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Un matin de février 2011, j’étais en joie. J’écoutais tranquillou de la bonne musique sur mon téléphone. Quand, dans le bus, arrive une de mes collègues qui me dit : Punaise, ma vie me stresse trop en ce moment. Je lui souris, lui tends mon écouteur et lui branche Abraham, Martin & John de Marvin Gaye. Ne reconnaissant pas au début, elle me balance C’est la Motown, ça !, avant de fondre littéralement…

marvingaye.jpgMarvin Gaye (1939-1984) avait donc cette capacité avec sa voix. Celle de faire littéralement fondre ses auditeurs. Il était un petit peu à la soul ce que pouvait être Elvis au rock, Miles au jazz ou Yvette à la musette : une incarnation vivante. Qu’il se la joue artiste engagé à la Isaac Hayes ou lover à la Barry White, son aura a envahi la création musicale de cette deuxième moitié du XXe siècle.

Voici quelques petites raisons pour lesquelles, presque trente après son décès, Marvin Gaye est devenu un artiste culte.

– Marvin, c’est un destin comme on en fait pas mal.

Né le 2 avril 1939, fils de pasteur qui le frappe, le petit Marvin Jr. s’échappe très vite dans le chant, le piano et la batterie. Après avoir joué dans plusieurs groupes à l’adolescence, il se fait repérer par Berry Gordy, directeur de la Motown, en 1961 (en même, c’était facile, en épousant la sœur dudit directeur). Après quelques singles, c’est le succès dès 1964. Il collabore dès lors avec Diana Ross et avec Tammi Terrell, avec laquelle il gardera des liens particuliers. Il gagne le statut d’intouchable à la Motownen 1968 avec la tubesque reprise I heard it through the grapevine.

– Marvin, c’est une prise de conscience citoyenne.

Au sommet de sa gloire, il va pourtant connaître une remise en question frontale. En effet, suite au décès de son amie Tammi Terrell d’une tumeur en 1970, il va entrer en dépression. Soucieux désormais de sortir de son image de lover, il décide de composer un album-concept sur ses considérations citoyennes : écologie, guerre du Viêt-Nam… La direction de la Motown refuse de signer dans un premier temps ce qui sera un album majeur dans l’histoire de la musique du XXe siècle, à savoir What’s going on (1971).

– Marvin, c’est un chaud lapin ^^

La révolution sexuelle étant passée par là, le Marvin nouveau des années 1970 est intenable. D’abord, il trompe sa femme avec une petite jeunette de la moitié de son âge. Mais en plus, ça l’inspire pour écrire un album très lascif en 1973 : Let’s get it on. L’officielle, moyennement contente, demande le divorce. Marvin décide donc de régler les détails houleux de son mariage avec l’album Here, My Dear. Enfin, son dernier album de son vivant, Midnight Love (1982), celui qui était censé relancer sa carrière, conforte le nouvel état d’esprit du zig, notamment avec l’inimitable (mais tellement imité) Sexual healing.

– Marvin, c’est enfin une fin tragique.

Miné par son divorce, il s’enfonce dans l’alcool et la drogue à mesure qu’il se met en ménage avec sa nouvelle dulcinée, si bien qu’il est obligé d’aller revivre chez ses parents. Il rompt avec la Motown en 1981 pour une histoire de démos diffusées sans son accord, et signe chez CBS Records pour Midnight Love. Tout semblait repartir comme sur des roulettes après le succès de l’album quand, le 1er avril 1984, la veille de ses 45 ans, il se dispute avec son père alors qu’il est sous l’emprise de la cocaïne. Son père finit par l’abattre à coups de révolver.

– Marvin, et ben trente ans après, on en parle encore.

Parce qu’il ne s’est justement pas contenté d’être un pion comme un autre de la Motown, mais qu’il s’est efforcé de montrer ses talents de création, Marvin Gaye reste dans l’esprit collectif un artiste complet avec une identité avérée, qui ne s’est pas contenté de faire des reprises sirupeuses. D’ailleurs, personnellement, si je le juge d’une manière qualitative, je dirais qu’il y a eu un avant What’s going on et un après. Car peu d’artistes soul de la mythique Motown des années 1960 ont pu survivre à la Blaxpoitation, au funk et à la révolution culturelle qu’ont représenté les années 1970 dans la musique noire (oui, j’entends certaines d’entre vous qui me balancent Et les Jackson 5 ? Certes. Mais eux, c’est un monde à part).

Voici donc mes petites raisons pour lesquelles j’ai installé Marvin Gaye dans mon Panthéon personnel. Et si, vraiment, comme ma collègue, vous avez un peu de mal à vous calmer en ce moment, voici mon petit remède…

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