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Ce samedi 23 juillet 2011 au soir, j’étais tranquillement en Allemagne avec mon hôtesse, alors que nous nous préparions à aller nous promener. Elle me dit une fois dans la voiture : “J’ai entendu à la télé que la chanteuse Amy Winehouse était morte.”

amyhommage.jpgJe restai choquée dans la voiture pendant un bon moment. Heureusement, le programme de la soirée était assez conséquent pour me permettre de ne pas avoir d’idées noires. C’est peut-être un peu excessif, comme réaction, mais j’avais énormément d’affection pour Amy Winehouse en tant que chanteuse.

Non seulement parce que nous étions nées la même année (avec quelques mois d’écart), mais surtout parce qu’elle prouvait encore une fois que les artistes anglais avaient le don de sortir la musique dite noire d’une certaine forme de ghetto pour en faire une sorte d’hybride naturel acceptable par tout type d’auditorat. Car Amy Winehouse a encore mieux incarné que Lisa Stanfield à son époque ce que l’on peut qualifier de soul blanche.

J’ai donc attendu mon retour en France pour dire toute l’affection que je lui portais. Durant ces cinq jours, j’ai donc eu à traverser les étapes du deuil :

Le choc et le déni

Même si son passif alcoolique et narcotique ne lui aurait pas, de toute façon, permis de faire long feu, c’est toujours choquant d’apprendre la mort de quelqu’un de son âge. D’autant plus qu’après son concert catastrophique de Belgrade en mai, Amy se faisait plutôt discrète dans lestabloïds. Et, contrairement à beaucoup d’artistes entrés dans le 27 Club, elle avait tout de même ses parents en garde-fous, qui essayaient tant bien que mal de conserver son équilibre en l’envoyant dès qu’ils pouvaient enrehab. Malheureusement, la demoiselle n’aura pas eu l’électrochoc tant attendu pour fournir un troisième album de qualité de son vivant. Une véritable tragédie, donc.

La colère

Plus que de la colère, c’est de la véritable tristesse que je ressens. Car je ne peux m’empêcher de penser à ceux qui croyaient encore en ses capacités : sa famille, ses producteurs… On peut penser que c’est honteux de gâcher son talent de la sorte. Qu’elle n’a eu ce qu’elle méritait. Qu’elle aurait quand même pu attendre ce fameux troisième album tellement attendu par ses fans. Qu’à 27 ans, on ne part pas comme ça. Qu’à 27 ans, on a la joie de vivre, on a la vie devant soi. Quelque part, je ne peux m’empêcher de la traiter de connasse, parce qu’une sensation musicale comme elle, on en a tellement peu dans une vie qu’on souhaiterait que cela dure toujours.

Le marchandage

On a tellement entendu que certains artistes étaient morts, via les réseaux sociaux, qu’on a d’abord pensé que cette annonce était un fake. Personnellement, je n’ai pas eu le temps de réaliser avant que la mort ait été réellement confirmée. Bien sûr, le business post-mortem bat son plein depuis 5 jours, et tout le monde y va de son témoignage élogieux. Il est bien connu qu’un artiste est encore plus rentable mort que vif et que les ayants-droit d’Amy vont toucher un sacré pactole. Malgré tout, Amy est entrée dans une dimension cultuelle, et chacun désormais voudra et valorisera son souvenir d’elle.

La dépression

C’est la phase que tous ses fans sont en train de vivre en ce moment.Car le souvenir de la défunte est partout, même si elle fut enterrée quasi-anonymement. Toutes les radios nous remettent en boucle ses tubes, tous les journaux font leurs choux gras, et l’impression persiste qu’il n’y aura jamais plus une artiste aussi puissante qu’elle. Même si elle n’avait pas l’aura de La Gaga, elle avait malgré tout ce charisme sur scène qui la rendait attachante, fascinante. Nous n’allons nous empêcher, pour certains d’entre nous, de réécouter Frank et Back to Black en boucle et en pleurant, durant tout l’été. Mais comme on sait que la célébrité et la fascination pour une star peuvent s’avérer très éphémères, Dieu sait combien de temps durera cette phase.

L’acceptation

Il faut en effet accepter que l’une des meilleures artistes de ce début du XXIe siècle s’en soit allée rejoindre le 27 Club. Elle aura eu de surcroît assez de talent pour qu’on ne la considère jamais comme une de ces starlettes qui se sont brûlé les ailes au feu du star system. Restera éternellement une voix, l’une des plus sublimes qui puissent être entendues, une de ces voix qui traversent le corps et l’âme pour mieux toucher le cœur de celui qui l’écoute. Malgré mon goût pour la pressepeople, je verrai toujours Amy Winehouse comme une chanteuse dont la voix interprétait et dépassait ce qu’elle vivait, et non pas comme la dernière des dépravées.

Amy, ma chérie, nous ne verrons jamais ce troisième album tant espéré de ton vivant. Il est certain que le deuil d’une voix comme la tienne est tellement lourd à porter pour qui savait apprécier ta musique. J’espère seulement que, dans ce malheur, ton culte posthume puisse te rendre la place qui t’était naturellement due : en haut des charts plutôt qu’en Une des tabloïds.

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