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Du haut de mes désormais 30 ans – 1, et avec le bonheur de traverser une quatrième décennie, j’ai donc assez de recul, selon moi, pour dresser un petit bilan de ces quasi trente années sur le plan musical. En gros, je veux par cette entreprise faire la part des choses entre ceux qui disent Ouais, la musique des années 1980, c’est pourri et ceux qui déclarent C’était mieux avant.

J’envisage personnellement la musique, comme beaucoup d’autres choses, comme des archives pour comprendre une époque – pardonnez mon côté historienne qui ressort. En gros, tant qu’on n’a pas vu la société des années 1980 et tant qu’on n’envisage pas son placement dans la société actuelle, on ne peut comprendre ce qui galvanise les foules en termes de musique. Par exemple, comment peut-on comprendre certains titres super kitsch comme Ticket chic, ticket choc sans comprendre que c’était la stratégie publicitaire de la RATP ? Ou bien même comprendre Barbie Girl d’Aqua sans se questionner sur toutes les logiques de fun et de fluokid qui régnaient à cette époque ? C’est comme détacher les yé-yés des aspirations des premiers baby-boomers ou la musique baroque de la société de cour. Ca n’a pas de sens.

Classons-donc par catégorie musicale ces évolutions :

Rock

En 1983 : Il y a des synthés partout, même dans le rock qui attaque la falaise, en témoigne la fabuleuse intro de Jump de Van Halen qui résonne désormais les soirs de match au Stade Vélodrome. Pas un groupe n’oubliait d’avoir son joueur de clavier moustachu à cheveux lavés au shampoing aux œufs. Malgré tout, la résistance s’organise avec des groupes à guitar heroes tels qu’Iron Maiden, Metallica, Motorhead… Par la suite naîtra le métal symphonique, fusion bâtarde entre ces deux avatars…

En 2012 : En écoutant Ouï FM tous les matins, j’en viens à me demander si le rock existe encore. Parce que vous n’allez pas me dire que Muse, Coldplay et consorts, c’est du rock ! Les Black Keys et Skip the Use, si vous voulez, Izia et les Red Hot à la rigueur, mais franchement, j’ai l’impression qu’il y a tellement de subdivisions dans le rock qu’il a fini par mourir à petit feu sans que personne ne s’en émeuve.

Rap

En 1983 : C’est encore les balbutiements, c’est encore dans l’esprit Yeah we are together, bros ! et pas encore tout à fait contestataire. Sugarhill Gang, Grandmaster Flash et Afrika Bambataa n’ont pas encore laissé la place aux Beastie Boys et à Cypress Hill. En France, à part H.I.P H.O.P, le rap est tellement marginal qu’on ne connait personne qui puisse encore rivaliser.

En 2012 : Si c’est pour se retrouver avec des baltringues comme Kanye West, autant ne plus s’intéresser au rap US, qui ne semble plus souffrir de la guéguerre East/West Coast comme dans les années 1990 (de toutes façons, moi j’étais à fond East Coast). Heureusement qu’on arrive à l’heure actuelle à du rap français extrêmement qualitatif, mais il me semble que je me suis déjà assez étendue sur le sujet.

Soul/Funk/Musiques afro-américaines (pour rester dans le politiquement correct)

En 1983 : Après une décennie marquée par la blaxpoitation avec des trucs hallucinants, Michael Jackson, cette année-là, est juste le roi. Marvin Gaye revient en force, les vieilles gloires des années 1960 comme Diana Ross sont en chute libre, on ne va pas tarder à découvrir Whitney Houston et Prince. Bref, de belles années qui verront la naissance de ce qu’on appellera dans les années 1990 la new-jack et aujourd’hui le r’n’b.

En 2012 : Beyoncé est la reine, Alicia Keys et Rihanna sont ses dames de chambre. Le funk est malheureusement devenu une musique marginale, jouée par des purs nostalgiques de Jaaaaaames Brown. Même les filles préfèrent se mettre au hip-hop (cf Nicky Minaj, M.I.A. et consorts). Il n’y a qu’en France où des filles persistent à faire des vibes avec leur voix. Trop à l’ancienne.

Electro

En 1983 : On ne parlait pas encore d’italo-dance et encore moins de house. Le disco avait encore droit de cité, et tout ce qui ressemblait de loin à de l’électro se recentrait autour de la new-wave – ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les survivants de Joy Division ont tout de suite fait de l’électro sous le nom de New Order. Mais dans les caves de Detroit ou de Berlin, la révolution est déjà en marche…

En 2012 : J’aurais la même remarque que pour le rock. L’électro s’est tellement diversifiée qu’elle va finir par mourir à petit feu. En même temps, de cette manière, tout le monde peut apprécier l’électro, pour peu que chacun sorte un peu de son univers. Et puis surtout, priez pour qu’un jour, David Guetta parte en retraite…

Madonna

En 1983 : Elle était fraîche, elle était ambitieuse, elle sautait partout et on savait qu’elle allait conquérir le monde, à voir comment elle dansait. À 24 ans, elle avait encore les racines apparentes, les sourcils broussailleux et noirs (mais je vous jure, regardez les canons de beauté de l’époque et vous verrez qu’elle n’était pas si ridicule…) et une candeur désarmante, même si on lui devinait déjà des dents très longues.

En 2012 : Elle n’est plus toute fraîche malgré ses multiples injections de Botox, ses séances de sport quotidiennes et son régime macrobiotique, elle est toujours aussi ambitieuse, elle a toujours autant d’énergie, mais elle a un peu de mal à se plier en deux quand elle chante. Photoshop lui fait ressembler à sa gamine, mais quand on prend des photos d’elle maintenant, elle a une telle gueule de hamster qu’on dirait qu’elle a 70 ans. Quant à sa musique… Ce qui était charmant jusqu’à la moitié des années 2000 commence à devenir merdique à souhait.

Vous l’aurez donc compris, les styles musicaux n’observent pas les mêmes évolutions aux mêmes époques. Ce qui correspondait à la BO des années 1980 s’est subtilement transformé, a pris des chemins détournés… Et qui dit que dans 10 ans, on ne trouvera pas ridicule la musique que l’on écoute actuellement ?

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