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A la maison, je vis avec un fan fou furieux d’Oasis, du genre à avoir 7 exemplaires de l’album Definitely Maybe (K7 et CD d’époque, éditions deluxe, japonaise, etc.) et à répertorier tous les musiciens qui ont joué pour le groupe. Et lors des deux fois où il a vu Noel Gallagher en concert pour l’année 2015, il était au bout de sa vie à la fin du concert quand il chante Don’t Look Back In Anger ((What’s The Story)Morning Glory?, 1995). Bref, un fou furieux comme on en croise rarement.

Je remarque que, durant cette année 2017, ladite chanson connaît une hype comme personne, au point de remplacer Les moulins de mon coeur dans les télécrochets français. Il se pourrait même qu’il devienne un hymne générationnel que l’on galvaude à l’image d’Un jour en France. J’ai donc décidé de me pencher sur le phénomène.

La chanson

Tiré du deuxième album studio des frères ennemis de Manchester, (What’s The Story) Morning Glory? (1995), la chanson, avec son introduction pompée au Imagine de John Lennon – ce dont Noel ne s’est jamais caché d’ailleurs –, a contribué à la popularité de cet album qui reste le plus vendu du groupe. Le titre de la chanson fait quant à lui référence au Look Back in Anger de David Bowie (Lodger, 1979).

Très vite, il devient un hymne de stade de foot à Manchester, au même titre que You’ll Never Walk Alone interprété par Gerry & The Pacemakers pour Liverpool. Mais l’Angleterre de 2017 a donné un nouveau sens à un chanson qui parlait de choses et d’autres (de rupture amoureuse par exemple).

L’hymne générationnel

En 2017, la Grande-Bretagne a connu en l’espace de moins d’un mois deux attentats de grande ampleur, un à Manchester le 22 mai lors du concert d’Ariana Grande à la Manchester Arena, et l’autre le 3 juin à Londres de manière tout à fait random. Don’t Look Back In Anger s’est imposé de suite comme la chanson-hommage pour les victimes et la chanson-doudou des survivants de ces attentats. C’est ainsi qu’elle a été interprétée par Chris Martin et Ariana Grande le 4 juin à Old Trafford, stade mythique de Manchester.

Il a également fait l’objet d’une reprise par l’orchestre de la garde républicaine lors du match France-Angleterre le 13 juin.

Bref, Don’t Look Back In Anger pète la classe en 2017. Parce que face aux horreurs que vit l’Occident – je dis l’Occident parce qu’on est bien d’accord qu’au Proche- et Moyen-Orient, voire en Afrique, il y en a qui se font sauter la gueule tous les jours et très peu de média français mainstream s’en émeuvent comme ils peuvent s’émouvoir de la tuerie de Las Vegas du 1er octobre 2017 –, la ligne principale est de dire que c’est terrible, mais qu’il ne faut pas faire d’amalgame et qu’il faut aider les victimes à se relever de cette horreur.

Donc Don’t Look Back In Anger (Ne te retourne pas sur ta colère) est un excellent excipient psychologique pour aider les survivants d’attentats à reprendre leur vie en main, à se réintégrer de nouveau dans la société, choses que les survivants d’attentats tels que celui du Bataclan ont encore du mal à faire deux ans après. Ce mantra répété n’enlève pas le traumatisme, mais on ose espérer qu’il soit une piqûre de rappel de soutien à ceux qui ont besoin d’aide pour se sortir de leur angoisse.

Grégoire à la gare, ou quand trop, c’est trop

J’écris cet article suite à la diffusion sur le site Brain d’une vidéo où on voit le chanteur Grégoire (Toi + Moi + Eux + tous ceux qui le veulent… souviens-toi) chanter dans une gare parisienne Don’t Look Back In Anger. Force est de constater que le résultat n’est pas du tout à la hauteur.

Je pense que Vincent Vinel de The Voice, qui s’est fait repérer en pianotant dans les gares, s’en serait mieux sorti. Et donc, quand un chanteur has-been fait une mauvaise reprise en 2017, ça devient viral et les insultes pleuvent. Heureusement, le chanteur prend bien la moquerie et a publié son top 10 des meilleures vannes qu’a provoquées sa prestation.

Malgré tout, cette prestation prouve une chose concernant les hymnes générationnels : à force d’appartenir à tout le monde, la chanson se retrouve galvaudée et ne plus vouloir rien dire. Comme massacrer Un jour en France un jour de manifestation anti-FN. Il y a un moment, la chanson a englobé des émotions collectives qui ont trop pris d’ampleur, si bien que quiconque la chante sans âme se retrouve à faire un four.

Les hymnes générationnels sont ainsi des solutions de facilité quand on veut dire quelque chose de fort sans trop se fouler sur l’implication émotionnelle. Don’t Look Back In Anger n’échappe plus à la règle et cela me fait du mal. Le mieux est de laisser la parole à Noel Gallagher, car lui seul connaît la véritable signification de la chanson…

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