Mots-clefs

, , , , ,

Vous avez pris une journée de congé pour ce vendredi 22 juin ? Non ? Dommage. Je pense que ce ne sera pas agréable pour vous de terminer de terminer cette journée de travail – d’autant plus déprimante qu’elle se déroule cette année un vendredi – sous l’effet d’un ou plusieurs Guronsan. Pourquoi cette mise en garde ? Parce qu’à moins que vous l’ayez oublié, ce jeudi 21 juin, c’est la Fête de la Musique. Et alors, soit vous avez de la chance et vous avez juste la petite chorale des enfants de Sainte-Gertrude entre 19h et 19h15, soit vous avez vraiment la lose et vous allez vous taper les métalleux sous votre fenêtre jusqu’à 1h30 du matin (avec en rappel les arsouilleurs qui vomissent dans votre poubelle).

Personnellement, je serai malheureusement de ceux qui font partie de la deuxième catégorie de musiciens, à savoir ceux qui font beaucoup de bruit et qui provoquent des réactions tout aussi bruyantes de la part d’un public enthousiaste (ou bourré, ça dépend à quelle heure se situe le set) jusque tard dans la nuit. Nous nous excusons déjà d’avance auprès des populations vers le XIXe arrondissement pour cette espèce de raffut qui va se dérouler sous leur fenêtre. Mais croyez-moi, il y a des énergumènes qui profitent de cette occasion créée par Jack Lang en 1982 pour perpétrer des sodomies avec une batte sans lubrification sur la musique qui n’en demandait pas tant, j’ai nommé

LES RINGARDS

Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Pourquoi violent-ils les oreilles de millions d’innocents tous les ans ? Sont-ils à la solde des Illuminati ? De l’Opus Dei ? D’Al-Qaeda ? Ou simplement sont-ils des sociétaires de la SACEM en fin de droits ? Enquête exclusive avec Bernard de la Villardière qui risque sa vie (et ses oreilles) dans les bas-fonds des rues françaises…

Comment peut-on reconnaître un ringard sur le plan musical, et surtout au coin d’une ruelle le soir de la Fête de la Musique ? Car attention, ce n’est pas n’importe quel mec à coupe mulet qui pianote sur un clavier Bontempi qui peut se prévaloir d’accéder à cette compétence ultime :

  • Il a un style vestimentaire que l’on pourrait définir comme étant à chier. Je crois même que c’est la base, c’est une condition sine qua non. Tu ne peux pas être considéré comme le mec à qui on va jeter des tomates pour qu’il ferme sa gueule si tu as un costume The Kooples et si, au départ, tu as l’art de séduire de Sélim Niederhoffer – placement produit, hi hi. Ou alors, c’est que tu y mets de la mauvaise volonté.
  • Il n’arrive pas à être en rythme. Comme disait M. Pokora sur Twitter récemment, Il y en a qui doivent écouter leur iPod en scred pendant le concert pour avoir aussi peu le sens du rythme pour taper dans les mains. Et ben un mec ringard, c’est exactement ça. T’as l’impression qu’il écoute une autre musique que celle qu’il interprète. Au final, cela donne un résultat particulièrement gênant.
  • Les paroles qu’il chante n’ont absolument aucun sens. Un vrai ringard est capable de te placer dans la même chanson le conflit israélo-palestinien et le décès de sa mémé. Ou alors, il a un univers particulier – fait de références qui vont des alcools produits en France aux séries américaines. On essaie d’écouter la chanson dix fois, vingt fois, et on se demande encore quelle est cette logique obscure au commun des mortels qui a traversé le cerveau de la personne ayant écrit les paroles. Ou alors, on se renseigne sur son dealer – pour avoir l’esprit dans cet état, c’est que la came est d’une qualité hors du commun.
  • Et surtout, surtout, il a un fan-club qui le suivra jusqu’au bout. Par contre, là, nous n’avons que du très select : à peu près tous les profils que l’on peut retrouver dans Confessions intimes, Tellement vrai ou Les Ch’tis font du ski peuvent parcourir parfois 2.000 kilomètres pour ne rien louper des soubresauts artistiques du chanteur dont ils ont, pour la plupart, vu la naissance au sein de leur quartier.

Plus navrants, parfois, qu’un sosie raté de Claude François, voici quelques ringards qui vous mineront le moral ce 21 juin :

Jean-Pierre Sauser

Originaire d’Incheville, en Seine-Maritime, Jean-Pierre Sauser a fait les beaux jours du Star System de Fun Radio (à la fin des années 1990, pour ceux qui n’ont pas connu cette époque bénie où Fun ne passait pas que du son dancefloor). Je me rappelle notamment de la mix-tape faite par un pote de terminale où il avait compilé tous les morceaux de ce brave homme à la voix de veau émasculé. Mais je crois que le plus choquant pour moi a été de voir sa tête… Exactement à la hauteur de ce que l’on pouvait imaginer quand on écoutait Fun en scred au fond de son lit.

Michel l’ingénieur informaticien

En se faisant connaître avec sa chanson Ingénieur informaticien, il a été précurseur des mèmes Internet et du LoL avant que 4chan n’en définisse les règles établies. Mais derrière cette tête d’ahuri se cache un auteur-compositeur angevin qui sévit depuis 1996. Il a surtout connu son succès entre 1998 et 2001, date à laquelle Cauet et Europe 2 déterre cette petite chansonnette qui deviendra l’hymne de tous les geeks de l’époque – mon oncle consultant en informatique l’avait même mise comme musique d’accueil dans son PC sous Win98. Mais j’ai préféré vous faire partager ici une autre œuvre de cet immense artiste, à la hauteur de son talent…

Didier Super

Le Ch’ti qui n’aime pas les concepts éculés (Marre des pauvres, Le club de catholiques) ni tirer sur des ambulances aux pneus crevés (Petit caniche peluche pour vieux, Et ben t’es con) n’est pas seulement ringard. Il EST la ringardise, l’étroitesse d’esprit et l’électorat FN dans sa plus grande splendeur. Ses sous-pulls, ses lunettes cassées et ses paroles qu’on pourrait définir comme étant inspirées par la rhétorique poétique keupon sont, je l’espère, à prendre au 27e degré. Ou pas. Tout dépend du degré d’alcoolémie ou autre aliénation mentale due à l’apport substantiel de substances plus ou moins illicites dans lequel l’écoute d’un album de Didier Super se déroule.

Damien Jean

Révélé par le Petit Journal, à l’époque où Yann Barthès était encore drôle, cet artiste originaire de Souppes-sur-Loing – mektoub – est tellement imprégné de ringardise qu’on ne peut s’empêcher d’éprouver de la pitié. Il est un peu comme ces demoiselles dans les fêtes de quartier qu’on fait monter sur scène pour massacrer du Céline Dion : il occupe l’espace et personne n’ose lui dire qu’il n’a pas de talent, si tant est que son entourage puisse ne pas confondre peoplisation et talent. C’est donc le candidat parfait pour une Fête de la Musique dans sa ville natale, mais surtout, ce serait péché de le laisser faire carrière en dehors du sud de la Seine-et-Marne.

Les ringards s’inviteront donc sur chaque carrefour qui ne sera pas pris par la chorale des joyeux retraités ou par les petits jeunes qui gratteront juste 20 minutes pour épater leurs copines. Ayez l’œil, et surtout retenez bien une chose : la Fête de la Musique n’est pas réservé aux musiciens qui ont du talent. Soyez donc indulgent devant les ringards qui réussiront à vous miner le moral pour la soirée.

Publicités