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lordecheveux (1)[NDLR : j’ai failli mettre « petite catin », je me suis ravisée au dernier moment, elle est quand même mineure, faut pas déconner]

Il semblerait que les années 2010 soient la décennie où ils te sortent des « phénomènes » à bout de bras et qui semblent retomber dans l’oubli à peine 6 mois plus tard. Je m’en plaignais déjà il y a deux ans avec Lana del Rey, et je me dis en 2013 qu’elle n’a jamais fait de meilleure musique depuis qu’elle a dit qu’elle arrêtait la musique (je ne déconne pas : son deuxième album n’est pas mauvais dans le genre). Enfin, je dis ça : depuis que la musique est devenue une industrie (circa les années 1950), on nous présente pléthore d’artistes comme les stars de demain alors qu’ils ne tiennent pas 3 titres au Top 50.

L’expérience des années 1980 et des artistes one shot à foison a justement forgé mon cerveau de petite fille à savoir ce qui allait s’installer musicalement dans la durée et ce qui allait définitivement s’évanouir dans le temps. Malgré tout, il faut remarquer une catégorie intermédiaires entre les starlettes (coucou Indra !) et les mastodontes qui font des carrières de 30 voire 50 ans (coucou les Stones !) : les artistes qui vont sortir parfois jusque 5 albums avant de tomber définitivement au bout de 10 ans dans les limbes des artistes qui ont oublié d’être cultes (coucou Pascal Obispo !).

Aujourd’hui, donc, je vais m’attaquer à Ella Yelich-O’Connor, alias Lorde, qui peut faire partie selon moi de la première ou de la dernière catégorie précitée. Cette demoiselle néo-zélandaise, outre le fait d’avoir tout juste 17 ans, est présentée comme étant la nouvelle sensation révolutionnaire pop waouh ! Rien que de ça, je me méfie direct, en tant que vieille connasse qui ne jure désormais que par la brit-pop et le métal. Pour m’être enthousiasmée moi-même pour des artistes comme Whigfield (vui, rappelle-toi, trentenaire : tu dansais dans tes premières boums sur Saturday Night), je ne dirais pas que je connais la chanson, mais presque.

Sauf que la demoiselle a l’air d’en avoir dans le ventre. Maman est poétesse, mais la petite assure qu’elle écrit ses textes elle-même. Et quand on analyse les paroles de Royals, certes, ce n’est pas de la grande envolée lyrique, mais ça reste au-dessus du lot quand on réfléchit que c’est une adolescente avec sa réflexion tourmentée qui a écrit ce texte garanti sans emo ni kikoolol. Musicalement, si elle est classée selon les critiques dans l’indie pop, il semblerait que, tant dans l’habillage musical que dans le phrasé du chant, elle se tourne davantage vers les musiques urbaines. D’ailleurs, a fortiori, j’aime bien sa voix, que je comparerais à une Rihanna blanche. Autrement dit, si je mesure avec mon mètre-étalon plein de subjectivité, je dis que ça s’écoute, mais que ça ne va pas me transcender pour les 10 années à venir comme Jake Bugg.

Malgré tout, je ne le lui souhaite pas, mais je lui prédis de se casser la gueule très vite. Pourquoi ? Parce qu’elle sait qu’elle a du talent et qu’elle a tendance à oublier qu’elle a un orifice qui ne sort pas des sons aussi mélodieux que sa bouche. En gros, à force de développer ses talents et de s’entendre dire qu’elle tient du génie, elle ne s’est pas garanti l’acquisition de l’humilité. Si bien que, plus que par sa musique, c’est désormais par ses multiples clashes envers Nicki Minaj, Drake, David Guetta, Selena Gomez… qu’elle se fait connaître. J’avoue, c’est formidable d’avoir une argumentation sur ce qu’on déteste musicalement à son âge, mais de là à aller insulter les artistes et à démentir sur Twitter, non seulement ça tranche franchement avec une image de coolitude voulue, mais ça prouve surtout qu’on aurait tort de la prendre pour plus mature qu’elle ne l’est réellement.

Car on se dit : Mon Dieu, elle a 17 ans et elle est capable de ça ! Je répondrais : Bob Dylan et Rihanna aussi dans ce cas. Sophie-Tith aussi, qui est à mon sens sa version française et sans melon. Et j’ajouterais même : ce n’est pas parce qu’on fait plus vieille que son âge, à boycotter tout ce qui est soit flash soit goth, que dans sa petite cervelle de moineau, on a aussi l’esprit d’une femme de 30 ans. Alors oui, sa chanson a du succès, les critiques la mènent sur le toit du monde, mais ça reste une petite meuf qui anime un Tumblr avec des trucs chelous dessus. Elle a beau également médire sur ses comparses – au hasard Selena Gomez, tiens – sur l’objectification de la femme que représente leur chanson, ça ne fait pas d’elle une féministe en puissance. Juste une meuf complexée par son corps. Basta.

Bref, Lorde, pète un coup, lâche Universal et vis ta vie d’adolescente. Reviens chanter quand t’auras 25 ans, un vécu, de vraies choses à raconter dans tes chansons et surtout un peu plus d’humilité.

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