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Pour le deuxième épisode de la série, je voudrais allier musique et politique. Non, je ne vous parlerai pas du dernier album calamiteux de notre Première Dame, mais d’une chanson composée en marge de la Guerre des Six-Jours (1967) et qui a failli devenir l’hymne national de l’état d’Israël, j’ai nommé Yerushalayim shel zahav, ירושלים של זהב (Jérusalem d’or).

Composée par l’artiste Naomi Shemer (qui avouera après s’être inspirée d’une mélodie basque) pour le festival de musique israélienne qui accompagnait le 19e anniversaire de l’indépendance d’Israël, le 15 mai 1967. À cette époque, la vieille ville de Jérusalem (aujourd’hui le quartier de Jérusalem-Est) était sous l’autorité de la Jordanie. La Guerre des Six-Jours ou de Kippour allait bientôt éclater.

C’est lorsqu’elle entendit les soldats israéliens rentrer dans Jérusalem-Est en chantant sa chanson qu’elle décida d’écrire une troisième strophe à sa chanson, à rebours des paroles de lamentations qu’elle avait écrites dans la seconde strophe. En gros, les paroles de la chanson, même si elles sont en hébreu, sont simples : elles sont à la gloire de Jérusalem, abandonnée des Juifs, mais tellement belle, avec sa place du marché, ses sources…

israel.gifVoici donc les paroles en hébreu phonétique :

Avir harim tsalul k’yayin
Vereiyach oranim
Nissah beru’ach ha’arbayim
Im kol pa’amonim.

U’vtardemat ilan va’even
Shvuyah bachalomah
Ha’ir asher badad yoshevet
Uvelibah – chomah.

Yerushalayim shel zahav
Veshel nechoshet veshel or
Halo lechol shirayich Ani kinor.

Chazarnu el borot hamayim
Lashuk velakikar
Shofar koreh behar habayit
ba’ir ha’atikah.
Uvme’arot asher baselah
Alfei shmashot zorchot
Nashuv nered el Yam Hemalach
B’derech Yericho.

Yerushalayim shel zahav
Veshel nechoshet veshel or
Halo lechol shirayich Ani kinor.

Ach bevo’i hayom lashir lach
Velach likshor k’tarim
Katonti mitse’ir bana’ich
Ume achron ham’shorerim.

Ki shmech tsorev et hasfatayim
Keneshikat saraf
Im eshkachech Yerushalayim
Asher kulah zahav.

Yerushalayim shel zahav
Veshel nechoshet veshel or
Halo lechol shirayich Ani kinor.

Cette chanson est un tel tube en Israël et à l’extérieur qu’elle fut adaptée en anglais, et même en français par les Compagnons de la Chanson. Mais personnellement, je préfère davantage quand elle est reprise dans la langue d’écriture. Surtout que, depuis les années 1970, de très belles réinterprétations ont été signées :

La plus lyrique :

Ofra Haza, qui s’est fait connaître en Occident avec In Nin’alu, s’est toujours fait la chantre des mélodies traditionnelles israéliennes. Trois ans avant son décès, elle nous livre une version monumentale et théâtrale de l’œuvre, accompagnée d’un orchestre symphonique. À la limite de l’art lyrique.

La plus poignante :

C’est avec cette version, tirée de la bande originale de La liste de Schindler (Steven Spielberg, 1993) que j’ai découvert cette chanson. En soi, la chanson telle qu’elle est interprétée n’est pas poignante. Mais c’est le souvenir cinématographique lié qui est terriblement émouvant. La chanson intervient en effet à la fin du film, lorsque Spielberg fait la rétrospective des condamnations des criminels de guerre nazis, et finit sur les rescapés de la Liste de Schindler en 1990 se recueillant sur la tombe d’Oscar Schindler. Une demi-heure après la fin du film, j’en pleurais encore.

La plus méditative :

J’ai découvert Hezy Levy lors du spectacle D’une seule voix, dont a découlé un documentaire très intéressant sur la tournée de ces chrétiens, juifs et musulmans issus d’Israël et de Palestine en Europe. Je passerai sur la polémique créée par l’Association France-Palestine sur le sujet. Toujours est-il que j’ai été très émue de cette version épurée, portée par la voix assez envoûtante de ce chanteur israélien un peu injustement méconnu.D’un chant poétique, on a finalement fait deYerushalayim shel zahav un chant guerrier et patriotique. Tiens, ça ne vous rappelle rien ?

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