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Pour  célébrer l’automne, la rédaction de Ladies Room m’a donné à chroniquer quatre albums sortis au mois d’octobre – vous voyez comme je suis à la page en ce moment, nous sommes aujourd’hui mercredi 11 novembre. Et comme quatre albums, ça fait beaucoup pour un article, j’ai décidé de partager la chronique en deux. Aujourd’hui, nous allons donc chroniquer deux albums sortis sur le label Naïve le 2 octobre 2015 : Illumination  de VKNG et l’EP éponyme de Hein Cooper.

Hein Cooper – Hein Cooper

hein1La maison de disque dit : Hein Cooper est un auteur-compositeur australien originaire de Milton (New South Wales). Découvert par le manager de Half Moon Run, alors qu’il jouait dans un petit bar de Sydney, ce dernier l’invita à Montréal pour qu’il puisse écrire, enregistrer une démo et… signer un contrat avec les Disques Indica.

En octobre 2014, de retour à Montréal après un séjour en Australie où il put parfaire son identité musicale, il enregistra son premier EP réalisé par Marcus Paquin (Arcade Fire, The National, Local Natives).

Le changement, la transformation et l’évasion sont les thèmes principaux de l’EP et son fortement reflétés dans la chanson-titre The Art of Escape que Hein décrit comme un appel à toutes les merveilleuses âmes itinérantes qu’il a croisées dans sa vie, mais aussi à quiconque se sentant seul face à son rêve le plus cher.

Mon humble avis : Cet EP est curieux, tant il réunit toutes les influences musicales qui me nourrissent depuis un an ou deux à l’écoute de ma radio préférée. Il s’ouvre donc sur The Art of Escape, une chanson folk, douce, puissante et onirique à la fois. Sur The Real, d’une part, on entend parfaitement l’influence Arcade Fire dans la production. Et d’autre part, la réaction du Mari a été celle-ci : C’est le son qu’on attend de U2, certes un peu gonflé, mais c’est exactement ça. Luna Sky et Eyelids  reprend la recette initiale de la chanson onirique. Personnellement, j’ai trouvé que l’ajout du remix de The Art of Escape tenait plus du remplissage énervant qu’autre chose.

Bref, Hein Cooper est un EP de folkeux qui se soigne en allant chercher dans une production couillue un son qu’il espère être dopé. Les chansons folk sont vraiment charmantes, les chansons un petit peu plus « produites » donnent l’espoir de sons un peu plus « commerciaux », mais pourraient nuire au noyau créatif de départ. Quoi qu’il en soit, cet EP est une très bonne introduction à un univers qui ne peut qu’être apprécié des amateurs d’indie et des folkeux. Et la réaction finale du Mari : Tu sens qu’il n’a pas inventé l’eau chaude.

VKNG – Illumination

Pochette-album-nuit-VKNG-HD300dpiLa maison de disque dit : VKNG est une groupe de pop music fondé en 2013 par deux musiciens reconnus, deux amis d’enfance passionnés par toutes les musiques.

Maxime Delpierre, guitariste et producteur que l’on a pu entendre en tant que leader dans Limousine ou Viva anD The Diva, ainsi qu’aux côtés de Joakim, Rachid Taha, Chocolate Genius, Rodolphe Burger, Oxmo Puccino, Damon Albarn ou Mick Jones (The Clash). Il a récemment réalisé les albums de Jeanne Added, Flip Grater au Alice Lewis.

Thomas de Pourquery est connu en tant que chanteur, saxophoniste, compositeur et comme une figure majeure du jazz européen, lauréat en 2014 d’une Victoire de la Musique catégorie Album Jazz de l’année. Il a aussi collaboré récemment avec des artistes d’horizons très différents, du groupe Metronomy à Oxmo Puccino, il est également depuis quelques années un chanteur demandé (duos avec Rachid Taha, Philippe Katerine, Babx, John Greaves…)

Il y a dans la pop de VKNG autant le grand large des Flaming Lips ou LCD Soundsystem que cette West Coast du bout du monde, cette américaine des années 1970, gorgée de soul (le Marvin Gaye de « I Want You »), d’amour et de soleil.

Comme deux adolescents, VKNG en visites les vestiges et les fantômes, jouant et se jouant des clichés FM, pour créer une freaky soul disco unique en son genre parlant d’amour sous toutes ses formes, de la plus douce à la plus convulsive.

Mon humble avis : Déjà, je n’aurais pas dû lire la présentation de presse avant de lancer le CD dans le lecteur, ça a déjà biaisé mon jugement. Je sais que c’est très vendeur de mettre en avant le CV un peu classe d’un artiste qui a un peu de bouteille et qui fait un projet de son côté.  Mais je n’aime pas qu’on émette une suggestion d’écoute de la sorte, d’autant que l’effet final ne correspond pas du tout.

Passons maintenant à l’écoute. Dès l’entame de llumination, le Mari sort : 1984 ! Les claviers Yamaha ! Sors de ce corps, Simple Minds ! Je ne serai pas si catégorique à cet égard, mais pour des mecs qui voulaient faire un son très 1970’s, l’entame est quand même curieuse. Girls Don’t Cry fait appel à la collaboration d’Olivia Merilahti, du groupe The DO. Si le Mari persiste dans une lecture new wave, je trouve que ce morceau est au contraire bien plus efficace et plus sensuel et correspond davantage à ce que la maison de disques a voulu en dire. Le son y est un petit peu plus boosté, plus rock et écoutable en 2015. Cette sensation persiste avec l’écoute de Killing in the Name of God, qui me rappelle une version électro et sous stéroïdes d’une chanson lambda du groupe Kings of Leon.

First Pop est un morceau plus évanescent, assez glam. A ce moment de l’album, cette pause est plutôt bienvenue, comme une vague de fraîcheur après un son très boosté. S’en suit un morceau très funk, Mary, très réussi en termes d’ambiances et de production, au point que je marque le swing dès les premières mesures. Don’t Stop est la première (la seule j’espère à ce moment d’écoute) à m’agacer avec ce clavier en morse qui pollue un peu l’ambiance de la chanson et qui me file un mal de crâne. Réaction du Mari : C’est là où tu vois que M83 a eu du succès…

We Are The Ocean commence avec une valse Metronomy-compatible en termes de sonorités. Et puis ce moment « paf le chien » qui arrive autour des cinquante secondes du titre… Bref, un morceau très surprenant dans sa structure, comme dirait Norbert Tarayre : J’ai les fesses qui font bravo. More est un morceau au contraire très basique dans sa structure, où on retrouve les automatismes new wave que l’on craignait au début de l’album. Là encore, on dirait qu’il y a eu une volonté de faire une pause « émotionnelle » après des morceaux très prenants… The Price, un morceau de plus de sept minutes, conclut donc cet album sur une note très planante, comme pour marquer la fin de la récré. Le Mari, quand je lui ai dit la durée du morceau, a ajouté : De toutes façons, tous les grands albums new wave ont un morceau final qui fait à peu près sept minutes. Et en fait, surprise ! C’est un ghost track  acoustique très frais…

Illumination est un album à l’écoute linéaire très cohérente, malgré un mélange d’univers finalement très divers : on passe de la new wave au funk, de l’électro au rock boosté. Définitivement, je n’ai pas la même grille d’écoute que la maison de disques, et, à vrai dire, tant mieux. J’avais des appréhensions à écouter ce disque, j’en ressors ravie et le Mari aussi.

Rendez-vous dans un prochain numéro avec les critiques des albums de Noiserv et de Jack Savoretti.

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