Leçons de musique du professeure Giovanna #2 : Inspiration en majeur ou en mineur.

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Il y a un peu plus de 6 ans, j’avais écrit pour Ladies Room une leçon de musique sur la réorchestration, le sample et la reprise. C’est un sujet qui me tient à cœur, tant la musique, depuis ses balbutiements les plus anciens, s’est nourrie des diverses couches d’airs plus ou moins populaires selon les époques.

Aujourd’hui, je voudrais parler de la construction d’une mélodie selon une gamme d’harmonie majeure ou mineure. Et quand je parle de gamme d’harmonie majeure ou mineure, c’est selon les critères des gammes à l’européenne – heptatonique et chromatique –, majoritairement utilisée dans les musiques que j’écoute (à savoir tout ce qui est musique classique et populaire). Je ne vais pas vous péter les noix à vous expliquer les spécificités entre les différentes gammes, la fiche Wikipedia est très exhaustive et ce serait vous remplir la tête avec pas grand-chose.

La musique classique (depuis le XVIe siècle) et la musique populaire européennes utilisent donc 12 notes : do – do#/réb – ré – ré#/mib – mi – fa – fa#/solb – sol – sol#/lab – la – la#/sib – si. Le notes, mises ensemble, forment des harmonies sous forme d’accords. Les accords ouverts simples sont composées de quintes tempérées (do/sol, do#/sol#, etc.). On parle d’accord majeur ou mineur lorsqu’une note à la tierce de la note de base vient s’ajouter. L’accord est majeur lorsque la note à la tierce est augmentée (comme dans do-mi-sol), il est mineur lorsque la note à la tierce est diminuée (comme dans do-ré#/mib-sol). On ne va pas parler des accords augmentés pour l’instant, ça va être trop chiant.

Et composer une chanson ou un air avec une base d’accords majeurs ou mineurs n’a pas la même incidence. Dans l’inconscient collectif des sociétés écoutant de la musique populaire à la mode européenne au XXIe siècle, les chansons écrites en mode majeur ont la réputation de parler de choses gaies et entraînantes, alors que les chansons écrites en mode mineur ont la réputation d’exprimer le désespoir, la tristesse, la colère, etc. Même si cela se vérifie sur un certain répertoire, j’ai deux contre-exemples évidents en tête :

  • Un monde parfait d’Ilona Mitrecey, qui se base certes sur trois accords, mais dont le mode dominant est considéré comme mineur.

  • Creep de Radiohead – grand groupe de dépressifs s’il en est –, dont le mode dominant est le majeur.

Pourquoi ai-je voulu m’intéresser à cela aujourd’hui ? Parce qu’en décembre 2015, j’ai découvert à travers cet article de Topito le travail d’Oleg Berg, un musicien ukrainien qui a décidé de s’amuser à trifouiller les plus grands tubes pour les changer de mode harmonique. Il a donc à son actif à peu près 100 détournements sur sa chaîne Youtube. Sa technique : bidouiller par ordinateur les notes (un peu comme la technique des shreds postés sur Youtube) pour faire quelque chose d’à peu près harmonieux, mais dans le mode inverse de départ. Techniquement, c’est plus ou moins réussi – mon oreille avertie aux variations de qualité sonore est plus sensible aux défauts techniques qui se ressentent sur certaines vidéos.

La réaction de la plupart des gens, en écoutant ces versions shredées, est le malaise. En effet, changer le mode harmonique d’une chanson, de surcroît connue, interroge l’auditorat sur son contenu, voire même (encore et toujours) sur la manière ou la finalité de l’écoute d’une chanson. Que retient-on d’un air ou d’une chanson ? Sa substance ou sa signification ? Personnellement, sur certaines des vidéos que j’ai consultées, j’ai trouvé que certains passages du mode majeur au mode mineur révélaient la véritable signification de la chanson, alors que beaucoup de passages du mode mineur au mode majeur – les chansons entraînantes – rendaient les chansons putassières.

Voici donc une petite sélection de mes cinq passages préférés.

REM – Losing My Religion

Ce bidouillage n’est pas d’Oleg Berg et il est techniquement bien réalisé. Je trouve que le changement de mode n’a pas rendu la chanson putassière et j’ai ma petite explication. L’orchestration de départ, selon moi, ne rend pas justice au propos nihiliste de la chanson car celle-ci compense ledit propos par une ambiance pop et folk positive. Par conséquent, le changement de mode ne dénature pas le propos de la chanson, puisque la chanson de départ est en soi un duel d’ambiance.

The Beatles – Hey Jude

et

The Beatles – Let It Be

Je trouve le traitement de ces deux chansons de Paul Mac Cartney très intéressant. D’une part, ces sont des chansons dont le propos général est triste, mais dont la mélodie en mode majeur appuient la volonté d’apporter un réconfort face à la tristesse du propos. En passant ces chansons en mode mineur, il me semble que le mode majeur adopté par Macca au départ a une fonction bien hypocrite, et que l’on voit le sens véritable du propos soutenu à travers le passage en mode mineur.

Michael Jackson – Black or White

Personnellement, je trouve la chanson aussi bonne passée en mode mineur. Je dirais même que le passage donne un côté powerful à la chanson là où l’excès de positivisme du mode majeur a un peu tendance à réduire la puissance du propos tenu. Mais quand je l’ai faite écouter à la Siamoise, grande fan de Michael Jackson, elle a trouvé comme seule explication à son malaise le fait que la mélodie ne collait plus à la session rythmique du morceau. C’est son ressenti, je le respecte, mais à mes oreilles, son explication a sonné comme incohérente.

Thème de Tetris

Là, il n’y a pas de propos à tenir, mais juste une ambiance suggérée. Et l’on passe d’une atmosphère russe à une ambiance lambda de jeu pour enfant de moins de 7 ans. C’est rigolo, même si c’est très iconoclaste.

Le mode harmonique d’un air ou d’une chanson n’est donc pas innocent dans la perception que chacun a de cet air ou de cette chanson. La plupart du temps, il est à relier avec le propos général de la chanson pour former son ambiance générale. Les propositions de « perturbations » d’ambiance telles qu’elles peuvent être proposées par Oleg Berg reflètent la nécessité de chacun à réinterroger constamment son univers musical.

Vivre mille vies

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Ce vendredi 8 janvier 2016, j’étais super contente en rentrant du travail de trouver le Mari tout sautillant d’avoir reçu Blackstar de David Bowie qu’il avait précommandé. D’ailleurs, nous l’avons écouté dans la foulée. Les sept titres de l’album sont un reminder de tout ce qu’il a fait de plus expérimental dans les années 1990. Le Mari est fou de joie d’avoir retrouvé les sensations qu’il avait à l’écoute d’Earthling. Perso, j’ai pas mal aimé sa période nineties, mais j’ai eu l’impression d’être baladée un peu partout au point de perdre mes repères. J’ai eu du mal à entrer dans Blackstar, mais il en est ressorti beaucoup de positif.

Ce matin, lundi 11 janvier 2016, j’entends les animateurs de ma radio râler sur une sale rumeur qui s’est diffusée : David Bowie serait mort. Il y eut un moment de flottement, d’agacement, jusqu’à 8h, heure à laquelle toutes les rédactions ont reçu le tweet de Duncan Jones, son fils, affirmant cette nouvelle. J’en étais tellement bouleversée que j’en ai loupé mon arrêt de bus. Et je vous avouerai que, depuis ce matin, mon monde ne tourne pas rond. Certes, David Bowie cultivait depuis 2003 le culte du secret, mais comment a-t-il pu cacher aussi bien cette souffrance qui le rongeait depuis 18 mois pour livrer un testament des plus beaux ?

Je n’ai pas à cœur de retracer sa carrière, d’autres le feront mieux que moi. J’ai quand même à la maison un bon aperçu de sa discographie, grâce au Mari. Mis à part Furyo (1983), je ne me suis pas intéressée à sa carrière cinématographique. Mais ce que l’Histoire retiendra de lui – et Dieu sait si je sais que l’Histoire ne retiendra pas tant d’artistes que cela –, c’est qu’il faisait partie de la race des performeurs, de ces artistes totaux qui ne négligeaient aucune facette de leur art. Car David Bowie n’était pas seulement musicien, acteur, maquilleur, costumier, producteur, il était. Point barre.

Il avait pris pour habitude, dans les années 1970, de créer une personnalité différente pour chaque album, sans pour autant perdre la cohérence profonde de David Robert Jones. Y compris dans sa vieillesse, il n’a pas réussi à faire deux albums de la même facture. Il n’y a qu’à faire une écoute comparative de The Next Day et Blackstar pour s’en convaincre. Rares sont les artistes qui, d’un album à un autre, décident de faire à chaque fois un terreau d’expérimentation musicale, visuelle, sensorielle et émotionnelle.

En cela, il était un modèle pour tous mes contemporains dont la conquête de leur identité n’était pas des plus sereines. En allant à chaque fois jusqu’au bout de ce qu’il voulait être, David Bowie a relevé la gageure d’être soi-même tout en vivant mille vies. Pourquoi est-ce une gageure ? Parce qu’il ne suffit pas d’admettre que soi-même peut être un autre tout en gardant sa cohérence. Il faut aussi que son entourage et le monde extérieur admette cet état de fait. Certes, à son époque, David Bowie a su faire perdre le sens commun à beaucoup de personnes avec ses multiples transformations, comme beaucoup de personnes encore aujourd’hui choquent par leur transformation de vie, que ce soit pour une simple coupe de cheveux ou un changement de sexe.

La vie publique de David Bowie, plus qu’un immense show sur une cinquantaine d’années, nous interroge chacun notre tour sur notre rapport à nous-mêmes et aux autres. Sommes-nous ce que nous voulons montrer ? Est-ce que ce que nous sommes à un moment donné détermine ce que nous serons plus tard ? Sommes-nous des êtres conditionnés par le regard des autres ? Nous-mêmes, conditionnons-nous les autres par notre regard ou le transfert de nos envies ? Doit-on impérativement être nous-mêmes, quitte à aller dans un sens totalement contraire à ce que les autres attendent de nous ? Mais surtout, comment pouvons-nous rester nous-mêmes quand nous sommes exhortés à devenir le contraire ?

Enfin, comment concilier des milliards de personnalités en une seule, sans passer pour un schizophrène ? A titre personnel, j’ai maintenant pris l’habitude de dire que j’ai vécu quatre vies et que j’ai entamé la cinquième en juillet 2015. Ceux qui me connaissent depuis mon enfance ne sont pas forcément sensibles à la rupture de ton qu’ont représentés mes 8 ans, mes 17 ans, mes 25 ans et mon mariage. Mais je peux affirmer que je suis bien morte à moi-même et que j’ai généré une nouvelle forme à chacune de ces ruptures. Malgré tout, telle le Docteur, aux yeux des autres, j’ai la même âme depuis 33 ans.

Quand je pense à David Bowie, je pense à ces ruptures de ton que nous sommes tout à chacun amenés à vivre. Cela peut prendre des formes spectaculaires, comme cela peut être le fruit d’une évolution de plusieurs années. Pour David Bowie, cette conscience de lui-même a amené des ruptures de ton brutales aux yeux des autres qui l’ont fait prendre pour fou. C’est pourtant le même cœur, la même âme qui générait les transformations de son apparence aux yeux du monde. Admettre que David Bowie ait pu rester cohérent dans sa manière d’être malgré ses différentes personnalités, c’est admettre que nous cherchons tous à évoluer pour transmettre aux yeux des autres ce qu’il y a de plus véritable en nous-mêmes, quitte à aller à l’encontre du façonnage du regard des autres.

Voilà ce que David Bowie m’a inspiré et continuera de m’inspirer. C’est certes confus, puisque j’écris avec des larmes. Mais gardons à cœur désormais d’évoluer dans notre manière d’être jusqu’à devenir des héros, quitte à ce que ce soit pour un seul jour.

10, 20, 30, 40, 50 : La classe 6 en chansons

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Cette année, j’ai décidé de faire comme article inaugural l’article qui me fait bien rigoler depuis que j’en ai eu l’idée il y a deux ans avec le Mari. Mais comme l’être qui partage désormais mon lit et dont l’ordinateur partage la place avec le mien a d’autres projets d’écriture, je continue en solitaire cette exploration historique de mon univers musical qui s’étend de la seconde moitié du XXe au début des années 2000.

Pourquoi je persiste à faire ce tour d’horizon sur cinquante ans ? Parce que c’est ce que j’estime faire partie de mon univers musical contemporain. Je vais avoir 33 ans cette année et j’ai acquis l’expérience personnelle de trente ans de musique. J’ai aussi l’expérience personnelle de mes parents et de mes oncles, c’est ainsi que j’estime avoir un univers musical contemporain qui s’étend sur cinquante à soixante ans. Et encore, je ne parle pas des apports de mes grands-mères (dont l’une est encore vivante et m’apprend beaucoup sur l’histoire du début du XXe siècle).

Trêve de blabla : voici mes propositions de réécoute (ou pas) de 1966 à 2006.

1966 : 50 ans après

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Version française : Jacques Brel, Ces gens-là

Oui, c’est belge, mais au moins, c’est chanté en français et cela change des yé-yés. Et si cette chanson est encore très écoutable cinquante ans après, c’est que Jacques Brel n’a pas d’âge. Il a réussi à faire quelque chose d’intemporel dans une époque où la musique était très standardisée. Dans le même genre, il y a La Bohème de Charles Aznavour. On s’aperçoit quand même qu’on a sorti pas mal de trucs foutrement bons en 1966, en France comme ailleurs.

Version internationale : Simon & Garfunkel, For Emily, Whenever I May Find Her

Là aussi, j’ai eu un putain de cas de conscience. Entre Revolver des Beatles, Aftermath des Rolling Stones, Monday Monday des Mamas and the Papas, Blonde on Blonde de Bob Dylan, Happy Together des Turtles, It’s a Man’s Man’s Man’s World de James Brown, Pet Sounds des Beach Boys, force est de constater que l’année 1966 a été pléthorique en termes de pépites musicales. J’ai préféré me concentrer, comme pour la version française, sur quelque chose de vraiment intemporel. En 1966, Simon & Garfunkel ont sorti deux albums, Sound of Silence qui a été enregistré entre 1964 et 1965, et Parsley, Saige, Rosemary and Thyme qui a vraiment été enregistré durant l’année 1966. J’aurais beaucoup aimé mettre Scarborough Fair/Canticle, mais ç’aurait été de la triche, étant donné que c’est une chanson traditionnelle datant du XVIe siècle. J’ai donc mis For Emily… parce qu’elle résume tout à fait l’esprit du duo. Si la plupart des compositions ont été enregistrées dans les années 1960, ils en sont encore en 1966 où ces compositions ne peuvent pas être datées et restent intemporelles. J’ai écouté en comparaison The Boxer, enregistrée en 1968, et où on lit le contexte musical américain de l’époque.

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Version française : Mireille Mathieu, Mon Credo

Réaction du Mari : Tu vas arrêter de nous casser les couilles avec Mireille Mathieu ? Je pense que tout est dit. Mireille Mathieu a trusté sur l’auditorat d’Edith Piaf, sans avoir ni le talent d’interprétation ni les paroliers compétents pour mettre en valeur cette puissance vocale. J’avoue, j’ai longuement hésité avec La plage aux romantiques de Pascal Danel, mais j’ai trop de respect pour les souvenirs musicaux adolescents de ma mère, aussi dégueulasses qu’ils soient.

Version internationale : Mrs Elva Miller, Yellow Submarine

Pour sortir ce qu’il y a de vraiment dégueulasse musicalement en 1966 sur le plan international, j’ai même enquêté sur Bide et Musique. C’est le Mari qui a eu l’éclair de génie (sic) de ressortir ce traumatisme du placard des refoulements mentaux communs. Cette Américaine, décédée en 1997 dans sa 90e année, s’est fait connaître dans les années 1950 et surtout 1960 pour des reprises, on va dire, barrées des tubes du moment. Même si Yellow Submarine n’est pas le meilleur titre des Beatles qui soit, il ne méritait pas un tel traitement. Vraiment.

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1976 : 40 ans après

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Version française : Véronique Samson, Vancouver

J’avais une autre idée en tête, en me disant que le hit-parade de 1976 en France sentait le pays en défaite. Puis j’ai décidé de trier le bon grain de l’ivraie, et je me suis retrouvée à devoir choisir entre Bidon d’Alain Souchon, Sur la route de Memphis d’Eddy Mitchell et donc Vancouver de Véronique Samson. Comme je vous ai pas mal seriné les oreilles avec le premier en 2015 et avec le deuxième en 2013-2014, j’ai préféré sélectionner la seule femme du lot, qui vaut mieux que sa réputation d’alcoolique. Vraiment. Il suffit d’écouter justement une chanson telle que Vancouver pour vérifier qu’elle se démerde très bien toute seule, sans Michel Berger… Même s’il faut avouer, à la réécoute, qu’on sent bien ne serait-ce qu’un souffle de Stephen Stills dans la chanson (Putain, il faudrait que j’arrête de penser qu’une femme ne sait pas se démerder seule en musique, on me l’a reproché plusieurs fois)…

Version internationale : Queen, Somebody to Love

J’aimerais me dire qu’un jour, j’aurai fait le tour de Queen et que j’arriverai à passer à autre chose. Sauf que je n’arrive pas à trouver d’artiste aussi inspiré et inspirant que Freddie Mercury, et que je suis bien contente d’avoir vécu l’époque que je vis pour en prendre la pleine mesure. Mais s’il n’y avait eu que lui dans le groupe : tout charismatique qu’il était, il n’a pas pu effacer totalement les velléités artistiques de Brian May, Roger Taylor et John Deacon. Même John Deacon, le bassiste sans une once de charisme qui pourtant mène la barque sur certains titres du groupe (Another One Bites the Dust pour ne citer qu’un exemple).

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Version française : Gérard Lenorman, La ballade des gens heureux

Vocalement, je ferai le même reproche à Gérard Lenorman qu’à Salvatore Adamo : une voix tellement exaltée qu’elle en devient agaçante. Et même s’il a chanté des chansons pas trop mauvaises dans sa carrière, je pense qu’il est nécessaire de le fusiller juste pour cette chanson. Cet enthousiasme surjoué qui te tape sur les nerfs est capable de faire commettre des meurtres quand on n’est pas dans un bon jour.

Version internationale : The Beach Boys, TM Song

Le Mari, grand exégète du groupe devant l’Eternel, dit qu’après avoir eu vent du « mieux » mental de Brian Wilson, les producteurs cherchaient à tout prix à le faire retourner en studio. Voilà le résultat.

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1986 : 30 ans après

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Version française : Desireless, Voyage Voyage

Pourquoi cette chanson plus qu’une autre ? Parce que, davantage que Capitaine abandonné de Gold, que Les démons de minuit d’Images, qu’Eve lève-toi de Julie Pietri, qu’Ouragan de Stéphanie de Monaco ou que Les bêtises de Sabine Paturel, c’est quand même le seul succès français de 1986 qu’on écoute 30 ans après sans se dire que c’est du second degré.

Version internationale : The Smiths, Bigmouth Strikes Again

Je vous livre cette suggestion avec un pistolet sur la tempe, parce que le Mari pogote sur le spleen et la dépression. Mais j’avoue que la chanson est bonne et qu’elle fait partie des madeleines de Proust qui émaillent mes souvenirs d’enfance et mon cheminement de vie.

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Version française : Emmanuelle, Premier baiser

Et oui, mesdames et messieurs, ce qui a pourri une partie de votre enfance a déjà trente ans. C’est là qu’on se dit que Jean-Luc Azoulay ne s’est jamais remis du doo-wop.

Version internationale : Lionel Richie, Say You, Say Me

Je suis bien consciente que je vais me faire taper dessus, mais cette chanson est le summum de la tartignole durant l’année 1986. Ni plus, ni moins. J’ai beaucoup de respect pour Lionel Richie, dans la mesure où All Night Long fait partie des chansons qui ont rythmé mon enfance. Mais quand même, avouez qu’il chie littéralement dans la colle avec ce titre, non ?

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1996 : 20 ans après

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Version française : FFF, Le pire et le meilleur

J’ai pleuré devant le peu de possibilités que m’offrait le souvenir de l’année 1996 en termes de chansons françaises. Le Mari me proposait des choses très pop – Luka, Doriand – que je trouvais datées. Il m’a même proposé Personne de Pascal Obispo et Un jour en France de Noir Désir, que je ne choisis pas parce qu’il est devenu un hymne au vu des actualités françaises – foutu prêt-à-penser de merde. Je me suis donc aperçue que mon adolescence était trop influencée par la musique britannique, le rap et l’électro pour apprécier la variété française dans son ensemble. C’est pourquoi je propose ce qui me semble le moins grave cette année-là, à savoir un bon mélange de funk et de rock bien senti.

Version internationale : Fugees, Ready or Not

Dans mon entourage de l’époque, tout le monde s’était procuré The Score. Pourtant, il y a eu pléthore de succès internationaux en 1996. Les autres tubes de l’album m’ont vite gonflé, notamment parce que j’ai trop chanté Killing Me Softly à mon fan-club allemand. Mais ce titre surpasse les autres, parce que les samples de départ sont plus classes. Je m’explique.

Vous prenez comme instrumental un titre sans paroles d’Enya :

et vous saupoudrez du refrain d’un titre funky de la fin des années 1960 :

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Version française : Alliage, Baila

1996 a été une année sombre pour la chanson française, notamment à cause du pic d’audience des boys bands. Pour autant, j’ai préféré suggérer Baila plutôt que Partir un jour des 2B3, parce que j’ai eu un grand débat dessus avec le Mari. En effet, je trouve que Partir un jour souffre juste d’une orchestration de merde et qu’elle aurait très bien pu être une très bonne chanson de Michel Jonasz. Tandis que je trouve qu’il n’y a rien à sauver dans Baila : c’est une chanson de merde, point barre.

Version internationale : The Spice Girls, Wannabe

Je n’aimais déjà pas cela en 1996. Je n’aime toujours pas cela en 2016. Même après 5 Black Russians, même lors d’un enterrement de vie de jeune fille, même avec un pistolet sur la tempe, même si je bugge en soirée. Je trouve même que c’est limite insultant pour un pays aussi musicalement distingué que la Grande-Bretagne.

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2006 : 10 ans après

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Version française : Najoua Belyzel, Gabriel

Un one-hit wonder assez sympa en vérité, un des seuls titres français que j’écoute avec plaisir dix ans après. Même si, par la suite, Najoua Belyzel n’a pas connu le succès escompté – son dernier album, sorti en 2015, s’est vendu à 150 exemplaires –, il y avait quelque chose de prometteur à l’époque. Mais contrairement à ce que l’on pensait, la chanson ne parlait pas de bisexualité, mais de mysticisme : la femme abandonnée dans la chanson ne pleurait pas le départ de l’aimé pour un autre homme, mais pour se vouer à Dieu.

Version internationale : Amy Winehouse, Tears Dry on their Own

C’est le seul titre de la regrettée Amy où je me suis écriée Sale pute ! quand je me suis aperçue de la supercherie. En effet, elle a repompé toute l’orchestration de départ de Ain’t No Mountain High Enough version Marvin Gaye & Tammi Terrell. Mais comme Mark Ronson et Salaam Remi sont des producteurs réglos, ils ont directement crédité la chanson Ashford & Simpson, alias les compositeurs originaux du succès précédemment cité. Il n’empêche que ça reste ma chanson préférée d’Amy Winehouse et que je l’écouterai jusqu’à ma mort.

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Version française : Nâdiya, Roc

En vérité, ce n’est pas que cette chanson soit plus mauvaise qu’une autre dans le contexte de 2006. C’est juste que, dix ans après, elle est devenue la meilleure publicité pour les restaurants vietnamiens (Comme un wok, ensemble comme un wok). Oui, c’est ridicule de se moquer de la diction d’une chanteuse de R’n’B. Mais c’est tout aussi ridicule de vouloir donner une tonalité powerful à une chanson française en y intégrant des anglicismes à tout va.

Version internationale : Muse, Supermassive Black Hole

C’est à partir de ce moment précis que, pour moi, je me suis mise à haïr Muse du plus profond de mon être. Pourquoi ? Parce qu’ils ont commencé à péter plus haut que leur cul et à abandonner ce qui faisait le sel du groupe : une forme d’onirisme qui aurait pu en faire un groupe plus grand que Queen. En se la jouant guitar heroes, ils ont perdu leur âme. Typiquement, quand j’écoute Supermassive Black Hole et à peu près n’importe quel titre de Muse depuis 2006, je me demande à quel stade de l’évolution du groupe l’ego a pris le pas sur l’artistique.

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Ce n’est pas parce que 2016 a commencé depuis deux-trois jours que j’en tire cependant un bilan. J’ai fait cet article pour commencer à me situer dans une nouvelle temporalité, après une année émotionnellement chargée. A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

2015 dans le rétroviseur

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lisbonne2015 aura été une année dégueulasse sur le plan collectif – je vis quand même dans un pays qui a vécu deux périodes de psychose collective en un an, ou une seule qui a duré une année entière, c’est selon – et assez bizarre sur le plan personnel. En effet, j’ai dû en une année : attendre, stresser, me remettre en question, encore attendre, encore stresser deux fois plus, faire la fête un peu, partir à Bordeaux, attendre encore, stresser encore, exploser de joie, jouer devant 80.000 personnes, stresser, être déçue, attendre, stresser, faire la fête encore plus, attendre, partir en vacances sur les pas de mes ancêtres, stresser, partir au Portugal, stresser, faire la fête, vomir. Youpi 2015.

2015 sur le plan musical a été très régressif, du moins pour les six premiers mois. D’une part, l’attente et la préparation des concours ont exigé de ma part de la musique apaisante (musique de dessins animés, jazz des années 1940-50, rock des années 1960, variétés des années 1980, rock des années 1990…). D’autre part, je préparais la playlist du bal de mariage avec tellement de volonté que j’ai fait peur au DJ. Le Mari et moi-même avions quand même préparé quelque six heures de suggestions musicales sur Youtube à titre d’indication… Oui, nous sommes fous. Pour la petite histoire, après s’être posé la question de mon âge, le DJ n’a suivi que très peu d’indications de notre playlist, mais s’est démerdé pour faire mieux que le job demandé. Mon bal de mariage a vraiment été au top jusqu’à au moins une heure du matin. Et ça, ce n’est pas donné à tous ceux qui ne supportent pas Gilbert Montagné, Patrick Sébastien et Magic System sans un certain conditionnement alcoolique au préalable – il a même passé du Janis Joplin, et mes invités s’enjaillaient tellement qu’ils ont dansé dessus sans poser de questions.

Ladies & Gentlemen, sans plus attendre, voici mon année 2015 en humeur et en musique !

Janvier

In my life : Je « savoure » mes premiers jours de chômage suite à un licenciement économique avec une grippe intestinale, suite à la reprise de la natation. Quand le 7 janvier, clouée dans mon lit, j’apprends l’horreur de Charlie Hebdo. Je crains toute la journée de ne pas retrouver mon mari le soir, étant donné qu’il travaille sur la route où se sont échappés les auteurs de la fusillade. Nous suivons la journée suivante cloîtrés et hébétés. Quand je décide enfin à sortir le 9, je vois des voitures de police partout dans Paris et j’apprends sur les réseaux sociaux les événements de l’HyperCasher. Le 11, je ne défile pas, parce que je préfère vivre ma vie avec mes amis. C’est ce qui me permet de relativiser le traumatisme que je viens de passer. Sinon, ce sont mes débuts dans une boîte de reclassement où on me propose d’enseigner en Montessori. Woké, je vais plutôt me concentrer sur les concours administratifs : je prépare celui de bibliothécaire assistant et je m’inscris pour ceux d’administratif dans l’Education Nationale.

Musicalement : Je me gave devant La Nouvelle Star que je trouve encore intéressante à ce stade – celui des auditions au théâtre. Sinon, je fais les exégèses des albums reçus à Noël 2014 : Sonic Highways des Foo Fighters, 461 Ocean Bvd d’Eric Clapton et Songs Of Innocence de U2. Du bon et du moins bon. L’année 2015 est aussi l’initiation au sein de mon orchestre au pagode. Chouette, on va pouvoir chanter et jouer d’autres instruments ! Accessoirement, Demis Roussos meurt et Brain Magazine lui rend un vibrant hommage…

Chanson du mois : Georges Brassens – Mourir pour des idées

C’est la chanson qui résume mon sentiment face à ce qui s’est passé pour les dessinateurs morts ce mois de janvier. Car évidemment que, dans le verbe, nous sommes beaucoup, moi la première, à se dire prêts à mourir pour mes convictions. Dans les faits, il faut solidement s’être détaché des biens terrestres pour penser au martyre. Quand moi-même, je pensais accepter de me faire tuer au nom de ma foi, je n’étais pas mariée et je pensais finir au couvent. Et la conviction des survivants du mois de novembre 2015 m’a fait comprendre à quel point ce que je vivais dans le cadre du mariage était précieux.

Février

In my life : Premier concours de l’année qui me mine le moral : il y au moins 2000 candidats pour 24 postes. Du côté de la boîte de reclassement, c’est mieux : j’ai changé de coach pour une spécialiste des ressources humaines. Ca c’est cool. Et je me suis lancée dans un module « Du diagnostic au projet ». Et là j’ai pleuré ma race, j’ai eu l’impression d’être putain de bonne à rien. Pour me consoler, je prépare mon mariage civil, avancé pour raison familiale. Sinon, as usual, le Carême, les anniversaires en famille et les sorties entre copains.

Musicalement : les Victoires de la Musique que je n’ai pas suivies cette année ont couronné Indila, la grande sensible dont le mec la faisait tourner dans le videuh videuh et dont la chanson me faisait vriller le cerveau. Le carnaval de Paris fut doux et j’ai eu mon explication en croisant un petit dragon à République. Sur la fin du mois, il y eut une grosse introspection sur l’année 1995, non pas en l’honneur du groupe de rap, mais en l’honneur des 20 ans de ma cousine.

La chanson du mois : Philippe Crosland – Vive le reggae

Tout le monde me demande pendant le Carême l’effet de l’enjaillement sobre quand tout le monde picole autour de moi. Voilà le résultat.

Mars

In my life : Ce n’est pas tout ça, mais j’ai un mariage et deux écrits à préparer, si bien que je ne prends pas le temps de fêter dignement mon 32e anniversaire. Sinon, je passe aussi mon temps à repasser devant le Fossoyeur de Films, à réviser des exercices de maths et à m’interroger sur ma personnalité, ce qui est en soi un bon axe de réflexion pour le Carême. Puis vinrent les élections départementales où le running gag du 2nd tour a été de dire qu’untel a gagné… face au FN. Même dans mon lieu d’habitation. Triste.

Musicalement : La saison des défilés a commencé, apportant son lot de partage musical fort à propos (Lee Scratch Perry) ou pas (Christine & The Queens). L’introspection me fait aller plus loin musicalement, en cherchant dans les B.O. de cinéma provoquant des fantasmes, les B.O. de dessins animés provoquant des traumatismes et des vieilleries d’Europe de l’Est. Chaud. Et sinon : ma petite hystérique de Mari va voir son idole en concert et c’est un moment de pur délire, avec surchemise et badge des Beatles comme à la grande époque.

La chanson du mois : Modry Efekt – Ma Hra

Preuve que mes 32 ans sont quand même un âge canonique : non seulement je n’ai pas forcément la nostalgie de mes 18 ans (pour rappel, Ma Hra a été utilisé comme sample par One-T en 2001 et 2003), mais en plus, je préfère les versions originales des tubes qui m’ont fait danser dans ma jeunesse – puisque Dieu sait si j’ai dansé sur de la merde dans ma jeunesse, toi-même tu sais.

Avril

In my life : deux écrits successful + un mariage civil à l’arrache en 15 jours = grosse fatigue. Il me fallait bien quelque chose pour récupérer de tout cela. Et merci Bordeaux d’avoir accueilli mes balbutiements de femme mariée et les migraines ophtalmiques du Mari.

Musicalement : Pas grand-chose. Si ce n’est que j’ai laissé le Mari se charger de l’ambiance musicale du mariage et que, par conséquent, au lieu de la marche nuptiale de Mendelssohn, on s’est tapé du Floyd à l’apéro, de la brit-pop pendant la cérémonie et du punk neuneu au renoçon. Pour preuve que ce n’est pas parce qu’on se marie qu’on va se plier à une quelconque règle concernant l’ambiance. Et bonne nouvelle : le Cabrel nouveau est sorti, et mon Dieu qu’il est bon.

La chanson du mois : Cuizinier – Quand tu m’aimes

Découverte il y a 4 ans, lorsque j’étais trop sobre pour ne pas avoir l’esprit embrumé par Herbert Léonard, cette chanson de l’ancien rappeur de TTC a remplacé n’importe quelle chanson de Céline Dion ou de Lara Fabian dans mon panthéon de la déclaration d’amour. C’est débile à souhait, mais au moins, ça ne casse pas les noix. Et quoi de mieux pour célébrer mon changement de statut dans les statistiques de la vie en ce mois d’avril 2015 ?

Mai

In my life : C’est le moment où le printemps revient réellement et où on croit au retour d’Antoine Daniel sur les Internets. C’est le moment où je m’aperçois que passer les écrits en étant dans un état d’angoisse ultime peut porter ses fruits, puisque j’ai brillement réussi les deux écrits que j’ai passés la même semaine que mon mariage. J’assiste aussi au mariage d’une copine, ce qui nous donne l’occasion de nous promener encore. Et ça, c’est cool.

Musicalement : mis à part la préparation d’un grand événement tel qu’un combo défilé dans Paris et représentation devant 80.000 personnes et la préparation d’une playlist tropicale pour l’anniversaire de ma meilleure amie, pas grand-chose s’est passé en mai, vraiment.

La chanson du mois : Douchka – Elementaire mon cher Baloo

En cherchant There’s Something Wrong In Paradise de Kid Creole and the Coconuts pour la playlist sus-citée, je me suis souvenue de cette réminiscence de mon enfance que j’ai croisée en 45 tours dans ma famille. Ca m’a fait mon année.

Juin

In my life : Le temps des oraux est venu pour moi. Mais je suis rassurée dès le premier oral que je passe : je sais d’ores et déjà que je serai fonctionnaire au mois de septembre. Le deuxième oral se passe mal, preuve qu’il me faut quand même une certaine pression pour que je réussisse ce que j’entreprends. Sinon, je prépare ma sortie de piste auprès de la boîte de reclassement, de Pôle Emploi, du célibat version catholique… et c’est du boulot.

Musicalement : Lors de mon premier oral, lorsque je dis que je fais partie d’un orchestre et qu’on me demande si je me produis en public, je n’ai pas eu l’aplomb de dire que je me produisais pas plus tard que dix jours après cette confrontation devant 80.000 personnes au Stade de France. C’était d’ailleurs un chouette souvenir de partage. Mon DJ préféré, Tomy Burger, fait du forcing auprès de son réseau pour faire supporter la candidature de son frère au télécrochet de France Inter, lequel échouera en finale et c’est déjà pas mal. Ca a été l’occasion de découvrir un artiste qui correspond à mon référencement organique en termes de musique. Enfin, pour la deuxième fois de cette année, le Mari va voir son idole en concert et il me semble avoir entendu la voix de Noel Gallagher parmi les hurlements de l’enfant de 4 ans qui me tenait la main ce soir-là. Autre chose qui excite le Mari : la sortie de Franz Ferdinand & Sparks, qui le rend tout foufou quand on roule en voiture.

La chanson du mois : Paul van Eersel & Stella Zekri – Du temps

C’est le fameux artiste que j’ai découvert grâce à son frère. Son premier album, La maison, est en cours de production. Pourquoi me correspond-il à mon référencement organique ? Parce que moi-même, quand je compose, je sors spontanément ce genre de sonorités. Et puis c’est simple, quasiment enfantin. Séduite, je vous dis.

Juillet

In my life : Mon sprint final vers la grande fête en l’honneur de mes amours au pays de mes ancêtres connaît un faux départ. Au moment où je me dirigeais vers la maison de ma mère, mes futurs employeurs m’appellent pour me convoquer à la distribution des postes. Le temps de faire l’aller-retour et de laisser le Mari monter une armoire Ikea chez ma mère, commence la course vers le grand jour. Et le grand jour vint. Comme à l’accoutumée, j’ai beau connaître la propension de ma famille à faire mieux que prévu, mais là, ça a été du grand art. Si bien que ça m’a fait du mal de retourner dans mes terres franciliennes : j’ai eu l’impression d’un grand désœuvrement, suite à ce mouvement hystérique. Et puis putain, 2 ans. Déjà deux ans que, suite à un post sur les reprises des Beatles, ma vie a changé du tout au tout.

Musicalement : Ni Bach, ni Wagner, ni Mendelssohn. Comme a dit mon beau-père : Vous vous êtes mariés au nom du Père, du Fils et des Beatles.

La chanson du mois : The Beach Boys – God Only Knows

Je voudrais juste me souvenir de ça éternellement : ma marche nuptiale, la Cadillac en guise de carrosse, le cadre des photos, des larmes. Et des rires. Beaucoup trop pour que je puisse les compter. Même le curé s’est marré.

Août

In my life : Il fallait bien remercier ma mère, nouvellement retraitée, pour cette putain de cérémonie réussie. Résultat : nous partons avec elle sur les traces de mes ancêtres paternels. Ce fut un voyage comme j’ai l’habitude de faire avec ma mère : on fait ce que l’on a envie, sur le moment, et ce n’est pas grave si on a rien de planifié. Cette petite traversée des Ardennes, du Brabant wallon et de l’Aisne a été des plus instructifs et des plus enrichissants. Et à la fin du mois, retour aux affaires : je fais connaissance avec les règles élémentaires de mon nouveau métier et avec mes nouveaux collègues.

Musicalement : Pierre Perret permet à ma grand-mère de faire son premier live à 88 ans. Mon road trip m’a permis de faire le tour de toute la programmation de RTL. Le retour au travail me fait replonger dans mes plus belles playlists de métal pour la motivation et dans le meilleur des 1960’s pour la barrière mentale.

La chanson du mois : Arno – Les yeux de ma mère

La Belgique + maman = Arno qui parle avec sa poésie très personnelle de sa famille la plus proche.

Septembre

In my life : Aaaaah, les joies des débuts laborieux dans un nouveau taf. Tellement laborieux que je m’en sors avec des douleurs psychosomatiques. C’est dans ces moments douloureux où je me dis que le Mari, avec tous ses défauts, est l’homme qui me convient le mieux dans ma vie.

Musicalement : Je me remets à écouter Oüi FM et je n’aurais jamais cru que ça pouvait aussi me redonner espoir, même si c’est juste 20 minutes ponctuellement le matin et le soir en allant à l’orchestre.

La chanson du mois : Christophe – Le dernier des Bevilacqua

Il me fallait quelque chose d’épique en boucle pour cet automne 2015. Merci Bleu Blanc Schnock d’avoir osé passer ce morceau au détour d’une ballade dominicale avec le Mari. Résultat : j’ai très très envie de m’acheter Les mots bleus. Oui, parce que depuis la dernière fois que j’en ai parlé, je n’ai toujours pas acheté l’album. Ca devient aussi récurrent qu’une blague sur les publications de What The Cut.

Octobre

In my life : En guise de dépression saisonnière, je crie mon angoisse sur tous les toits, je me débats comme je peux au point de me sentir parfois inutile. Heureusement que je suis bien cadrée, tant par mes collègues que par mes amis. Et puis ce voyage inaugural, tellement nécessaire, où le Mari et moi en sommes revenus plus sûrs de la connerie de vie que nous nous apprêtions à vivre ensemble.

Musicalement : j’ai fait le plein de nouveautés musicales de 2015 dans les hôtels portugais grâce à VH1. Et deux tendances lourdes se sont dégagées :

– Adele a décidé de ne pas respecter sa retraite du show-business et nous a offerts un titre plus larmoyant que My Heart Will Go On

– J’ai quand même failli ne pas voir Spectre parce que l’opening by Sam Smith m’a quand même pété les couilles avant l’heure.

La chanson du mois : Nathaniel Rateliff and the Night Sweets – S.O.B.

Force est de constater qu’un Black Russian bien dosé à l’anniversaire de la Siamoise a remplacé tous les anxiolytiques qui m’ont été prescrits. Car certes, mes douleurs ont disparu moins vite que prévu, mais au moins, j’ai pris conscience qu’il fallait que je prenne ma souffrance et mon angoisse à bras le corps et régler pour de bon ce qui me provoquait ces douleurs. J’ai peut-être fait deux-trois conneries au passage, mais comme dirait Alexandre Astier en roi Arthur déchu : Je ne veux pas qu’on dise que je n’ai rien foutu.

Novembre

In my life : Il aura fallu que j’attende l’âge canonique de 32 ans pour avoir une vraie Padawan à former – en l’occurrence une gamine en terminale pro gestion et administration. Est arrivé ce qui est arrivé ce 13 novembre. J’ai été touchée par ce qui s’est passé, mais pas comme d’autres que je connais et qui ont vu leur vie bouleversée à jamais. Comme beaucoup de Franciliens, je connais des témoins, des victimes et des proches de victimes, mais aussi des personnes du milieu médical et des premiers secours qui ont su aiguiller sur les démarches à suivre. Et contrairement à janvier où la stupéfaction a été de mise, le Mari a décidé que nous agirions quel que prévu le 14 novembre coûte que coûte, et il a bien fait.

Musicalement : beaucoup de metal, de Foo Fighters (que j’étais censée voir le 16 novembre), de nouveaux vinyles qui viennent orner une collection déjà pléthorique (même si on a tous ces vinyles en CD pour la plupart, mais bon), comme pour se rassurer après le choc que nous venions de vivre. Je chronique les CD envoyés par Ladies Room, et la vérité est que je me régale…

La chanson du mois : Claude Nougaro – Toulouse

Je préfère retenir musicalement de ce mois de novembre 2015 ce qui nous a permis de ne pas éclater face à cette situation bouleversante que nous avons vécu : cette bulle de décompression qui nous a permis de digérer et d’accueillir la peine de ceux qui se sentaient vraiment perdus.

Décembre

In my life : Le métier rentre dans le corps et je ne sais même plus si ce que je ressens est de l’ordre du psychosomatique ou si mon corps déconne réellement. Malgré tout, je suis plus attentive à l’ordonnancement de mon travail. Sinon, les élections après un tel choc ne me font pas gagner espoir en une solution collective censée face à la crise que nous vivons. Youpi ambiance.

Musicalement : Dean Martin fut très absent des playlists, preuve que je me fous absolument que cette année 2015 se termine ou quoi que ce soit. J’ai réalisé un de mes rêves de gosse : voir Laurent Voulzy en concert, avec Alain Souchon, ce qui ne gâche rien. En guise de cadeau de Noël, j’ai reçu Quadrophenia de The Who et tout le répertoire des Beatles sur Spotify. Et pour preuve qu’il fallait bien que 2015 se termine sur une note pas terrible, nous avons appris ce 29 décembre la mort de Lemmy Killmister, leader de Mötorhead, à 70 ans. Il aura survécu à la cocaïne, au whisky, à la vodka, aux putes, aux pontages coronariens, il aura donc fallu un cancer déclaré 3 jours avant sa mort pour l’emporter. Sacré lui.

La chanson du mois : Alain Souchon – Les Cadors

Malgré les bonheurs personnels qui ont essaimé mon année 2015, il me semble que la femme de 32 ans que je suis a surtout été très abîmée par la folie qui a pu émaner de ses contemporains. Oui, je pense être désormais mature pour comprendre toute la dimension « babtou fragile » du comparse de Laurent Voulzy. Je me suis même dit que j’aimerais bien être comme Souchon et Voulzy après quarante ans passés au côté du Mari.

Je n’ai même pas l’espoir de me dire que ce sera mieux en 2016, surtout après avoir entendu le nouveau Coldplay. Je vous souhaite juste, comme tous les ans désormais, que 2016 sera prospère malgré les difficultés. Et surtout qu’au vu de ce qui s’est passé cette année, nous n’en venions pas à ce genre d’extrémités…

10 … morceaux de musique classique pour Noël (mais pas que)

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111224_qf13q_musique-noel-partitions_sn635C’est la période de Noël, et ce que j’aime par-dessus tout, outre le fait de voir ma mère se transformer en gamine émerveillée en mettant sa déco, c’est d’entendre la musique adéquate. Mais qu’est-ce que j’appelle la musique adéquate ? Le cocktail détonnant qui consiste en trois ingrédients :

  • Les Christmas Carols traditionnels repris d’une manière pas trop kitsch (ils peuvent aussi être français ou allemands, je ne suis pas sectaire)

  • Un peu de jazz américain qui parle des vacances de Noël (Christmas with Dino über alles)

  • Et évidemment une bonne pincée de musique classique, pour lier toute les générations.

Dans cette perspective, le Mari, toujours prompt à me vriller le cerveau par ses découvertes musicales, m’a proposé en guise de prolégomènes une version d’Il est né le divin enfant par Siouxsie and the Banshees, avec Robert Smith en guest aux cymbales. Oui, maggle.

Charming, isn’t it ?

Je vais donc aujourd’hui vous parler de dix morceaux de musique classique que j’aime particulièrement écouter, puisque la période m’y invite. Les animations musicales dans les rues de Paris, la perspective du concert du Nouvel An à Vienne (qui fait des cartons de diffusion sur Arte), bref, il n’y a que la musique classique (et Tino Rossi) pour resserrer les liens musicaux dans ma famille. Voici donc dix morceaux de musique classique qui poutrent et qui s’écoutent bien pour l’hiver.

Marc-Antoine Charpentier, Te Deum – Prélude (1688)

Alias un running gag pourri avec le Mari lorsqu’il réussit à vendre ne serait-ce qu’un seul de ses ouvrages, mais aussi l’hymne officiel de l’Eurovision. Le Mari rajoute : J’aime bien, il est très Louis-Quatorzien dans l’art. Et il ne dit pas ça en l’air, le fumier : si la composition de l’œuvre complète s’est étalée de 1688 à 1698, ce Te Deum baroque a retenti en 1692 lors de la victoire de Steinkerque et en 1696 lors de la conclusion du traité de Turin. Oui, on savait s’enjailler à l’époque.

Giuseppe Verdi, Aïda – Marche Triomphale (1871)

Outre le fait que cet opéra soit une commande du khedive d’Egypte de l’époque pour l’inauguration du canal de Suez et que Guiseppe Verdi ait fait appel à l’égyptologue Auguste Mariette pour l’aider sur la scénographie, on retrouve ici tout ce que l’Italie faisait de plus grandiloquent et pompier au XIXe siècle : des trompettes de fou furieux, un stade de foot en guise de choristes… Mais surtout, cette Marche Triomphale  – ou Marche des Trompettes, tel qu’elle est présentée dans le second tableau du deuxième acte – a surtout été pour moi la bande-son d’une chorégraphie très pompeuse dans un spectacle son et lumière qui s’est tenu durant plusieurs années dans mon village d’origine. Pour la petite histoire : Giuseppe Verdi n’a pas voulu assister à la première d’Aïda au Caire le 24 décembre 1871, car ça le gonflait que son opéra soit joué devant une ambiance mondaine plus que populaire. Il a préféré préparer de son côté la tenue de l’opéra à Milan pour février 1872.

Modeste Moussorgski, Tableaux d’une exposition – La grande porte de Kiev (1874)

En hommage à son ami, le peintre Victor Hartmann, décédé en 1873 d’une rupture d’anévrisme à l’âge de 39 ans, Modeste Moussorgski a décidé de prêter ses œuvres personnelles à l’exposition des œuvres de ce peintre à Saint-Petersbourg entre février et mars 1874. Bouleversé, il décide donc d’écrire en six semaines une œuvre monumentale de seize morceaux, représentant dix tableaux et six promenades. La grande porte de Kiev est le dernier morceau de cette œuvre. A l’origine, ce ne sont que des compositions pour piano. Après la mort précoce du compositeur à 42 ans, en 1881 – ruiné et alcoolique –

Tableaux d’une exposition connut plusieurs adaptations symphoniques, dont celle de Maurice Ravel en 1922 qui est aujourd’hui la plus jouée par les orchestres.

Clément Jaquenin, La Guerre ou la Bataille de Marignan (1555)

L’ecclésiastique, qui gravit les échelons de choriste de la paroisse Notre-Dame de Châtellerault jusqu’à devenir compositeur ordinaire du roi Henri II en 1555, composa ainsi près de 250 chansons. J’ai découvert la chanson que je vous présente, qui fut inspirée de son expérience auprès de Louis de Ronsart (père du poète) durant ladite bataille, lors d’une session de La boîte à musique de Jean-François Zygel. Je suis séduite tant par la sonorité du vieux français qui m’est familier que par la volonté d’une restitution par des onomatopées de l’ambiance de la bataille.

Marin Marais, Le Badinage (1717)

J’ai découvert ce morceau assez tardif du compositeur sous l’égide de Jordi Savall, directeur musical du biopic Tous les matins du monde (Alain Corneau, 1991, d’après Pascal Quignard). Tiré du livret Pièces à une et trois violes, quatrième livre, cette pièce de viole de gambe accompagnée au clavecin m’évoque à la fois la mélancolie qu’évoque l’éloignement de l’être aimé et la sensation – peut-être oubliée – du baiser échangé. Mais ce serait oublier la richesse qu’englobe toute l’œuvre de M    arin Marais, qui a quand même composé près de 600 œuvres pour la viole de gambe.

Pietro Mascagni, Cavalleria Rusticana – Intermezzo (1890)

Cet opéra, qui raconte un duel sur fond d’amours déçus en Sicile, ne fait qu’un acte et ne dure qu’une heure dix minutes. L’intermezzo musical fait la jonction entre l’explication de la situation – Santuzza aime Turridu qui aime Lola qui est mariée à Alfio – et le dénouement – Alfio provoque Turridu en duel à la fin de la messe de Pâques et le tue. Le tout sur fond de pathos et de pleurs de femmes. Cet opéra est devenu populaire, d’une part par son évocation sous la plume de Proust et de Sartre, et d’autre part pour avoir servi de parallèle narratif dans le scénario du Parrain III (Francis Ford Coppola, 1990, d’après Mario Puzo).

Wolfgang Amedeus Mozart, Concerto pour clarinette K622 – Adagio (1791)

Autre morceau qui connut une popularité sans précédent grâce au cinéma – Out of Africa (Sydney Pollack, 1985), en l’occurrence –, ce mouvement de concerto écrit quelques mois avant la mort du compositeur m’inspire ce qu’il y a de plus beau au monde : un lever de soleil sur mon lit et l’assurance que la journée va bien se dérouler. Un peu comme Le matin dans Peer Gynt d’Edvard Grieg, qui est devenu un cliché pour expliquer cette sensation. Vous voyez de quoi je parle ?

Le Mari, qui n’a jamais écouté de Mozart de sa vie, ni vu Out Of Africa, vient de me dire : Tu sais quoi ? En écoutant ce morceau, je visualise un désert, une pampa… Ca me fait penser à du Ennio Morricone… Je trouve cette réflexion intéressante, dans la mesure où l’inconscient collectif de 2015 peut créer des interactions culturelles tellement puissantes qu’elles surpassent la connaissance des objets culturels de départ.

Antonin Dvorak, Symphonie du Nouveau Monde – Allegro Con Fuoco (1893)

Cette symphonie du compositeur tchèque (1841-1904) a été écrite dans le contexte où il s’est retrouvé directeur du Conservatoire national de New-York (1892-1895). Si le Largo (2e mouvement) a été repris pour un cantique chanté aux enterrements et que l’Aadagio – Allegro molto (1er mouvement) a inspiré le B.B. Initials de Serge Gainsbourg, cet allegro con fuoco, 4e et dernier mouvement de la symphonie, est l’un des morceaux les plus repris dans l’audiovisuel. En effet, l’introduction a servi de générique à diverses émissions de télévisions et de radio.

Ludwig van Beethoven, Sonate n°17 pour piano « La Tempête » – Allegretto (1802)

Beethoven, en 1802, vient de découvrir sa surdité et n’a pas encore écrit sa symphonie n°3, dite Héroïque. S’il a pensé au suicide, la conscience de sa surdité l’a au contraire poussé à renouveler son motif d’écriture, le guidant vers la composition d’œuvres de plus en plus grandiloquentes. C’est le cas avec cette sonate n°17, surnommée dès le début La Tempête par les auditeurs, à qui Beethoven avait conseillé de lire La Tempête de William Shakespeare pour en saisir le sens.

Fernando Sor (Wolfgang Amedeus Mozart), Thèmes et variations sur “La Flute enchantée” (début XIXe siècle)

Nous en sommes au dixième morceau de la sélection, et je m’aperçois que j’ai mis deux morceaux de Mozart, mais aucun de Johannes Sebastian Bach. D’une part, l’étude au piano de ses œuvres et des œuvres de sa femme m’a particulièrement cassé les noix, et donc Bach représente un gros traumatisme. D’autre part, je n’ai pas pu choisir parmi ses œuvres pour luth/violoncelle transposées à la guitare une seule œuvre qui me fait plus kiffer l’une que l’autre.

Par conséquent, je vous présente une œuvre de mon compositeur de guitare classique préféré, à savoir Fernando Sor. Espagnol, il a fait carrière dans l’armée napoléonienne avant de faire le tour de l’Europe pour enseigner. Il est notamment connu pour ses « gammes » d’apprentissage de la guitare, mais aussi pour ses variations de La Flûte Enchantée qui ont été regroupées sous les opéra 9 et 19.

Si le kitsch des Christmas Carols version pop ou jazz vous gonflent à la longue, pensez au classique pour vous créer une bonne ambiance de Noël. De rien. Cordialement, bisous.

Sélection personnelle de l’automne 2015

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PlaylistAprès ces quatre disques aussi diversifiés les uns que les autres, j’avais envie de faire partager mon univers musical de l’automne 2015. Une période de « retour à la normale » dans ma vie – puisque j’ai besoin de musique pour occuper mes transports en commun. Je me suis évidemment penchée sur ma radio préférée pour me recréer un univers musical à la hauteur de mes ambitions.

En passant 1h30 dans les transports tous les jours, j’ai davantage le temps de me remettre à jour sur les petites nouveautés, mais aussi pour me constituer un nouveau répertoire de vieilleries obsessionnelles… Voici donc, en 15 titres, un aperçu de mes oreilles (qui ne sont pas en forme en ce moment, je vous l’avoue).

Les nouveautés

Les titres bien dansants

  • Hyphen Hyphen – Just Need Your Love

La bande de Niçois copains de conservatoire ont fondé leur groupe en 2009. Leurs inspirations viennent principalement de Metronomy et de LCD SoundSystem. Cela se ressent sur ce tube, issu de leur premier album Times. C’est simplement le morceau que je joue en boucle pour me motiver à arriver au boulot.

  • Nathaniel Rateliff & The Night Sweats – S.O.B.

Ancien folkeux tout seul, ce natif du Missouri qui s’est mis sérieusement à la musique vers la trentaine a crée la sensation cet automne avec son nouveau groupe, The Nights Sweats, qu’il a fondé en 2013. Ce titre d’inspiration gospel est issu de son 6e album personnel, mais son premier avec ledit groupe. Et pour l’avoir testé dans les bouchons en prenant ma voiture sur la N2, ce Son of a bitch ! lancé à la volée fait beaucoup, mais alors beaucoup de bien.

  • The Avener & Kim Churchill – Window To The Sky

The Avener, à l’instar de C2C en 2013 – qui se souvient d’eux, maintenant ? – est en train de truster sérieusement les ondes. Et comme Robin Schulz en 2014, il est en train de tout passer au mixer. Sauf qu’au final, le DJ niçois ne dénature pas la chanson de départ et fait même un son que je qualifierai de plutôt agréable, compte tenu de mon échelle personnelle du remix. Et là je me dis : Putain, la réélection de Christian Estrosi à Nice a dû donner un souffle à la scène électro locale en 2015…

N’empêche, vraiment, la chanson de départ n’est pas dégueulasse…

  • The Chemical Brothers, Go

Le duo de Manchester est à l’instar de ma grand-mère : tous ont connu le bon et le moins bon, mais ils tiennent malgré ses heures de vol à prouver qu’ils ont le sens du party hard. Si ma grand-mère l’a encore prouvé à mon mariage, The Chemical Brothers nous le prouvent avec ce titre. Il parait, selon certains copains, que c’est la seule chose à sauver de Born In The Echoes. Il ne me reste plus qu’à voir l’ampleur du présumé désastre.

  • Feu! Chatterton, Boeing

Après La Malinche l’hiver dernier, qui a été le fer de lance de l’EP éponyme, le groupe parisien et élégant revient avec un premier album, Ici le jour (a tout enseveli). Et cet automne, comme l’hiver dernier, je suis indubitablement séduite par ces trublions qui ont su retirer le plus noble du dandysme à la française. Bravo les mecs, vous êtes tellement frais.

Le rock et la pop

  • Foo Fighters, Saint Cecilia

Je me faisais une joie d’aller les voir ce lundi 16 novembre, un de mes groupes préférés, parce que DAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAVE <3. Et puis arriva ce qui malheureusement arriva. Mais comme Dave et sa bande ne sont pas des chiens, dès le 25 novembre, ils ont proposé un EP à télécharger pour se faire pardonner d’avoir cédé à la panique (ou ont-ils été contraints par les autorités françaises…), Saint Cecilia. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est exactement ce genre de son qui m’a fait craquer au départ, il y a presque 20 ans.

  • Ghost, He Is

A l’origine est un groupe de doom suédois dont les membres veulent préserver l’anonymement. Issu de leur troisième album, Meliora, ce titre est pourtant d’inspiration folk et rock psyché que ne renierait pas le Floyd version Wish You Were Here.

N’est-ce pas, David ?

  • Rover, Call My Name

Je me disais qu’après la montagne émotionnelle qu’a été Aqualast, le sosie de merde de Gérard Depardieu sans la vinasse me manquait. Ca tombe bien, il est revenu début novembre avec un nouvel album, Let It Glow, d’où est extrait ce titre. Merci, j’en avais putain de besoin.

  • Adele, Hello

Evidemment, j’ai beau être partie au Portugal pour tout oublier, je n’ai pas pu passer à côté du phénomène pop de cette fin d’année 2015. J’ai toujours dit que je n’aimais pas les chanteuses « à voix », mais Adele est la seule exception à la règle, tant elle me retourne l’intestin à chaque fois qu’elle ouvre la bouche.  Et j’avoue que, bien que la chanson soit de construction très classique, j’ai chialé à la première écoute.

  • Josef Salvat, Open Season/Une autre saison

Cet Australien, qui s’est fait une notoriété en reprenant Diamonds de Rihanna au piano-voix, a décidé d’adapter un titre de son premier album, Open Season, en français. Et c’est devenu ma petite sensation de ce début d’automne 2015 lorsque je prenais la route vers la Bretagne.

Les tubes du grenier

  • Ph. D, I Won’t Let You Down (1982)

Cette petite saveur britannique – as usual – fait partie des titres qui ont bercé mon enfance et qui sont devenues depuis des obsessions qui me poursuivent ma vie entière. Je l’ai remise en lumière en ce début d’automne 2015, suite à un obscur classement Topito sur les chanteurs des années 1980 à réhabiliter.

  • Christophe, Le dernier des Bevilacqua (1974)

Ouverture du mythique album Les mots bleus, j’ai découvert ce titre – et ma nécessité urgente d’écouter ledit album – en écoutant l’émission Bleu Blanc Schnock consacré à Jean-Michel Jarre, parolier de Christophe sur cet album. Depuis, c’est devenu mon hymne de l’automne 2015.

  • Queen, Killer Queen (1974)

Cette chanson est venue en force dans mon panthéon que je me suis construit autour de mon groupe préféré. Cela vient du fait que le Mari – qui considère aussi que Queen déchire sa maman – ait acheté à la fois le Live At The Rainbow (1974), dont ce titre est l’ouverture, et le Live At The Hammersmith Odeon (1975) qui, outre la présence ce titre, est la première représentation publique de Bohemian Rhapsody. Bref, en 2015, j’ai repris en main mes connaissances sur Queen. Merci le Mari.

  • Clara Nunes, Canto das três raças (1976)

Merci à mes joueurs de cavaquinho et mon DJ préférés de m’avoir fait découvrir une nouvelle facette de la musique brésilienne. J’ai l’impression que la musique brésilienne est un puits sans fond dans lequel je m’engouffre avec plaisir, quand mon oreille interne ne me joue pas des tours…

  • Jacques Loussier, Thierry La Fronde (1963)

Euh… Bah… Rien en fait.

Cadeau Bonux

Je suis maintenant mariée depuis sept mois. Pour certaines personnes, c’est le début des désillusions sur la personne choisie. Pour d’autres, c’est encore la lune de miel. Et il y a les personnes comme moi qui pensent que ça ne change rien à l’équilibre du couple. Je me suis même surprise à dire en société hier soir : La vie a changé, pas nos sentiments. Ils ont évolué et pris forme au gré des événements. Et donc rien que pour ça, je voudrais conclure cet article avec de la guimauve.

Croyez-moi, je ne fais pas ça de gaîté de cœur (au point que je n’ai pas mis la version originale de Paulo…).

A bientôt pour le bilan musical de cette année 2015 qui a été bien plus riche que je ne l’ai laissé paraître.

Sélection de l’automne #2 : Noiserv – A.V.O et Jack Savoretti – Written in Scars

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Ladies Room m’a envoyé comme saveurs d’automne quatre albums de l’écurie Naïve sortis en octobre 2015. Après l’album de VKNG et l’EP de Hein Cooper il y a quinze jours, je vais vous chroniquer aujourd’hui A.V.O. de Noiserv, sorti le 30 octobre, et Written in Scars de Jack Savoretti. Pour cette fois, je ne mettrais que des extraits du communiqué de presse, parce que les deux artistes sont présentés assez longuement.

Noiserv – Almost Visible Orchestra

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La maison de disque dit : Noiserv est le projet solo de David Santos. [….] Après avoir expérimenté avec plusieurs groupes de musique au lycée, il crée Noiserv à l’âge de 22 ans, alors qu’il exerce encore le métier d’ingénieur informaticien. […] Malgré cette autonomie, il appartient à une nouvelle scène venue du Portugal, « la Californie de l’Europe » comme le décrivent souvent les Inrockuptibles…

Mon humble avis : Les titres des chansons sont PUTAIN DE TROP LONGS ! Exemple : Life is like a fried egg, once perfect everyone wants to destroy it (ceci est vraiment le titre de la 6e chanson…). Le communiqué de presse cite en influences principales Yann Tiersen et Sufjan Stevens. Force est de constater que, pour le coup, je suis totalement la piste d’écoute, tant j’ai l’impression d’une cohérence de platitude dans le son. Rien ne se détache sur le plan sonore. Ce n’est pas désagréable, loin s’en faut, et on peut dire que l’album forme un ensemble très homogène.

Et c’est là que, selon moi, le bât blesse. Je suis peut-être dans un cycle où je suis la tendance commerciale de productions très boostées en termes de pop-rock, et A.V.O. me paraît être une anomalie en 2015. Je sais que 2014 nous a offert des artistes aux productions très brutes tels que Nick Mulvey, George Ezra ou même Peter Peter, et que ça me plaisait. Le fait que cet album sorte en 2015 me paraît comme quelque chose d’anachronique en termes de production musicale. Ou alors j’ai été sourde, cette année (ceci est peut-être un début d’explication).

Ce côté DIY reste charmant et très frais, et si le côté en décalage de la production m’a un peu brusquée au début – le Mari a même cherché à booster la chaîne, mais cela n’a rien changé –, mais finalement, il faut se laisser entraîner dans une ambiance très intimiste où Noiserv se livre à cœur ouvert. Oui, vraiment, j’ai perdu cette habitude en 2015. Petit bonus : le dernier titre, Palco do tempo, est en portugais. Autant j’adore le portugais en termes de sonorités. Autant là, ça sonne comme du pâté de foie industriel. La langue portugaise ne mérite pas ça.

Jack Savoretti – Written in Scars

Jack_Savoretti_-_Written_In_ScarsLa maison de disque dit : Un rien charmeur, un brin romantique, et surtout plein de talent, l’Anglais Jack Savoretti est en train de conquérir l’Europe grâce à Written in Scars, un album piqué dans dans un irrésistible veine pop, teintée de folk avec beaucoup d’originalité. Classé à la 1ere place des charts indépendants au Royaume-Uni, en plus de monter à la 12e place du classement officiel mi-juillet, il dépasse désormais les 70 000 exemplaires vendus (soit la 2e meilleure performance d’un jeune artiste britannique derrière James Bay cette année), auxquels s’ajoute sa sortie en Italie, Suisse, Allemagne, Autriche, ainsi qu’en Scandinavie, confirmant l’émergence de ce fabuleux singer-songwriter attendu en France cet automne.

Mon humble avis : les premières notes de Back to Me m’ont littéralement mis dans un état d’hystérie, tant j’ai été immédiatement séduite par cette putain de voix cassée comme j’adore. Cette voix, comme la production générale, représente tout ce que j’aime, comme Paolo Nutini période Sunny Side Up. Chaque chanson me met une claque monumentale et m’enthousiasme, sans pour autant que j’ai l’impression d’écouter la même chose à chaque fois.

Chaque chanson a son ambiance particulière – pop anglaise, folk ou carrément americana sans être dégoulinant. On sent que Jack Savoretti soigne chaque détail des productions proposées : les cordes placées à bon escient, les sections rythmiques lourdes mais pas trop… Cet album est un cas d’école en termes d’équilibre. Je prends l’exemple des chansons très lourdes telle que The Other Side of Love et The Hunger : la section rythmique est très mise en avant dans le mix final, mais cela ne brise pas l’équilibre précaire de la chanson en noyant les autres sections.

Une chanson telle Nobody ‘Cept You – reprise de Bob Dylan – montre aussi la maîtrise du type au guitare-voix, facteur de vérité pour reconnaître un artiste dans lequel je peux m’identifier.   Bref, un disque qui mélange tellement d’influences qu’il en donne le tournis. Chaque chanson est merveilleuse, mais l’écoute linéaire peut filer une sensation de trop-plein. Mais il faut bien écouter l’album jusqu’au bout. Me serait-ce que pour cette bulle de fraîcheur qu’est Catapult, une ballade dans la pure tradition qui pourrait facilement faire chier, mais qui, à l’image de l’album entier, est produite au cordeau. Par contre, les remixes sont réellement malvenus et closent l’album avec une note de merdouille.

Encore merci Ladies Room de me faire un tantinet confiance et de me donner à chroniquer des disques qui mes font évoluer <3

 

Sélection de l’automne #1 : VKNG – Illumination et Hein Cooper

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Pour  célébrer l’automne, la rédaction de Ladies Room m’a donné à chroniquer quatre albums sortis au mois d’octobre – vous voyez comme je suis à la page en ce moment, nous sommes aujourd’hui mercredi 11 novembre. Et comme quatre albums, ça fait beaucoup pour un article, j’ai décidé de partager la chronique en deux. Aujourd’hui, nous allons donc chroniquer deux albums sortis sur le label Naïve le 2 octobre 2015 : Illumination  de VKNG et l’EP éponyme de Hein Cooper.

Hein Cooper – Hein Cooper

hein1La maison de disque dit : Hein Cooper est un auteur-compositeur australien originaire de Milton (New South Wales). Découvert par le manager de Half Moon Run, alors qu’il jouait dans un petit bar de Sydney, ce dernier l’invita à Montréal pour qu’il puisse écrire, enregistrer une démo et… signer un contrat avec les Disques Indica.

En octobre 2014, de retour à Montréal après un séjour en Australie où il put parfaire son identité musicale, il enregistra son premier EP réalisé par Marcus Paquin (Arcade Fire, The National, Local Natives).

Le changement, la transformation et l’évasion sont les thèmes principaux de l’EP et son fortement reflétés dans la chanson-titre The Art of Escape que Hein décrit comme un appel à toutes les merveilleuses âmes itinérantes qu’il a croisées dans sa vie, mais aussi à quiconque se sentant seul face à son rêve le plus cher.

Mon humble avis : Cet EP est curieux, tant il réunit toutes les influences musicales qui me nourrissent depuis un an ou deux à l’écoute de ma radio préférée. Il s’ouvre donc sur The Art of Escape, une chanson folk, douce, puissante et onirique à la fois. Sur The Real, d’une part, on entend parfaitement l’influence Arcade Fire dans la production. Et d’autre part, la réaction du Mari a été celle-ci : C’est le son qu’on attend de U2, certes un peu gonflé, mais c’est exactement ça. Luna Sky et Eyelids  reprend la recette initiale de la chanson onirique. Personnellement, j’ai trouvé que l’ajout du remix de The Art of Escape tenait plus du remplissage énervant qu’autre chose.

Bref, Hein Cooper est un EP de folkeux qui se soigne en allant chercher dans une production couillue un son qu’il espère être dopé. Les chansons folk sont vraiment charmantes, les chansons un petit peu plus « produites » donnent l’espoir de sons un peu plus « commerciaux », mais pourraient nuire au noyau créatif de départ. Quoi qu’il en soit, cet EP est une très bonne introduction à un univers qui ne peut qu’être apprécié des amateurs d’indie et des folkeux. Et la réaction finale du Mari : Tu sens qu’il n’a pas inventé l’eau chaude.

VKNG – Illumination

Pochette-album-nuit-VKNG-HD300dpiLa maison de disque dit : VKNG est une groupe de pop music fondé en 2013 par deux musiciens reconnus, deux amis d’enfance passionnés par toutes les musiques.

Maxime Delpierre, guitariste et producteur que l’on a pu entendre en tant que leader dans Limousine ou Viva anD The Diva, ainsi qu’aux côtés de Joakim, Rachid Taha, Chocolate Genius, Rodolphe Burger, Oxmo Puccino, Damon Albarn ou Mick Jones (The Clash). Il a récemment réalisé les albums de Jeanne Added, Flip Grater au Alice Lewis.

Thomas de Pourquery est connu en tant que chanteur, saxophoniste, compositeur et comme une figure majeure du jazz européen, lauréat en 2014 d’une Victoire de la Musique catégorie Album Jazz de l’année. Il a aussi collaboré récemment avec des artistes d’horizons très différents, du groupe Metronomy à Oxmo Puccino, il est également depuis quelques années un chanteur demandé (duos avec Rachid Taha, Philippe Katerine, Babx, John Greaves…)

Il y a dans la pop de VKNG autant le grand large des Flaming Lips ou LCD Soundsystem que cette West Coast du bout du monde, cette américaine des années 1970, gorgée de soul (le Marvin Gaye de « I Want You »), d’amour et de soleil.

Comme deux adolescents, VKNG en visites les vestiges et les fantômes, jouant et se jouant des clichés FM, pour créer une freaky soul disco unique en son genre parlant d’amour sous toutes ses formes, de la plus douce à la plus convulsive.

Mon humble avis : Déjà, je n’aurais pas dû lire la présentation de presse avant de lancer le CD dans le lecteur, ça a déjà biaisé mon jugement. Je sais que c’est très vendeur de mettre en avant le CV un peu classe d’un artiste qui a un peu de bouteille et qui fait un projet de son côté.  Mais je n’aime pas qu’on émette une suggestion d’écoute de la sorte, d’autant que l’effet final ne correspond pas du tout.

Passons maintenant à l’écoute. Dès l’entame de llumination, le Mari sort : 1984 ! Les claviers Yamaha ! Sors de ce corps, Simple Minds ! Je ne serai pas si catégorique à cet égard, mais pour des mecs qui voulaient faire un son très 1970’s, l’entame est quand même curieuse. Girls Don’t Cry fait appel à la collaboration d’Olivia Merilahti, du groupe The DO. Si le Mari persiste dans une lecture new wave, je trouve que ce morceau est au contraire bien plus efficace et plus sensuel et correspond davantage à ce que la maison de disques a voulu en dire. Le son y est un petit peu plus boosté, plus rock et écoutable en 2015. Cette sensation persiste avec l’écoute de Killing in the Name of God, qui me rappelle une version électro et sous stéroïdes d’une chanson lambda du groupe Kings of Leon.

First Pop est un morceau plus évanescent, assez glam. A ce moment de l’album, cette pause est plutôt bienvenue, comme une vague de fraîcheur après un son très boosté. S’en suit un morceau très funk, Mary, très réussi en termes d’ambiances et de production, au point que je marque le swing dès les premières mesures. Don’t Stop est la première (la seule j’espère à ce moment d’écoute) à m’agacer avec ce clavier en morse qui pollue un peu l’ambiance de la chanson et qui me file un mal de crâne. Réaction du Mari : C’est là où tu vois que M83 a eu du succès…

We Are The Ocean commence avec une valse Metronomy-compatible en termes de sonorités. Et puis ce moment « paf le chien » qui arrive autour des cinquante secondes du titre… Bref, un morceau très surprenant dans sa structure, comme dirait Norbert Tarayre : J’ai les fesses qui font bravo. More est un morceau au contraire très basique dans sa structure, où on retrouve les automatismes new wave que l’on craignait au début de l’album. Là encore, on dirait qu’il y a eu une volonté de faire une pause « émotionnelle » après des morceaux très prenants… The Price, un morceau de plus de sept minutes, conclut donc cet album sur une note très planante, comme pour marquer la fin de la récré. Le Mari, quand je lui ai dit la durée du morceau, a ajouté : De toutes façons, tous les grands albums new wave ont un morceau final qui fait à peu près sept minutes. Et en fait, surprise ! C’est un ghost track  acoustique très frais…

Illumination est un album à l’écoute linéaire très cohérente, malgré un mélange d’univers finalement très divers : on passe de la new wave au funk, de l’électro au rock boosté. Définitivement, je n’ai pas la même grille d’écoute que la maison de disques, et, à vrai dire, tant mieux. J’avais des appréhensions à écouter ce disque, j’en ressors ravie et le Mari aussi.

Rendez-vous dans un prochain numéro avec les critiques des albums de Noiserv et de Jack Savoretti.

Névralgies musicales

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American-Horror-Story-e1350665360169Parmi mes copines, j’en ai qui s’intéressent aux travaux d’Oliver Sacks et, plus généralement aux interactions entre musique et cerveau. Moi la première, avec ma particularité, on m’a inculqué dès petite que la musique allait aider à structurer mon cerveau et mes émotions.

Je le vois encore à l’heure actuelle dans ma pratique musicale : le piano me sert à être mélancolique, la mandoline et les instruments à corde à exprimer ma conception d’absolu, les percussions à faire voyager mon âme, le chant pour exprimer mieux qu’avec la parole ce que j’ai à dire. Bref, la musique est intimement liée à mon mode de pensée, et c’est pour cette raison qu’il arrive que la musique me fasse des pets au casque.

J’ai de plus le malheur de vivre avec le Mari, spécialiste s’il en est des sons bizarres et des installations de mauvaises ambiances musicales en société – promis, je vais arrêter de m’en plaindre, il va finir par croire que je ne l’ai épousé que pour des raisons vénales. Mais force est de constater que, plusieurs fois, mon cerveau malade a fait des saltos vrillés en sa présence, soit parce que la musique était trop chéper, soit parce que l’explication de texte que le Mari donnait de certaines chansons allait beaucoup trop loin.

Il faut croire de surcroit que certains artistes en font exprès. En effet, nombre de musiciens réputés se permettent de faire de choses inimaginables pour rompre avec leur image et acquérir une dimension supérieure dans leur art. Certaines fois, cela marche très bien, en témoigne Tubullar Bells de Mike Oldfield, qualifié par le Mari d’un des meilleurs disques de tous les temps – il avoue n’avoir jamais vu L’Exorciste, ceci expliquant cela :

Mais dans les cas que je vais exposer maintenant, ces choses sont vraiment trop WTF pour qu’un cerveau aussi exigeant que le mien puisse supporter.

David Gilmour, Rattle That Lock (2015)

Un jour, j’étais en train de conduire, quand j’entends à la radio :

Et le jingle se répétait plusieurs fois. Je me suis dit : Putain, elle est vraiment lourde, la nouvelle pub SNCF ! Quand soudain, cela s’ouvrait sur une chanson de vieux bluesman et je me suis dit :

[Je recyclais un peu trop Brenda Montgomery, par conséquent, permettez-moi d’alterner un peu avec du Antoine Daniel]

Donc voici l’objet du délit : David Gilmour, chanteur du groupe Pink Floyd, a donc décidé de recycler le jingle de la SNCF, alias le jingle qui stresse 5 millions de personnes par jour sur notre territoire, pour faire une nappe de chœur féminin dans sa dernière chanson. Nom de Dieu de bon Dieu.

La chanson n’est pas mauvaise en soi, le clip officiel est absolument génial, mais pourquoi s’est-il senti obligé d’agrémenter ce morceau de blues plutôt average d’un truc aussi con ?

Pourquoi j’ai mal au crâne

D’une part, on a la parfaite illustration du connard qui émet un jugement sur une chose sans avoir le bagage culturel pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette chose dans son background d’origine. Un peu comme un Européen qui ne jugerait la musique africaine qu’à travers le prisme de Magic System et d’Amadou et Mariam. Là, David Gilmour a juste trouvé que ça groovait bien, que c’était sensuel, sans imaginer une seule seconde qu’en France, on allait le massacrer pour ça.

D’autre part, même si j’ai eu vent d’un nouvel album de Pink Floyd vingt ans après, la dernière chose que j’ai entendue du groupe est The Division Bell (1994), alias mon traumatisme d’adolescence en cours de musique. Imaginez High Hopes avec une orchestration de flûtes à bec, et vous comprendrez ma douleur.

Et j’en veux à la fois à mon professeur de musique (qui était excellent par ailleurs) et à David Gilmour pour ce traumatisme.

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Coldplay, A Sky Full Of Stars (2014)

La preuve ultime que les mecs, et en particulier Chris Martin, ont clairement pété une digue après Viva La Vida (le divorce du leader du groupe, etc.) : ils se permettent désormais de se prendre pour les rois du monde et de faire de l’electro nineties à deux balles. Personnellement, je suis absolument fan du son, ça me rappelle ma jeunesse perdue, toussa, mais sérieux, les mecs, qu’est-ce qui s’est passé dans votre vie pour que vous en soyez réduits à faire ce genre de choses ?

Pourquoi j’ai mal à la tête

J’adore le son, mais c’est tellement indigne du répertoire de Coldplay, dont j’ai les albums depuis Parachutes (2001) et qui m’a séduit réellement de 2003 à 2008. J’ai l’impression de me sentir sale en écoutant ce son, comme un jeune homme qui vient de violer sa sœur. Ca a super bon goût, mais t’as un arrière-goût de merde qui te poursuit jusqu’à ce que tu trouves la rédemption ou la mort. Coldplay est pourtant capable de faire de choses réellement majestueuses (même si ce n’est pas probant dans l’exemple que je vais vous donner) :

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The Beatles, The Fool On The Hill (1967)

Je vais me répéter avec les défauts d’écriture de Paul McCartney, mais là, ça en devient flagrant. Ce solo de flute à bec à partir du 3e couplet reste pour moi une grosse technique de fumiste pour cacher le fait qu’il n’a voulu ni écrire des paroles pour combler les trous dans les couplets, ni réduire la durée de la chanson. Mais apparemment, je n’ai pas le bagage culturel pour comprendre les tenants et les aboutissants des compos de Macca.

Pourquoi j’ai mal à la tête

Parce que le Mari adore me faire faire des crises d’épilepsie quand je conduis :

Nan mais t’as pas compris le concept de la chanson. Relis les paroles… La flûte à bec, c’est enfantin, le fou sur la colline emmène tout le monde dans une ronde… Et puis rappelle-toi du Joueur de flûte de Hamelin… Et puis Macca s’est beaucoup inspiré de Brian Wilson pour cette chanson…

PUTAIN, ARRÊTE ÇA DE SUITE !

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The Beach Boys, Heroes and Villains

On monte d’un degré dans le bizarre avec la promesse d’exégèse brandie comme une menace de coups par le Mari chaque fois qu’il trouve que je dépasse les bornes. L’album Smile (1967) est l’album où on comprend que Brian Wilson n’est pas juste un génie absolu de la musique, mais aussi et surtout un bonhomme mentalement atteint.

Pourquoi j’ai mal à la tête

Si le Mari est assez fan des Beach Boys, c’est parce qu’il adore cet album. Personnellement, je ne ressens que l’état mental dérangé du compositeur, à base de sonorités bizarres et de rengaines enfantines qui sentent le sang et la crasse derrière. Et dire que certains hôpitaux psychiatriques diffusaient ça à leurs patients pour les calmer. Oui, j’ai peur.

*

The Beatles, Revolution 9

Dois-je encore parler de la descente d’acide la plus malsaine et la plus creepy de l’histoire ? Quand je me pose cette question :

et que je me dis que ce n’est pas dû seulement à l’époque, le Mari me prouve immédiatement le contraire en me plaçant un Pink Floyd période Syd Barrett. Et rajoute qu’en fait, il a l’arme nucléaire dans sa discographie. Alors oui, c’est un peu creepy, mais ça ne vaut pas cette horreur.

Pourquoi j’ai mal à la tête

Parce que ce morceau est devenu l’illustration parfaite de la crise d’angoisse. Et là, non seulement j’ai une digue qui se pète dans le cerveau, mais j’ai les intestins qui se serrent. Comme une violente envie de faire caca ou une appendicite qui me prend soudainement. Bref, ce morceau est le boss ultime de la névralgie musicale. Tu n’entendras jamais un morceau qui détruira autant le peu de cerveau qui te reste.

Putain, j’avais oublié ça…

*

Comme la musique peut s’accompagner de beaux sentiments, elle peut aussi s’accompagner de digues pétées dans le cerveau et de prises de Doliprane. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai fait la gueule au Mari parce qu’il m’avait provoqué de vrais moments de flips arrières mentaux. N’oubliez jamais : choisissez bien la musique qui accompagne votre vie, vous vous enlèverez de grosses crises d’angoisse.

10, 20, 30, 40, 50 : la classe 5 en chansons

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Il y a un an et demi, j’avais écrit avec ce qui est devenu le Mari, un petit digest de ce qui était écoutable en 2014 et qui datait de 1964, 1974, 1984, 1994 et 2004. Pour l’année 2015, étant donné que je connais mieux les goûts musicaux du loustic, j’ai préféré m’atteler à ce classement toute seule. Non pas que je déteste les goûts musicaux de celui qui partage ma vie – il m’a quand même fait découvrir des choses que j’adore aujourd’hui –, mais son côté suranné et monomaniaque en musique peut s’avérer quelque peu en inadéquation avec certaines envies de découvertes de ma part.

C’est donc en solo que je fais cette revue. Je vais donc reprendre le principe de l’année dernière, sauf qu’au lieu de diviser la parole entre le Mari et moi, je la divise entre variété française et variété internationale. Mais le principe reste le même. D’ailleurs, depuis que le Mari a su que cette année, il serait exclu de la rédaction de ce digest, il se roule de jalousie sur le canapé. Mais le fait qu’il vienne de me passer des versions alternatives de Supersonic (Oasis) et There She Goes (The La’s) me conforte dans ma décision.

Qui est ringard, qui est intemporel en 2015 ?

1965 : 50 ans après

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Chansons écoutables

Version française : France Gall, Poupée de cire, poupée de son

Je vous avouerais que, quand j’ai fait mon enquête pour  les succès français de l’année 1965, autant j’ai trouvé de l’inspiration à en chier pour les chansons ringardes, autant j’ai galéré pour trouvé un truc un tant soit peu écoutable 50 ans après. En accord avec le Mari (quand même), qui trouve que la majorité de la production française des années 1960 est au mieux inécoutable, je vous ai dégoté le seul succès luxembourgeois au concours Eurovision de la chanson. Même si tant l’interprète que l’auteur-compositeur de la chanson étaient parfaitement français, ce n’est pas ça qui allait arrêter un tube en puissance à faire gagner le Luxembourg. La preuve : la Suisse a fait la même chose en 1988 avec Ne partez pas sans moi interprétée par la très Québécoise Céline Dion.

Version internationale : Petula Clark, Downtown

QUOI ?! Putain, 1965 est une année musicalement tellement parfaite ! Et puis à côté de ça, t’as au moins tout « Rubber Soul » [des Beatles, NDLR] ! Quand je vous dis que j’aurais même dû le museler pour écrire cet article… Oui, j’avoue, j’ai le problème inverse du répertoire français pour choisir une chanson à l’international écoutable cinquante ans après : il y en a beaucoup trop. Ne serait-ce que l’album Turn! Turn! Turn! des Byrds, Rubber Soul précédemment cité (même si je ne le trouve pas terrible), My Girl des Temptations… A côté de tout ça, Downtown paraît très suranné. Sauf que j’ai l’impression d’écouter le soleil après une averse, et c’est en cela que la chanson me touche. J’ai aussi l’impression d’écouter le document d’archives d’une Angleterre sans âge, qui a l’air d’en n’avoir rien à foutre du Swinging London.

Chansons inécoutables

Version française : François Deguelt, Le ciel, le soleil et la mer

Ce mec est tellement ringard qu’on est persuadé que c’est Sacha Distel le véritable interprète. Je reproche aux années 1960 françaises, outre les yéyés qui peuvent vite pomper l’air avec leurs reprises bâclées de « tubes », ces balades lénifiantes à base de romantisme à deux balles. Je parlais l’an dernier de Ma vie d’Alain Barrière, j’ai le même sentiment quand j’entends cette chanson ou encore Aline de Christophe. Je sais bien que les années 1960 sont les années où on croyait que tout était possible en termes d’amour. On disait aussi que les Anglaises étaient moches, mais qu’au moins elles baisaient – et la musique de l’époque en Angleterre reflétait EXACTEMENT ce supposé état d’esprit. Si on suit le même raisonnement, nom de Dieu que les Français d’il y a 50 ans étaient coincés du cul.

Version internationale : The Beatles, I’ve Just Seen A Face

Pourquoi je ne suis pas fan de Rubber Soul à l’instar du Mari ? D’une part, parce que je trouve l’album dans l’ensemble insignifiant par rapport à ce que les Fab Four ont été capables de faire par la suite. D’autre part à cause de cet accident industriel : cette introduction de 10 secondes qui t’emmène dans des sommets d’onirisme folk, et puis paf, qu’est-ce qui se passe ? T’as mon Macca – on va dire que je trolle le brave Paulo, mais c’est plus fort que moi, ce mec est tarte – qui se croit au Far West. On retrouve tous les travers d’écriture de MacCartney : na na na pour éviter d’écrire des paroles, exaltation surjouée, solo de guitare tartignolesque – il n’avait pas d’instrument à vent sous la main. Et dire que le même jour, il a enregistré Yesterday. Si ça se trouve, il est capable d’avoir bâclé la chanson parce que c’était le dernier enregistrement de la journée…

1975 : 40 ans après

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Chansons écoutables

Version française : Gérard Manset, Il voyage en solitaire

J’ai longuement hésité avec Hexagone de Renaud, désuet mais très actuel, et Le Sud de Nino Ferrer, dont la mélancolie qu’elle procure est désormais intemporelle. Mais j’avais envie de mettre en valeur un créateur dont beaucoup de monde parle dans le milieu musical français, mais qui se fait très discret. J’ai connu la chanson sous cette forme, et, malgré son côté très « ringard » et la voix mal assurée de Gérard Manset, j’ai été touchée en plein cœur. La mélodie est simple, presque aquatique et onirique. Je l’ai évidemment redécouverte quand Alain Bashung a décidé d’en faire son testament, c’est-à-dire la dernière chanson enregistrée de son vivant – elle clôt Bleu Pétrole. La version de Bashung explose évidemment la version de Manset et lui donne un sens nouveau. Mais je reste quand même partisane de la version de Manset qui m’émeut à la fois par sa simplicité mélodique et son texte qui invite sans ambages l’auditeur à la rêverie.

Version internationale : Queen, Bohemian Rhapsody

Outre ma propension aux accès de violence quand on nie devant ma personne que Freddie Mercury était un des plus grands génies du XXe siècle, j’ai presque envie de diffuser ces six minutes de bonheur intégral en boucle pour prouver à qui ose prononcer de telles inepties jusqu’à l’en persuader du contraire. Car oui, en 1975, un type et sa brochette de connards étaient encore capables de mêler les sons les plus actuels de leur temps à une forme de lyrisme classique que le rock semblait vouloir avoir révolu. On retrouve tout dans cette chanson : la balade mélancolique, le heavy métal, les chœurs romantiques des opéras italiens du XIXe siècle. Et le tout forme un ensemble cohérent qu’on peut écouter en boucle, malgré la durée de la chanson qui lui donne le risque de s’essouffler à un moment. Il n’y a que Desolation Row de Bob Dylan et ses 11 minutes 22 secondes qui me fait le même effet.

Chansons inécoutables

Version française : Nicole Croisille, Une femme avec toi

Vous commencez à connaître ma propension à ne pas supporter les grognasses qui chantent qu’avant de connaître l’amour, le vrai, en gros, elles ne vivaient pas. Outre le fait que cette philosophie est en total désaccord avec ma propre conception de l’amour, le fait que Nicole Croisille soit capable de dire dans une chanson : Tu étais gai comme un Italien qui sait qu’il aura de l’amour et du vin est déjà une faute de goût en soi. Mais surtout ce FEEEEEEMME, FEEEEEEEEEEEEEEEEEEEMMEUH hurlé comme si on l’attaquait par-derrière dans une ruelle sombre est juste… Faites la taire, putain !

Version internationale : Led Zeppelin, Trampled Under Foot

Si on prend chaque chanson de Physical Graffiti isolément, comme je le fais ici, ce n’est pas si insupportable – même si le Mari argue que le solo de Moog de John Paul Jones est indigne du groupe. Sauf que, mises bout à bout, elles participent à créer un sentiment d’énervement tel que Kashmir débarque comme si on t’enlevait un poing de l’anus après un fist long et brutal. C’est le premier disque objectivement indigne du groupe : Page commençait vraiment à être trop défoncé et Plant revenait d’une opération des cordes vocales. C’est là où je me dis que, dans mon Panthéon, j’avais placé Led Zeppelin un peu trop haut : il faisait partie des cinq groupes qu’il ne fallait pas critiquer devant moi sous peine de représailles sanglantes. Le Mari s’est donc fait un malin plaisir de casser toute la mythologie du groupe, notamment en me faisant écouter Physical Graffiti. Cela lui sera reproché le jour du Jugement.

1985 : 30 ans après

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Chansons écoutables

Version française : Jean-Jacques Goldman, Je marche seul

Peut-être l’une des chansons de JJ qui résonne le plus avec ma vie personnelle : lorsque j’étais étudiante, je faisais de longues balades seule avec mes écouteurs dans les oreilles pour m’imprégner de l’atmosphère des villes que je traversais. Je me sentais terriblement seule dans ma vie, même si, en fait, j’étais pas mal entourée, notamment quand je vivais à Rennes. J’ai gardé cette habitude d’avoir à marcher seule lorsque je rentre d’un concert, d’un rendez-vous entre amis, voire d’une journée de boulot, pour me réconcilier avec ce que je viens de vivre et passer peut-être à autre chose.

Version internationale : Simple Minds, Don’t You (Forget About Me)

Grand vestige de ma vie étudiante et de mon écoute intensive de RTL 2 avec Original Sin d’INXS, c’est avec ce genre de chansons que je me suis mise à aimer certains aspects de la conduite en voiture : la construction d’une bande-son qui accompagnait de manière onirique – j’ai beaucoup trop dit « onirique » lors de cette chronique – ma route. J’avais l’impression de traverser de grands espaces, alors que je ne roulais que sur la D37 qui relie Saint-Malo à Rennes.

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Version française : Renaud, Mistral gagnant

Cela n’a rien à voir avec la qualité de la chanson ou le fait qu’elle se soit soi-disant ringardisée trente ans après – en plus, ce serait faux. C’est juste que cette chanson correspond à une blessure personnelle dont j’ai du mal à guérir. Cette blessure est symbolisée par la dernière strophe de la chanson : Te raconter enfin qu’il faut aimer la vie et l’aimer, même si le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants et les Mistrals Gagnants. J’ai le cœur qui se serre à chaque fois que j’entends ces vers…

Version internationale : David Bowie et Mick Jagger, Dancing In The Streets

Mais nom de Dieu de bon Dieu, qu’est-ce qui s’est passé, les mecs ? Je veux bien que Start Me Up (1981) soit un retour poussif des Stones et que Let’s Dance (1983) semble un peu loin, mais vous ne pouvez pas justifier d’être à ce point à la dèche pour sortir cette merde pareille. La reprise du tube de Martha & The Vandellas n’est pas catastrophique en soi, elle est juste insignifiante et pas au niveau des deux pointures. Mais ce clip, putain, ce clip ! Entre Jagger qui saute tellement partout en fluo qu’il donne la nausée et Bowie qui fait limite grabataire à côté, c’est juste à oublier.

1995 : 20 ans après

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Chansons écoutables

Version française : Les Innocents, Un monde parfait

J’aurais trahi la fille de douze ans que j’étais si j’avais retenu de l’année 1995 que Céline Dion, Pascal Obispo ou NTM. Parce que j’avais douze ans, que je trouvais que les chansons en français étaient à chier et que j’étais déjà bien influencée par le rock qui tâche ou la techno qui remue de partout. Mais si j’avais vraiment à retenir quelque chose de la chanson française en 1995, ce sont les Innocents que j’aimais déjà à l’époque, mais dont la maturité et leur retour 20 ans après m’ont fait comprendre l’ampleur de leur répertoire.

Version internationale : Radiohead, High & Dry

Outre le fait que ce soit la seule chanson de Radiohead qui ne me mette pas les nerfs en pelote, j’ai de nouveau 12-13 ans quand je l’écoute. Cette chanson symbolise tellement mes premiers atermoiements adolescents avec ma meilleure amie de l’époque, mes premiers contacts avec le sentiment amoureux et les secrets… Ca fait partie des chansons qui ont construit mes rêveries, qui ont mis des fleurs au mur de ma chambre renouvelée pour coller à l’enfance qui s’en allait. Je voyais ma sœur grandir encore – Sweet Sixteen – et aller en Angleterre où elle est allée chercher la majeure partie de notre bande-son commune de la fin des années 1990.

Chansons inécoutables

Version française : Reciprok, Balance-toi

Le public français n’avait pas compris – et ne comprend toujours pas – qu’il y avait d’un côté le rap « qualitatif » incarné par Mc Solaar, IAM, NTM… et d’un autre côté le rap « bon esprit », moins vindicatif et moins qualitatif par conséquent, incarné en France par Alliance Ethnik, Ménélik… et Réciprok, dont ma sœur avait acheté l’album. Bref, c’est un son typiquement ancré et calibré pour les années 1990, ce genre de son qu’on regrette d’avoir écouté un jour.

Version internationale : MN8, I’ve Got A Little Something For You

Autant ma sœur a pu acheter les meilleurs sons de son époque, autant elle a aussi acheté les pires. Car non seulement elle se balançait sur du Reciprok, mais en plus, hormones en feu oblige, elle a aussi acheté l’album de MN8, dont le talent se réduisait à se produire à moitié nus. S’il n’y avait eu que ma sœur dans ce cas : mais j’avais aussi toutes mes copines ! Si les mecs, malgré un style de blaireau – juste, les nattes et les lunettes de cycliste, tu cumules, mec ! –, avaient été auditivement correct, ça serait passé comme une lettre à la poste. Or nous avons là les pires représentant du new jack, avatar bâtard de ce que nous appelons aujourd’hui le r’n’b. Même à l’époque, perso, je me demandais ce qui se passait réellement.

2005 : 10 ans après

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Chansons écoutables

Version française : Alain Souchon, Et si en plus, il n’y a personne

C’est la chanson la plus pessimiste de Souchon, mais surtout, qu’est-ce qu’elle résonne dans les questions sociales françaises, dix ans après. Désolée, je ne voulais pas me souvenir du Casse de Brice et d’Ilona Mitrecey. C’est pour cette raison que, pour me souvenir de mes 22 ans et de ce petit rayon de soleil d’octobre qui a brillé au milieu des nuages qui flottaient dans le ciel de ma vie, je pense qu’une chanson pessimiste, voire suicidaire, était de bon ton.

Version internationale : Coldplay, What if?

Pour poursuivre et me rappeler en anglais de ce tourment qui m’a habité entre 19 et 25 ans, il me semble que tout l’album X&Y correspondait à mon sentiment d’alors. C’est le dernier album du groupe de Chris Martin avant sa mue qui a coïncidé avec la mienne en 2008. Si je suis devenue peu à peu certes une femme angoissée, mais certaine de ses choix qu’elle croit les meilleurs pour elle, le groupe se paie une middle-life crisis carabinée qui le pousse à faire n’importe quoi. Non, Ghost Stories, je ne t’achèterai pas, même sous la torture !

Chansons inécoutables

Version française : Ilona Mitrecey, Un monde parfait

Elle a beau être la fille de LOL, musicien mythique de l’émission Nulle Part Ailleurs, et d’avoir pensé à 22 ans – son âge actuel – qu’il était bon de ne pas réitérer dans la chanson, comment oublier cette voix de gamine insupportable dont la récitation des éléments de son monde parfait ressemblait à une description des enfers ? C’est là qu’on découvre qu’Anaïs Delva, avec Libéréééééééée, Délivréééée, n’a pas eu la primauté auprès des parents qui voulaient éclater leurs enfants contre un mur. Mais même dix ans après…

Version internationale : Triim, Pop The Music

J’avais oublié cette référence, mais c’est le Mari qui m’a rappelé cet avatar de danse de l’été un peu foireuse où une meuf inconsistante – mannequin à priori – essaie de se la jouer Pulp Fiction. Ca fonctionne aussi bien qu’Ève Angeli qui fait un strip-tease avec une guitare Hello Kitty, pour vous dire la vacuité du truc. Même Don’t Cha des Pussycat Dolls – que le Mari me suggérait davantage pour illustrer cette rubrique – s’écoute encore davantage dix ans après.

Etant donné que ce digest des musiques écoutables et inécoutables 10, 20, 30, 40, 50 ans après a été écrit à deux mains seulement, j’ai davantage laissé parlé mon cœur. Et les chansons ne sont désormais plus liées à un jugement qualitatif, mais à la manière dont elles résonnent et ont résonné dans ma vie.

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