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Pour cet épisode, qui commence – comme par hasard ! – l’année 2011, je voudrais parler d’un cataclysme qui a frappé le rock français (le vrai !) ce 30 novembre 2010. En effet, un communiqué de de Denis Barthe, batteur du groupe Noir Désir, annonçait la fin de trente ans de collaboration après le départ la veille de Serge Teyssot-Gay pourdésaccords humains, musicaux et émotionnels avec Bertrand Cantat.

J’ai mis du temps avant de réaliser ce qu’il s’était passé. À savoir qu’une page du rock français s’est tournée. Et que personne – pour l’instant – n’est en mesure de porter des textes assez forts sur une musique assez brute pour galvaniser les foules. C’était la force de Noir Désir : les textes de Bertrand sur les musiques de Serge. C’était plus qu’une histoire d’amitié : c’était une fusion complète, une entité. Les mots du communiqué du 29 novembre 2010 de Serge Teyssot-Gay sont d’ailleurs le témoignage des sentiments qui unissaient les deux hommes.

noirdesir01.jpgNoir Désir était d’abord une histoire d’amitié comme beaucoup d’autres. Bordeaux, 1980 : Bertrand et Serge sont en seconde et décident de monter un combo. Ils sont rejoints par Denis, puis par plusieurs bassistes jusqu’en 1987 et l’enregistrement de leur premier album, Ou veux-tu qu’je r’garde ? Mais c’est de leur deuxième album, Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient) que viendra une première consécration : le titre Sombres héros de l’amer entre dans le top 50. Ce titre, Bertrand Cantat n’en assumera pas la notoriété, reprochant au public de l’avoir prise au premier degré.

Noir Désir était une histoire de révolte. Étayant leur nouvelle notoriété auprès d’un public survolté, les albums qui entamèrent les années 1990, Du ciment sous les plaines et surtout Tostaky, ont donné au groupe une véritable identité : celle d’un groupe sans concessions et underground, tant sur le plan humain qu’artistique. Frédéric Vidalenc, le bassiste, en désaccord avec ce tournant pris par le groupe, part et est remplacé par Jean-Paul Roy. Cette posture contestataire et riot a un prix : à force de cracher son venin, Bertrand Cantat est obligé de se faire opérer des cordes vocales.

Noir Désir était un groupe qui avait acquis une véritable notoriété. L’album 666.667 Club avait apporté au groupe la consécration et la crédibilité face au grand public. On admettait enfin qu’on pouvait faire du rock crédible et contestataire en langue française, et Noir Désir le fit mieux que Téléphone et Indochine avant lui. Avec cet album vient l’âge adulte du groupe, qui s’ouvre à d’autres sonorités, comme en témoignent l’album de remixes One trip/one noise et enfin Des visages, des figures, leur dernier et sublime album studio.

Noir Désir, c’était le scandale. Outre certaines paroles volontairement provocatrices (“FN… Souffrance… Qu’on est bien en France…”, dans Un jour en France ou bien “Il y a l’eau, le feu, le computer, Vivendi et la terre…”, dans À l’envers, à l’endroit), il y eut aussi la conspuation de leur nouvelle maison de disques Universal lors des Victoires de la Musique 2002. À force d’homophonies et pastiches, Bertrand Cantat sut jongler avec les idées.

Noir Désir, c’est enfin une fin. Car le groupe ne se sera finalement jamais remis de l’incarcération de Bertrand Cantat pour homicide involontaire. Même si, en 2007, Serge Teyssot-Gay annonce un nouveau travail en studio après la libération de Bertrand Cantat, cela ne résultera qu’à deux titres, mis en ligne en novembre 2008. Lorsque Bertrand Cantat, enfin libéré de la tutelle judiciaire, remonte sur scène aux côtés du groupe Eiffel à Bègles en octobre 2010, Jean-Paul Roy et Denis Barthe sont à ses côtés. Pas Serge Teyssot-Gay, qui avait déjà pris ses distances. Les communiqués des 29 et 30 novembre ne viendront qu’officialiser une rupture déjà consommée.

Personnellement, je ne vois pas pour l’instant une formation assez puissante, alliant à la fois des orchestrations de qualité à une telle force d’écriture. Oui, je vous le dis, la dissolution de Noir Désir laissera encore un bout de temps un noir désert dans le rock français… Que les muses soient avec chacun d’entre vous, et que le vent vous porte, vous sombres héros de l’amer qui avez su traverser les océans du vide…

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