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Pardon pour ce manque flagrant d’inspiration, mais je luttais contre ma vie blandinienne un peu compliquée en ce moment, d’où ce manque flagrant d’inspiration. Les vacances arrivant à grand pas et la perspective de passer une soirée tranquille à chiller me redonnent un peu plus de tonus à ma plume. Je me base sur l’exemple du Mari, déjà en vacances et en train d’écrire son 7e essai historique en 9 ans : comment fait-il ?

Aujourd’hui, au regard de la carrière du Mari qui fait une petite embardée avec son cinquième livre (disponible sur Tictail, à la Fnac, à la librairie de l’Harmattan et sur toutes les bonnes plateformes de livres), mais aussi à l’écoute de Frank d’Amy Winehouse, je me suis posée cette question essentielle : un artiste est-il indissociable de son style ? Et si oui, gagne-t-il à s’en détacher ?

Pourquoi je me pose cette question ce soir ? Parce que Frank est certes le premier disque de l’artiste, mais il a le tort d’une part de sentir la production au kilomètre, et d’autre part d’avoir au moins 15 ans de retard sur l’actualité musicale de 2004. En gros, Frank est un disque de new-jack mâtiné de jazz urbain qui n’aurait pas démérité dans les productions new-yorkaises des années 1990. Amy Winehouse a certes été reconnue développer un style rétro, mais c’est quand même de l’abus quand il se passe moins d’une génération avant la réappropriation – on va dire une vingtaine d’années. Amy Winehouse a fait une rencontre heureuse avec Mark Ronson

Nombre d’artistes, au sein de leur carrière, sont tentés par une évolution de leur style de référence vers un style parfois antagoniste, pour le challenge, pour le défi, pour ne pas s’encroûter dans une carrière prévisible. Cela ne se fait pas sans risque : en voulant se fidéliser un public plus large aux goûts moins spécifiques, il est possible de perdre son âme. C’est justement ce que je reproche à des groupes nombreux tels que U2, Coldplay et Muse : j’ai adoré leur début de carrière, mais une modification de leur production me rend depuis chagrine dès lors que j’écoute un morceau de production récente.

Quand j’écoute ceci :

je suis tellement nostalgique de ceci :

D’un autre côté, rester familier d’un même style toute sa carrière amène un autre écueil : celui d’avoir un style tellement reconnaissable qu’on reconnait une chanson de l’artiste aux premières notes de la chanson, ce qui peut vite gaver. Je pense notamment à Michel Berger – qui a réussi à faire de France Gall son doppelganger féminin – ou Jean-Jacques Goldman – qui a quand même refilé deux fois la même chanson à deux artistes différents. Vous ne me croyez pas ? Attendez voir. Vous ne pensez pas que le couplet de ceci :

ressemble au refrain de ceci ?

Je n’ai qu’une chose à dire :

C’est à ce titre que le brave JJ a décidé de se retirer un peu du service en 2002 après le moyen Chansons pour les pieds, et définitivement en 2016 après avoir compris qu’il faisait vraiment n’importe quoi avec les Enfoirés.

Je regardais récemment cette chronique de Mickael J. Manfield où il se plaignait de cet écueil que les spectateurs font en pensant que, depuis 15 ans, Johnny Depp ne jouait indéfiniment que le rôle de Jack Sparrow. Et le brave petit Corse de chez Voxmakers de démonter en règle ce poncif de critique en résumant de belle manière les « rôles bizarres » de Johnny Depp, en développant le principe du jeu d’acteur et en concluant que ce n’était pas de sa faute s’il collaborait avec les mêmes réalisateurs. Ceci m’a fait beaucoup réfléchir quant à la nécessité pour un artiste de s’imposer dans un style ou d’évoluer vers différents styles.

Car le public est une pute : il estime que chaque artiste correspond à un stéréotype duquel il ne doit pas sortir. En gros, on reproche actuellement à Jake Bugg de faire du son urbain :

et de ne pas faire que du son plus roots :

Perso, j’adore On My One parce que j’estime que cette chanson fait partie de son référencement naturel. Mais je ne vais pas lui reprocher de faire des expérimentations telles que Ain’t No Rhyme, d’autant plus que cette chanson est pas trop mal produite et donc pas trop ratée.

Au final, enfermer un artiste dans un style lui ferme les portes de l’expérimentation. Explorer trop de voies pour un artiste ne lui permet pas de fixer son public. Que faire alors ? J’ai peur qu’il y ait un grand pan de créativité qui parte en déliquescence parce que le public ne permet plus l’exploration à partir d’un certain seuil de carrière. Personnellement, je trouve ça dommage.

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