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En 2014, mon cher et tendre Chevalier fêtera ses 30 ans. Un jour, je l’entends se plaindre sur un statut : 29 ans, 29 publications… Et zut, je n’aurais pas de trentième publication pour mes 30 ans ! Qu’à cela ne tienne, mon chéri. Ta Giovanna chérie t’accueille et te fait parler de musique (à défaut de parler d’histoire militaire).

Pour cette trentième publication (non officielle), j’ai donc décidé de nous faire parler sur la musique écoutable ou pas 10, 20, 30, 40 voire 50 ans après. Ayant tout les deux des goûts à peu près similaires en termes de chansons, la tâche fut d’autant plus aisée que nous étions tous les deux d’accord sur le choix de l’autre.

Qui est ringard ? Qui est intemporel ?

1964 : 50 ans après

599712-samantha-elizabeth-montgomery-et-637x0-3Chansons écoutables

Giovanna : Simon & Garfunkel, Wednesday Morning 3 A.M.

Outre le fait que cette chanson indique le jour de la semaine et l’heure où je suis née – et que les paroles des deux premiers couplets auraient pu être chantées par ma mère en me regardant bébé, mais pas la suite, genre, ma mère n’est pas une criminelle non plus ! –, je trouve cette chanson folk belle et intemporelle. Elle aurait pu être interprétée par n’importe qui à la suite. Cependant, ce n’est pas dans la temporalité qu’elle s’inscrit, mais dans la qualité exceptionnelle du duo qui faisait alors ses premières armes.

Le Chevalier : The Beatles, Any time at all

Cette chanson ouvre la face B du célèbre album des Beatles A Hard day’s night (oui ! oui ! celui qui symbolise la Beatlemania !). Et on peut dire qu’elle frappe fort. Le titre a la pêche et le climax avec le piano est jubilatoire. Mieux encore, les paroles sont d’un romantisme exemplaire, et quand je joue la chanson à la guitare ou quand je l’écoute, je pense aux yeux bleus de Giovanna. C’est un condensé de tout ce que j’ai envie de dire à Giovanna quand je pense à elle ou, mieux, quand je suis avec elle…

Chansons inécoutables

Giovanna : Alain Barrière, Ma vie


Le crooner breton, représentant la France en 1963 à l’Eurovision avec Elle était si jolie, signe ici une chanson dans toute la splendeur de la caricature d’une chanson française de base : attaque aux violons, ligne de basse pompier, et surtout cette meuf qui a fait tous les chœurs des années 1960 – à force, elle devient presque aussi culte que la voix SNCF. Non seulement elle s’inscrit donc dans la temporalité des années 1960 – et devient par conséquent le comble du ringard cinquante ans après –, mais ce Maaaaaaa viiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie lancé sporadiquement tout au long de la chanson, alors que l’auditeur s’en fout royalement, de sa vie, est une torture auditive que Thierry Ardisson avait à la grande époque transformé en jingle.

Le Chevalier : The Beatles, Mr. Moonlight

Bon, ok, c’est une reprise jouée dès le début de leur carrière, mais là, franchement, on voit bien que l’album Beatles for sale, publié cinq mois à peine après A Hard day’s night, a été fait un peu vite. Preuve en est qu’on revient à la formule « 8 chansons, 6 reprises », alors que l’album précédent n’en avait aucune ! Après la splendide ouverture de Lennon, on se croit dans un Copacabana du pauvre, alors que la reprise de Till there was you avait transformé l’essai en 1963… Le solo d’orgue Hammond est d’un mou pas possible. J’ai toujours l’impression d’avoir 40° de fièvre quand je l’écoute. La version live diffusée par la BBC et publiée en 2013 sur On Air est encore plus amusante avec le solo déglingué de George Harrison. Une curiosité beatlesque, on va dire…

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1974 : 40 ans après

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Giovanna : Steve Miller Band, The Joker

Découverte en 1990 grâce à une mythique publicité pour le 501 de Levi’s, j’ai cherché pendant des années l’interprète de cette chanson. Je remercie de surcroît Monsieur Joe, le plus beau gosse de la bande FM, d’être fan de ce genre de blues un peu saturé des années 1970 tel que pouvait le faire un groupe comme Cleerence Clearwater Revival. Même si le son et l’ambiance sont très connotés Amérique hippie (voire post-hippie), le morceau ne tombe pas dans les limbes de la ringardise. Mais il faut dire que, jusqu’au début des années 2000, Levi’s avait le don de faire des pubs à l’esthétique années 1950 avec de la musique marquée 1960-70. La preuve, c’est aussi de cette manière que j’ai découvert Marvin Gaye.

Le Chevalier : Queen, In the lap of the gods… revisited

Quand j’ai découvert à la fin de l’année 1997 le live de Queen à Wembley en vidéo, j’ai été scié par les chœurs de la chanson… En 2003, j’ai enfin acheté l’album Sheer Heart Attack (à mes yeux le meilleur de Queen), et cette chanson, qui clôt l’album, est énormissime avec ses chœurs paroxystiques. On dit que les paroles sont des reproches envers leur manager de l’époque qui, à leurs yeux, les arnaquait un petit peu (ils l’ont dit de façon plus crue sur Death on two legs). On évoque également parfois la chanson comme un brouillon de We are the Champions. C’est vrai qu’In the lap of the gods… revisited fait un peu hymne de stade, l’émotion en plus. Ah oui, dernière chose, quand j’ai écrit un article pour une revue anglaise à propos d’un personnage dont je révisais complètement le destin, j’ai ajouté le nom du bonhomme et ensuite « revisited ». Beau clin d’œil, non ?

Chansons inécoutables

Giovanna : Claude-Michel Schönberg, Le premier pas

Le premier mari d’une certaine Béatrice qui présente le journal a écrit cette chanson avant de la rencontrer. Quand je l’ai faite découvrir au Chevalier, il m’a dit : Arrête ça tout de suite, ça va plomber l’ambiance ! En effet, contrairement à, par exemple, Il voyage en solitaire de Gérard Manset (1975), on a du mal à ressentir le calme et la timidité dans l’interprétation piano-voix. Se rajoute encore un crescendo de cordes dans la chanson, jusqu’au climax Elle me dévoilera son corps, elle me donnera tous les remords de n’avoir pas dit plus tôt le premier mot. Dans cette ambiance-là, on croirait réellement entendre un psychopathe à la Damien Baiser qui se lâche d’un coup avant de recevoir sa piqûre de calmants. Bref, cette chanson m’horrifie au plus haut point.

Le Chevalier : George Harrison, I don’t care anymore

D’emblée, je le dis : George Harrison est mon Beatle préféré. Sauf que là, il s’est vraiment pris les pieds dans le tapis. Miné par des problèmes personnels (sa femme le quitte pour Clapton qui lui avait écrit Layla ; mais bon, Beatle George a aussi eu une aventure avec la femme de Beatle Ringo) et par une extinction de voix, il sort un album (Dark Horse, rebaptisé ironiquement Dark Hoarse) descendu par la critique, notamment pour sa voix déglinguée. George déprime et n’en a plus rien à faire. Le titre de la face B du (très bon) single Ding dong ding dong (un bide à l’époque) en dit long : I don’t care anymore (je n’en ai plus rien à faire). Pire encore, elle débute par un truc du style « bon, les gars, on a une face B à faire ». On espère que c’était de l’humour. Heureusement, George s’est rattrapé par la suite.

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1984 : 30 ans après

185200-avec-tony-micelli-angela-bower-est-une-637x0-5Chansons écoutables

Giovanna : Prince, Purple Rain

J’avoue, oui, la chanson est très largement datée, ne serait-ce que par la manière dont l’introduction à la guitare est faite – une sonorité de guitare typiquement utilisée dans les années 1980. Mais, alors que le film Purple Rain est tombée dans les limbes cinématographiques, ce titre-phare de la bande originale est toujours aussi efficace pour concevoir des enfants, à la manière d’un Only you des Platters. Ouais, ouais, rigolez : vous le trouvez ringard, ce classique des années 1960, mais avouez quand même que, si on ne le met pas à un mariage pour danser un slow, vous faites la gueule. Purple Rain, c’est pareil, sauf que la chanson a facilement vingt ans de moins.

Le Chevalier : Ultravox, Dancing with tears in my eyes

Cette chanson est portée par la voix sublime de Midge Ure, et par une partie splendide de batterie et un solo de guitare qui tue. A l’heure du tout-synthé, Ultravox met des guitares. Que du bonheur, que du plaisir ! L’Angleterre rappelle sa prééminence musicale dans le monde, les guitares commencent à être ressorties (même si The Cure ne les avait jamais totalement rangées, par exemple), avec des groupes comme Killing Joke ou les Smiths. Je précise aussi que 1984 est une année bénie car, outre ma naissance, un groupe avait été fondé à Liverpool et allait produire de façon chaotique l’un de mes disques préférés : The La’s.

Chansons inécoutables

Giovanna : Gilbert Montagné, On va s’aimer

J’ai fait trop de fêtes de villages, trop de mariages et trop de séances de karaoké avec Alain qui nous fait le medley Sardou et Pikachu qui massacre du Céline Dion pour pouvoir supporter à nouveau cette montagne de guimauve. Je crois que c’est la même chose avec tout ce qu’a pu faire Gilbert Montagné dans les années 1980, alors qu’on pensait sa carrière très bien partie dans les années 1970. Bref, On va s’aimer est la chanson qui fait dire : ce qui s’est passé en 1984 devrait rester en 1984 – sauf mes potes et mon Chevalier, ça fait quand même plaisir de fêter les 30 ans de tout le monde !

Le Chevalier : George Michael, Careless Whisper

Ce titre incarne la soupe définitive. Le solo de saxophone nous assassine d’emblée, quasiment dans le sens littéral. On croit avoir des bourdonnements d’oreilles, mais non, c’est la chanson qui est diffusée…  Sentimentalisme gnan-gnan, mélodie guimauve à souhait, je comprends pourquoi (info donnée par Giovanna) elle a inspiré bien des B.O. de films érotiques dans les années 90 aux États-Unis. Quand je vois quelqu’un pleurer sur ce titre, je crois à chaque fois que quelqu’un lui a balancé du poivre Ducros dans les yeux ! Et pas question de me faire danser un slow dessus ! Still loving you est là pour ça (et ça c’est chouette !).

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1994 : 20 ans après

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Giovanna : Bruce Springsteen, Streets of Philadelphia

Encore une fois, je n’ai pas vu Philadelphia, et ce que m’en racontent mes amis ne me donne pas envie de risquer d’user encore une fois mes glandes lacrymales. Par contre, je me rappelle, du haut de mes 11 ans, de ce clip qui prend aux tripes et de cette musique hypnotique portée par l’un des artistes américains les plus exceptionnels. Beaucoup de choses que j’écoutais à l’âge de 11 ans sont aujourd’hui datées, voire carrément ringardes. Je crois bien que c’est l’une des seules chansons de 1994 qui ne s’inscrit justement pas dans une espèce de temporalité, d’où son succès encore 20 ans après.

Le Chevalier : Oasis, Supersonic

Oasis, LE groupe des années 90. Cette décennie est une des plus belles musicalement, en oubliant tous les trucs dansants idiots. Les guitares sont là, on appelle ça la Britpop (mot inventé en 1987 par John Robb). On évoque toujours de soi-disant parallèles avec les Beatles, mais en ce début de carrière, c’est du côté des Stone Roses (non ! pas ce groupe naze appelé Guns’n’Roses !) qu’il faut regarder. Ian Brown a toujours aimé Oasis, car les Gallagher ont revendiqué d’emblée la filiation avec les Roses. Supersonic est une chanson surpuissante, qui respire la jeunesse insouciante et arrogante. Bricolée en studio suite à une jam session, elle fait partie de la bande-son de la génération des nineties.

Chansons inécoutables

Giovanna : Whigfield, Saturday Night

J’entends d’ici les cris d’orfraie de certains de mes contacts : Putain, mais Giovanna, rappelle-toi les chorés qu’on faisait dessus, c’était trop cool quand ça passait dans les boums ! OK. T’as envie d’avoir de nouveau 11 ans, des sweats réversibles, des jeans troués, des baskets fluo, pas le droit de boire de l’alcool et des boums limités à 19h, c’est ton problème. Pas le mien, visiblement. Whigfield fait partie justement de ces artistes à cause desquels je ne regretterai jamais justement les années 1990.

Le Chevalier : Axelle Red, Sensualité

Pour être franc, je ne sais trop quoi penser d’Axelle Red. Il y a des chansons pas mal comme Ma Prière ou Je me fâche, mais aussi il y a des daubes absolues comme Parce que c’est toi. Sensualité passe tout le temps à la radio (que les auditeurs de RFM lèvent la main !) et puis je dois avouer qu’un membre de ma famille chantonnait le refrain en montrant son côté gnan-gnan et sa prononciation approximative. En fait, si c’est inécoutable, c’est à cause du refrain passe-partout et puis le passage instrumental du milieu semble proche des musiques de supermarché…

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2004 : 10 ans après

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Giovanna : U2, Vertigo

On peut effectivement reprocher à U2 de faire la même chanson depuis 1987, mais s’ils sont là encore à l’heure actuelle, c’est que la chanson n’est pas mauvaise. C’est pour cette raison que chaque nouvel album du groupe, s’il ne crée pas quelque chose de transcendant chez moi, me réjouit quand même.

Le Chevalier : Franz Ferdinand, Auf Achse

Franz Ferdinand est un groupe qui a fait des trucs pas mal (le dernier album a l’air plutôt cool), mais aussi pas mal de déchets (Do you wanna ?). Du coup, Auf achse paraît presque une erreur de parcours tellement c’est génial !!! Mon coup de cœur ne va pas pour la (belle) version studio, mais pour la version live avec le clavier Roland très eighties qui donne à la chanson une dimension supérieure, à la croisée entre Joy Division et New Order [Pléonasme !]. Une grande chanson de cold wave ! [Et là je prends conscience de mon coup de vieux : ça fait déjà 10 ans que je me dandinais en slip dans ma chambre d’étudiante sur « The Dark of the Matinee »]

Chansons inécoutables

Giovanna : Kyo & Sita, Le chemin

 T-Rio, Mamae eu Quero (Choopeta)

Les années 2000 ont vu la naissance et la mort de deux catastrophes musicales. La naissance des emos qui, contrairement à la musique emo de base, sont juste de sales gothiques qui mélangent des claviers bizarres et des guitares avec l’ampli réglé à 10,5. Pas merci à Paradize d’Indochine qui a démocratisé le phénomène en France, au point de voir ces boutonneux qui ont eu leur petit succès, jusqu’à ce que certains membres fondent le groupe Empyr. Les années 2000 ont également vu la mort des artistes pseudos world qui ont pourri les étés français depuis les années 1990. En témoigne ce dernier avatar, soit des triplées brésiliennes qui reprennent un classique des chansons enfantines et qui ont fait un gros four. Navrant.

Le Chevalier : O-zone, Dragostea din tei

K-Maro Femme like U

Hello… Salout… Je veux une femme like U… Mais pourquoi la langue française est-elle aussi maltraitée ???? Déjà on a un pseudo boysband de Rouma… euh… de Moldavie  qui nous fait un titre immédiatement ringard mais que les dancefloors popularisent tout comme… les Roumains mendiants chantant dans le métro parisien ! Quant à K-Maro, « t’as ce regard dans la face »… et ma main dans ta gueule ?

Avec cette rétrospective de la classe 4, nous voulions montrer ce que la musique populaire de la 2e moitié du XXe et du début du XXIe siècle pouvait avoir de ringard comme d’intemporel. Mais après tout, l’intemporel de l’un est le ringard de l’autre. Et si vous voulez lire le Chevalier, c’est ici.

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