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Alors que la couverture des Inrocks de cette semaine fait grand bruit – ils sont censés être connus et représentatifs de la jeunesse, ces petits cons en couverture ? Apparemment, ouais –, je me suis demandée si, moi-même, je faisais partie de la Génération Y telle que la décrivent les sociologues. En ce qui concerne mon âge et mon moyen de communication, pas de problème : je suis née en 1983 et je n’ai quasiment pas connu la machine à écrire, même si je sais quand même envoyer une lettre à la Poste. Mais en ce qui concerne mon mode de vie et de pensée, là, je ne suis pas trop sûre.

Alors oui, je suis constamment connectée, je suis addict à FB et Twitter – mes nouvelles attributions professionnelles IRL en témoignent –, mais il y a quelque chose qui me choque. Je suis arrivée à un âge où, quand je dis que je suis vieille, les vieux se foutent de ma gueule, et quand je dis que je suis jeune, les jeunes se foutent de ma gueule. Donc m’intégrer dans une cellule sociologique dans laquelle, à mon avis, que beaucoup de personnes de plus de 25 ans (nées avant 1987) et de moins de 15 ans (nées après 1997) ne se reconnaissent pas (puisque la Génération Y, selon les sociologues, définirait les personnes nées entre 1980 et 2000), je trouve cela encore plus crétin que d’intégrer mes propres parents dans la génération des baby-boomers. En soi, le problème de cette définition sociologique est qu’elle ne prend comme sujet d’étude que les utilisateurs des nouveaux média de masse que sont les réseaux sociaux. Ce sont peut-être des outils démocratisés, mais on ne peut pas encore appliquer des conclusions d’études à 100 % de la population. D’où, je pense, le cri d’orfraie poussé sur les réseaux sociaux par certaines personnes qui sont censés appartenir à la Génération Y, mais qui, comme moi, ne s’y reconnaissent pas.

Maintenant que j’ai poussé mon coup de gueule sociologique contre mon gourou, voyons un petit peu comment cette dite génération s’inscrit dans le frais musical de 2012.

L’avenir se passe en 1995

Au départ, pour moi, 1995, c’est l’année de naissance de ma petite cousine de bientôt 17 ans. J’écoutais à l’époque les Breeders, Foo Fighters, les Fugees, Nirvana, Oasis, Blur, Elastica, Supergrass, RATM… Bref, j’étais une ado lambda de 12 piges comme il en existe des millions dans le monde à cette époque : je n’aimais pas les boys bands, mais j’étais en mode cheveux gras-jeans déchirés-chemise de bûcheron (et je remarque qu’au passage, 17 ans après, avec mes jeans mal coupés, mes mitaines, mes Kickers et ma casquette, je suis toujours aussi féminine…). Je regardais Le péril jeune sur VHS et je bavais sur Dave Grohl. Une ado normale, quoi.

Et je suis tombée sur ça :

Et j’ai kiffé.

Comment des petits minets ont pu s’approprier l’une des années les plus importantes de mon existence ? En faisant le buzz avec leur premier album autoproduit, La Source, en 2011. Alpha Wann, Nekfeu, Sneazzy West, Areno Jaz, Fonky Flav’ et DJ Lo’ ont à peine 20 ans, ils rappent sur leurs soirées entre potes, ils ont l’air de petits cons, mais ce qui est certain, c’est qu’ils iront très loin.

Parce que chacun a un ego démesuré, un sens inné de la formule et une technique déjà impressionnante. Quand ils donnent des interviews, bien qu’ils soient surpris de la fulgurance de leur succès, ils estiment quand même que tout ce qui leur arrive est mérité. Au regard de toutes les collaborations et de tous les petits projets solo que chacun a fait entre les deux albums, il est évident que ces gamins sont hyperactifs et qu’ils sont là par en combinant un travail forcené et une chance inouïe. Quand on se penche sur certains morceaux, certes, ils ne brillent pas par la profondeur de leurs paroles, mais il subsiste déjà une musicalité du flow assez impressionnante pour des rappeurs de leur âge. Je me dis que la profondeur viendra avec le métier, laissons-les faire leurs armes.

Ils sortent La Suite le 5 mars. Et on se dit que 2 maxis en à peine un an, avec en plus des petits à-côté, on risque la saturation. C’est sans compter sur la versatilité du rap, et ces petits malins l’ont très vite compris. Maintenant, comme tout petit jeune au talent éblouissant, j’attendrai quand même quelques années avant de voir ce qu’ils deviennent. Si personne n’a l’ego qui explose en plein vol et s’ils arrivent à ne pas se taper dessus, je pense que nous tenons là l’un des meilleurs groupes de rap en France depuis un petit moment. Et accessoirement, mon côté puma crie G.R.A.O.U. quand il entend Nekfeu. Mais cela n’a rien à voir avec une quelconque considération musicale.

Sinon, qu’est-ce qu’on écoute de frais ?

Je reviens aux classiques : les cinq groupes de jeunes de la quinzaine pour mon gourou. Malheureusement, je n’ai pas eu le loisir encore de les écouter, donc considérez ceci comme une to do list. À vrai dire, entre une Canadienne qui fait des chansons un peu bizarroïdes, une New-Yorkaise belle comme le jour et à voix plus qu’envoûtante (selon les journalistes), un groupe d’ados californiens (entre 13 et 18 ans, Seigneur !) qui attaquent la falaise, un petit minet New-Yorkais qui risque de se faire alpaguer par des petits bobos et des Parisiens entre riot et sunshine, vers quoi mon cœur va-t-il se tourner instinctivement ? Encore une belle leçon de la diversité musicale by les Inrocks.

En espérant qu’un de ces quatre, les études sociologiques ne soient plus jamais prises au sérieux pour essayer de décrypter des phénomènes ineptes – en même temps, c’est de bonne guerre d’interpréter avec ses propres mots toutes ces petites choses que l’on ne comprend pas –, je vous souhaite de rafraîchir de temps en temps votre lecteur MP3. 

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