref, d’être moi-même. En effet, entre un été 2013 ponctuée par de grosses interrogations, un été 2014 marquée par le deuil et un été 2015 trop speed pour en profiter, je n’étais plus habituée à profiter de cette coupure sous le soleil chaud. Même en 2015, j’ai eu ma période de fête… en octobre, lors de mon voyage de noces. 2016 a également marqué mon retour à la plage, ce qui n’est pas rien quand on sait mon obsession pour l’eau.

Qu’ai-je donc écouté cet été et cette rentrée 2016 ?

The Limiñanas, El Beach

25 ans après son décès, force est de constater que Serge Gainsbourg n’est pas enterré pour tout le monde. Je dirais même que c’est un croisement habile du poète à la tête de chou avec une personnalité comme celle de Daniel Darc période Taxi Girl. Bref, un son on ne peut plus français dans ce que mon brave pays sait faire de plus chic et de plus exportable dans les pays anglo-saxons. En effet, la notoriété de ce groupe perpignanais s’est forgée outre-Atlantique avant de devenir cet été enfin prophète en son pays.

Nada Surf, Out of the Dark

Je suis tombée en pâmoison pour ce son pour deux raisons précises. La première, le Mari la décrit très bien : Ce son serait sorti il y a 20 ans, ça ne m’aurait pas choqué. Nada Surf semble sur ce point ne jamais être sorti des années 1990 qui furent si bénéfique au groupe, au point de lorgner du côté du jingle jangle si cher à R.E.M. La seconde est que le contenu de la chanson m’a aidée à relativiser l’angoisse que provoquait le changement professionnel qui se profilait à la fin de l’été. J’ai récité cette chanson comme un mantra pour ne pas devenir folle.

Sunset Sons, Remember

Une des chansons qui a tourné en rotation lourde sur ma radio préféré. Si bien que lorsque j’ai rendu visite au mois d’août aux studios et que je me suis extasiée sur cette chanson au contenu si cathartique et lapidaire, les personnes qui m’accompagnaient m’ont balancé : Bordel, ça fait combien de temps que tu n’écoutes plus la radio ? Bah déjà, je ne capte pas cette radio dans mes lieux de villégiature, par conséquent, je ne subis la rotation lourde que de Nostalgie. Et croyez-moi, entre Sunset Sons et Joe Dassin…

The Strumbellas, Spirits

L’autre chanson en rotation lourde, mais beaucoup plus agressive à mes oreilles, vient d’une bande de sales hipsters du Canada. Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête des programmateurs et autres marketeux de la musique quand ils veulent faire passer de la musique folk au public français. Genre, les folkeux sont tellement censés ressembler à ce point à la faune du XIXe arrondissement ? Je me considère comme une vraie folkeuse, et pourtant, je n’ai rien à voir avec ces gens… Donc arrêtez de marketer des groupes comme The Strumbellas, vraiment, la musique folk ne mérite pas ça.

Red Hot Chili Peppers, Dark Necessities

Je fais partie des vieux cons qui ont connu le groupe californien avec Blood Sex Sugar Magic (1992) qui est arrivé en même temps en France que One Hot Minute (1995). Je considère qu’ils ont commencé à me gonfler au début de la période Frusciante – donc avec Californication (1999). Et que vois-je en 2016 ? Qu’ils sont tellement vieux qu’ils ont besoin d’ajouter des claviers pour se donner une contenance – ce qui ne serait jamais arrivé du temps de Dave Navarro, et de manière beaucoup plus discrète du temps de John Frusciante (si je crois que je ne vous ai pas grillés sur Stadium Arcadium). Sincèrement, les mecs, vous avez assez de pognon pour passer le reste de votre vie à faire du surf. Cordialement, bisous.

Nathaniel Rateliff & The Night Sweats, I Need Never Get Old

Je m’étais déjà fortement enthousiasmée l’année dernière sur la puissance de la musique du type, qui est une très bonne réinterprétation contemporaine de l’esprit de Creedence Clearwater Revival, à savoir un son entre le blues surburné et la soul blanche. Le voilà de retour avec un nouveau single qui, une fois de plus, échoue à me décevoir. Si je dois deux gros coups de cœur dernièrement en termes de musique afro-américaine grâce à Oüi, ce serait Nathaniel Rateliff et Charles Bradley. Il faut vraiment que je me démerde pour que l’album soit le nouvel achat du foyer.

The Stone Roses, All For One

La grosse barre de rire du Mari depuis la découverte du titre au mois de mai. Je pense que son ressenti est éloquent : En 1994, on disait qu’Oasis pompait les Stone Roses. En 2016, c’est l’inverse. Je me dis : « Tout ça pour ça. » Limite, je n’ai presque pas envie d’une reformation des Smiths ou d’un nouvel album de Lee Mavers. Comme quoi, un groupe, c’est comme une histoire d’amour : une fois que c’est séparé, la reformation a comme un goût de merde.

Richard Ashcroft, Hold On

Richard Ashcroft est comme un amour de lycée : il n’a pas inventé l’eau chaude en termes de musique, mais il lui reste assez de charisme pour encore tendre l’oreille dès qu’il daigne se manifester. Son Hold On est certes un peu moins élégant et plus poussif que ce que j’ai l’habitude d’écouter de lui, mais surpasse encore beaucoup de groupes en quête de notoriété pure – Coldplay et Muse, pour ne citer qu’eux.

Royal Republic, Baby

Parfois, je demande juste au rock d’être ultra-bourrin et de ne pas me laisser le temps de réfléchir à ma réaction lorsque je suis exposée à ses sonorités. Ce titre de Royal Republic, découvert au détour d’une soirée posay à la maison, correspond exactement à cette expectative. Il n’y a aucune revendication, les paroles sont débiles à souhait, la mélodie n’est pas élaborée, mais c’est ce qui me fait vibrer.

Two Door Cinema Club, Are We Ready? (Wreck)

Dernier tube de l’été en puissance que je vais présenter ici, le retour d’un groupe qui m’a valu un bon syndrome de Stockholm à une certaine époque de ma vie. Maintenant que cet épisode est passé, j’ai vécu leur retour comme un léger amusement. Si le titre est effectivement pop et sucré à souhait, il est justement trop léger pour que m’enthousiasme complètement. Comme tout bon tube de l’été, donc, j’apprécie sur le moment, mais je vais sûrement oublier le titre une fois l’hiver venu.

Voici mon petit bilan pour la rentrée 2016. A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

We miss you so, Farrokh

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Ce lundi 5 septembre 2016, Farrokh Bolsara, alias Freddie Mercury, aurait eu 70 ans. Pour moi, il représente l’un des plus grands génies créatifs de ce XXe siècle. Je placerais même Queen dans la mon panthéon de la pop culture au-dessus de tout, au-dessus de Michael Jackson, d’Eric Clapton, de n’importe quel obsession du moment ou de toute une vie. Si je devais resituer ce que je ressens pour Queen dans le monde réel de la vérité véritable, c’est ce que je ressentirais pour ma mère : de l’amour inconditionnel mâtinée de respect ultime.

Dire que je suis fan de Queen est un euphémisme. Comme à mon accoutumée, je peux être péremptoire quand on dit du mal de ce que j’idolâtre.

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Certes, ça peut paraître assez violent comme ça, mais je vous assure qu’il ne faut pas critiquer Queen lorsque je suis dans les parages. Pour moi, ce groupe et notamment son leader est plus qu’un groupe : c’est une véritable ode à la fantaisie, sous toutes ses formes. Et bien que Brian May la joue guitar hero dans la plus grande tradition des années 1970, bien que le très pudique John Deacon ait mis toute l’âme du funk dans sa basse, bien que Roger Taylor ait puisé dans toutes les techniques rythmiques pour soutenir tout le bordel, la sommes d’eux trois n’a jamais fait pâlir ce monstre de charisme et d’exubérance qu’était Freddie Mercury.

Car à l’instar de David Bowie, Freddie Mercury était. Une voix sublime, en tout premier lieu, qui pouvait tout chanter, du heavy metal au chant lyrique. C’est pour exploiter ce répertoire vocal aussi riche qu’il a fallu que Queen se réinvente dans tous les styles. Ca passe comme ça casse, mais au moins, tout le monde aime au moins une chanson de Queen. Le Mari est très friand du répertoire 1970 et d’Innuendo, par exemple. Moi je trouve qu’il n’y a rien à jeter, même les trucs les plus kitsch.

Mais surtout, Freddie Mercury était une idole et a vécu comme tel. Constamment paré de mille feux, il était lumière au milieu de la nuit et espoir au milieu des questionnements sociétaux les plus lourds. Les idoles, on les brûle comme on les vénère, et il a pris le risque de ne plus exister en tant que Farrokh Bulsara pour offrir sa majesté au monde. Je suis peut-être excessive, mais que pouvait-il faire d’autre avec autant de charisme ?

Je sais que cela m’est difficile, mais rendons hommage à Freddy Mercury à travers ses albums avec Queen. Je précise « ses albums avec Queen » parce que j’ai du mal avec ses productions solo que je trouve certes sympa, mais pas à la hauteur de ce qu’il a pu parfois faire au sein du groupe. Prenons par exemple une chanson telle que Love Kills, produite en premier lieu par Giorgio Moroder en 1984 :

Ce que l’on voit : une chanson très datée dans la production – on est bien dans les années 1980, on retrouve bien le maître du beat aux manettes – et qui a servi pour la colorisation du Metropolis de Fritz Lang (1927). Résultat : un Razzie pour la pire BO (c’est largement mérité). C’est d’autant plus injuste que reproduite par Brian May et Roger Taylor 30 ans plus tard, la chanson est beaucoup plus écoutable on va dire.

Le Mari propose de faire le même comparatif avec Living On My Own avec l’originale de 1984 (qui est pourrie) et celle que nous avons tous connue et qui date de 1993 (qui est dantesque et qui a rythmé toutes les boums de l’époque). Là, on ne peut pas accuser Moroder, c’est carrément les années 1980 qu’il faut vouer aux gémonies.

Allez, c’est parti !

1 – In the Laps of the Gods (Sheer Heart Attack, 1974)

L’une des chansons préférées du Mari, grand fan du Queen des tous débuts – ses albums préférés sont Queen II (1974), Sheer Heart Attack… et Innuendo (1991). On retrouve déjà sa propension au lyrisme dans une période très orientée rock et métal.

2 – Bohemian Rhapsody (A Night At The Opera, 1975)

Si je devais expliquer la quintessence de Queen en une seule chanson, ce serait avec celle-ci. En six minutes, Freddie Mercury fait mieux qu’un entretien d’embauche au top : il résume toute la carrière du groupe. Du rock qui lorgne vers le métal, de la pop très vaporeuse, de l’opéra. Bref, 6 minutes de pure perfection que ni Panic At The Disco, ni the Braids – qui en ont fait une pathétique version R’n’B dans les années 1990 (https://www.youtube.com/watch?v=d9DJkopkDOg) – et encore moins Kanye West à Glastonbury n’arrive ne serait-ce qu’à effleurer.

3 – Somebody To Love (A Day at the Races, 1976)

J’avoue tout de go : c’est ma chanson préférée du groupe, même si je me suis expliquée avec le Mari sur le sujet car il a beaucoup de mal avec cette chanson. Ma passion pour la chanson vient du fait que j’ai connu le répertoire de Queen avec la diffusion du concert organisé à Wembley en 1992, quelques mois après le décès de Freddie Mercury. C’est alors George Michael qui l’interprète et – truc de fou – il l’interprète avec encore plus de conviction que la version originale. Une rumeur le disait nouveau leader de Queen et je pense que ça a été une immense occasion ratée au regard de son interprétation de Somebody To Love.

4 – We Are The Champions (News Of The World, 1977)

La chanson-valise qui me fait chialer, que ce soit de bonheur ou de désespoir, à chaque échéance sportive d’importance ou à chaque accomplissement de ma vie. Mais News Of The World, outre le fait qu’il soit considéré comme le dernier album de l’ère « classique » de Queen, contient un autre titre calibré pour les stades bondés qu’est We Will Rock You.

5 – Don’t Stop Me Now (Jazz, 1978)

Attention, c’est la dernière fois qu’on voit Freddie Mercury sans son emblématique moustache avant Innuendo (1991). Mais surtout, Jazz est un album bourré ras-la-gueule de titres emblématiques du groupe tels que Fat Bottomed Girls, Mustapha, Bicycle Race ou encore Don’t Stop Me Now qui a été reprise récemment par Micky Green qui aurait mieux fait de fermer sa bouche au lieu de nous pondre une version aussi molle pour un site de fringues. Oui, on ne reprend pas Queen impunément.

6 – Another One Bites The Dust (The Game, 1980)

Attention, on entre dans les années 1980, donc changement radical de style. Cela se traduit donc par le fameux look moustache et marcel chez Mercury, mais aussi par un éloignement de la tonalité métal des débuts pour adopter des sonorités plus dansantes, que ce soit la pop ou le funk ici exploité. C’est au très discret John Deacon, bassiste du groupe, qu’on doit le riff emblématique et la composition du morceau. Preuve que personne n’était à jeter dans le groupe.

7 – Flash’s Theme (Flash Gordon, 1980)

Le groupe a profité de son identité très épique pour composer des musiques de films. Si le public a préféré Highlander (Russell Mulcahy, 1986) tant pour la B.O. que pour le film, Flash Gordon (Mike Hodges, 1980) n’a carrément été porté que par l’efficacité de ce Flash ! Aaaaaaaaaaaaah ! Saviour of the universe ! Si le film est un navet sans précédent, voir un nanar malgré tout navrant, le thème, quant à lui est resté dans les consciences.

8 – Under Pressure (Hot Space, 1982)

Le Mari conspue ce choix de chanson : Ouais, ce n’est pas représentatif de l’album, ça a rajouté son dernier moment ! Certes, mais en l’occurrence, à l’instar d’Another One Bites The Dust, cette chanson est mythique grâce à sa ligne de basse. David Bowie en attribue la paternité à John Deacon, qui renvoie l’ascenseur. Quoi qu’il en soit, ce duo de monstres sacrés a tellement marqué son époque qu’il a été samplé (Ice Ice Baby !)

9 – Radio Gaga (The Works, 1984)

Même si le single I Want To Break Free a dominé l’album, cette chanson composée par le batteur Roger Taylor inspiré par son fils de 3 ans tient la dragée haute. Le fait d’un clip inspiré par Metropolis qui a nécessité des centaines de figurants et qui montre un groupe au sommet de sa gloire.

10 – Who Wants To Live Forever (A Kind Of Magic, 1986)

Queen, échaudé par l’expérience de Flash Gordon – du caviar aux cochons – a décidé de ne pas faire qu’une bande originale unique pour Highlander. C’est pour cette raison que le groupe a décidé de prendre les morceaux les plus tubesques du film et de les mêler à d’autres morceaux. Résultat : Highlander est un succès relatif qui n’est pas dû qu’à l’art de Queen est c’est tant mieux. Who Wants To Live Forever me touche d’autant plus que Freddie Mercury, sachant peut-être déjà à l’époque qu’il est atteint du mal qui le tuera et sachant la dimension qu’il a prise auprès du public, semble poser un questionnement sur son statut d’icône.

11 – The Miracle (The Miracle, 1989)

Outre le clip très mignon – joué par 4 enfants dont l’acteur britannique Ross McCall dans le rôle de Mercury –, cette chanson résonne en moi comme l’une des chansons que je dédie quand quelqu’un est au fond du trou. Parce que je pense que vivre est en soi un miracle, et c’est sûrement ce que se disait Freddie Mercury de plus en plus malade. A l’époque déjà, il portait la barbe pour éviter de faire voir à quel point il avait maigri. C’est pour cette raison qu’il ne faisait plus de concerts ou d’apparitions en public.

12 – The Show Must Go On (Innuendo, 1991)

Comme toute légende a son chant du cygne, il fallait un titre au niveau de The Show Must Go On pour dire adieu de la manière la plus flamboyante qui soit. Et, à l’instar d’Il voyage en solitaire du Bleu Pétrole d’Alain Bashung et le All Apologies de l’In Utero de Nirvana, le dernier morceau du dernier album du vivant de Freddie Mercury ne laisse aucun doute sur le message qu’il veut laisser à ses fans. Même dans la mort, il veut laisser l’image d’un excentrique et d’un flamboyant que la blancheur cadavérique n’affadit pas.

Si depuis 25 ans, les albums de Queen sont régulièrement augmentés, réédités, repris en dépit du bon sens, Freddie Mercury ne souffre d’aucun ternissement de son étoile. Peut-être qu’à l’instar de beaucoup de légendes, peu importe qui il était, ce qu’il a fait de sa vie et de son cul, il restera à jamais une icône qui a su dépasser sa condition humaine. Il nous manque tellement, comme il manque ce genre d’icône à ma génération.

Inspiration Day #2 : Chronique uchronique #3

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Comme c’est l’été et que l’été, pour moi, c’est ambiance morbide – ne me demandez pas pourquoi – et sagas épisodiques, j’ai décidé de revenir avec ma chronique uchronique pour la troisième année consécutive. Car il y a encore pas mal de destins brisés dont j’ai envie d’imaginer une vie meilleure.

Cette année, il y aura notamment deux personnages mythiques qui m’ont été demandés par la même personne, mais aussi du Tagada Tsoin Tsoin et de la midinette au sort peu enviable – je ne parle pas d’Anna Nicole Smith, on parle bien de musique, ici. Allez, c’est parti.

Jim Morrison (8 décembre 1943 – 3 juillet 1971)

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La chose sur laquelle le Mari et moi-même sommes d’accord, c’est que le brave James Douglas M. aurait fini vieil alcoolique qui serait mort vers l’âge de 55 ans. Le Mari appuie sur le fait qu’il aurait quitté les Doors et tenté de réellement percé dans l’édition de ses poésies. Bref, il serait devenu le nouvel Allan Ginsberg, le positionnement anachronique en plus. Quitte à parler d’écrivain poivrot, j’aurais davantage pensé à Ernest Hemingway. Réponse du Mari : Au moins, Hemingway avait des couilles. De là à dire que Morrison, devant l’évidence de son absence de succès littéraire, aurait préféré vivre reclus avec la veuve Cliquot, il n’y a qu’un pas.

Joe Dassin (5 novembre 1938 – 20 août 1980)

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Le Mari pense qu’il serait devenu un chanteur ringard dans la mouvance de Salvatore Adamo – qui, pour le coup, se fait bien réhabiliter par la nouvelle scène française (Benabar, notamment). Je pensais la même chose, mais du standing de Richard Anthony, plus flamboyant que faussement mélancolique. Mais il est clair que, s’il avait écouté son médecin qui lui avait dit de se reposer au lieu de faire la tournée qui s’avérera être celle de trop, Joe Dassin aurait compris qu’il commençait à devenir ringard et se serait rangé des bagnoles pour revenir avec la tournée Âge tendre et tête de bois. Ou alors, mis en confiance par le succès de Big Bisou, il se serait fait des couilles en or en composant La Queue Leu Leu. Je viens d’avoir des images très sales dans ma tête.

Bob Marley (6 février 1945 – 11 mai 1981)

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On va dire que le brave Bobby a joué au con en ne prenant pas en compte le fait qu’une simple amputation de son orteil aurait pu freiner le cancer généralisé qui lui fut fatal. Quoi qu’il en soit, s’il n’avait pas été atteint par le crabe, Robert Nesta Marley aurait été assassiné pour son engagement politique, comme il a failli l’être en 1976. Il y a de fortes chances que Bobby aurait peu à peu abandonné la musique pour s’inscrire dans une carrière politique ancrée à gauche. Je l’aurais bien vu organiser des trucs de fou pour les retours d’Usain Bolt au pays, en bon premier ministre paternaliste qu’il serait devenu.

Minnie Riperton (8 novembre 1947 – 12 juillet 1979)

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Ayant commencé sa carrière à 15 ans dans une girls band, Minnie Riperton n’a pas eu le temps de développer son talent au-delà du single Lovin’You (1975). C’est à partir de ce moment qu’on lui a diagnostiqué le cancer qui lui sera fatal – bordel, c’est thématique crabe aujourd’hui. Bien qu’elle n’ait clairement pas eu l’aura d’une Donna Summer ou d’une Diana Ross pour s’imposer dans le registre du disco, elle aurait mis sa carrière entre parenthèses dans les années 1980, pour revenir dans les années 1990 à la faveur de reprises de ses tubes par les divas du new jack et du r’n’b. Bref, pas une diva de la soul, mais une chanteuse à la voix suffisamment inspirante pour poursuivre son petit bonhomme de chemin.

Sirima Wiratunga (14 février 1964 – 7 décembre 1989)

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Le nom ne vous dit rien comme ça, mais cette artiste britannique née d’un père sri-lankais et d’une mère française est celle qui a interprété Là-bas avec Jean-Jacques Goldman et qui, à la sortie de son unique album, se fait tuer par son mec, musicien jaloux de son succès. Si le monde était bien fait, elle se serait cassée avec son fils en sûreté en Angleterre pour y faire une carrière folk pas mirobolante, mais honorable. Un petit peu comme Michael Jones, autre artiste avec lequel le brave Jean-Jacques a collaboré.

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Inspiration Day #1 : 4 artistes que j’ai envie de réhabiliter

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Ce dimanche 21 août 2016, j’écoute le podcast Encore plus de Bruit, dans lequel collabore le couple mythique que le Mari et moi, on admire et qu’on appellera ici Bouli et Belette. Et l’un des collaborateurs de l’épisode, habitant Long Island, a décidé, dans une émission où le métal a largement droit de cité, de réhabiliter Billy Joel. Et je trouvais que c’était bien couillu, tant le brave monsieur se paie une sale réputation de ringardise en Europe alors qu’il est largement prophète dans son pays.

A force d’écouter Radio Nostalgie, des artistes que je considérais comme dépassés ont repris un peu plus de standing à mes yeux. En effet, quand je vois à quel point la musique est autotunée à l’heure actuelle, et vu comment le Mari m’a lavée le cerveau avec ses rétrospectives sur Gene Clark, j’ai bien l’impression que ma grand-mère écoute du son plus frais que moi. Malgré tout, certains artistes dont j’avais pris l’habitude d’en rire sous cape me donnent envie de redécouvrir leur discographie, tant leur talent m’avait à un moment échappé.

Voici donc les 4 artistes que la vieillesse me fait voir sous un nouveau jour.

Billy Joel

A force de le considérer cet artiste à l’univers pourtant très étendu comme du sous-Elton John, on avait oublié qu’en fait, il envoyait sérieusement du pâté, tant par ses multiples influences musicales que ses différents choix de carrière. C’est pour cette raison, qu’à l’instar d’un Johnny Halliday ricain, il pète encore la classe dans son pays. Le contributeur du podcast cité en intro a, quant à lui, écouté le premier album de Billy Joel, Cold Spring Harbor (1971), qui, d’une part, lui a donné l’impression de s’acclimater plus facilement à son exil états-unien en s’accoquinant avec le son typique du lieu, et, d’autre part, lui a donné envie de se plonger lui-même dans la discographie. C’est tout à son honneur. Voici l’extrait qu’il a présenté à l’émission, si cela peut vous convaincre du bien fondé de cette réhabilitation.

Johnny Hallyday

A l’écoute des extraits de son dernier album, De l’amour (2015), je me dis que, comme tout interprète bourrin, Johnny souffre d’une grande injustice. En effet, s’il n’a pas le bon parolier et le bon compositeur qui le comprennent dans toute sa complexité – enfin surtout le compositeur –, il se retrouve à chanter de la merde sans que personne ne s’en émeuve. Petite mise en situation.

Voici Johnny chantant du Pascal Obispo :

Perso, je trouve qu’il y a une couille dans le potage. Je me dis qu’Obispo a estimé que la chanson était trop bancale pour qu’il l’interprète lui-même – car oui, quand on assume un truc, il faut l’assumer jusqu’au bout. Cela me laisse un sentiment de gêne, car je n’ai pas l’impression que la chanson était faite pour Johnny.

Voici Johnny chantant du Jacques Revaux (un mec qui a notamment collaboré avec Sardou, Aznavour, etc.) :

On observera que les paroles sont de Pierre Billon. Oui, le même qui a chanté ça :

Bref, pour ma chanson préférée de Johnny, il a su s’entourer de mecs très talentueux, mais pas assez pour qu’ils assurent eux-mêmes le devant de la scène. Car Johnny est comme ça : si les mecs au départ n’ont pas compris qui était le Taulier, ils font passer leur discours artistique avant le sien et ça devient du grand n’importe quoi.

François Feldman

Je l’ai vu en concert récemment dans le cadre d’un festival où j’étais bénévole, et ça envoyait bien du fat. Celui qui fut une des nombreuses victimes de la mutation de l’industrie musicale au début des années 1990 ne mérite pas le procès d’intention qu’il a eu après le Téléthon.

Oui, c’était une sacrée boulette, mais cela ne suffit pas à expliquer la traversée du désert qu’il a connue après. En effet, en conflit avec sa maison de disques, il s’est gentiment fait signifier qu’il n’était plus aussi productif qu’il ne le fut et que, bon, ce serait bien qu’il pense à se reconvertir. Je vous le donne en mille, le producteur était… Pascal Nègre.

Giorgio Moroder

Je ne sais pas si je peux parler de réhabilitation pour Giorgio Moroder, je parlerai donc de prise d’importance dans l’industrie musicale. Car non content d’être DJ et d’être un David Guetta classe, il a quand même fait des trucs sacrément fatounes dans les années 1970 – en produisant les Sparks et Donna Summer – et les années 1980 – en signant des BO bien badass (Scarface, Flashdance, L’histoire sans fin, Top Gun). Il a aussi collaboré, que ce soit pour la production, la composition ou le remix, avec France Gall, Mireille Mathieu, David Bowie, Freddie Mercury, Eurythmics, Coldplay, Elton John, Graham Nash, Lady Gaga… Mais le problème est qu’il peut faire dans le bon comme dans le mauvais.

Pour conclure, je dirais qu’il ne faut jamais fermer la porte à un style musical, car on finit toujours par y revenir un jour ou l’autre. Et vous, quels artistes avez-vous redécouverts ?

Revue cinématographique et musicale #7 : les moments de grâce musicaux dans les films

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Ca doit bien faire un an que je ne suis pas allée au cinéma et ça se ressent. Je limite mes rapports cinématographiques au Fossoyeur de Films, à Karim Debbache et aux rares DVD qui traînent à la maison. Autrement dit, c’est pas folichon tout ça. Malgré tout, j’aimerais parler des moments de grâce dans le cinéma qui implique qu’on y joue de la musique.

Car même au cinéma, il arrive que la rencontre entre deux personnages, la découverte de soi, l’évolution du personnage, l’amour, la mort, passe par la pratique d’un ou plusieurs instruments. Moi l’économe en mots à l’oral ne peut que valider qu’on puisse faire communiquer les personnages autrement qu’avec des paroles. Et quand le message s’intègre parfaitement dans le déroulé du film, je suis en extase.

Voici 4 vrais moments de kif musical dans les films.

1 – Délivrance (John Boorman, 1972)

Pitch Allociné : Quatre Américains de classe moyenne, Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger décident de consacrer leur week-end à la descente en canöe d’une impétueuse rivière située au nord de la Géorgie. Ils envisagent cette expédition comme un dernier hommage à une nature sauvage et condamnée par la construction d’un futur barrage. Mais les dangers qu’ils affronteront ne proviendront pas uniquement des flots tumultueux de la rivière…

Morceau interprété : une réécriture de Feudin Banjos (Arthur Smith & Don Reno, 1955) renommé pour le coup Dueling Banjos.

Il faut savoir que ce morceau a été réécrit par Eric Weissberg et Steve Mandell pour le film sans demander l’autorisation d’Arthur Smith, qui en a donc profité pour amasser pas mal de thunes au passage.

Pourquoi c’est fort : c’est pour moi l’archétype de la belle rencontre entre deux humains qui sont censés ne pas se comprendre. Le personnage de Drew Ballinger (Ronny Cox qui signe là l’un de ses premiers rôles majeurs), businessman de la ville, sent quelque chose se réaliser lorsque le petit Lonny (Billy Redden, qui contrairement à ce que l’on pense, n’est pas plus handicapé que vous et moi, il a juste la gueule de travers) sort de sa réserve et montre son banjo. Je trouve que ça regroupe à la fois l’allégorie de la rencontre amoureuse et de l’apprentissage scolaire tel qu’il devrait se dérouler.

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2 – Tous les matins du monde (Alain Corneau, 1991)

Pitch Allociné : A la fin de sa vie, Marin Marais, prestigieux violiste de Louis XIV, se souvient de son apprentissage avec Monsieur de Sainte Colombe, grand maître de la viole de gambe. Professeur austère et intransigeant, ce dernier ne va pas de main morte avec son jeune élève ainsi que ses deux filles. Suite au décès de sa femme, le virtuose a recherché en vain une perfection absolue dans son art, possède son apprenti.

Morceau interprété : Improvisation sur les Folies d’Espagne (Marin Marais, 1701)

A l’origine, la folia ou Folie d’Espagne est une danse apparue vraisemblablement au XVe siècle au Portugal, avant de s’étendre à l’Espagne et à l’Italie. Beaucoup de compositeurs se sont ensuite attelés à en créer des variations. Dans l’extrait diffusé, Marin Marais (joué par Guillaume Depardieu) décide de convaincre le maître de viole Monsieur de Sainte-Colombe (interprété par Jean-Pierre Marielle) en interprétant son improvisation.

Pourquoi c’est classe : Parce que Tous les matins du monde tel que raconté par Pascal Quignard en mots et Alain Corneau en images est une œuvre globale qui met en relation les compositions de Marin Marais avec son état d’esprit à chaque étape de sa vie. On voit ici tout le compositeur dans toute sa jeunesse et toute son insolence, qui préfère improviser sur un air pour prouver son talent face à la force tranquille et désabusée du maître qui en a vu d’autres.

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3 – Whiplash (Damien Chazelle, 2014)

Pitch Allociné : Andrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence…

Morceau interprété : Caravan (Juan Tizol/Irving Mills/Duke Ellington, 1936)

Ce standard du jazz fait partie des gammes imposées à n’importe quel musicien du genre, notamment aux pianistes – je renvoie à certaines interprétations par Antoine Hervé ou Michel Petrucciani. Dans certaines versions englobant un orchestre élargi, il est courant d’inclure un solo de batterie assez épique, d’où le choix de Damien Chazelle de conclure son film par ce thème.

Pourquoi c’est puissant : Parce qu’on voit le personnage d’Andrew (Miles Teller, qui a quand même une certaine pratique musicale derrière lui et a interprété 70% des passages à la batterie lui-même) arriver à la condition d’homme et d’artiste dans toute sa dimension émotionnelle. Ce solo final montre toute la souffrance et toute la détermination qui lui a fallu pour en arriver là, quitte à en devenir sourd au monde qui l’entoure. C’est mindfuck, c’est osé, c’est parfait.

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4 – Sailor et Lula (David Lynch, 1990)

Pitch Allociné : Sailor et Lula, deux jeunes amoureux, fuient Marietta, la mère de la jeune fille qui s’oppose à leurs amours, ainsi que toute une série de personnages dangereux et mystérieux qui les menacent. L’amour triomphera-t-il de la violence qui les entoure ?

Morceau interprété : Love Me Tender (Elvis Presley, 1956)

Le personnage de Sailor Ripley (Nicholas Cage) étant un passionné d’Elvis, il décrète qu’il ne chanterait cette chanson qu’à sa femme. C’est ce qu’il fait à la fin du film, lorsqu’il retrouve Lula dans un embouteillage après être sorti de prison. Pour la petite info, le titre est réellement interprété par Nicholas Cage pour le film.

Pourquoi c’est beau : parce que c’est mieux qu’High School Musical en termes de passage gnangnan. Normal, c’est du David Lynch.

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A bientôt pour de nouvelles aventures cinématographiques et musicales.

Enquête exclusive : Un artiste a-t-il intérêt de se détacher de son style ?

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Pardon pour ce manque flagrant d’inspiration, mais je luttais contre ma vie blandinienne un peu compliquée en ce moment, d’où ce manque flagrant d’inspiration. Les vacances arrivant à grand pas et la perspective de passer une soirée tranquille à chiller me redonnent un peu plus de tonus à ma plume. Je me base sur l’exemple du Mari, déjà en vacances et en train d’écrire son 7e essai historique en 9 ans : comment fait-il ?

Aujourd’hui, au regard de la carrière du Mari qui fait une petite embardée avec son cinquième livre (disponible sur Tictail, à la Fnac, à la librairie de l’Harmattan et sur toutes les bonnes plateformes de livres), mais aussi à l’écoute de Frank d’Amy Winehouse, je me suis posée cette question essentielle : un artiste est-il indissociable de son style ? Et si oui, gagne-t-il à s’en détacher ?

Pourquoi je me pose cette question ce soir ? Parce que Frank est certes le premier disque de l’artiste, mais il a le tort d’une part de sentir la production au kilomètre, et d’autre part d’avoir au moins 15 ans de retard sur l’actualité musicale de 2004. En gros, Frank est un disque de new-jack mâtiné de jazz urbain qui n’aurait pas démérité dans les productions new-yorkaises des années 1990. Amy Winehouse a certes été reconnue développer un style rétro, mais c’est quand même de l’abus quand il se passe moins d’une génération avant la réappropriation – on va dire une vingtaine d’années. Amy Winehouse a fait une rencontre heureuse avec Mark Ronson

Nombre d’artistes, au sein de leur carrière, sont tentés par une évolution de leur style de référence vers un style parfois antagoniste, pour le challenge, pour le défi, pour ne pas s’encroûter dans une carrière prévisible. Cela ne se fait pas sans risque : en voulant se fidéliser un public plus large aux goûts moins spécifiques, il est possible de perdre son âme. C’est justement ce que je reproche à des groupes nombreux tels que U2, Coldplay et Muse : j’ai adoré leur début de carrière, mais une modification de leur production me rend depuis chagrine dès lors que j’écoute un morceau de production récente.

Quand j’écoute ceci :

je suis tellement nostalgique de ceci :

D’un autre côté, rester familier d’un même style toute sa carrière amène un autre écueil : celui d’avoir un style tellement reconnaissable qu’on reconnait une chanson de l’artiste aux premières notes de la chanson, ce qui peut vite gaver. Je pense notamment à Michel Berger – qui a réussi à faire de France Gall son doppelganger féminin – ou Jean-Jacques Goldman – qui a quand même refilé deux fois la même chanson à deux artistes différents. Vous ne me croyez pas ? Attendez voir. Vous ne pensez pas que le couplet de ceci :

ressemble au refrain de ceci ?

Je n’ai qu’une chose à dire :

C’est à ce titre que le brave JJ a décidé de se retirer un peu du service en 2002 après le moyen Chansons pour les pieds, et définitivement en 2016 après avoir compris qu’il faisait vraiment n’importe quoi avec les Enfoirés.

Je regardais récemment cette chronique de Mickael J. Manfield où il se plaignait de cet écueil que les spectateurs font en pensant que, depuis 15 ans, Johnny Depp ne jouait indéfiniment que le rôle de Jack Sparrow. Et le brave petit Corse de chez Voxmakers de démonter en règle ce poncif de critique en résumant de belle manière les « rôles bizarres » de Johnny Depp, en développant le principe du jeu d’acteur et en concluant que ce n’était pas de sa faute s’il collaborait avec les mêmes réalisateurs. Ceci m’a fait beaucoup réfléchir quant à la nécessité pour un artiste de s’imposer dans un style ou d’évoluer vers différents styles.

Car le public est une pute : il estime que chaque artiste correspond à un stéréotype duquel il ne doit pas sortir. En gros, on reproche actuellement à Jake Bugg de faire du son urbain :

et de ne pas faire que du son plus roots :

Perso, j’adore On My One parce que j’estime que cette chanson fait partie de son référencement naturel. Mais je ne vais pas lui reprocher de faire des expérimentations telles que Ain’t No Rhyme, d’autant plus que cette chanson est pas trop mal produite et donc pas trop ratée.

Au final, enfermer un artiste dans un style lui ferme les portes de l’expérimentation. Explorer trop de voies pour un artiste ne lui permet pas de fixer son public. Que faire alors ? J’ai peur qu’il y ait un grand pan de créativité qui parte en déliquescence parce que le public ne permet plus l’exploration à partir d’un certain seuil de carrière. Personnellement, je trouve ça dommage.

La musique en duo

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Récemment, avec le Mari, nous avons eu une idée : nous produire ensemble dans un bar, avec les divers instruments que nous avons en notre possession (guitares diverses, basse, banjo, mandoline, yukulélé, guitalélé, clavier, monotron, petites percussions…) et avec nos diverses influences (chanson française, brit-pop, folk, cold-wave, bossa nova, world, jazz…). Si, nous connaissant, il nous prendra beaucoup de temps et de négociation pour nous constituer en duo musical, nous avons estimé que l’idée serait cool.

L’idée germait en vérité depuis un petit bout de temps, depuis que nous nous sommes installés ensemble il y a deux ans. Il est quelque fois où chacun prend un instrument random et nous nous mettons à chanter des trucs random. Mais nous sommes d’autant plus convaincus par l’idée depuis que nous avons vu au mois de décembre 2015 Alain Souchon et Laurent Voulzy au Zénith. C’était mon cadeau d’anniversaire, et nous nous sommes dit en sortant : Ce serait bien si, dans 40 ans, nous pouvions être aussi solide qu’eux.

C’est pour cette raison que j’ai décidé aujourd’hui de dresser une typologie des duos dans mon univers musical. Il me semblait en effet important de savoir ce qui existe au sein même de mon univers – élargi à celui du Mari – en préliminaires d’une constitution d’un répertoire. Voici donc les duos les plus probants pour servir de modèle.

Duos féminin

Brigitte (France – depuis 2008)

Sylvie Hoareau (1970) chante depuis le milieu des années 1990 dans les groupes Topaze et Vendetta. Aurélie Saada (1978) est actrice et chanteuse (sous le nom de Mayane Delem). Elles décident en 2008 de fonder le célèbre duo d’inspiration néo-hippie. Le nom du groupe est pour rendre hommage à la fois à Brigitte Bardot, Brigitte Fontaine et Brigitte Lahaie. Elles accédèrent à la notoriété en 2010 grâce à leur reprise de Ma Benz de NTM feat. Lord Kossity. Elles font depuis leur petit bonhomme de chemin entre albums primés par les Victoires de la musique, albums de reprises et chansons écrites pour d’autres artistes.

t.A.T.u. (Russie – 1999-2011)

A l’origine, Lena Katina (1984) et Julia Volkova (1985) se sont rencontrées adolescentes dans une chorale moscovite assez cotée en 1997. En 1999, un psychologue qui est aussi producteur télé souhaite faire un casting pour former un duo féminin. Lena y est repérée, rejointe au forceps par Julia. Dès le début, les producteurs ont voulu « marketer » le duo autour d’un univers pop et de la supposée homosexualité des deux jeunes filles (t.A.T.u. étant l’acronyme d’une expression russe disant celle-ci aimant celle-là). Après le succès mondial de All The Things She Said (2001), elles représentèrent la Russie et arrivèrent troisièmes du classement de l’Eurovision 2003. Depuis 2009, chacune mène une carrière solo, se reformant à l’occasion.

Ibeyi (France-Venezuela-Cuba – depuis 2013)

Les jumelles Naomi et Lisa-Kaïndé Diaz (1995) sont les filles du percussionniste cubain Anga Diaz (1961-2006), membre du Buena Vista Social Club. Au décès de celui-ci, elles se mirent à étudier le cajon et les musiques folkoriques yoruba, fondatrices de la musique traditionnelle cubaine. Elles ont sorti leur premier EP en 2014, avant un très remarqué album éponyme l’année suivante, dont les influences vont de la soul à la musique expérimentale.

Duos masculins

Simon & Garfunkel (Etats-Unis – 1957-1970, puis reformations diverses)

Paul Simon (1941) et Art Garfunkel (1941), tous deux originaires de New-York et ayant été élevé dans le Queens. La vocation de Garfunkel était particulièrement précoce, puisqu’il a commencé à chanter dans divers crochets dès le CM1. Les deux hommes se rencontrent à 12 ans, lorsqu’ils ont joué dans une adaptation d’Alice au pays des merveilles. Ils connurent leur premier succès en 1957 sous le nom de Tom & Jerry avec Hey Schoolgirl. Mais Garfunkel abandonne vite pour se consacrer à ses études et se brouille avec Simon, qui poursuit une carrière solo en parallèle d’un cycle universitaire. Leur carrière reprend en 1963, mais ils ne connaissent le succès qu’à partir de 1965. En 1967, ils composent la bande originale du Lauréat de Mike Nichols. Leur séparation effective s’est produite en 1970, après Bridge Over Troubled Water. Des reformations ponctuelles ont tout de même lieu, comme lors d’un concert d’anthologie à Central Park en 1981.

Alain Souchon et Laurent Voulzy (France – depuis 1974)

Leur constitution effective en duo n’a été cristallisée qu’en 2014, mais l’album éponyme couronne quarante ans d’amitié et de collaboration musicale entre le parolier Alain Souchon (1944) et le compositeur Laurent Voulzy (1948). Leur rencontre s’est effectuée en 1974, lorsque Bob Sacquet, le producteur d’Alain Souchon, passa une annonce pour recruter un compositeur capable de mettre en valeurs les textes du jeune artiste déjà primé. Depuis, leur collaboration écriture-composition est saluée tant par la critique que le public.

Milli Vanilli (Allemagne – 1987-1998)

Le Français Fabrice Morvan (1966) et l’Américano-Allemand Robert Pilatus (1965-1998) se sont rencontrés à Munich au milieu des années 1980 et décidèrent alors de faire de la musique ensemble. Ils se font repérer par Franck Farian, le producteur de Boney M, qui décident de les signer en 1988. C’est ainsi qu’ils sortirent Girl You Know It’s True en 1989 et qu’ils deviennent un phénomène mondial. Sauf qu’en fait, ni Fabrice Morvan, ni Robert Pilatus n’a chanté une seule note du premier album. C’est ainsi qu’en 1990, au moment d’enregistrer le second opus, ils voulurent négocier de chanter sur l’album. Franck Farian, coutumier du fait (c’est lui qui chantait les parties de Bobby Ferrell de Boney M), dévoila le pot aux roses, ce qui fit crasher la carrière des deux compères qui décidèrent de s’exiler aux Etats-Unis. Rob Pilatus est mort d’une overdose en 1998 et Fab Morvan persiste à vouloir faire son trou.

Les duos mixtes

Rodrigo Y Gabriela (Mexique – Depuis 2000)

A l’origine, en 1993, était le groupe de trash metal Tierra Acida, au sein duquel Rodrigo Sanchez (1974) et Gabriela Quintero (1973) ont évolué. Après la dissolution du groupe, en 1999, ils décidèrent de s’exiler à Dublin et de jouer dans la rue. Ils commencent à se bâtir une petite réputation et se constitue en duo sur les scènes internationales dès 2002. La répartition du duo est la suivante : Rodrigo est à la guitare soliste tandis que Gabriela est à la guitare percussive. Ensemble, ils explorent les territoires du métal, mais aussi du flamenco, du jazz et des musiques orientales.

The White Stripes (Etats-Unis – 1997-2011)

John Anthony Gillis, dit Jack White (1975) et Megan White (1974) ont prétendu être frère et sœur, avant que le monde découvre qu’ils étaient en fait un couple divorcé (ils ont été mariés entre 1996 et 2000). Leur notoriété arriva en 2003 avec l’album Elephant – d’où est tiré cet insupportable hymne de supporters de foot qu’est devenu Seven Nation Army. La collaboration du duo est en fait discontinue durant ces 14 ans, puisque les albums des White Stripes ont été alternés avec d’autres projets de Jack White que sont The Raconteurs et The Dead Weather.

Die Antwoord (Afrique du Sud – Depuis 2007)

Le front de ce groupe de rap-rave sud-africain est composé du duo formé par Watkin Tudor Jones, alias Ninja (1974), et Anri Du Toit, alias Yo-Landi Vi$$er (1984). La première collaboration entre les deux partenaires date de 2002, lorsque Ninja, rappeur reconnu sur la scène du Cap, engage dans le projet The Constructus Corporation Anri à peine majeure. Depuis, les deux artistes partagent la scène, l’affiche et une petite fille de onze ans. Mais c’est réellement avec le projet Die Antwoord qu’ils accèdent à la notoriété internationale, popularisant le zef (courant musical propre au Cap). Leurs textes sont interprétés en xhosa, afrikaans et anglais. Ils ont révélé en interview avoir un plan sur cinq albums ; trois en sont réalisés à ce jour ($O$, Ten$ion et Donker Mag).

J’ai donc matière à travailler avec Mari pour trouver notre style. J’espère sincèrement que ce projet marchera et que vous nous croiserez prochainement dans vos soirées…