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Bienvenue en 1968, dans un monde qui se bat contre la guerre du Viêt Nam et contre une morale qu’il estime trop datée. C’est dans cette perspective que, 50 ans après, elle devient synonyme d’époque rêvée pour l’expression des idéaux, expression certes entachée par les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy. Mais j’aimerais soumettre une petite réflexion en guise d’introduction.

Cette appellation d’année révolutionnaire quand on parle de 1968 ne serait-ce qu’en France est presque devenue un poncif avec le temps. Mais la préparation des commémorations des événements du mois de mai occultent selon moi deux choses. 1. La plupart du temps, quand on parle de Mai 1968, on parle des mouvements étudiants, mais beaucoup moins des mouvements ouvriers qui en sont la cause. C’est pour moi un tort, car la condition ouvrière, comme tout le reste de la société, était en pleine mutation et devait faire face à certaines interrogations dont on s’aperçut avec l’arrivée du choc pétrolier et du chômage de masse difficile à endiguer depuis 45 ans qu’elles étaient légitimes. 2. 1968 est également synonyme de libération sexuelle et morale. Or ce n’est qu’une étape d’un cheminement sociétal perpétré depuis la Seconde Guerre Mondiale en France, et dont le chemin est encore long. Il y avait déjà eu des avancées comme le droit de vote pour les femmes (1944), l’absence d’autorisation du mari pour ouvrir un compte en banque (1965) et la pilule (1967), mais nous n’étions pas encore passé à la suppression de la notion de chef de famille (1970) ni même au droit à l’avortement (1975). Pour ces deux faits de loi, il n’est même pas possible de les imputer à Mai 1968, mais à un mouvement plus global.

Bref, trêve de considérations sociétales, passons aux choses sérieuses.

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1 – Jacques Dutronc – Il est cinq heures/Comment elles dorment (non précisé)

Deuxième album du chanteur après Et moi, et moi, et moi, premier album couronné de succès en 1966, il collabore encore une fois avec le parolier Jacques Lanzmann, mais aussi avec Anne Segalen. Deux gros tubes sortent de cet album : Il est cinq heures, Paris s’éveille où le flûtiste classique Roger Bourdin assure les soli, et Fais pas ci, fais pas ça qui connaîtra la postérité en illustrant une publicité pour Petit Bateau et pour avoir inspiré la série du même nom. Cette même année, Jacques Dutronc a sorti un deuxième album qui connut lui aussi une grande notoriété, L’Opportuniste.

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2 – Aphrodite’s Child – End Of The World (non précisé)

Suite à diverses expériences dans divers groupes de rock en Grèce, Demis Roussos, Vangelis et Lucas Sideras fondent le groupe Aphrodite’s Child en 1967. Voulant s’installer à Londres pour avoir plus de succès à l’international, ils restent bloqués par la douane à Paris à cause des événements de mai 1968. C’est dans ce contexte qu’ils enregistrent leur premier album, End Of The World, dans lequel se retrouve le tubissime Rain And Tears qui reprend le motif du canon de Pachelbel.

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3 – Simon & Garfunkel et Dave Grusin – The Graduate (janvier)

Bande originale du film Le Lauréat (Mike Nichols, 1967), elle est constituée de vieux titres de Simon & Garfunkel (The Sound Of Silence, Scarborough Fair…), mais aussi d’inédits comme Mrs Robinson. Cette bande originale permit également de mettre en lumière le pianiste et compositeur de jazz Dave Grusin, qui par la suite composa de nombreuses musiques de films, principalement pour Sidney Pollack.

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4 – The Zombies – Odessey and Oracle (avril)

Lorsqu’Odessey and Oracle sort en avril 1968, le groupe anglais, fondé en 1963, n’existe déjà plus. En effet, suite au succès mondial de She’s Not There (1964), la pérennisation du succès ne s’est pas faite. C’est donc dans l’objectif de se séparer que le groupe enregistre leur premier véritable album en 1967. Boudé par le public au début, c’est le succès américain de Time of The Season aux Etats-Unis qui mènera l’album à la postérité, si bien que certains media se sont mis à le qualifier de Pet Sounds anglais a posteriori. Suite à cela, le groupe se reforma brièvement en 1991, puis de manière plus durable en 2004.

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5 – Serge Gainsbourg – Initials B.B. (juin)

Ce huitième album de l’homme à la tête de chou est le récit de sa relation passionnée, mais éphémère, avec Brigitte Bardot. Elle chante d’ailleurs sur une partie des titres qui sont devenus des tubes – Bonnie and Clyde et Comic Strip. La chanson-titre, résumant cette histoire, a été inspirée par le premier mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde d’Anton Dvorak pour le refrain et par Le Corbeau d’Edgar Allan Poe pour les couplets.

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6 – The Doors – Waiting For The Sun (juillet)

Fort des succès de ses deux premiers albums, The Doors (1966) et Strange Days (1967), mais devant faire face à un Morrison de plus en plus instable en concert et sous emprise de l’alcool et de la drogue, le groupe débute les sessions d’enregistrement au printemps sous tension. En effet, Morrison renâcle à la tâche, ou arrive bourré avec des inconnus dans le studio. L’album devait s’appeler dans un premier temps The Celebration of the Lizard, du nom d’une chanson-fleuve qui devait occuper une piste entière de l’album, dont il ne subsiste que la partie centrale dans Not To Touch The Earth. Pour la première fois, le guitariste Robby Krieger écrit des textes pour l’album, devant la panne d’inspiration de Jim Morrison. Par contre, l’album ne contient pas la chanson Waiting For The Sun, ajoutée sur l’album Morrison Hotel (1970), mais les titres Hello, I Love You et Spanish Caravan.

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7 – Jacques Brel – J’arrive (septembre)

Ce dixième album du poète belge vient au moment où il fait  ses adieux à la scène pour se consacrer à sa carrière cinématographique. Sans titre au départ, il est identifié par le premier titre de l’album. On retrouve sur cet album cet immense tube qu’est Vesoul, enregistré avec l’accordéoniste virtuose Marcel Azzola. Cette chanson a été inspiré par un séjour dans cette ville en 1960, où, après avoir passé la soirée avec le patron, il lui a promis d’écrire une chanson dessus. Sauf que, ayant fait ses adieux à la scène en 1967, Jacques Brel ne l’a jamais interprétée en concert.

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8 – The Beatles – The Beatles (novembre)

Suite à Sgt. Pepper… et à leur retraite en Inde, une énorme session de travail du groupe est enregistrée sur la propriété de George Harrison, à Esher. Cette session de travail pose les bases de ce neuvième album éponyme, passé à la postérité sous le nom d’album blanc. Il est le premier album où l’on voit la personnalité de chaque membre du groupe : le talent mélodique de Paul McCartney (Martha My Dear, Honey Pie, Mother Nature’s Son, Helter Skelter), l’introspection et la sensibilité de John Lennon (Dear Prudence, I’m So Tired, Revolution 1, Julia), George Harrison qui s’impose comme auteur/compositeur à part entière (While My Guitar Gently Weeps, Piggies, Savoy Truffle) et même Ringo enregistre une composition, Don’t Pass Me By. C’est l’époque également des premières vraies engueulades dans le groupe (Ringo veut quitter le groupe, les trois autres ne supportent pas Yoko Ono dans les studios, beaucoup de chansons sont enregistrées chacun dans son coin…). Bref, le résultat est, comme le groupe à cette époque, très distendu, mais encore très beau. En gros, heureusement que les mecs avaient du talent.

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9 – The Rolling Stones – Beggars Banquet (décembre)

Alors que le groupe s’est séparé de leur producteur historique Andrew Loog Oldham, il décide dès lors d’adopter un son beaucoup plus rock et plus blues que les atermoiements psychédéliques tels qu’on a pu les croiser dans un album tel que Their Satanic Majesties’ Request (1967). Dans ce sens, Mick Jagger et ses copains développent un son à contre-courant de ce qui s’effectuait à la même époque et gagne une réputation de provocateurs qui les poursuivra dans les années 1970. En effet,  des chansons telles que Sympathy For The Devil ou Street Fighting Man n’adoptent pas la philosophie naturaliste et pacifiste qui était dans l’air du temps.

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10 – Stevie Wonder – For Once In My Life (décembre)

Enfant star repéré dès l’âge de 11 ans, il enregistre ce dixième album personnel à seulement 18 ans, alors qu’il est encore sous la coupe de la Motown. Et comme tout le monde sait, la Motown, surtout à la fin des années 1960, c’est un peu l’usine. C’est ainsi qu’entre deux chansons de son cru (Sho-Be-Doo-Be-Doo-Da-Day, Do I Love Her), il y reprend Sunny de Bobby Herbs et donc For Once In My Life, chanson composée en 1965 par Ron Miller et Orlando Murden, chantée auparavant par les Four Tops et Tony Bennett, mais dont il a augmenté le tempo et en a fait un tube pop-soul irrésistible.

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A bientôt pour de nouvelles aventures musicales.

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