Enquête exclusive : Un artiste a-t-il intérêt de se détacher de son style ?

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Pardon pour ce manque flagrant d’inspiration, mais je luttais contre ma vie blandinienne un peu compliquée en ce moment, d’où ce manque flagrant d’inspiration. Les vacances arrivant à grand pas et la perspective de passer une soirée tranquille à chiller me redonnent un peu plus de tonus à ma plume. Je me base sur l’exemple du Mari, déjà en vacances et en train d’écrire son 7e essai historique en 9 ans : comment fait-il ?

Aujourd’hui, au regard de la carrière du Mari qui fait une petite embardée avec son cinquième livre (disponible sur Tictail, à la Fnac, à la librairie de l’Harmattan et sur toutes les bonnes plateformes de livres), mais aussi à l’écoute de Frank d’Amy Winehouse, je me suis posée cette question essentielle : un artiste est-il indissociable de son style ? Et si oui, gagne-t-il à s’en détacher ?

Pourquoi je me pose cette question ce soir ? Parce que Frank est certes le premier disque de l’artiste, mais il a le tort d’une part de sentir la production au kilomètre, et d’autre part d’avoir au moins 15 ans de retard sur l’actualité musicale de 2004. En gros, Frank est un disque de new-jack mâtiné de jazz urbain qui n’aurait pas démérité dans les productions new-yorkaises des années 1990. Amy Winehouse a certes été reconnue développer un style rétro, mais c’est quand même de l’abus quand il se passe moins d’une génération avant la réappropriation – on va dire une vingtaine d’années. Amy Winehouse a fait une rencontre heureuse avec Mark Ronson

Nombre d’artistes, au sein de leur carrière, sont tentés par une évolution de leur style de référence vers un style parfois antagoniste, pour le challenge, pour le défi, pour ne pas s’encroûter dans une carrière prévisible. Cela ne se fait pas sans risque : en voulant se fidéliser un public plus large aux goûts moins spécifiques, il est possible de perdre son âme. C’est justement ce que je reproche à des groupes nombreux tels que U2, Coldplay et Muse : j’ai adoré leur début de carrière, mais une modification de leur production me rend depuis chagrine dès lors que j’écoute un morceau de production récente.

Quand j’écoute ceci :

je suis tellement nostalgique de ceci :

D’un autre côté, rester familier d’un même style toute sa carrière amène un autre écueil : celui d’avoir un style tellement reconnaissable qu’on reconnait une chanson de l’artiste aux premières notes de la chanson, ce qui peut vite gaver. Je pense notamment à Michel Berger – qui a réussi à faire de France Gall son doppelganger féminin – ou Jean-Jacques Goldman – qui a quand même refilé deux fois la même chanson à deux artistes différents. Vous ne me croyez pas ? Attendez voir. Vous ne pensez pas que le couplet de ceci :

ressemble au refrain de ceci ?

Je n’ai qu’une chose à dire :

C’est à ce titre que le brave JJ a décidé de se retirer un peu du service en 2002 après le moyen Chansons pour les pieds, et définitivement en 2016 après avoir compris qu’il faisait vraiment n’importe quoi avec les Enfoirés.

Je regardais récemment cette chronique de Mickael J. Manfield où il se plaignait de cet écueil que les spectateurs font en pensant que, depuis 15 ans, Johnny Depp ne jouait indéfiniment que le rôle de Jack Sparrow. Et le brave petit Corse de chez Voxmakers de démonter en règle ce poncif de critique en résumant de belle manière les « rôles bizarres » de Johnny Depp, en développant le principe du jeu d’acteur et en concluant que ce n’était pas de sa faute s’il collaborait avec les mêmes réalisateurs. Ceci m’a fait beaucoup réfléchir quant à la nécessité pour un artiste de s’imposer dans un style ou d’évoluer vers différents styles.

Car le public est une pute : il estime que chaque artiste correspond à un stéréotype duquel il ne doit pas sortir. En gros, on reproche actuellement à Jake Bugg de faire du son urbain :

et de ne pas faire que du son plus roots :

Perso, j’adore On My One parce que j’estime que cette chanson fait partie de son référencement naturel. Mais je ne vais pas lui reprocher de faire des expérimentations telles que Ain’t No Rhyme, d’autant plus que cette chanson est pas trop mal produite et donc pas trop ratée.

Au final, enfermer un artiste dans un style lui ferme les portes de l’expérimentation. Explorer trop de voies pour un artiste ne lui permet pas de fixer son public. Que faire alors ? J’ai peur qu’il y ait un grand pan de créativité qui parte en déliquescence parce que le public ne permet plus l’exploration à partir d’un certain seuil de carrière. Personnellement, je trouve ça dommage.

La musique en duo

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Récemment, avec le Mari, nous avons eu une idée : nous produire ensemble dans un bar, avec les divers instruments que nous avons en notre possession (guitares diverses, basse, banjo, mandoline, yukulélé, guitalélé, clavier, monotron, petites percussions…) et avec nos diverses influences (chanson française, brit-pop, folk, cold-wave, bossa nova, world, jazz…). Si, nous connaissant, il nous prendra beaucoup de temps et de négociation pour nous constituer en duo musical, nous avons estimé que l’idée serait cool.

L’idée germait en vérité depuis un petit bout de temps, depuis que nous nous sommes installés ensemble il y a deux ans. Il est quelque fois où chacun prend un instrument random et nous nous mettons à chanter des trucs random. Mais nous sommes d’autant plus convaincus par l’idée depuis que nous avons vu au mois de décembre 2015 Alain Souchon et Laurent Voulzy au Zénith. C’était mon cadeau d’anniversaire, et nous nous sommes dit en sortant : Ce serait bien si, dans 40 ans, nous pouvions être aussi solide qu’eux.

C’est pour cette raison que j’ai décidé aujourd’hui de dresser une typologie des duos dans mon univers musical. Il me semblait en effet important de savoir ce qui existe au sein même de mon univers – élargi à celui du Mari – en préliminaires d’une constitution d’un répertoire. Voici donc les duos les plus probants pour servir de modèle.

Duos féminin

Brigitte (France – depuis 2008)

Sylvie Hoareau (1970) chante depuis le milieu des années 1990 dans les groupes Topaze et Vendetta. Aurélie Saada (1978) est actrice et chanteuse (sous le nom de Mayane Delem). Elles décident en 2008 de fonder le célèbre duo d’inspiration néo-hippie. Le nom du groupe est pour rendre hommage à la fois à Brigitte Bardot, Brigitte Fontaine et Brigitte Lahaie. Elles accédèrent à la notoriété en 2010 grâce à leur reprise de Ma Benz de NTM feat. Lord Kossity. Elles font depuis leur petit bonhomme de chemin entre albums primés par les Victoires de la musique, albums de reprises et chansons écrites pour d’autres artistes.

t.A.T.u. (Russie – 1999-2011)

A l’origine, Lena Katina (1984) et Julia Volkova (1985) se sont rencontrées adolescentes dans une chorale moscovite assez cotée en 1997. En 1999, un psychologue qui est aussi producteur télé souhaite faire un casting pour former un duo féminin. Lena y est repérée, rejointe au forceps par Julia. Dès le début, les producteurs ont voulu « marketer » le duo autour d’un univers pop et de la supposée homosexualité des deux jeunes filles (t.A.T.u. étant l’acronyme d’une expression russe disant celle-ci aimant celle-là). Après le succès mondial de All The Things She Said (2001), elles représentèrent la Russie et arrivèrent troisièmes du classement de l’Eurovision 2003. Depuis 2009, chacune mène une carrière solo, se reformant à l’occasion.

Ibeyi (France-Venezuela-Cuba – depuis 2013)

Les jumelles Naomi et Lisa-Kaïndé Diaz (1995) sont les filles du percussionniste cubain Anga Diaz (1961-2006), membre du Buena Vista Social Club. Au décès de celui-ci, elles se mirent à étudier le cajon et les musiques folkoriques yoruba, fondatrices de la musique traditionnelle cubaine. Elles ont sorti leur premier EP en 2014, avant un très remarqué album éponyme l’année suivante, dont les influences vont de la soul à la musique expérimentale.

Duos masculins

Simon & Garfunkel (Etats-Unis – 1957-1970, puis reformations diverses)

Paul Simon (1941) et Art Garfunkel (1941), tous deux originaires de New-York et ayant été élevé dans le Queens. La vocation de Garfunkel était particulièrement précoce, puisqu’il a commencé à chanter dans divers crochets dès le CM1. Les deux hommes se rencontrent à 12 ans, lorsqu’ils ont joué dans une adaptation d’Alice au pays des merveilles. Ils connurent leur premier succès en 1957 sous le nom de Tom & Jerry avec Hey Schoolgirl. Mais Garfunkel abandonne vite pour se consacrer à ses études et se brouille avec Simon, qui poursuit une carrière solo en parallèle d’un cycle universitaire. Leur carrière reprend en 1963, mais ils ne connaissent le succès qu’à partir de 1965. En 1967, ils composent la bande originale du Lauréat de Mike Nichols. Leur séparation effective s’est produite en 1970, après Bridge Over Troubled Water. Des reformations ponctuelles ont tout de même lieu, comme lors d’un concert d’anthologie à Central Park en 1981.

Alain Souchon et Laurent Voulzy (France – depuis 1974)

Leur constitution effective en duo n’a été cristallisée qu’en 2014, mais l’album éponyme couronne quarante ans d’amitié et de collaboration musicale entre le parolier Alain Souchon (1944) et le compositeur Laurent Voulzy (1948). Leur rencontre s’est effectuée en 1974, lorsque Bob Sacquet, le producteur d’Alain Souchon, passa une annonce pour recruter un compositeur capable de mettre en valeurs les textes du jeune artiste déjà primé. Depuis, leur collaboration écriture-composition est saluée tant par la critique que le public.

Milli Vanilli (Allemagne – 1987-1998)

Le Français Fabrice Morvan (1966) et l’Américano-Allemand Robert Pilatus (1965-1998) se sont rencontrés à Munich au milieu des années 1980 et décidèrent alors de faire de la musique ensemble. Ils se font repérer par Franck Farian, le producteur de Boney M, qui décident de les signer en 1988. C’est ainsi qu’ils sortirent Girl You Know It’s True en 1989 et qu’ils deviennent un phénomène mondial. Sauf qu’en fait, ni Fabrice Morvan, ni Robert Pilatus n’a chanté une seule note du premier album. C’est ainsi qu’en 1990, au moment d’enregistrer le second opus, ils voulurent négocier de chanter sur l’album. Franck Farian, coutumier du fait (c’est lui qui chantait les parties de Bobby Ferrell de Boney M), dévoila le pot aux roses, ce qui fit crasher la carrière des deux compères qui décidèrent de s’exiler aux Etats-Unis. Rob Pilatus est mort d’une overdose en 1998 et Fab Morvan persiste à vouloir faire son trou.

Les duos mixtes

Rodrigo Y Gabriela (Mexique – Depuis 2000)

A l’origine, en 1993, était le groupe de trash metal Tierra Acida, au sein duquel Rodrigo Sanchez (1974) et Gabriela Quintero (1973) ont évolué. Après la dissolution du groupe, en 1999, ils décidèrent de s’exiler à Dublin et de jouer dans la rue. Ils commencent à se bâtir une petite réputation et se constitue en duo sur les scènes internationales dès 2002. La répartition du duo est la suivante : Rodrigo est à la guitare soliste tandis que Gabriela est à la guitare percussive. Ensemble, ils explorent les territoires du métal, mais aussi du flamenco, du jazz et des musiques orientales.

The White Stripes (Etats-Unis – 1997-2011)

John Anthony Gillis, dit Jack White (1975) et Megan White (1974) ont prétendu être frère et sœur, avant que le monde découvre qu’ils étaient en fait un couple divorcé (ils ont été mariés entre 1996 et 2000). Leur notoriété arriva en 2003 avec l’album Elephant – d’où est tiré cet insupportable hymne de supporters de foot qu’est devenu Seven Nation Army. La collaboration du duo est en fait discontinue durant ces 14 ans, puisque les albums des White Stripes ont été alternés avec d’autres projets de Jack White que sont The Raconteurs et The Dead Weather.

Die Antwoord (Afrique du Sud – Depuis 2007)

Le front de ce groupe de rap-rave sud-africain est composé du duo formé par Watkin Tudor Jones, alias Ninja (1974), et Anri Du Toit, alias Yo-Landi Vi$$er (1984). La première collaboration entre les deux partenaires date de 2002, lorsque Ninja, rappeur reconnu sur la scène du Cap, engage dans le projet The Constructus Corporation Anri à peine majeure. Depuis, les deux artistes partagent la scène, l’affiche et une petite fille de onze ans. Mais c’est réellement avec le projet Die Antwoord qu’ils accèdent à la notoriété internationale, popularisant le zef (courant musical propre au Cap). Leurs textes sont interprétés en xhosa, afrikaans et anglais. Ils ont révélé en interview avoir un plan sur cinq albums ; trois en sont réalisés à ce jour ($O$, Ten$ion et Donker Mag).

J’ai donc matière à travailler avec Mari pour trouver notre style. J’espère sincèrement que ce projet marchera et que vous nous croiserez prochainement dans vos soirées…

Un printemps 2016

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Si je me fais rare, c’est que la vie n’est pas tendre avec moi, entre les obligations professionnelles et les affres du vieillissement. Heureusement, je reçois de la bienveillance et de l’amour en surnombre de mes amis (cf le #33ChansonsThon), de ma famille, du Mari, mais aussi de personnes de la part desquelles ça m’étonne. Résultat : je suis vieille, mais bien dans ma peau.

Malgré tout, même si les mots me manquent, mes oreilles sont toujours alertes. C’est ce que je vais tenter de prouver avec ma petite revue de pépites qui rythmes mon printemps.

Le morceau qui me réchauffe : Jack Savoretti, Back To Me (2015)

Des quatre albums qui m’ont été donné à décortiquer l’automne dernier par Ladies Room, c’est le seul que j’écoute encore avec joie, et pas seulement parce qu’il m’a été donné d’interviewer l’artiste. C’est juste le genre de voix qui prend mes entrailles et en fait un liquide brûlant. Back To Me est d’une structure simpliste à l’extrême, mais rendue rudement efficace par – comment dire ça sans allusion graveleuse ou malvenue ? – une espèce de crumble au miel en guise de prestation vocale.

Le gâteau d’anniversaire : William Sheller, Les filles de l’aurore (1984)

Le Mari, voyant mon émotion durant les Victoires de la Musique et ma supplique répétée pour me procurer Sheller en solitaire, a décidé de m’offrir pour mon anniversaire l’intégrale de William Sheller. So cool, mais cela va me prendre un temps fou en exégèse.

La prise de conscience : Pink Floyd, Wish You Were Here (1974)

Ca va faire deux ans que mon paternel est parti rejoindre la cartographie de mes ancêtres au ciel. Force est de constater que j’ai beau avoir 33 ans et ne plus avoir forcément « besoin » de mes parents pour vivre, l’absence se fait pesamment ressentir à certains moments que je considère comme clés dans ma vie. J’ai donc choisi cette chanson où David Gilmour exprime le manque que lui procure l’absence de son ami Syd Barrett, trop défoncé pour poursuivre une carrière musicale. Je trouve la chanson très inspirante et pas trop larmoyante, mais respirant l’amitié sincère (Gilmour a tout fait pour que Barrett puisse se lancer en solo et récupérer ses royalties de compositeur au sein du groupe jusqu’à sa mort).

La pépite oldies à l’international : Gerry Rafferty, Baker Street (1978)

Car Careless Whisper avait un précédent en termes de saxophone évocateur des plus épiques bandes originales de films érotiques américains… Blague à part, à l’instar de Struggle for Pleasure de Wim Mertens ou de Music de John Miles, j’ai mis des années à comprendre qui se cachait derrière ce titre que j’entends à la radio depuis mon enfance. En menant ma petite enquête sur le bonhomme, outre que le pauvre soit mort des suites de son alcoolisme en 2011, j’ai trouvé qu’il était aussi le leader du groupe écossais Stealers Wheels, connu à l’international avec le titre Stuck In The Middle With You (1972).

La pépite oldies en France : Michel Berger, Les princes des villes (1983)

Deux éléments m’ont fait me devenir obsessionnelle de cette chanson ces derniers mois au point que je la massacre au karaoké :

  • Les aller-retours en Bretagne assez récurrents me font scotcher sur Radio Nostalgie (seule radio que je capte à peu près de bout en bout). Durant l’hiver 2015-2016, au profit d’une campagne de pub déguisée pour la comédie musicale Résiste, Nostalgie a donc diffusé en rotation lourde ce titre.
  • Jérôme Kério, musicien accompagnant Amir à l’Eurovision 2016 et animateur du Morning du Matin sur Oüi FM, fait également partie d’un tribute band à Michel Berger intitulé… Les Princes des villes. La boucle est bouclée.

La pépite actuelle à l’international : PJ Harvey, The Wheel (2016)

Ma jeunesse dans les années 1990 m’a fait découvrir le Lilith Fair Festival, fondé par Sarah McLachlan, où la scène féminine était mise en exergue. Dans cette veine se situait PJ Harvey, bien qu’elle n’y ait jamais joué. Je me suis toujours dit qu’un jour, il faudrait que j’explore son répertoire. L’occasion m’en est donnée alors qu’elle va fêter l’an prochain ses 25 ans de carrière, mieux vaut tard que jamais. En effet, je suis tombée en pâmoison dès la première écoute de ce titre. Et j’ai été fascinée par l’explication des conditions d’enregistrement de l’album par Dom Khiris : en gros, ça a été enregistré à l’arrache dans un musée londonien. C’est d’autant plus badass.

La pépite actuelle en France : Radio Elvis, Les moissons (2015)

Après La traversée, l’été dernier, je retrouve avec plaisir ce groupe que j’ai découvert en concert au Oüi FM Festival en juin 2015. Si le son est minimaliste – je dirais même calibré à certains standards de production à la française dans les années 2010 –, je suis davantage séduite par les textes et par le chant. Ce genre de texte et de chant qu’avaient des artistes dans les années 1980 (Alain Bashung, Daniel Darc) qui sont devenus des mastodontes dans les années 2000. C’est pour cette raison que je mise sur une élévation de Radio Elvis au rang de classique dans les environs de 2035.

La déclaration d’amour : The Stones Roses, Waterfall (1989)

Depuis presque trois ans que je suis avec le Mari, j’ai appris à gérer toutes ses marottes musicales. L’une d’elles est un groupe, je vous le donne en mille, de Manchester, dont il m’a rabattu les oreilles pendant deux ans avant de me faire écouter leur premier album. Je ne saurais que reconnaître la qualité de cet enregistrement dont est tiré ce titre. Et je suis tellement connectée spirituellement à mon cher et tendre qu’il suffit que j’écoute les premières notes de cette chanson dans le bus pour le voir apparaître comme par magie dans la rue.

La perte ultime : Prince, Purple Rain (1984)

La seule chose que j’ai à dire est que 2016 pue vraiment de la gueule. Sincèrement.

La playlist à Patoche

Mais qui est Patoche ? Patrick Rouiller, Suisse de 28 ans et tâcheron des télé-crochets suisses, allemands et français, est mon chouchou absolu de cette moribonde Nouvelle Star 2016 qui ressemble de plus en plus à The Voice, ce qui n’est pas pour me plaire. Joey Starr n’y change rien, la formule Nouvelle Star est en voie de péremption.

Malgré tout, Patrick gagne tout mon amour en reprenant de manière très élégante tout ce qu’il touche. Il a surtout réalisé mon fantasme absolu : prouver que Partir un jour des 2B3 était en vérité une chanson de jazz. Je vous laisse juges, mais moi, je suis devenue folle le jour où j’ai entendu ça pour la première fois :

Bref, même si je sais qu’il n’a pas le poids pour gagner face à Mia « la sorcière », l’ami Patoche m’a permis de découvrir et de redécouvrir de vraies petites pépites. Voici les trois chansons qui symbolisent mes prestations préférées.

Michel Legrand, Les moulins de mon cœur (1969)

Cette claque qu’a été la prestation des castings m’aura au moins permis de redécouvrir la version originale de ce morceau-marronnier de télécrochet qui a le mérite de me filer de vrais frissons. En effet, la plupart des reprises postérieures n’ont évidemment pas la classe que lui a adjointe Michel Legrand, et cette chanson a fini par me gonfler, tellement j’en ai connu de versions massacrées. Patrick a eu le mérite d’être d’une sobriété absolue, ce qui a rendu ses lettres de noblesse à la chanson.

The Beatles, Golden Slumbers/Carry That Weight/The End (1969)

Cette chanson est tirée de mon album préféré des Fab Four, à savoir Abbey Road. Le Mari vient de m’indiquer que l’illustration que je vous ai durement piochée sur Dailymotion est un raw mix (donc pas le mix définitif), mais c’est la seule version présentable et réellement chantée par les Beatles dans leur ensemble. Patrick l’a interprétée durant l’ « épreuve du feu », à savoir l’ultime écrémage avant les émissions en direct sur D8. Je n’ai pas vu à la télé, mais j’ai quand même réussi à trouver plus d’intensité dans l’interprétation de Patrick que dans l’interprétation originale.

Dick Annegarn, Bruxelles (1974)

Déjà, chanter du Dick Annegarn dans un télécrochet français relève du génie absolu en termes de choix de programmation, même si les tragiques événements du mois dernier ont influencé la production de Nouvelle Star dans ce choix. Là aussi, je vous laisse prendre la mesure du mec :

Et à chaque fois que je regarde cette prestation, je n’ai qu’une réaction :

En attendant d’autres aventures musicales, je vous souhaite que ce printemps 2016 voit fleurir vos amours, vos projets et vos oreilles.

#33ChansonsThon

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Aujourd’hui, mercredi 30 mars 2016, j’ai 33 ans. Et avoir 33 ans pour moi revêt la même importance symbolique qu’en avoir 29 à l’époque, même si cela n’a pas la même portée psychologique. Comme me le disait un des messages d’anniversaire que j’ai reçus : « C’est quand même un beau symbole que de fêter ses 33 ans juste après Pâques. ». Et à chaque passage d’âge symbolique équivaut le nombre des années en chansons.

Si, pour mon 29e anniversaire, j’avais fait un décompte du 1er au 29 mars 2012 sur les réseaux sociaux en postant une chanson par jour de 2012 à 1984, cette année, j’ai décidé de me faire offrir 33 chansons par 33 personnes différentes. J’ai réussi au final à m’en faire offrir 25 par 24 contributeurs. Oui, j’ai accepté qu’une personne m’offre deux chansons, mais ce n’est pas le Mari. J’ai donc décidé de classer ces contributions par thématiques.

Les messages lambda de bonne journée d’anniversaire

Amy Winehouse, It’s My Party (2010)

A l’origine est la chanson de Lesley Gore, en 1963, reprise la même année par Richard Anthony. C’est précisément cette version originale de la chanson qui m’a été dédicacée, mais j’ai demandé à la personne si je pouvais utiliser la version de ma regrettée Amy.

The Specials, A Message To You Rudy(1979)

Une petite chanson toute mignonnette d’une personne qui me tarde d’être vue dans n’importe quel état qu’elle se trouve…

Lou Reed, Perfect Day (1972)

Cette chanson est à double tranchant. D’une part, la personne qui m’a dédiée cette chanson l’a fait dans un objectif très mignon. D’autre part, cette chanson me fait chialer au possible. Donc merci, mais avec la gorge serrée.

Quand on me souhaite de l’amour (de l’amour de l’amour de l’amour)

George Harrison, Learning How To Love You (1976)

Ceci est la première chanson qui m’a été dédiée, et je n’en attendais pas moins de la personne qui est l’auteur de la dédicace (moi aussi, je t’aime).

Véronique Sanson, Amoureuse (1972)

La personne qui m’a dédiée cette chanson est une petite farceuse : en effet, dans quelle mesure a-t-elle dédiée cette chanson à moi-même ?

Todd Terje feat. Brian Ferry, Johnny & Mary (2014)

A l’origine est la chanson de Robert Palmer (1980) qui servit d’habillage sonore aux publicités de Renault dans les années 1980. Mais j’avoue que cette version assez planante correspond davantage à l’esprit que je me fais de la chanson en en comprenant les paroles. Par conséquent, je remercie la personne qui me l’a dédiée pour cette jolie découverte.

The Cure, Lovesong (1989)

La personne qui m’a dédiée cette chanson suit assez bien mon feed Facebook pour avoir compris ce qui plaît au Mari…

Camille, Mon petit vieux (2002)

Chanson dédiée par une personne d’un goût sûr qui s’émeut de l’image que je donne avec le Mari. J’avoue que cette personne est elle-même très mignonne avec la personne qui partage sa vie.

Quand on a poussé le délire christique un peu loin

Taizé, O toi, l’au-delà de tout (2012)

Là aussi, je n’en attendais pas moins de cette personne, avec laquelle j’ai partagé mes premiers séjours dans cette sympathique communauté.

David Bowie, Rock’n’Roll Suicide (1972)

Evidemment, quand on parle de la mort du Christ ou d’un quelconque demi-dieu tel que Ziggy Stardust…

Marvin Gaye, Mercy Mercy Me (1971)

Beaucoup d’émotion quant à la dédicace de cette chanson. D’une part, je partage avec la personne qui me l’a dédiée un amour sans faille pour la soul. D’autre part, elle voulait par cette chanson me témoigner de son cheminement personnel en termes de spiritualité, et je la remercie d’avoir assez confiance en moi pour partager cela avec moi.

Depeche Mode, Personal Jesus (1990)

Petite blagounette sur Priscilla Presley qui considérait Elvis comme son Jésus personnel. C’est d’ailleurs la bio de cette même Priscilla Presley qui a inspiré cette chanson.

Claudio Monteverdi, Laudate Dominum – SV 287 (1640)

et

Gabriel Fauré, Requiem – Sanctus (1887)

Quitte à pousser le délire christique trop loin, autant me dédier des chants sacrés issus des périodes baroque et post-romantique…

Quand on me connaît un peu trop bien

Maracatu Leao Coroado, Senhora Do Rosario

Mon refrain préféré lors de mes sessions d’orchestre que je hurle dès que l’occasion se présente. Logiquement, on essaie de jouer ce morceau le moins souvent possible…

Ten Years After, I’m Going Home (1968)

et

Nirvana, All Apologies (1993)

C’est donc une seule et même personne qui a eu le privilège de me dédier ces deux chansons. J’aime l’idée qu’elle se rappelle à travers ces chansons ce que nous avons vécu ensemble il y a une vingtaine d’années, malgré le fait que la vie nous a séparées.

Quand on décide de me faire découvrir son propre univers musical

Les huit chansons qui vont suivre m’ont été dédiées avec un objectif très précis : sortir de mes sentiers battus pour aboutir à un vrai moment de partage. Et je trouve ça plutôt cool.

The Smiths, Panic (1986)

http://youtu.be/JlYXp_3A64k

Dave Matthews Band, Two Step (1996)

http://youtu.be/-ZfBIiz2sbA

Sidi Wacho, Con Sabor (2015)

http://youtu.be/aww3IFe1WvM

Juliette Katz, Tout le monde (2011)

http://youtu.be/7IWgPteOSck

Billy Joe Royal, Hush (1967)

http://youtu.be/QoJP65nAMGA

The Kinks, Lola (1970)

http://youtu.be/LemG0cvc4oU

Slim Whitman, North Wind (1953)

http://youtu.be/RnoMYcxWHj4

Kent, Things She Said (1998)

http://youtu.be/Bdsjm9J6c9A

*

Si vous avez compté, ça fait donc 25 chansons sur 33. J’ai donc décidé de compléter avec 8 chansons de 1983 que je n’ai pas l’habitude de publier sur le blog, mais que j’aime beaucoup.

Bernard Lavilliers & Nicoletta, Idées noires

http://youtu.be/E8EOhsoVSiI

U2, New Year’s Day

http://youtu.be/vdLuk2Agamk

Eurythmics, Sweet Dreams (Are Made Of This)

http://youtu.be/qeMFqkcPYcg

The Police, Every Breathe You Take

http://youtu.be/OMOGaugKpzs

Axel Bauer, Cargo de nuit

http://youtu.be/gO96CaLFRBw

Toto, Africa

http://youtu.be/FTQbiNvZqaY

Toto Cotugno, L’Italiano

http://youtu.be/kuwlRavKrXc

Kajagoogoo, Too Shy

http://youtu.be/qsjzcT1QKYs

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Encore merci pour les différents messages, chansons, coups de téléphone, tweets, bisous, chocolats… 33 ans, tout un symbole qu’il m’a plu de fêter avec vous tous.

10 génériques de séries qui m’ont marquée

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télévisionComme je l’ai expliqué plusieurs fois, mon rapport aux images est très conflictuel. La plupart du temps, quand je « regarde » quelque chose sur Internet ou à la télévision, je fais autre chose en attendant. Et je ne parle même pas du cinéma qui revêt pour moi une véritable torture. Il faut vraiment que le film soit exceptionnel dans son contenu pour que je ne regarde pas ma montre toutes les cinq minutes.

Mon rapport à l’image est, comme d’habitude, dicté par la musique. Mon intérêt pour une série est bien souvent fondé sur le générique. Il arrive même que je n’aime pas du tout la série, mais que j’adooore le générique. J’ai vécu l’expérience très récemment avec X-Files : j’ai remercié Chris Carter de ne pas avoir « refondu » le générique original de 1993 pour la diffusion de la 10e saison en 2015-2016 et d’avoir ainsi respecté ma madeleine de Proust.

Voyons maintenant comment et pourquoi j’ai été accro à une série à cause de son générique – ou pas.

X-Files (Mark Snow, 1993)

Puisqu’on en parle, et puisque la 10e saison vient d’être diffusée sur M6 entre fin février et début mars 2016, j’ai été donc ravie qu’il n’y ait pas eu de refonte ou de remix du thème original. En effet, bien que la dramaturgie de la série ait pris de nouveaux enjeux et que la problématique des personnages ne soit plus forcément la même, cela permet une continuité après 12 ans d’interruption. Et ça, c’est beau.

Hawaï Police d’Etat (Morton Stevens, 1968)

Nous avons ici l’exemple inverse de X-Files, à savoir un générique qui a connu un remix lors de son reboot en 2010. Le Mari trouve cela légitime, dans la mesure où ce ne sont pas les mêmes acteurs (la première série s’étant arrêtée en 1980, et Jack Lord, l’acteur principal, étant mort en 1998). Mais pour moi, le fait que le générique ait été remixé pour Hawai Five-0 a contribué à mon désamour pour le reboot, alors que j’ai de bons souvenirs de la série originale. En plus, les acteurs du reboot jouent très très mal. C’en est à pleurer.

Doctor Who (Rob Rainer, 1963)

Nous avons le cas ici d’un générique qui se fait remixer à chaque changement de Docteur, mais dont le thème reste le même depuis le début de la série. Il est malgré tout de réorchestrer le thème à chaque incarnation du Docteur. Si le thème est réorchestré de manière minimaliste durant la première série, les différentes orchestrations depuis 2005 sont bien plus éclatantes. Ne m’étant intéressée qu’à la « nouvelle » série notamment grâce notamment grâce au reboot de Murray Gold en 2010, j’ai peur aujourd’hui d’aborder les épisodes « classiques » quand j’entends le minimalisme qui a perduré de 1963 à 1989. Et pourtant, le Mari pousse mon vice dans ce sens en m’ayant offert à Noël une sélection de la série classique…

V (Joe Harnell, 1983)

Si je devais définir une vraie madeleine de Proust des années 1980 – encore une fois, merci Marie Mistigri d’avoir eu dès ton enfance une culture très freak et de m’avoir engrainée dedans –, c’est bien la série V. Certes, à l’âge de 5-6 ans, j’étais un peu petite pour en comprendre le propos sous-tendu, mais tant la musique que le contenu du générique m’a marquée à jamais. Il faut dire que des lézards extraterrestres qui envahissent la Terre pour faire des humains leur nourriture a le mérite d’intriguer n’importe quel spectateur, à n’importe quel âge.

Supercopter (Sylverster Levay, 1984)

Déjà, parce que je trouvais la série était over the badass – vous aurez remarqué avec V  que je regardais pas mal la Cinq quand j’étais petite –, mais ce générique, bordayl de merde, ça doit être le générique le plus emblématique des années 1980 avec ceux de Magnum et de K2000. Mais Supercopter a sur moi la suprématie sur ces deux séries que j’aimais pourtant beaucoup. Pourquoi ? Parce qu’il y avait une dimension plus largement familial dans le matage de Supercopter, alors que j’avais plus l’habitude de mater la télé avec ma sœur seule. Et puis cette parodie de cour d’école : Oh Supercopter, la bite en l’air, le cul par terre…

L’homme qui valait 3 Milliards (Oliver Nelson, 1974)

Encore une série sur la Cinq, mais un générique qui m’a tellement traumatisée, putain ! Déjà, voir un crash, des trucs qui explosent, ça fait peur quand le premier souvenir télévisuel est Tchernobyl. D’autre part, étant donné ma phobie du secteur médical, entendre ces bip bip partout est une vraie torture. Là aussi, je trouvais la série cool – le héros était devenu un super-héros –, même si je préférais le spin-off Super Jamie parce que c’était une fille. Quand bien même je résistais aux injonctions girly en stabilotant les Barbie de ma sœur et en coupant mes cheveux, quand il fallait choisir des modèles télévisuels, c’étaient Super Jamie et Wonder Woman.

Mac Gyver (Randy Edelman, 1985)

Diffusée sur TF1, cette série est l’archétype de ce que je voyais à la maison. En effet, ma mère se faisait surnommer dans le milieu professionnel Mac Gyver, et pour l’avoir vue à l’œuvre, je peux vous assurer que cette réputation est largement méritée. Je croirais presque entendre le générique quand, lors de colonie de vacances ou des séances de récré, en l’absence d’AspiVenin, elle demandait à quelqu’un d’allumer une clope pour brûler le venin d’une piqûre de guêpe. Je vous raconte ça dans le contexte des années 1990, parce que maintenant, elle a toujours sa dose d’Apis Mellifica 15CH sur elle pour ce genre de désagrément. Ma mère, ce héros badass en puissance.

Starsky et Hutch (Haïm Saban/Lionel Leroy, 1982)

Oui, je vous ai mis le générique français, parce que le générique original ne me parle pas, comme il ne parle à aucun lecteur français de cette chronique. Ce générique est d’autant plus culte que j’entends encore ma sœur chanter Tartiiiiine Pléboche ! Lalalalalala ! C’est là que je remarque que j’ai été pas mal marquée par les séries policières dans mon enfance, parce que c’était le moment de divertissement de ma maman.

Madame est servie (Larry Carlton, 1984)

Ce générique est mythique dans la mesure où ma sœur et moi nous dépêchions de finir de manger dès lors que la musique retentissait. C’est la première série pour laquelle je me suis prise de passion véritable et où j’étais plus dans le rôle de spectatrice que d’accompagnatrice de ma sœur. Même si c’était diffusé sur M6 à l’époque, et qui disait M6 à l’époque disait…

Gros traumatisme, donc.

Urgences (James Newton Howard, 1994)

J’avoue, au début, c’était le signe pour aller me coucher le dimanche soir et pour laisser ma sœur et ma mère baver sur le Dr. Ross. Et puis ce fut le signe qu’il fallait rejoindre ma mère devant la télé parce que j’étais tombée amoureuse du Dr. Carter et que je m’étais émue de la fin du Dr. Greene – sachant que j’ai vu pour la première fois l’épisode qui relatait sa mort d’une tumeur au cerveau en novembre 2002, quelques jours après le décès de mon cousin. J’ai dû suivre à partir du départ de George Clooney de la série, soit à la fin de la saison 5. Mais Dieu que ça a rythmé mes dimanches soirs plus que le générique de Ca Cartoon.

Comme vous auriez pu le comprendre, c’est ma sœur qui m’a amenée à m’intéresser à la télé, et ces génériques étaient aussi l’occasion de la voir sortir de son agitation et se poser tranquillement, comme un réflexe pavlovien. Quand j’y repense, je dirais même que la plupart des séries que je matais jusqu’à 22 ans, je les matais avec ma sœur. Mon expérience personnelle de la télévision a alors commencé, et je me suis mise à m’intéresser à des documentaires, aux émissions musicales… Mais rien n’aura mieux marqué mon enfance que les génériques de séries télévisées.

Dix chansons… de rupture ratée

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L’année 2016 marque donc ma troisième saint Valentin de couple et mon premier en tant que femme mariée. Et, comme d’hab’, le Mari et moi n’avons pas fait les choses dans les règles de l’art – je suis même certaine qu’il est en train de me maudire tout seul dans son coin au moment où j’écris ces lignes. Quoi qu’il en soit, qu’importe ce que l’on a fait, on l’a fait à deux et c’est bien ça le principal. De toute façon, depuis le temps que vous me connaissez, vous savez que je n’aime pas trop les 14 février…

J’ai eu l’idée de cet article par mon camarade Pierre, ma petite salope de l’amour, qui s’est écrié ce matin sur Twitter :

Je vais donc parler pour cette saint Valentin musicale des ruptures ratées. Qu’elles soient molles – je t’aime, mais je te quitte parce que je souffre de t’aimer –, ou carrément lâches – j’ai deux-trois exemples en tête,

Petite illustration en musique, donc.

Jeane Manson, Avant de nous dire adieu (1976)

La chanson sus-criée par mon Pierre, preuve que les références Twitter ne sont pas des plus fraîches lorsqu’on veut faire du second degré.  Sinon, la chanson me rappelle ma réaction, il y a cinq ans, lorsque j’ai eu une histoire avec un jeune homme qui me lâche au bout d’une semaine : « Nan, je me suis bien éclaté avec toi, mais t’es vraiment hystérique. » Ha la la, je n’aimerais pas revivre mes 28 ans sur le plan émotionnel…

Joe Dassin, Salut les amoureux (1973)

Si cette chanson est une adaptation française du City Of New Orleans de Steve Goodman (1971), elle est surtout difficile à entendre lorsqu’on a vécu la situation. En effet, la rupture où il persiste un flottement quant aux sentiments n’apporte rien de bon dans la reconstruction émotionnelle qui s’en suivra.

Adele, Someone Like You (2011)

Dans mon vécu émotionnel, cette chanson est la suite logique de la précédente : lorsque l’autre s’est très bien remis émotionnellement de votre histoire au point de se remettre en couple, et que, de notre côté, on en est encore à digérer l’histoire, c’est juste pas cool.

2B3, Partir un jour (1996)

Là, on n’est même plus dans la rupture molle, mais dans la rupture de gros lâche. Oui, comme dans le cas du jeune homme que j’ai cité pour Jeane Manson. Mais je pense que la pire phrase de la chanson est Sans se retourner, ne pas regretter, penser à demain recommencer… Et tu te retrouves, 10 ans plus tard, avec une meuf qui te dit : « Hey, tu fais quoi maintenant ? Bah moi, chuis posay avec mes gosses, toussa… Et toi ? Han, tu niques encore à droite, à gauche… Tu vois, je te remercie, parce que grâce à toi, j’ai su ce que je ne voulais plus comme connard… ».

The Beatles, For No One (1966)

La chanson n’est pas ratée, en soi, puisque c’est l’une de mes préférées de Macca. Mais l’histoire du mec qui interprète mal les pleurs de sa désormais ex-compagne (« Si ça se trouve, elle a besoin que je m’occupe d’elle… », alors que, du côté de la demoiselle, le deuil de la relation se fait) peut se révéler classique chez les amoureux pas forcément émotionnellement matures – sachant que Macca avait 24 ans lorsqu’il a écrit cette chanson, hein.

Kévin Prototype, Ton absence m’emprisonne (2012)

Je ne remercie pas Antoine Daniel, dont je suis pourtant ultra-fan, de s’être occupé du cas de ce jeune homme qui vit très mal sa rupture. Au point de faire une chanson de R’n’B moisie qui a, dans certains aspects de la composition, au moins 15 ans de retard. Non seulement c’est pourri, mais, dans sa douleur de vivre, il en a perdu tout le mécanisme d’articulation. Et c’est une meuf qui a sérieusement besoin de cours d’orthophonie qui le dit.

The Scorpions, Still Loving You (1984)

La meuf est partie, mais le bonhomme lui propose quand même son amour pour la faire revenir, après apparemment l’avoir blessée dans son orgueil. Grosse faute professionnelle quand même, de proposer encore ton amour après avoir touché à l’orgueil. C’est comme proposer à ta meuf de l’emmener chez Big Fernand alors que tu t’es moqué de sa récente prise de poids.

Jackie Lomax, How Can You Say Goodbye (1969)

Proposition du Mari, quand il a enfin compris le concept du papier (il faut dire que je suis his first, his last, his everything, donc il a du mal à comprendre le concept de rupture amoureuse ratée). Encore un type qui s’accroche comme une moule à son rocher en ne comprenant pas ce qu’il passe… Ce titre a fait un bide – peut-être à cause de la voix de veau du chanteur –, mais c’est rendre une cruelle injustice aux quatre musiciens studios : juste trois des quatre Beatles (Johnny est parti cuver son crack je ne sais où) et Eric « Dieu » Clapton.  Comme quoi, hein.

Gérard Lenorman, Voici les clés (1976)

Là, on est vraiment dans le concept de la porte ouverte et du chantage affectif. C’est moche, Gérard, très moche. C’est pour cette raison que, le jour où on a décidé de quitter quelqu’un, il est préférable d’emmener TOUTES ses affaires d’un coup et ne rien laisser derrière soi.

Mano Negra, Pas assez de toi (1990)

Pour ma dernière proposition, j’avais envie d’explorer un aspect de la rupture ratée plutôt absent : la vengeance. Car une rupture est aussi ratée quand l’être quitté prend le fait de faire disparaître l’être anciennement aimé au sens propre. Je peux très bien me passer de toi, mais si je pouvais éviter de te croiser dans la rue à tout jamais, ça m’arrangerait mieux, tu vois…

Bref, j’espère que les amoureux ne se sont pas trop frité aujourd’hui et que les célibataires ne se sont pas trop voilé la face. En tout cas, sous n’importe quelle forme, je laisse le soin à notre Johnny national d’exprimer ce que je vous souhaite…

Leçons de musique du professeure Giovanna #2 : Inspiration en majeur ou en mineur.

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Il y a un peu plus de 6 ans, j’avais écrit pour Ladies Room une leçon de musique sur la réorchestration, le sample et la reprise. C’est un sujet qui me tient à cœur, tant la musique, depuis ses balbutiements les plus anciens, s’est nourrie des diverses couches d’airs plus ou moins populaires selon les époques.

Aujourd’hui, je voudrais parler de la construction d’une mélodie selon une gamme d’harmonie majeure ou mineure. Et quand je parle de gamme d’harmonie majeure ou mineure, c’est selon les critères des gammes à l’européenne – heptatonique et chromatique –, majoritairement utilisée dans les musiques que j’écoute (à savoir tout ce qui est musique classique et populaire). Je ne vais pas vous péter les noix à vous expliquer les spécificités entre les différentes gammes, la fiche Wikipedia est très exhaustive et ce serait vous remplir la tête avec pas grand-chose.

La musique classique (depuis le XVIe siècle) et la musique populaire européennes utilisent donc 12 notes : do – do#/réb – ré – ré#/mib – mi – fa – fa#/solb – sol – sol#/lab – la – la#/sib – si. Le notes, mises ensemble, forment des harmonies sous forme d’accords. Les accords ouverts simples sont composées de quintes tempérées (do/sol, do#/sol#, etc.). On parle d’accord majeur ou mineur lorsqu’une note à la tierce de la note de base vient s’ajouter. L’accord est majeur lorsque la note à la tierce est augmentée (comme dans do-mi-sol), il est mineur lorsque la note à la tierce est diminuée (comme dans do-ré#/mib-sol). On ne va pas parler des accords augmentés pour l’instant, ça va être trop chiant.

Et composer une chanson ou un air avec une base d’accords majeurs ou mineurs n’a pas la même incidence. Dans l’inconscient collectif des sociétés écoutant de la musique populaire à la mode européenne au XXIe siècle, les chansons écrites en mode majeur ont la réputation de parler de choses gaies et entraînantes, alors que les chansons écrites en mode mineur ont la réputation d’exprimer le désespoir, la tristesse, la colère, etc. Même si cela se vérifie sur un certain répertoire, j’ai deux contre-exemples évidents en tête :

  • Un monde parfait d’Ilona Mitrecey, qui se base certes sur trois accords, mais dont le mode dominant est considéré comme mineur.

  • Creep de Radiohead – grand groupe de dépressifs s’il en est –, dont le mode dominant est le majeur.

Pourquoi ai-je voulu m’intéresser à cela aujourd’hui ? Parce qu’en décembre 2015, j’ai découvert à travers cet article de Topito le travail d’Oleg Berg, un musicien ukrainien qui a décidé de s’amuser à trifouiller les plus grands tubes pour les changer de mode harmonique. Il a donc à son actif à peu près 100 détournements sur sa chaîne Youtube. Sa technique : bidouiller par ordinateur les notes (un peu comme la technique des shreds postés sur Youtube) pour faire quelque chose d’à peu près harmonieux, mais dans le mode inverse de départ. Techniquement, c’est plus ou moins réussi – mon oreille avertie aux variations de qualité sonore est plus sensible aux défauts techniques qui se ressentent sur certaines vidéos.

La réaction de la plupart des gens, en écoutant ces versions shredées, est le malaise. En effet, changer le mode harmonique d’une chanson, de surcroît connue, interroge l’auditorat sur son contenu, voire même (encore et toujours) sur la manière ou la finalité de l’écoute d’une chanson. Que retient-on d’un air ou d’une chanson ? Sa substance ou sa signification ? Personnellement, sur certaines des vidéos que j’ai consultées, j’ai trouvé que certains passages du mode majeur au mode mineur révélaient la véritable signification de la chanson, alors que beaucoup de passages du mode mineur au mode majeur – les chansons entraînantes – rendaient les chansons putassières.

Voici donc une petite sélection de mes cinq passages préférés.

REM – Losing My Religion

Ce bidouillage n’est pas d’Oleg Berg et il est techniquement bien réalisé. Je trouve que le changement de mode n’a pas rendu la chanson putassière et j’ai ma petite explication. L’orchestration de départ, selon moi, ne rend pas justice au propos nihiliste de la chanson car celle-ci compense ledit propos par une ambiance pop et folk positive. Par conséquent, le changement de mode ne dénature pas le propos de la chanson, puisque la chanson de départ est en soi un duel d’ambiance.

The Beatles – Hey Jude

et

The Beatles – Let It Be

Je trouve le traitement de ces deux chansons de Paul Mac Cartney très intéressant. D’une part, ces sont des chansons dont le propos général est triste, mais dont la mélodie en mode majeur appuient la volonté d’apporter un réconfort face à la tristesse du propos. En passant ces chansons en mode mineur, il me semble que le mode majeur adopté par Macca au départ a une fonction bien hypocrite, et que l’on voit le sens véritable du propos soutenu à travers le passage en mode mineur.

Michael Jackson – Black or White

Personnellement, je trouve la chanson aussi bonne passée en mode mineur. Je dirais même que le passage donne un côté powerful à la chanson là où l’excès de positivisme du mode majeur a un peu tendance à réduire la puissance du propos tenu. Mais quand je l’ai faite écouter à la Siamoise, grande fan de Michael Jackson, elle a trouvé comme seule explication à son malaise le fait que la mélodie ne collait plus à la session rythmique du morceau. C’est son ressenti, je le respecte, mais à mes oreilles, son explication a sonné comme incohérente.

Thème de Tetris

Là, il n’y a pas de propos à tenir, mais juste une ambiance suggérée. Et l’on passe d’une atmosphère russe à une ambiance lambda de jeu pour enfant de moins de 7 ans. C’est rigolo, même si c’est très iconoclaste.

Le mode harmonique d’un air ou d’une chanson n’est donc pas innocent dans la perception que chacun a de cet air ou de cette chanson. La plupart du temps, il est à relier avec le propos général de la chanson pour former son ambiance générale. Les propositions de « perturbations » d’ambiance telles qu’elles peuvent être proposées par Oleg Berg reflètent la nécessité de chacun à réinterroger constamment son univers musical.

Vivre mille vies

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Ce vendredi 8 janvier 2016, j’étais super contente en rentrant du travail de trouver le Mari tout sautillant d’avoir reçu Blackstar de David Bowie qu’il avait précommandé. D’ailleurs, nous l’avons écouté dans la foulée. Les sept titres de l’album sont un reminder de tout ce qu’il a fait de plus expérimental dans les années 1990. Le Mari est fou de joie d’avoir retrouvé les sensations qu’il avait à l’écoute d’Earthling. Perso, j’ai pas mal aimé sa période nineties, mais j’ai eu l’impression d’être baladée un peu partout au point de perdre mes repères. J’ai eu du mal à entrer dans Blackstar, mais il en est ressorti beaucoup de positif.

Ce matin, lundi 11 janvier 2016, j’entends les animateurs de ma radio râler sur une sale rumeur qui s’est diffusée : David Bowie serait mort. Il y eut un moment de flottement, d’agacement, jusqu’à 8h, heure à laquelle toutes les rédactions ont reçu le tweet de Duncan Jones, son fils, affirmant cette nouvelle. J’en étais tellement bouleversée que j’en ai loupé mon arrêt de bus. Et je vous avouerai que, depuis ce matin, mon monde ne tourne pas rond. Certes, David Bowie cultivait depuis 2003 le culte du secret, mais comment a-t-il pu cacher aussi bien cette souffrance qui le rongeait depuis 18 mois pour livrer un testament des plus beaux ?

Je n’ai pas à cœur de retracer sa carrière, d’autres le feront mieux que moi. J’ai quand même à la maison un bon aperçu de sa discographie, grâce au Mari. Mis à part Furyo (1983), je ne me suis pas intéressée à sa carrière cinématographique. Mais ce que l’Histoire retiendra de lui – et Dieu sait si je sais que l’Histoire ne retiendra pas tant d’artistes que cela –, c’est qu’il faisait partie de la race des performeurs, de ces artistes totaux qui ne négligeaient aucune facette de leur art. Car David Bowie n’était pas seulement musicien, acteur, maquilleur, costumier, producteur, il était. Point barre.

Il avait pris pour habitude, dans les années 1970, de créer une personnalité différente pour chaque album, sans pour autant perdre la cohérence profonde de David Robert Jones. Y compris dans sa vieillesse, il n’a pas réussi à faire deux albums de la même facture. Il n’y a qu’à faire une écoute comparative de The Next Day et Blackstar pour s’en convaincre. Rares sont les artistes qui, d’un album à un autre, décident de faire à chaque fois un terreau d’expérimentation musicale, visuelle, sensorielle et émotionnelle.

En cela, il était un modèle pour tous mes contemporains dont la conquête de leur identité n’était pas des plus sereines. En allant à chaque fois jusqu’au bout de ce qu’il voulait être, David Bowie a relevé la gageure d’être soi-même tout en vivant mille vies. Pourquoi est-ce une gageure ? Parce qu’il ne suffit pas d’admettre que soi-même peut être un autre tout en gardant sa cohérence. Il faut aussi que son entourage et le monde extérieur admette cet état de fait. Certes, à son époque, David Bowie a su faire perdre le sens commun à beaucoup de personnes avec ses multiples transformations, comme beaucoup de personnes encore aujourd’hui choquent par leur transformation de vie, que ce soit pour une simple coupe de cheveux ou un changement de sexe.

La vie publique de David Bowie, plus qu’un immense show sur une cinquantaine d’années, nous interroge chacun notre tour sur notre rapport à nous-mêmes et aux autres. Sommes-nous ce que nous voulons montrer ? Est-ce que ce que nous sommes à un moment donné détermine ce que nous serons plus tard ? Sommes-nous des êtres conditionnés par le regard des autres ? Nous-mêmes, conditionnons-nous les autres par notre regard ou le transfert de nos envies ? Doit-on impérativement être nous-mêmes, quitte à aller dans un sens totalement contraire à ce que les autres attendent de nous ? Mais surtout, comment pouvons-nous rester nous-mêmes quand nous sommes exhortés à devenir le contraire ?

Enfin, comment concilier des milliards de personnalités en une seule, sans passer pour un schizophrène ? A titre personnel, j’ai maintenant pris l’habitude de dire que j’ai vécu quatre vies et que j’ai entamé la cinquième en juillet 2015. Ceux qui me connaissent depuis mon enfance ne sont pas forcément sensibles à la rupture de ton qu’ont représentés mes 8 ans, mes 17 ans, mes 25 ans et mon mariage. Mais je peux affirmer que je suis bien morte à moi-même et que j’ai généré une nouvelle forme à chacune de ces ruptures. Malgré tout, telle le Docteur, aux yeux des autres, j’ai la même âme depuis 33 ans.

Quand je pense à David Bowie, je pense à ces ruptures de ton que nous sommes tout à chacun amenés à vivre. Cela peut prendre des formes spectaculaires, comme cela peut être le fruit d’une évolution de plusieurs années. Pour David Bowie, cette conscience de lui-même a amené des ruptures de ton brutales aux yeux des autres qui l’ont fait prendre pour fou. C’est pourtant le même cœur, la même âme qui générait les transformations de son apparence aux yeux du monde. Admettre que David Bowie ait pu rester cohérent dans sa manière d’être malgré ses différentes personnalités, c’est admettre que nous cherchons tous à évoluer pour transmettre aux yeux des autres ce qu’il y a de plus véritable en nous-mêmes, quitte à aller à l’encontre du façonnage du regard des autres.

Voilà ce que David Bowie m’a inspiré et continuera de m’inspirer. C’est certes confus, puisque j’écris avec des larmes. Mais gardons à cœur désormais d’évoluer dans notre manière d’être jusqu’à devenir des héros, quitte à ce que ce soit pour un seul jour.

10, 20, 30, 40, 50 : La classe 6 en chansons

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Cette année, j’ai décidé de faire comme article inaugural l’article qui me fait bien rigoler depuis que j’en ai eu l’idée il y a deux ans avec le Mari. Mais comme l’être qui partage désormais mon lit et dont l’ordinateur partage la place avec le mien a d’autres projets d’écriture, je continue en solitaire cette exploration historique de mon univers musical qui s’étend de la seconde moitié du XXe au début des années 2000.

Pourquoi je persiste à faire ce tour d’horizon sur cinquante ans ? Parce que c’est ce que j’estime faire partie de mon univers musical contemporain. Je vais avoir 33 ans cette année et j’ai acquis l’expérience personnelle de trente ans de musique. J’ai aussi l’expérience personnelle de mes parents et de mes oncles, c’est ainsi que j’estime avoir un univers musical contemporain qui s’étend sur cinquante à soixante ans. Et encore, je ne parle pas des apports de mes grands-mères (dont l’une est encore vivante et m’apprend beaucoup sur l’histoire du début du XXe siècle).

Trêve de blabla : voici mes propositions de réécoute (ou pas) de 1966 à 2006.

1966 : 50 ans après

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Version française : Jacques Brel, Ces gens-là

Oui, c’est belge, mais au moins, c’est chanté en français et cela change des yé-yés. Et si cette chanson est encore très écoutable cinquante ans après, c’est que Jacques Brel n’a pas d’âge. Il a réussi à faire quelque chose d’intemporel dans une époque où la musique était très standardisée. Dans le même genre, il y a La Bohème de Charles Aznavour. On s’aperçoit quand même qu’on a sorti pas mal de trucs foutrement bons en 1966, en France comme ailleurs.

Version internationale : Simon & Garfunkel, For Emily, Whenever I May Find Her

Là aussi, j’ai eu un putain de cas de conscience. Entre Revolver des Beatles, Aftermath des Rolling Stones, Monday Monday des Mamas and the Papas, Blonde on Blonde de Bob Dylan, Happy Together des Turtles, It’s a Man’s Man’s Man’s World de James Brown, Pet Sounds des Beach Boys, force est de constater que l’année 1966 a été pléthorique en termes de pépites musicales. J’ai préféré me concentrer, comme pour la version française, sur quelque chose de vraiment intemporel. En 1966, Simon & Garfunkel ont sorti deux albums, Sound of Silence qui a été enregistré entre 1964 et 1965, et Parsley, Saige, Rosemary and Thyme qui a vraiment été enregistré durant l’année 1966. J’aurais beaucoup aimé mettre Scarborough Fair/Canticle, mais ç’aurait été de la triche, étant donné que c’est une chanson traditionnelle datant du XVIe siècle. J’ai donc mis For Emily… parce qu’elle résume tout à fait l’esprit du duo. Si la plupart des compositions ont été enregistrées dans les années 1960, ils en sont encore en 1966 où ces compositions ne peuvent pas être datées et restent intemporelles. J’ai écouté en comparaison The Boxer, enregistrée en 1968, et où on lit le contexte musical américain de l’époque.

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Version française : Mireille Mathieu, Mon Credo

Réaction du Mari : Tu vas arrêter de nous casser les couilles avec Mireille Mathieu ? Je pense que tout est dit. Mireille Mathieu a trusté sur l’auditorat d’Edith Piaf, sans avoir ni le talent d’interprétation ni les paroliers compétents pour mettre en valeur cette puissance vocale. J’avoue, j’ai longuement hésité avec La plage aux romantiques de Pascal Danel, mais j’ai trop de respect pour les souvenirs musicaux adolescents de ma mère, aussi dégueulasses qu’ils soient.

Version internationale : Mrs Elva Miller, Yellow Submarine

Pour sortir ce qu’il y a de vraiment dégueulasse musicalement en 1966 sur le plan international, j’ai même enquêté sur Bide et Musique. C’est le Mari qui a eu l’éclair de génie (sic) de ressortir ce traumatisme du placard des refoulements mentaux communs. Cette Américaine, décédée en 1997 dans sa 90e année, s’est fait connaître dans les années 1950 et surtout 1960 pour des reprises, on va dire, barrées des tubes du moment. Même si Yellow Submarine n’est pas le meilleur titre des Beatles qui soit, il ne méritait pas un tel traitement. Vraiment.

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1976 : 40 ans après

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Version française : Véronique Samson, Vancouver

J’avais une autre idée en tête, en me disant que le hit-parade de 1976 en France sentait le pays en défaite. Puis j’ai décidé de trier le bon grain de l’ivraie, et je me suis retrouvée à devoir choisir entre Bidon d’Alain Souchon, Sur la route de Memphis d’Eddy Mitchell et donc Vancouver de Véronique Samson. Comme je vous ai pas mal seriné les oreilles avec le premier en 2015 et avec le deuxième en 2013-2014, j’ai préféré sélectionner la seule femme du lot, qui vaut mieux que sa réputation d’alcoolique. Vraiment. Il suffit d’écouter justement une chanson telle que Vancouver pour vérifier qu’elle se démerde très bien toute seule, sans Michel Berger… Même s’il faut avouer, à la réécoute, qu’on sent bien ne serait-ce qu’un souffle de Stephen Stills dans la chanson (Putain, il faudrait que j’arrête de penser qu’une femme ne sait pas se démerder seule en musique, on me l’a reproché plusieurs fois)…

Version internationale : Queen, Somebody to Love

J’aimerais me dire qu’un jour, j’aurai fait le tour de Queen et que j’arriverai à passer à autre chose. Sauf que je n’arrive pas à trouver d’artiste aussi inspiré et inspirant que Freddie Mercury, et que je suis bien contente d’avoir vécu l’époque que je vis pour en prendre la pleine mesure. Mais s’il n’y avait eu que lui dans le groupe : tout charismatique qu’il était, il n’a pas pu effacer totalement les velléités artistiques de Brian May, Roger Taylor et John Deacon. Même John Deacon, le bassiste sans une once de charisme qui pourtant mène la barque sur certains titres du groupe (Another One Bites the Dust pour ne citer qu’un exemple).

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Version française : Gérard Lenorman, La ballade des gens heureux

Vocalement, je ferai le même reproche à Gérard Lenorman qu’à Salvatore Adamo : une voix tellement exaltée qu’elle en devient agaçante. Et même s’il a chanté des chansons pas trop mauvaises dans sa carrière, je pense qu’il est nécessaire de le fusiller juste pour cette chanson. Cet enthousiasme surjoué qui te tape sur les nerfs est capable de faire commettre des meurtres quand on n’est pas dans un bon jour.

Version internationale : The Beach Boys, TM Song

Le Mari, grand exégète du groupe devant l’Eternel, dit qu’après avoir eu vent du « mieux » mental de Brian Wilson, les producteurs cherchaient à tout prix à le faire retourner en studio. Voilà le résultat.

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1986 : 30 ans après

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Version française : Desireless, Voyage Voyage

Pourquoi cette chanson plus qu’une autre ? Parce que, davantage que Capitaine abandonné de Gold, que Les démons de minuit d’Images, qu’Eve lève-toi de Julie Pietri, qu’Ouragan de Stéphanie de Monaco ou que Les bêtises de Sabine Paturel, c’est quand même le seul succès français de 1986 qu’on écoute 30 ans après sans se dire que c’est du second degré.

Version internationale : The Smiths, Bigmouth Strikes Again

Je vous livre cette suggestion avec un pistolet sur la tempe, parce que le Mari pogote sur le spleen et la dépression. Mais j’avoue que la chanson est bonne et qu’elle fait partie des madeleines de Proust qui émaillent mes souvenirs d’enfance et mon cheminement de vie.

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Version française : Emmanuelle, Premier baiser

Et oui, mesdames et messieurs, ce qui a pourri une partie de votre enfance a déjà trente ans. C’est là qu’on se dit que Jean-Luc Azoulay ne s’est jamais remis du doo-wop.

Version internationale : Lionel Richie, Say You, Say Me

Je suis bien consciente que je vais me faire taper dessus, mais cette chanson est le summum de la tartignole durant l’année 1986. Ni plus, ni moins. J’ai beaucoup de respect pour Lionel Richie, dans la mesure où All Night Long fait partie des chansons qui ont rythmé mon enfance. Mais quand même, avouez qu’il chie littéralement dans la colle avec ce titre, non ?

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1996 : 20 ans après

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Version française : FFF, Le pire et le meilleur

J’ai pleuré devant le peu de possibilités que m’offrait le souvenir de l’année 1996 en termes de chansons françaises. Le Mari me proposait des choses très pop – Luka, Doriand – que je trouvais datées. Il m’a même proposé Personne de Pascal Obispo et Un jour en France de Noir Désir, que je ne choisis pas parce qu’il est devenu un hymne au vu des actualités françaises – foutu prêt-à-penser de merde. Je me suis donc aperçue que mon adolescence était trop influencée par la musique britannique, le rap et l’électro pour apprécier la variété française dans son ensemble. C’est pourquoi je propose ce qui me semble le moins grave cette année-là, à savoir un bon mélange de funk et de rock bien senti.

Version internationale : Fugees, Ready or Not

Dans mon entourage de l’époque, tout le monde s’était procuré The Score. Pourtant, il y a eu pléthore de succès internationaux en 1996. Les autres tubes de l’album m’ont vite gonflé, notamment parce que j’ai trop chanté Killing Me Softly à mon fan-club allemand. Mais ce titre surpasse les autres, parce que les samples de départ sont plus classes. Je m’explique.

Vous prenez comme instrumental un titre sans paroles d’Enya :

et vous saupoudrez du refrain d’un titre funky de la fin des années 1960 :

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Version française : Alliage, Baila

1996 a été une année sombre pour la chanson française, notamment à cause du pic d’audience des boys bands. Pour autant, j’ai préféré suggérer Baila plutôt que Partir un jour des 2B3, parce que j’ai eu un grand débat dessus avec le Mari. En effet, je trouve que Partir un jour souffre juste d’une orchestration de merde et qu’elle aurait très bien pu être une très bonne chanson de Michel Jonasz. Tandis que je trouve qu’il n’y a rien à sauver dans Baila : c’est une chanson de merde, point barre.

Version internationale : The Spice Girls, Wannabe

Je n’aimais déjà pas cela en 1996. Je n’aime toujours pas cela en 2016. Même après 5 Black Russians, même lors d’un enterrement de vie de jeune fille, même avec un pistolet sur la tempe, même si je bugge en soirée. Je trouve même que c’est limite insultant pour un pays aussi musicalement distingué que la Grande-Bretagne.

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2006 : 10 ans après

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Version française : Najoua Belyzel, Gabriel

Un one-hit wonder assez sympa en vérité, un des seuls titres français que j’écoute avec plaisir dix ans après. Même si, par la suite, Najoua Belyzel n’a pas connu le succès escompté – son dernier album, sorti en 2015, s’est vendu à 150 exemplaires –, il y avait quelque chose de prometteur à l’époque. Mais contrairement à ce que l’on pensait, la chanson ne parlait pas de bisexualité, mais de mysticisme : la femme abandonnée dans la chanson ne pleurait pas le départ de l’aimé pour un autre homme, mais pour se vouer à Dieu.

Version internationale : Amy Winehouse, Tears Dry on their Own

C’est le seul titre de la regrettée Amy où je me suis écriée Sale pute ! quand je me suis aperçue de la supercherie. En effet, elle a repompé toute l’orchestration de départ de Ain’t No Mountain High Enough version Marvin Gaye & Tammi Terrell. Mais comme Mark Ronson et Salaam Remi sont des producteurs réglos, ils ont directement crédité la chanson Ashford & Simpson, alias les compositeurs originaux du succès précédemment cité. Il n’empêche que ça reste ma chanson préférée d’Amy Winehouse et que je l’écouterai jusqu’à ma mort.

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Version française : Nâdiya, Roc

En vérité, ce n’est pas que cette chanson soit plus mauvaise qu’une autre dans le contexte de 2006. C’est juste que, dix ans après, elle est devenue la meilleure publicité pour les restaurants vietnamiens (Comme un wok, ensemble comme un wok). Oui, c’est ridicule de se moquer de la diction d’une chanteuse de R’n’B. Mais c’est tout aussi ridicule de vouloir donner une tonalité powerful à une chanson française en y intégrant des anglicismes à tout va.

Version internationale : Muse, Supermassive Black Hole

C’est à partir de ce moment précis que, pour moi, je me suis mise à haïr Muse du plus profond de mon être. Pourquoi ? Parce qu’ils ont commencé à péter plus haut que leur cul et à abandonner ce qui faisait le sel du groupe : une forme d’onirisme qui aurait pu en faire un groupe plus grand que Queen. En se la jouant guitar heroes, ils ont perdu leur âme. Typiquement, quand j’écoute Supermassive Black Hole et à peu près n’importe quel titre de Muse depuis 2006, je me demande à quel stade de l’évolution du groupe l’ego a pris le pas sur l’artistique.

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Ce n’est pas parce que 2016 a commencé depuis deux-trois jours que j’en tire cependant un bilan. J’ai fait cet article pour commencer à me situer dans une nouvelle temporalité, après une année émotionnellement chargée. A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

2015 dans le rétroviseur

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lisbonne2015 aura été une année dégueulasse sur le plan collectif – je vis quand même dans un pays qui a vécu deux périodes de psychose collective en un an, ou une seule qui a duré une année entière, c’est selon – et assez bizarre sur le plan personnel. En effet, j’ai dû en une année : attendre, stresser, me remettre en question, encore attendre, encore stresser deux fois plus, faire la fête un peu, partir à Bordeaux, attendre encore, stresser encore, exploser de joie, jouer devant 80.000 personnes, stresser, être déçue, attendre, stresser, faire la fête encore plus, attendre, partir en vacances sur les pas de mes ancêtres, stresser, partir au Portugal, stresser, faire la fête, vomir. Youpi 2015.

2015 sur le plan musical a été très régressif, du moins pour les six premiers mois. D’une part, l’attente et la préparation des concours ont exigé de ma part de la musique apaisante (musique de dessins animés, jazz des années 1940-50, rock des années 1960, variétés des années 1980, rock des années 1990…). D’autre part, je préparais la playlist du bal de mariage avec tellement de volonté que j’ai fait peur au DJ. Le Mari et moi-même avions quand même préparé quelque six heures de suggestions musicales sur Youtube à titre d’indication… Oui, nous sommes fous. Pour la petite histoire, après s’être posé la question de mon âge, le DJ n’a suivi que très peu d’indications de notre playlist, mais s’est démerdé pour faire mieux que le job demandé. Mon bal de mariage a vraiment été au top jusqu’à au moins une heure du matin. Et ça, ce n’est pas donné à tous ceux qui ne supportent pas Gilbert Montagné, Patrick Sébastien et Magic System sans un certain conditionnement alcoolique au préalable – il a même passé du Janis Joplin, et mes invités s’enjaillaient tellement qu’ils ont dansé dessus sans poser de questions.

Ladies & Gentlemen, sans plus attendre, voici mon année 2015 en humeur et en musique !

Janvier

In my life : Je « savoure » mes premiers jours de chômage suite à un licenciement économique avec une grippe intestinale, suite à la reprise de la natation. Quand le 7 janvier, clouée dans mon lit, j’apprends l’horreur de Charlie Hebdo. Je crains toute la journée de ne pas retrouver mon mari le soir, étant donné qu’il travaille sur la route où se sont échappés les auteurs de la fusillade. Nous suivons la journée suivante cloîtrés et hébétés. Quand je décide enfin à sortir le 9, je vois des voitures de police partout dans Paris et j’apprends sur les réseaux sociaux les événements de l’HyperCasher. Le 11, je ne défile pas, parce que je préfère vivre ma vie avec mes amis. C’est ce qui me permet de relativiser le traumatisme que je viens de passer. Sinon, ce sont mes débuts dans une boîte de reclassement où on me propose d’enseigner en Montessori. Woké, je vais plutôt me concentrer sur les concours administratifs : je prépare celui de bibliothécaire assistant et je m’inscris pour ceux d’administratif dans l’Education Nationale.

Musicalement : Je me gave devant La Nouvelle Star que je trouve encore intéressante à ce stade – celui des auditions au théâtre. Sinon, je fais les exégèses des albums reçus à Noël 2014 : Sonic Highways des Foo Fighters, 461 Ocean Bvd d’Eric Clapton et Songs Of Innocence de U2. Du bon et du moins bon. L’année 2015 est aussi l’initiation au sein de mon orchestre au pagode. Chouette, on va pouvoir chanter et jouer d’autres instruments ! Accessoirement, Demis Roussos meurt et Brain Magazine lui rend un vibrant hommage…

Chanson du mois : Georges Brassens – Mourir pour des idées

C’est la chanson qui résume mon sentiment face à ce qui s’est passé pour les dessinateurs morts ce mois de janvier. Car évidemment que, dans le verbe, nous sommes beaucoup, moi la première, à se dire prêts à mourir pour mes convictions. Dans les faits, il faut solidement s’être détaché des biens terrestres pour penser au martyre. Quand moi-même, je pensais accepter de me faire tuer au nom de ma foi, je n’étais pas mariée et je pensais finir au couvent. Et la conviction des survivants du mois de novembre 2015 m’a fait comprendre à quel point ce que je vivais dans le cadre du mariage était précieux.

Février

In my life : Premier concours de l’année qui me mine le moral : il y au moins 2000 candidats pour 24 postes. Du côté de la boîte de reclassement, c’est mieux : j’ai changé de coach pour une spécialiste des ressources humaines. Ca c’est cool. Et je me suis lancée dans un module « Du diagnostic au projet ». Et là j’ai pleuré ma race, j’ai eu l’impression d’être putain de bonne à rien. Pour me consoler, je prépare mon mariage civil, avancé pour raison familiale. Sinon, as usual, le Carême, les anniversaires en famille et les sorties entre copains.

Musicalement : les Victoires de la Musique que je n’ai pas suivies cette année ont couronné Indila, la grande sensible dont le mec la faisait tourner dans le videuh videuh et dont la chanson me faisait vriller le cerveau. Le carnaval de Paris fut doux et j’ai eu mon explication en croisant un petit dragon à République. Sur la fin du mois, il y eut une grosse introspection sur l’année 1995, non pas en l’honneur du groupe de rap, mais en l’honneur des 20 ans de ma cousine.

La chanson du mois : Philippe Crosland – Vive le reggae

Tout le monde me demande pendant le Carême l’effet de l’enjaillement sobre quand tout le monde picole autour de moi. Voilà le résultat.

Mars

In my life : Ce n’est pas tout ça, mais j’ai un mariage et deux écrits à préparer, si bien que je ne prends pas le temps de fêter dignement mon 32e anniversaire. Sinon, je passe aussi mon temps à repasser devant le Fossoyeur de Films, à réviser des exercices de maths et à m’interroger sur ma personnalité, ce qui est en soi un bon axe de réflexion pour le Carême. Puis vinrent les élections départementales où le running gag du 2nd tour a été de dire qu’untel a gagné… face au FN. Même dans mon lieu d’habitation. Triste.

Musicalement : La saison des défilés a commencé, apportant son lot de partage musical fort à propos (Lee Scratch Perry) ou pas (Christine & The Queens). L’introspection me fait aller plus loin musicalement, en cherchant dans les B.O. de cinéma provoquant des fantasmes, les B.O. de dessins animés provoquant des traumatismes et des vieilleries d’Europe de l’Est. Chaud. Et sinon : ma petite hystérique de Mari va voir son idole en concert et c’est un moment de pur délire, avec surchemise et badge des Beatles comme à la grande époque.

La chanson du mois : Modry Efekt – Ma Hra

Preuve que mes 32 ans sont quand même un âge canonique : non seulement je n’ai pas forcément la nostalgie de mes 18 ans (pour rappel, Ma Hra a été utilisé comme sample par One-T en 2001 et 2003), mais en plus, je préfère les versions originales des tubes qui m’ont fait danser dans ma jeunesse – puisque Dieu sait si j’ai dansé sur de la merde dans ma jeunesse, toi-même tu sais.

Avril

In my life : deux écrits successful + un mariage civil à l’arrache en 15 jours = grosse fatigue. Il me fallait bien quelque chose pour récupérer de tout cela. Et merci Bordeaux d’avoir accueilli mes balbutiements de femme mariée et les migraines ophtalmiques du Mari.

Musicalement : Pas grand-chose. Si ce n’est que j’ai laissé le Mari se charger de l’ambiance musicale du mariage et que, par conséquent, au lieu de la marche nuptiale de Mendelssohn, on s’est tapé du Floyd à l’apéro, de la brit-pop pendant la cérémonie et du punk neuneu au renoçon. Pour preuve que ce n’est pas parce qu’on se marie qu’on va se plier à une quelconque règle concernant l’ambiance. Et bonne nouvelle : le Cabrel nouveau est sorti, et mon Dieu qu’il est bon.

La chanson du mois : Cuizinier – Quand tu m’aimes

Découverte il y a 4 ans, lorsque j’étais trop sobre pour ne pas avoir l’esprit embrumé par Herbert Léonard, cette chanson de l’ancien rappeur de TTC a remplacé n’importe quelle chanson de Céline Dion ou de Lara Fabian dans mon panthéon de la déclaration d’amour. C’est débile à souhait, mais au moins, ça ne casse pas les noix. Et quoi de mieux pour célébrer mon changement de statut dans les statistiques de la vie en ce mois d’avril 2015 ?

Mai

In my life : C’est le moment où le printemps revient réellement et où on croit au retour d’Antoine Daniel sur les Internets. C’est le moment où je m’aperçois que passer les écrits en étant dans un état d’angoisse ultime peut porter ses fruits, puisque j’ai brillement réussi les deux écrits que j’ai passés la même semaine que mon mariage. J’assiste aussi au mariage d’une copine, ce qui nous donne l’occasion de nous promener encore. Et ça, c’est cool.

Musicalement : mis à part la préparation d’un grand événement tel qu’un combo défilé dans Paris et représentation devant 80.000 personnes et la préparation d’une playlist tropicale pour l’anniversaire de ma meilleure amie, pas grand-chose s’est passé en mai, vraiment.

La chanson du mois : Douchka – Elementaire mon cher Baloo

En cherchant There’s Something Wrong In Paradise de Kid Creole and the Coconuts pour la playlist sus-citée, je me suis souvenue de cette réminiscence de mon enfance que j’ai croisée en 45 tours dans ma famille. Ca m’a fait mon année.

Juin

In my life : Le temps des oraux est venu pour moi. Mais je suis rassurée dès le premier oral que je passe : je sais d’ores et déjà que je serai fonctionnaire au mois de septembre. Le deuxième oral se passe mal, preuve qu’il me faut quand même une certaine pression pour que je réussisse ce que j’entreprends. Sinon, je prépare ma sortie de piste auprès de la boîte de reclassement, de Pôle Emploi, du célibat version catholique… et c’est du boulot.

Musicalement : Lors de mon premier oral, lorsque je dis que je fais partie d’un orchestre et qu’on me demande si je me produis en public, je n’ai pas eu l’aplomb de dire que je me produisais pas plus tard que dix jours après cette confrontation devant 80.000 personnes au Stade de France. C’était d’ailleurs un chouette souvenir de partage. Mon DJ préféré, Tomy Burger, fait du forcing auprès de son réseau pour faire supporter la candidature de son frère au télécrochet de France Inter, lequel échouera en finale et c’est déjà pas mal. Ca a été l’occasion de découvrir un artiste qui correspond à mon référencement organique en termes de musique. Enfin, pour la deuxième fois de cette année, le Mari va voir son idole en concert et il me semble avoir entendu la voix de Noel Gallagher parmi les hurlements de l’enfant de 4 ans qui me tenait la main ce soir-là. Autre chose qui excite le Mari : la sortie de Franz Ferdinand & Sparks, qui le rend tout foufou quand on roule en voiture.

La chanson du mois : Paul van Eersel & Stella Zekri – Du temps

C’est le fameux artiste que j’ai découvert grâce à son frère. Son premier album, La maison, est en cours de production. Pourquoi me correspond-il à mon référencement organique ? Parce que moi-même, quand je compose, je sors spontanément ce genre de sonorités. Et puis c’est simple, quasiment enfantin. Séduite, je vous dis.

Juillet

In my life : Mon sprint final vers la grande fête en l’honneur de mes amours au pays de mes ancêtres connaît un faux départ. Au moment où je me dirigeais vers la maison de ma mère, mes futurs employeurs m’appellent pour me convoquer à la distribution des postes. Le temps de faire l’aller-retour et de laisser le Mari monter une armoire Ikea chez ma mère, commence la course vers le grand jour. Et le grand jour vint. Comme à l’accoutumée, j’ai beau connaître la propension de ma famille à faire mieux que prévu, mais là, ça a été du grand art. Si bien que ça m’a fait du mal de retourner dans mes terres franciliennes : j’ai eu l’impression d’un grand désœuvrement, suite à ce mouvement hystérique. Et puis putain, 2 ans. Déjà deux ans que, suite à un post sur les reprises des Beatles, ma vie a changé du tout au tout.

Musicalement : Ni Bach, ni Wagner, ni Mendelssohn. Comme a dit mon beau-père : Vous vous êtes mariés au nom du Père, du Fils et des Beatles.

La chanson du mois : The Beach Boys – God Only Knows

Je voudrais juste me souvenir de ça éternellement : ma marche nuptiale, la Cadillac en guise de carrosse, le cadre des photos, des larmes. Et des rires. Beaucoup trop pour que je puisse les compter. Même le curé s’est marré.

Août

In my life : Il fallait bien remercier ma mère, nouvellement retraitée, pour cette putain de cérémonie réussie. Résultat : nous partons avec elle sur les traces de mes ancêtres paternels. Ce fut un voyage comme j’ai l’habitude de faire avec ma mère : on fait ce que l’on a envie, sur le moment, et ce n’est pas grave si on a rien de planifié. Cette petite traversée des Ardennes, du Brabant wallon et de l’Aisne a été des plus instructifs et des plus enrichissants. Et à la fin du mois, retour aux affaires : je fais connaissance avec les règles élémentaires de mon nouveau métier et avec mes nouveaux collègues.

Musicalement : Pierre Perret permet à ma grand-mère de faire son premier live à 88 ans. Mon road trip m’a permis de faire le tour de toute la programmation de RTL. Le retour au travail me fait replonger dans mes plus belles playlists de métal pour la motivation et dans le meilleur des 1960’s pour la barrière mentale.

La chanson du mois : Arno – Les yeux de ma mère

La Belgique + maman = Arno qui parle avec sa poésie très personnelle de sa famille la plus proche.

Septembre

In my life : Aaaaah, les joies des débuts laborieux dans un nouveau taf. Tellement laborieux que je m’en sors avec des douleurs psychosomatiques. C’est dans ces moments douloureux où je me dis que le Mari, avec tous ses défauts, est l’homme qui me convient le mieux dans ma vie.

Musicalement : Je me remets à écouter Oüi FM et je n’aurais jamais cru que ça pouvait aussi me redonner espoir, même si c’est juste 20 minutes ponctuellement le matin et le soir en allant à l’orchestre.

La chanson du mois : Christophe – Le dernier des Bevilacqua

Il me fallait quelque chose d’épique en boucle pour cet automne 2015. Merci Bleu Blanc Schnock d’avoir osé passer ce morceau au détour d’une ballade dominicale avec le Mari. Résultat : j’ai très très envie de m’acheter Les mots bleus. Oui, parce que depuis la dernière fois que j’en ai parlé, je n’ai toujours pas acheté l’album. Ca devient aussi récurrent qu’une blague sur les publications de What The Cut.

Octobre

In my life : En guise de dépression saisonnière, je crie mon angoisse sur tous les toits, je me débats comme je peux au point de me sentir parfois inutile. Heureusement que je suis bien cadrée, tant par mes collègues que par mes amis. Et puis ce voyage inaugural, tellement nécessaire, où le Mari et moi en sommes revenus plus sûrs de la connerie de vie que nous nous apprêtions à vivre ensemble.

Musicalement : j’ai fait le plein de nouveautés musicales de 2015 dans les hôtels portugais grâce à VH1. Et deux tendances lourdes se sont dégagées :

– Adele a décidé de ne pas respecter sa retraite du show-business et nous a offerts un titre plus larmoyant que My Heart Will Go On

– J’ai quand même failli ne pas voir Spectre parce que l’opening by Sam Smith m’a quand même pété les couilles avant l’heure.

La chanson du mois : Nathaniel Rateliff and the Night Sweets – S.O.B.

Force est de constater qu’un Black Russian bien dosé à l’anniversaire de la Siamoise a remplacé tous les anxiolytiques qui m’ont été prescrits. Car certes, mes douleurs ont disparu moins vite que prévu, mais au moins, j’ai pris conscience qu’il fallait que je prenne ma souffrance et mon angoisse à bras le corps et régler pour de bon ce qui me provoquait ces douleurs. J’ai peut-être fait deux-trois conneries au passage, mais comme dirait Alexandre Astier en roi Arthur déchu : Je ne veux pas qu’on dise que je n’ai rien foutu.

Novembre

In my life : Il aura fallu que j’attende l’âge canonique de 32 ans pour avoir une vraie Padawan à former – en l’occurrence une gamine en terminale pro gestion et administration. Est arrivé ce qui est arrivé ce 13 novembre. J’ai été touchée par ce qui s’est passé, mais pas comme d’autres que je connais et qui ont vu leur vie bouleversée à jamais. Comme beaucoup de Franciliens, je connais des témoins, des victimes et des proches de victimes, mais aussi des personnes du milieu médical et des premiers secours qui ont su aiguiller sur les démarches à suivre. Et contrairement à janvier où la stupéfaction a été de mise, le Mari a décidé que nous agirions quel que prévu le 14 novembre coûte que coûte, et il a bien fait.

Musicalement : beaucoup de metal, de Foo Fighters (que j’étais censée voir le 16 novembre), de nouveaux vinyles qui viennent orner une collection déjà pléthorique (même si on a tous ces vinyles en CD pour la plupart, mais bon), comme pour se rassurer après le choc que nous venions de vivre. Je chronique les CD envoyés par Ladies Room, et la vérité est que je me régale…

La chanson du mois : Claude Nougaro – Toulouse

Je préfère retenir musicalement de ce mois de novembre 2015 ce qui nous a permis de ne pas éclater face à cette situation bouleversante que nous avons vécu : cette bulle de décompression qui nous a permis de digérer et d’accueillir la peine de ceux qui se sentaient vraiment perdus.

Décembre

In my life : Le métier rentre dans le corps et je ne sais même plus si ce que je ressens est de l’ordre du psychosomatique ou si mon corps déconne réellement. Malgré tout, je suis plus attentive à l’ordonnancement de mon travail. Sinon, les élections après un tel choc ne me font pas gagner espoir en une solution collective censée face à la crise que nous vivons. Youpi ambiance.

Musicalement : Dean Martin fut très absent des playlists, preuve que je me fous absolument que cette année 2015 se termine ou quoi que ce soit. J’ai réalisé un de mes rêves de gosse : voir Laurent Voulzy en concert, avec Alain Souchon, ce qui ne gâche rien. En guise de cadeau de Noël, j’ai reçu Quadrophenia de The Who et tout le répertoire des Beatles sur Spotify. Et pour preuve qu’il fallait bien que 2015 se termine sur une note pas terrible, nous avons appris ce 29 décembre la mort de Lemmy Killmister, leader de Mötorhead, à 70 ans. Il aura survécu à la cocaïne, au whisky, à la vodka, aux putes, aux pontages coronariens, il aura donc fallu un cancer déclaré 3 jours avant sa mort pour l’emporter. Sacré lui.

La chanson du mois : Alain Souchon – Les Cadors

Malgré les bonheurs personnels qui ont essaimé mon année 2015, il me semble que la femme de 32 ans que je suis a surtout été très abîmée par la folie qui a pu émaner de ses contemporains. Oui, je pense être désormais mature pour comprendre toute la dimension « babtou fragile » du comparse de Laurent Voulzy. Je me suis même dit que j’aimerais bien être comme Souchon et Voulzy après quarante ans passés au côté du Mari.

Je n’ai même pas l’espoir de me dire que ce sera mieux en 2016, surtout après avoir entendu le nouveau Coldplay. Je vous souhaite juste, comme tous les ans désormais, que 2016 sera prospère malgré les difficultés. Et surtout qu’au vu de ce qui s’est passé cette année, nous n’en venions pas à ce genre d’extrémités…

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