Mots-clefs

, , , , , , , , , , , , ,

C’est l’été, et cette année, on est gâtés en termes de températures : mon téléphone m’indique un 36° au plus chaud de cette journée du 21 juin. Autant dire que je fais le petit poulet dans mon bureau. Mais qui dit été dit souvent musique de chiotte, et en ce jour de fête de la musique, on ne va pas y échapper. Je vais donc profiter de ce ramollissement général des cerveaux pour avouer une passion honteuse : je ne peux concevoir l’été sans italo disco. Et ce depuis ma plus tendre enfance.

C’est ainsi que je vais présenter une saga en deux temps de la musique italienne dansante des années 1980 et 1990, plus connue sous le nom d’italo disco (qui a égayé mon enfance) et d’italo dance (qui a pollué mon adolescence). Je vous parle d’une époque où l’Italie ne concentrait pas les fantasmes français d’un pays méditerranéen figé dans les années 1950, voire dans les siècles antérieurs, mais où il était le symbole de la hype et des mœurs débridées – merci Silvio Berlusconi. Oui, un petit peu comme l’Angleterre des années 1960. Il fallait bien une bande-son à la mesure de ce fantasme, et l’Italie, à la croisée des chemins entre le disco-funk vieillissant et les musiques électroniques qui commencent à tout envahir.

L’italo disco est surtout la musique de mes premières soirées, quand mes parents m’emmenaient dans les soirées qu’ils organisaient dans le village. C’est aussi la musique de mes barres de danse, des clips que je voyais à la télé, bref, de ce qui me restera de plus heureux dans mes souvenirs des années 1980. Chaque fois que revient l’été, je retrouve cette espèce de paradis perdu que je me suis aussi fabriqué a posteriori. Mais avant de faire une petite compilation sonore des plus gros tubes de la période, penchons-nous un peu sur la construction du style.

Selon Wikipedia, l’italo disco est un style de musique qui s’est développé entre 1980 et 1988, avec une apogée en 1985 (mes premières soirées, toussa). Mais il trouve ses premiers fondements dès 1976 avec, je vous le donne en mille, Giorgio Moroder, qui développe avec ses synthétiseurs une variante du disco qui servira d’influence de départ au mouvement. Mais le mouvement ne commencera à décoller vraiment qu’à partir de 1983 avec Dolce Vita de Ryan Paris et faiblira vers 1987-1988 avec l’arrivée de la house et du rap qui amorcera la transition vers l’italo dance.

Pour définir le style de l’italo disco, ça va des inspirations disco donc, mais surtout de la new wave et de beaucoup d’avatars de la pop synthétique telle qu’ils se sont développés durant la période. Il y aurait deux typologies dans le style : le premier se réclame de la Hi-NRG américaine et se joue sur un débit rythmique plutôt rapide et dansant (125 BPM), et le deuxième, plutôt romantique, joué à tempo plus lent (100 BPM).  Le mot même d’italo disco pour renseigner le style vient en fait d’Allemagne et a été fixé en 1985.

Mais attention ! Il serait mensonger de dire que le style ne reste que l’apanage de l’Italie. En effet, beaucoup de groupes européens d’une part se sont réclamés de l’appellation, en témoigne le duo lillois Monte Kristo :

Et d’autre part, la style a eu son développement dans plusieurs pays européens, sous des formes telles que l’Eurodisco en Allemagne et en Suisse (comme l’eurodance vient aussi d’Allemagne et des pays nordiques) et le sonido Sabadell en Espagne.

***

Voici un petit panel de 10 hits de la période pour vous la mettre bien dans vos soirées rétro.

Ryan Paris – Dolce Vita (1983)

J’ai une tendresse particulière pour ce titre dont le clip a été tourné à Paris. Pourquoi ? Parce que c’est sur cette chanson que je faisais mes exercices de barre toute petite et c’était rigolo. De son vrai nom Fabio Roscoli, ce chanteur et acteur romain a notamment servi de « voix » aux groupes d‘eurodance dans les années 1990 et est revenu sur le devant de la scène avec le remix de son plus gros tube en 2011.

P. Lion – Happy Children (1983)

Plus que son tube Dream (1984) qui est devenu le générique du Top 50 et que j’adore, j’ai choisi son premier tube qui a été choisi comme jingle ou illustration sonore de la même émission. Pietro Paolo Pelandi a certes concentré son succès sur ces deux tubes, mais ça ne l’a pas empêché de sortir un deuxième album en 1995 et de devenir arrangeur.

Righeira – Vamos a la playa (1983)

Ce duo turinois formé en 1981 a joué au plus malin en chantant ses premiers tubes… en espagnol. Ils ont persisté en italien (L’estate sta finendo, 1985), mais aussi en anglais et en allemand. La carrière du groupe se divise en deux temps : au plus fort de la vague italo (1981-1992) et par nostalgie (depuis 1999).

RAF – Self control (1984)

A titre personnel, je préfère la reprise de la chanteuse américaine Laura Branigan, mais j’en connais qui sont davantage séduits par la version originale de Raffaele Riefoli. Outre ce tube interplanétaire, il a écrit Si puo dare qui a remporté le festival de San Remo en 1989 et réussi à décrocher en 1988 la 3e place du concours Eurovision avec Gente di mare en duo avec Umberto Tozzi.

Carrara – Shine on dance (1984)

Il pourrait paraître comme un one hit wonder, mais le DJ Alberto Carrara, originaire de Bergame, après s’être bien placé au Festivalbar (festival de musique milanais) de 1984 avec cette chanson, s’est lancé dans les années 1990 dans la production d’italo dance.

Moon Ray – Comanchero (1984)

Mandy Ligios, dite Moon Ray ou Raggio di Luna, d’origine gréco-brésilienne, fait connaissance dans les années 1980 des producteurs Aldo Martinelli et Simona Zanini. Outre ce single qu’elle chante seule, elle intervient dans diverses formations desdits producteurs (Doctor Cat’s, Topo & Roby, etc.).

Koto – Visitors (1985)

Inspiré par l’univers geek en vigueur au début des années 1980 (en gros, les jeux vidéo, les voyages dans l’espace et l’Asie), le duo formé par Anfrando Maiola et Stefano Cundari composa avec Alessandro Zanni Chinese Revenge en 1982, morceau qui reçut un succès d’estime. Mais c’est vraiment avec Visitors qu’il marque le grand public. Par la suite, il y eut des problèmes de maison de disque, la mort d’un des membres, mais aussi d’autres succès en lien avec les musiques des jeux video (Dragon’s Legend, 1989).

Baltimora – Tarzan Boy (1985)

Si le frontman du projet, le danseur Jimmy McShane, était nord-irlandais, les producteurs étaient bel et bien italiens. Suite à l’énorme succès du titre sorti à l’été 1985 (allant même jusqu’à se classer dans le Billboard Hot 100), un album a été sorti, puis un 2e en 1987 qui eut beaucoup moins de succès. Las, Jimmy McShane décéda des conséquences du SIDA en 1995, à l’âge de 38 ans.

Silver Pozzoli – Around My Dream (1985)

Silvio (dit Silver) Pozzoli a donc ainsi commencé avec l’italo disco avec les titres Around My Dream et Step by Step (1985), puis s’est lancé dans l’italo dance dès 1987 sous pseudonyme.

Sabrina – Boys (Summertime Love) (1987)

Dernier avatar de l’italo disco durant sa grande période, il est celui qui présente le mode de vie italien de la manière la plus décomplexée. Sabrina Salerno aurait pu rester comme beaucoup d’artistes de la période qu’un prête-nom comme un autre. Sauf que si la belle avait tout de la cagole de base, elle semblait avoir plus de chien qu’une autre. C’est ainsi qu’après ce hit stratosphérique, elle a diversifié ses activités en devenant actrice et animatrice télé. Bref, elle s’en sort plutôt bien.

***

A bientôt pour le deuxième volet de la saga qui sera consacré à l’italo dance.

 

Publicités