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c-bardRécemment, je suis tombée sur cet article de Lady Malefica, et je n’ai eu qu’une seule réaction :

Alors oui, je suis bien d’accord qu’en termes de relations amoureuses, les Européennes et Nord-Américaines de ce début de XXIe siècles se sont pliées à certains désirs, dont celui de se dire que non, aimer un homme ne veut pas forcément dire avoir besoin de lui dans tout ce que nous faisons, ni l’admirer dans tout ce qu’il fait. Et ça, la plupart des hommes ont encore du mal à le comprendre, ce qui crée un décalage dans les relations. Malgré tout, contrairement à Cauet-Vita, je n’ai pas un avis tranché sur les hommes…

Peut-être parce que j’ai travaillé sur les mandales que je me suis prises, peut-être parce que, plus encore, j’ai travaillé sur mes relations aux hommes dans leur globalité. Peut-être aussi parce que je me suis trouvé un homme qui sait accompagner mes désirs de femme trentenaire. D’ailleurs, plus que Lady Malefica, et as usual quand j’écris depuis deux ans, c’est le Mari qui a inspiré cette réponse. Je vous entends d’ici :

Et je vous donne tout à fait raison.

Pourquoi le Mari et pas un autre, me direz-vous ? Parce qu’outre qu’il me trolle la plupart du temps, parmi ses notables qualités, c’est un romantique pour de vrai. D’ailleurs, il en a honte, parce qu’il pense qu’on va le clouer au pilori s’il ose avouer qu’il aime les choses délicates et qu’il se préoccupe de mon bien-être. Soit des valeurs en soi considérées comme pas tellement masculines, mais tellement appréciées des femmes qui fréquentent les hommes de goût. Mais attention ! Il ne m’offre pas de fleurs et ne me fait pas de déclarations à la con – lors de notre première Saint-Valentin, il m’a déclaré : Je suis sur un boulevard, tu m’indiques les nids-de-poule –, mais certains gestes du quotidien et les musiques qu’il me dédie prouvent un côté fleur bleue extrêmement touchant.

Lui-même prompt à écouter des trucs super bizarres, il m’a surpris récemment à me faire écouter les chansons les plus douces des Rolling Stones ou bien même du Roy Orbison. J’ai alors compris qu’il existait certains hommes, la plupart du temps artistes, qui mettent un peu le service trois pièces en veilleuse pour exprimer de très belles choses. La plupart du temps, on se méfie de ces hommes, car ils ne s’adaptent pas à la rugosité du quotidien en couple. Surtout, le romantisme, et de surcroît le romantisme suranné qui se rapproche du modèle courtois, n’est vécu que comme un enrobage à des relations qu’on ne considérerait comme pas trop sérieuses. C’est vrai, mais c’est dommage. Vraiment.

Car les hommes gagneraient à exprimer leurs sentiments, qu’importe le moyen. Et, à mon sens, le romantisme suranné est l’un des meilleurs moyens qui soit. Pourquoi ? Parce que je suis trop inspirée par l’évanescence des femmes celtes et bretonnes qui pourraient jouer, telles les anciennes fées, jouer de la harpe avec leurs cheveux.

Malgré tout, n’en déplaise à Diane Tell, on ne peut pas remplacer les hommes. Par conséquent, autant les rééduquer à l’aune de nos propres désirs, voire même autorisons-nous nous-mêmes à être romantiques.

Malgré tout, certains artistes sont, pour moi, prêts à l’emploi. Au lieu de leur cracher dessus, voyons ensemble en quoi cela peut faire ouvrir mon cœur.

The Rollings Stones, Lady Jane (1966)

On n’attendait pas des bad boys  du Swinging London qu’ils puissent nous livrer une chanson d’amour dans la plus pure tradition élisabéthaine. Le pire, c’est que cette chanson très fleur bleue a été écrite par le brave Mick Jagger suite à une rupture avec une certaine Jane. Malgré tout, Aftermath, l’album dont Lady Jane est issu, est le préféré du Mari. Lui-même reconnaît la vérité des Stones dans ce genre de son, alors que j’aurais tendance à le trouver dans Jumping Jack Flash, Under My Thumb ou Start Me Up [flagellez-moi, je vous prie].

Simon & Garfunkel, Scarborough Fair/Canticle (1966)

Quoi de mieux qu’une chanson d’amour médiévale d’origine anglaise pour exprimer le romantisme suranné ? Mais qu’on ne s’y trompe pas : à l’homme orgueilleux qui prétend donner à sa belle un ouvrage inextricable à faire, celle-ci lui répond sur ton de la moquerie. Et qui de mieux que les troubadours new-yorkais pour retranscrire une ambiance des plus anciennes et des plus délicates ?

Cat Stevens, Lady d’Arbanville (1970)

On a encore un mec en mode canard au mic. Avant qu’il ne s’appelle Yusuf, Cat Stevens était amoureux d’une certaine Patti d’Arbanville et il lui dédie cette chanson où il la voit en Belle au Bois Dormant. Et comme il était vraiment accro, lorsqu’ils ont rompu, il a écrit son autre gros tube qu’est Wild World (1971) en son honneur. Si le mec n’était pas romantique avec ça…

Malicorne, Le jardinier du couvent (1977)

Là, ce n’est pas un homme seul qui chante l’amour à la manière d’autrefois, mais un homme avec sa femme de l’époque. En effet, Gabriel et Marie Yacoub, au sein du groupe Malicorne (entre 1973 et 1988), on basé leur musique folk sur les airs traditionnels de France et de Navarre. Ce n’est donc pas un cas isolé, contrairement aux autres artistes, qu’ils chantent ce conte d’amour interdit entre la fille d’un négociant et le garçon d’un fabriquant.

Francis Cabrel, Je pense encore à toi (1980)

Francis Cabrel est non seulement LE représentant du romantisme suranné en France, avec son accent chantant et son allure de mousquetaire. Mais, de surcroît, il allie des mélodies très simples à des paroles qu’on dirait inspirées par des heures de contemplation béate de la nature. Le tout avec un air tellement habité par l’amour qu’il pourrait chanter le bottin en disant qu’il est peuplé d’étoiles et de roses. Francis, c’est notre maître à tous, prosternons-nous.

Laurent Voulzy, My Song Of You (1987)

Le romantisme suranné tel que l’interprète Laurent Voulzy n’est pas tant dû à une exploration des mélodies anciennes – même si Lys & Love (2013) pioche parmi ses lubies médiévales – qu’à une exploration des mélodies lointaines. De ses racines guadeloupéennes, il extrait des mélodies aquatiques et mélancoliques, sur lesquelles fondent les mots que tout à chacun a envie d’entendre.

Les hommes qui expriment ce qu’ils veulent et qui savent l’exprimer de belle manière sont des oiseaux rares, mais qu’il faut écouter. Il ne faut cependant pas confondre avec les beaux parleurs qui sont, la plupart du temps, des hommes qui savent manier les mots pour manipuler les sentiments. Les artistes que j’ai cités, à petite dose, permettent aux moins téméraires de trouver de jolis mots pour répondre aux désirs des femmes.

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