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biberon-acdc-abcd-1Comme vous le savez, depuis 6 ans que je publie continuellement sur Ladies Room, j’ai fêté mes 31 ans hier, dimanche 30 mars 2014. Et comme certains twittos m’ont souhaité mon anniversaire en retard – c’est-à-dire ce matin –, certains n’ont pas oublié de noter le fait que j’étais née le même jour que certains artistes.

Ce papier sera donc dédicacé au Nem moins croustillant et moins digeste qu’un rouleau de printemps de chez Lidl, qui a su à ma place répertorier ces artistes nés à la fin du premier décan du signe du Bélier.

Eric Clapton (69 ans, né le 30 mars 1945)

Il a tellement été considéré comme un dieu vivant très jeune qu’on le croirait plus âgé. Et ben non ! Non seulement il a marqué les années 1960 & 1970 par son rock et les années 1990 par son blues, mais en plus, pépère n’est pas mort, en témoigne son très bon Old Socks sorti l’an dernier et qui renoue avec les racines reggae qu’il a développées dans les années 1970. Rigolez, rigolez, mais au même titre que Johnny Hallyday a contribué à faire connaître le rock américain en France au début des années 1960 – mais tout à fait –, Clapton a grandement contribué à la notoriété de Bob Marley dans la culture occidentale. Sans la reprise d’I shot the sheriff, toute la musique jamaïcaine n’aurait été peut-être qu’un pendant d’exotisme connu seul des curieux, à l’image du blues malien qui vaut davantage qu’Amadou & Mariam.

Puisqu’on est nés le même jour, m’en réclame-je ? À mort. C’est parce que mon crush de lycée faisait ses gammes de guitare en s’inspirant de l’Unplugged le midi à l’aumônerie et que, par la suite, je me suis penchée sur la discothèque du père de ma meilleure amie que je considère Eric Clapton comme un idéal inatteignable. Car non seulement il a une technique au-delà du réel à la guitare – c’est pas Angus Young non plus, mais certains soli méritent quand même la réécoute –, mais il sait également faire passer de vraies émotions fortes par sa voix. Je ne pourrais compter le nombre de chansons qui me filent le frisson, tant la majeure partie de son répertoire où il est à son sommet me file le frisson. J’exclus évidemment les années 1980 oubliables (mis à part son très bon caméo avec Sting sur It’s probably me) et les années 2000 répétitives.

Richard Gotainer (66 ans, né le 30 mars 1948)

S’il est considéré aujourd’hui comme un pan de la culture française des années 1980 qu’il serait préférable d’oublier en société sous peine de honte absolue, cela ne veut pas dire qu’il est mort artistiquement. Aux dernières nouvelles, il se produirait au New Morning avec un orchestre de jazz. Mais celui qui se spécialisa dans les chansons à jeux de mots et à allitérations est en fait davantage connu pour avoir composé à peu près toutes les pubs marquantes des années 1970 et 1980. Qui, en effet, a vécu cette période et ne se souvient pas de On se lève tous pour Danette, Danette… ? ou du Buvez, éliminez de Vittel ?

Puisqu’on est nés le même jour, m’en réclame-je ? Mis à part un sale réflexe pavlovien de petite fille qui scotche pendant les pubs et pendant les émissions Carnaval et Champs-Elysées, j’avoue avoir du mal à considérer Richard Gotainer comme un document d’archive de la France des années 1980. Tant par son style (lunettes double foyer rondes, costards criards) que par les compositions musicales, je comprends tout à fait que la mémoire collective ait totalement occulté cet artiste, même si, au final, je trouve cela injuste au regard de sa popularité à l’époque.

Tracy Chapman (50 ans, née le 30 mars 1964)

Lorsque j’ai vu pour la première fois cette artiste, j’avais 5 ans, et Talking ‘bout a Revolution venait de sortir. J’étais persuadée que c’était un homme, parce que mon cerveau de petite fille avait assimilé que cheveux courts + voix grave + prénom douteux = monsieur. Je vous rassure, j’ai eu le même souci avec Terence Trent d’Arby à la même époque. Heureusement, elle a sorti d’autres albums par la suite, dont le culte Telling Stories (2000) qui fait partie de mes albums préférés en ce qui concerne la période de l’université. Malheureusement, elle semble ne rien avoir sorti depuis 2008, et cela m’attriste beaucoup, tant j’aime ses compositions très posées et son timbre de voix farineux qui sied tant à ses riffs doux.

Puisqu’on est nées le même jour, m’en réclame-je ? Honnêtement, oui. En tant que compositrice, je me suis beaucoup inspirée de ses mélodies pour pouvoir créer au départ. Et, vous me connaissez, tant que ce n’est pas chanté en français et de manière nonchalante, la folk fait partie des styles musicaux qui expriment le mieux mes émotions. S’il te plaît, Tracy, ressors un autre album, je suis sûre que tu en es capable.

Céline Dion (46 ans, née le 30 mars 1968)

Dois-je parler de la Canadienne la plus riche du pays, qui a commencé sa carrière à 13 ans avec ses dents de travers, avant que la chenille devienne papillon de lumière sous les projecteurs grâce à son mari René ? Si je trouve son répertoire anglophone absolument kitschouille et ridicule, je trouve qu’elle s’est pas mal démerdée en collaborant avec Jean-Jacques Goldman, notamment avec D’eux et Une fille et quatre types. Pourquoi ? Parce que mon brave JJ apporte un répertoire sous le signe d’une sobriété qui manque tant à cette showgirl tellement incarnée qu’elle en est parodiée.

Puisqu’on est nées le même jour, m’en réclame-je ? Mis à part le fait que j’ai interprété maintes et maintes fois My heart will go on avec mon crush de lycée à la guitare, notamment pour le spectacle du lycée en 1ère, je ne m’en réclame absolument pas, tant son côté show-off me débecte. Et surtout, comment envier la carrière d’une femme qui, à 45 ans, chante la plupart du temps en playback et ne répond quasiment plus aux questions qu’on lui pose, tant elle a épuisé ses cordes vocales ? Si All by myself te pose problème, et ben tu baisses la tonalité. Ce serait moins époustouflant, mais au moins, tu resterais une chanteuse crédible.

Norah Jones (35 ans, née le 30 mars 1979)

L’une des filles de Ravi Shankar, même si elle-même ne revendique pas cette filiation, s’est fait connaître dès l’âge de 23 ans avec le fabuleux Come away with me. Depuis, sa carrière oscille entre smooth jazz et influences pop et country. On peut retrouver cette ouverture créative au sein de ses diverses collaborations, que ce soit avec des pointures du blues et du jazz (Ray Charles, Tony Bennett), des artistes plus ancrés dans le répertoire américain traditionnel (Bob Dylan, par exemple) ou plus bizarrement avec Billy Joe Armstrong, leader de Green Day, dans un projet qui sortira prochainement (et je vous avoue que j’ai hâte, en fait). Elle tâte également un peu de cinéma, en témoigne son rôle de My Blueberry Nights de Wong Kar-Wai (2007).

Puisqu’on est nées le même jour, m’en réclame-je ? Norah Jones est pour moi l’archétype de l’artiste classe, qui ne se laisse pas emmerder par des carcans artistiques. Par conséquent, il est difficile de la suivre depuis le début de sa carrière – moi la première, je trouve que certaines expérimentations de sa part ne lui vont pas au timbre, mais ce n’est qu’un avis personnel. Force est de constater qu’à force d’être insaisissable et impénétrable, elle en devient une artiste remarquable et recherchée.

Voici donc un de mes conseils pour briller en société quand vous n’avez aucun sujet de conversation : recherchez vous aussi les artistes et chanteurs nés le même jour que vous, renseignez-vous sur leur actualité la plus récente, et lancez le sujet, genre Avez-vous écouté le dernier Eric Clapton ? ou Vous avez vu que Richard Gotainer passe au New Morning ? Punaise, quel virage étonnant de carrière… Si ça prend bien et si vous êtes dans un milieu réactif, vous pouvez tenir une conversation d’au moins 15 minutes, ce qui n’est pas mal en soi. Au pire, vous vous retrouverez parmi des régressifs qui vous chanteront Mais il est où, le Youki ?, ce qui en soi n’est pas gravissime. Marche également pour les acteurs, les auteurs, et même les hommes politiques !

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