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Nous sommes à une dizaine de jours du scrutin pour l’élection présidentielle française qui verra Nicolas Sarkozy se succéder à lui-même… ou pas. Ne voulant pas évoquer une campagne que l’on dit moribonde – comme toutes les campagnes présidentielles, en vérité, il n’y a vraiment que les journalistes pour s’exciter comme des puces à chaque petite phrase éructée par tel ou tel postulant au poste de chef de 65 millions de personnes –, j’ai préféré, comme à mon habitude, me pencher sur l’humeur musicale qui flottait durant cette période.

Chaque campagne est ainsi rythmée par des slogans, mais surtout par des chansons emblématiques comme Changer la vie (paroles d’Herbert Pagani) pour le Parti Socialiste, intronisée lors du congrès de Nantes en 1977. C’est ainsi qu’on reconnait le degré de souverainisme d’un parti : en général, tout parti s’appuyant sur la légitimité de la France conclura tout meeting par la Marseillaise (même le PS, regardez !), tandis que tout parti d’influence d’extrême-gauche préférera le terminer par l’Internationale. So conventionnel.

Il arrive aussi qu’un parti veuille rajeunir son image. Prenons le cas pratique de l’Union pour un Mouvement Populaire, qui a décidé de rénover son aura de parti de droite républicaine à travers deux moyens :

1 – En pompant le tube du moment

Comme en 2009, MGMT, c’était genre trop hype, les pontes de l’UMP ont décidé que Kids serait leur hymne de meeting. Et bien sûr, sans payer de droits d’auteur – remember, c’est à eux qu’on doit HADOPI, tout de même. Résultat, le groupe, ayant appris cette exploitation frauduleuse, est monté sur ses grands chevaux, et l’UMP a été condamné à payer 30 000 € de dommages et intérêts. Maintenant, vous savez pourquoi une loi vous menace de vous traquer avec votre adresse IP quand vous utilisez Emule ou BitTorrent.

2 – En utilisant son service jeunesse

Tous ceux qui veulent changer le mooonde… continuera à pourrir longtemps la réputation de Benjamin Lancar, à l’époque président du mouvement des Jeunes Populaires et à l’initiative de ce lipdub reprenant un tube de la Star Académie québécoise. D’ailleurs, nous pouvons remarquer que les « parents » au gouvernement qui ont participé à cette vaste fumisterie se font, depuis, beaucoup plus discrets. En gros, avec ça et l’I-Riposte, l’électorat geek a compris que l’UMP, dans l’appropriation des social media et du processus viral que pouvait offrir le Net, avait au moins vingt ans de retard.

Et puis il y a des personnes plus ou moins allumées qui égayent un peu les campagnes présidentielles. 2002 a été une année où l’élection s’est conclue de manière un peu bizarre. C’est dommage, car cette fin quasi-tragique a quelque peu éclipsé la belle initiative du DJ Malto qui avait remixé les discours de Jacques Chirac et Lionel Jospin pour créer Belle campagne. Soit un cha-cha et une rumba endiablés pour rassembler tout le monde sur ce qu’on croyait être l’entre-deux-tours. Et cette année, nous avons Victoire Passage, une blonde aguicheuse de 24 ans, qui clame son amour pour le troisième homme des sondages :

Il est bien dommage que nos dix candidats ne m’aient pas demandé d’intégrer leur équipe de campagne. Je leur aurais concocté une trame sonore aux petits oignons :

Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) : Lââm, Petite sœur

Pour ces premières élections présidentielles sans Arlette Laguiller, qui a quand même assuré de 1974 à 2007 sans jamais rien lâcher et malgré un score qui n’excède jamais le 5 %, Lutte Ouvrière se sentait un peu démuni sur le plan charismatique. Alors ils ont pensé qu’en prenant le sosie parfait de l’ancienne employée du Crédit Lyonnais, les électeurs n’y verraient que du feu. Erreur : Nathalie a beau avoir le physique et la hargne d’Arlette la Rouge, elle a l’aura d’un pâté de foie. Evidemment, Arlette a beau la soutenir à 200 %, Nathalie, elle douille quand même un petit peu.

François BAYROU (Mouvement Démocrate) : France Gall, Résiste

Difficile en France d’exister en tant que centriste sans se faire alpaguer par la droite ou la gauche au passage. Après avoir longtemps marché main dans la main avec la droite républicaine – au point d’avoir été Ministre de l’éducation sous Chirac –, François a décidé en 2007 qu’il fuckait le clivage gauche-droite et que l’UDF était trop marqué politiquement pour pouvoir encore exister. Cela partait d’une bonne intention : il est devenu le troisième homme de la présidentielle, celui qui pouvait arbitrer la victoire finale entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Presque un jour de gloire. Malheureusement, il est allé jusqu’au bout de sa démarche, et ça n’a pas plus à la majorité de ses collaborateurs. Maintenant, il se retrouve quasi-isolé, mais son espoir ne s’éteint pas. C’est beau.

Jacques CHEMINADE (Solidarité et progrès) : Mark Snow, The X-Files theme

Vaguement politique, vaguement surveillé de très près par la MIVILUDES pour cause d’utilisation abusive d’étudiants pour embrigader des esprits faibles dans son mouvement, vaguement attaché aux idées de l’homme politique américain Lyndon LaRouche, Jacques fait sa campagne sur le fait qu’il avait déjà prédit la crise économique lors de sa précédente postulation à l’élection présidentielle en 1995. Comme tout homme déterminé, il est persuadé de détenir la vérité. Il est aussi un peu partisan de la théorie du complot aussi. Oui, c’est ça : il fait flipper.

Nicolas DUPONT AIGNAN (Debout la République) : Marc Lavoine, C’est ça la France

Il fallait bien un candidat souverainiste autre que Marine Le Pen pour trancher un petit peu dans le débat. En gros, Nicolas est contre l’Europe et contre l’Euro, pour une France souveraine et pour 8h de français par semaine à l’école. En gros, si on retournait dans les années 1950, ça l’arrangerait bien. Philippe de Villiers est de retour, mais sans particule et, je l’espère, sans parc d’attractions passéiste ni secret de famille un peu glauque.

François HOLLANDE (Parti Socialiste) : Jean-Jacques Goldman, Au bout de mes rêves

Il l’aura rongé, son frein. Il l’aura attendu, cette candidature. Face à des personnes bien plus charismatiques, et même face à son ancienne compagne, François aura dû se métamorphoser physiquement pour se donner une prestance de présidentiable. Désormais, ressemblant à ce qu’il a toujours voulu être, il peut se permettre de se montrer enfin ambitieux. C’est noble, mais après tant d’années à ne pas avoir de charisme, il devra batailler très dur pour arriver à avoir une image d’homme solide.

Eva JOLY (Europe Ecologie-Les Verts) : Johnny Halliday, Ma gueule

Outre la « judicieuse » remarque de Nadine Morano – l’hôpital qui se fout de la charité, nous dirons –, Eva se fait tancer notamment à cause de son accent. Ce n’est pas de sa faute si elle n’est pas née dans le pays de Molière et de ne pas avoir assez bossé pour se faire un accent parisien. Rien que pour cela, je lui trouve tout de même un certain courage, dans la mesure où, en France, on attend quand même des hommes politiques une certaine image très policée, très parisienne. N’importe quel député qui s’exprime avec un minimum de patois est la risée de l’Assemblée – résiste, Jean Lassalle ! Alors imaginez une candidate à l’élection présidentielle en France qui soit d’origine norvégienne…

Marine LE PEN (Front National) : Daniel Guichard, Mon vieux

Avec la ressemblance physique et l’héritage moral, bien que Marine se défende d’être aussi hardcore que son paternel, Jean-Marie Le Pen peut ainsi se féliciter d’avoir assez bien réussi sa vie au point d’avoir une bonne partie de sa famille qui milite activement dans son parti. Marine, bien qu’elle ait voulu gommer l’aspect FAF du FN au point d’attirer à elles des franges de la population que son père fustigeait ouvertement, a très vite repris un naturel hargneux qu’on connaissait à son prédécesseur. En arabe, ça s’appelle Mektoub.

Jean-Luc MÉLENCHON (Front de Gauche) : Renaud, Hexagone

Après avoir milité pendant des années au PS, le troisième homme désigné par les sondages a décidé au congrès de Reims (2008) qu’il en avait sa claque et est parti s’allier avec le Parti Communiste Français. De là est né le Front de Gauche, et notre Jean-Luc s’est mis à haranguer tout le monde : le système, les journalistes… La France respire : elle a retrouvé Georges Marchais. En vérité, à le voir s’empoigner avec Marine Le Pen, cela me rappelait mes conversations avec mon orthophoniste entre les deux tours de l’élection présidentielle en 2002 où, sous les cris des lycéens, je me demandais si ce n’était pas possible qu’il existât un fascisme de gauche…

Philippe POUTOU (Nouveau Parti Anticapitaliste) : Magali, Les Bisounours

Désolée, avec son nom, c’est quasiment obligé. Philippe, l’ouvrier de chez Ford à Bordeaux, n’est pas aussi mordant qu’Olivier le postier de Neuilly. Il est presque gêné de faire campagne, arguant qu’il sait qu’il ne va pas être élu, mais qu’il veut faire entendre la voix des ouvriers et de ceux qui se font bouffer par le système. Mais en fait, c’est un vrai tendre. Même les filles le trouvent sexy avec sa barbe de trois jours. Les mecs du NPA, la prochaine fois, refoutez-nous donc un petit roquet, vous serez plus crédibles !

Nicolas SARKOZY (Union pour un Mouvement Populaire) : Claude François, Le mal-aimé

Jamais aucun président français n’aura été aussi impopulaire que Nicolas. Et dire qu’on risque de le réélire facilement, « faute de mieux en face ». Je crois que sur ce point, la parodie des Guignols qui le présente comme ayant tellement changé qu’il se charge contre lui-même est tout à fait dans l’état d’esprit du candidat-président. Au début de sa campagne, il se conduisait comme un ex-taulard qui voulait effectuer son rachat auprès de la société. Une fois qu’il a remonté dans les sondages, on retrouve le Nicolas d’avant. C’est que, même impopulaire, il a de la ressource…

J’ai beau parodier nos chers candidats au poste suprême, il reste tout de même que le vote est important, même si le vote blanc ne compte pas. Il m’a ainsi été facile de parodier chaque candidat en chanson, tant le fait politique a encore été extrêmement absent de cette campagne présidentielle. J’estime aussi avoir la chance d’être en France et de pouvoir faire ce genre de papier. Et ça, c’est grâce à une chose en particulier : le droit de vote et le droit de choisir les personnes qui nous gouvernent, aussi peu compétentes qu’elles puissent paraître. Par conséquent, quel que soit le résultat le soir du 6 mai, j’espère que la personne qui nous gouvernera aura acquis la victoire en chantant.

 

 

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