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Ce mardi 31 mai 2017, je suis allée au concert des Piano Guys à l’Olympia avec une copine en master de musicothérapie, mais qui a déjà une sacrée carrière de pianiste et violoncelliste derrière elle. Elle est donc logiquement fan de ce duo piano-violoncelle américain qui pousse le vice d’allier les grands succès de la musique classique aux tubes du Billboard. Cela donne des barres de rire, mais aussi du pur génie, comme ce mash-up entre L’hiver d’Antonio Vivaldi et ce tube céphalophage (qui bouffe le cerveau, quoi) issu de la Reine des Neiges.

J’ai d’ailleurs remarqué une étrange fascination pour les One Direction, dont ils ont interprété Story Of My Life et Beautiful. C’est peut-être à cause de leurs gosses qui leur réclament ça avec des musiques de dessins animés, leur autre spécialité. Bref, avoir autant de talent et vouloir plaire en premier lieu à sa progéniture…

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Je me suis aperçue de quelque chose lors de ce concert : ces types passent pour des originaux à allier musique classique et mélodies pop. Mais en vérité, ce n’est pas si original que ça, si on regarde la musique telle qu’elle a été créée depuis une soixantaine d’années. En effet, beaucoup d’artistes rock ou pop ont carrément intégré ou réinterprété des grands airs de la musique classique dans leurs chansons. Serge Gainsbourg en premier lieu s’est fait le grand spécialiste des deux avatars de repompage de la musique classique.

– L’intégration du motif avec Initials B.B.

qui intègre en boucle au refrain un solo de cor (réinterprété à la trompette) du 1er mouvement Adagio – Allegro molto de la Symphonie n°9 en mi mineur « du nouveau monde » d’Antonin Dvořák.

– La réinterprétation avec Lemon Incest

qui réinterprète le thème principal de l’Etude n°3 en mi majeur « Tristesse » de Frédéric Chopin.

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Voyons maintenant quatre exemples de l’empreinte de la musique populaire à la musique classique.

Chopin/Manilow-Anderson

Version classique : Frédéric Chopin – Prélude n°20 en do mineur, op. 28 (1839)

Version pop : Barry Manilow – Could It Be Magic (1973)

Emprunts : l’introduction et le refrain de Could It Be Magic reprend la majorité du thème du prélude.

Petite histoire : Même si c’est Donna Summer qui l’a popularisée en 1975, elle n’est pas la première interprète de cette chanson qui a été popularisée en France par Alain Chamfort avec Le temps qui court (1975).

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Bach/Maurane

Version classique : Johannes Sebastian Bach – Le Clavier bien tempéré – Prélude en do majeur BWV 846 (1722)

Version pop : Maurane – Sur un prélude de Bach (1991)

Emprunts : le thème en entier

Petite histoire : on a plus tendance à entendre un Ave Maria dessus. Mais Maurane a décidé de faire appel à l’auteur Jean-Claude Vannier pour réinterpréter à sa façon ce classique parmi les classiques.

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Mozart – Shubert/Legrand

Version classique : – Wolfgang Amadeus Mozart – Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre K 364 – Andante (1779)

 Franz Schubert – Aus dem Wasser zu singen (1823)

Version pop : Michel Legrand – The Windmills Of My HeartLes Moulins de mon cœur (1968)

Emprunts : Michel Legrand a emprunté les deux premières phrases de chaque couplet aux deux premières phrases de chaque thème.

Petite histoire : Même si ce n’est évoqué nulle part, sans nulle doute que pour son lied, Schubert s’est largement inspiré de Mozart.

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Grieg/Cardona

Version classique : Edvarg Grieg – Peer Gynt – Dans l’antre du roi de la Montagne (1874)

Version pop : Jacques Cardona – Inspecteur Gadget (1983)

Emprunts : Le chant du refrain emprunte vaguement à la montée dans le thème. Mais j’avoue, quand j’ai vu la mention sur Wikipedia, je me suis dit

Petite histoire : Dans l’antre du roi de la Montagne est un morceau tellement culte qu’il sert beaucoup de transition ou d’introduction dans les albums de rock et de métal.

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Je n’ai évidemment pas parlé des samples ou de l’utilisation orchestrale pure dans les divers pans de la pop culture. Comme quoi, la musique classique n’a en vérité jamais été aussi actuelle.

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